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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Le Démon d’Hannah » : mièvre représentation de la passion

« Le Démon d’Hannah » : mièvre représentation de la passion

Michel Fagadeau, Comédie des Champs Elysées, du 25 Septembre 2009 au 30 Décembre 2009

Pitch.
En 1925, à l’université de Marburg en Allemagne, l’étudiante en philo Hannah Arrendt, 18 ans, subjuguée par son maître Martin Heidegger, 35 ans, devient sa maîtresse. Quand le régime national socialiste submerge l’Allemagne, Heidegger s’engage en faveur d’Hitler, Hannah dans la résistance, puis s’enfuit aux Etats-Unis. 20 ans plus tard, elle est devenu une philosophe respectée à New York, il est mis à l’écart dans son pays après la chute du régime nazi. Quand Hannah décide soudain de faire un voyage en Allemagne,
ils vont avoir la tentation de se revoir...

Si je publie ci-dessous deux photos malgré leur extrême mauvaise qualité réduites à des cadres, c’est afin d’illustrer l’idée unique de mise en scène du "Démon d’Hannah", pièce de théâtre de la rentrée au sujet pourtant très attractif  : deux cubes, dans celui de gauche, New York et la philosophe Hannah Arrendt, dans celui de droite, Berlin dévasté et le philosophe allemand Martin Heidegger, membre actif du parti national socialiste. On allume le premier cube, on l’éteint, on allume le second et ainsi de suite, partie de ping-pong entre les deux couples, Hannah et son mari allemand réfugiés à New York, Martin et son épouse maternante à Fribourg ressassant la mise à l’écart du génie après la chute du régime nazi. Trois parties, la première et la dernière avec ces deux cubes.

 
La scène intermédiaire centrale, le moment de bravoure où vont se retrouver Hannah et Martin, son ancien amant, ancien maître, ancien amour, se passe dans une chambre d’hôtel. Ils couchent ensemble, obscurité, ils fument (un des rares endroits où l’on peut encore fumer, c’est sur la scène d’un théâtre !) et ils parlent à n’en plus finir... On aurait pu espérer un échange de haute volée entre deux philosophes, il n’en est rien, mièvrerie, culpabilisation et colère surjouée alternent, Hannah attend des dénégations d’une vérité qu’elle connaît pourtant parfaitement, Martin aurait aimé le temps d’Hannah n’avoir pas été ce philosophe lié à Hitler, elle croirait n’importe quoi pour lui pardonner, il dirait n’importe quoi pour la convaincre, parce que malgré toute cette boue, ils s’aiment toujours... Viendra alors l’épouse de Martin remettre les pendules à l’heure, dire ce qu’Hannah aurait aimé ne pas entendre, nier...


 
Hannah Arendt et Martin Heidegger dans les années 20/25

Troisième partie surnuméraire et surexplicative à surligner que ces deux-là s’aimeront mentalement en silence, à distance, double monologue consolateur, chacun retourné dans son cube... Grande déception que cette pièce qui tend sans doute à illustrer l’universalité de l’amour au delà des convictions, des dégoûts, des trahisons, la persistance de la passion malgré l’impardonnable. Si on ne citait par ci par là deux ou trois oeuvres ou philosophes, comme "L’Etre et le néant" de Sartre à qui Heidegger écrit une lettre, s’il n’y avait ces photos de New York et Berlin, quelques noms du régime SS et ces propos antisémites provocateurs de Madame Heidegger, il pourrait s’agir de n’importe quel couple n’ayant jamais oublié leur liaison passionnée et se revoyant après vingt ans de silence. La pensée d’Hannah Arendt, celle de Martin Heidegger ? Aucune idée en sortant de la salle... Même si ce n’est pas le sujet central de la pièce, dont on a bien compris que c’est, primo, la passion peut-elle survivre au temps autrement qu’en reproduction du passé ?, secundo, peut-on aimer un homme dont les idées vous font horreur ?, c’est vraiment dommage d’avoir si peu profité de l’oeuvre de deux philosophes au moins en arrière-plan... Quand Heidegger dit à Hannah qu’elle est à la fois une intellectuelle et une midinette, c’est un peu le problème de la pièce, seul l’emballage est couleur intello, l’affiche...

Les acteurs de la pièce et le problème des actrices de cinéma revenant parfois sur les planches se rappeler leur vocation d’origine, Elsa Zylberstein, look années 40 crédible (coupe de cheveux au carré bouclé, robes austères à la cheville), mixe deux façon de jouer, la manière cinéma sensible qu’elle maîtrise et le modèle absolu "Adjani au théâtre", là, elle semble s’épuiser à pousser la voix au delà de ses capacités vocales, on sent le travail, la recherche d’une bûcheuse concentrée, immergée dans son personnage, mais ça ne sonne pas toujours juste au théâtre. Face à elle, un Martin Heidegger (Didier Flamand) couleur muraille, indolore, seule Josiane Stoleru, l"épouse de Heidegger, tire son épingle du jeu, vraie, touchante dans son amour inconditionnel pour son mari infidèle et ses convictions bornées bien qu’ignobles (n’est-ce pas la seule qui aime vraiment ?)

J’y suis allée en cédant à l’attrait des quelques jours de réduction au théâtre "Premier aux premières", pas 50% off comme les années précédentes mais 20% off jusqu’au 1er octobre. La pièce se joue à la Comédie des Champs Elysées qui n’est d’autre qu’une extension en hauteur posée sur la tête du Théâtre des Champs Elysées avec quatre étages à monter, un niveau bar en bois clair pimpant (mais la pièce n’a pas d’entracte, deux heures), un public parisien parfois stressé (trois harpies à côté de mon fauteuil beuglant cancer du poumon et grippe A avant le lever de rideau, ne supportant plus une mouche voler après le début de la pièce, un monsieur qui ronflait placidement dans son coin en a fait les frais). A noter cette drôle d’affiche avec juxtaposées des photos contemporaines des acteurs...

 
 

 
 

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1 réactions à cet article    


  • Bardamu 23 octobre 2009 18:59

    Très bonne analyse !
    Il semble qu’on ait de plus en plus droit au lustre de l’emballage aux dépens d’un bien piètre contenu.
    A se demander même si l’on a pas choisi Elsa en Hannah pour leur appartenance commune à une certaine communauté qu’il faut absolument apprécier mais ne jamais nommer.
    Enfin, tout ça ne fait guère un spectacle de qualité, vous avez raison ! 

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