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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Le Dieu du carnage » de Yasmina Reza avec Isabelle Huppert au théâtre (...)

« Le Dieu du carnage » de Yasmina Reza avec Isabelle Huppert au théâtre Antoine

Après déjà deux mois et demi de carrière au théâtre Antoine, Le Dieu du carnage faisait toujours salle comble. Il faut dire qu’avec, en tête d’affiche, Isabelle Huppert et, à la mise en scène, l’auteur elle-même Yasmina Reza, le casting réunissant André Marcon, Eric Elmosnino & Valérie Bonneton jouait à coup sûr gagnant-gagnant.

D’autant plus que renvoyant sous un jeu de miroirs multiples, un florilège comportemental de ses contemporains, la société bien pensante semblait s’y être donné rendez-vous à travers deux couples à la fois enclins aux stéréotypes bcbg. ainsi que bobo.

L’un avocat d’affaires à l’international (Eric Elmosnino), l’autre PDG en quincaillerie (André Marcon), celle-ci écrivain tiers-mondiste (Isabelle Huppert) et celle-là conseillère en gestion de patrimoine (Valérie Bonneton), à eux quatre, ils paraissaient suffisamment armés pour refaire le monde en ce salon bourgeois entre café serré et clafoutis pomme/poire maison.

Cependant, c’est pour mettre en perspective les conséquences d’une bagarre en milieu scolaire entre leurs fils respectifs que les Houillé avaient invité les Reille à leur domicile afin de régler si possible à l’amiable la procédure du constat d’assurance.

Entre gens bien élevés, dans un environnement psychosocial similaire, cet échange de vues devrait aisément aboutir à un consensus pédagogique à l’égard de leur progéniture.

Mais, avec en fond de scène un mur symboliquement fissuré, c’est le dérapage sémiotique qui va faire loi au sein de cette discussion à bâtons rompus où, de coups feutrés en formules indélicates, les digues de la bonne conscience vont devoir s’affaisser sous la charge du refoulé.

En effet, que sont les petites misères domestiques, fussent-elles soldées par deux incisives cassées, face au poids douloureux du monde avec son cortège d’injustices ?

Et pourquoi attacher tant d’importance à une querelle de cour de récréation alors que les adultes se comportent si mal les uns par rapport aux autres ?

Fustigeant au passage l’usage sans gêne du téléphone portable, Yasmina Reza va laisser les protagonistes se déchirer entre eux, en prenant garde de ne jamais arbitrer au sein d’une succession de conflits en grande partie fondée sur la mauvaise foi ainsi que sur l’indifférence avérée pouvant paradoxalement se masquer en idéologie humanitaire.

Toutefois, ce soir-là, le mercredi 16 avril, la représentation allait prendre une tournure insolite. En effet, parvenu au tiers d’une mise en scène chronologiquement bien en place, un grain de sable allait distiller le dynamitage à l’intérieur de ce "carnage".

Envahi par un sentiment de nausée, Annette le personnage de Valérie Bonneton commençait à se sentir mal ; c’est alors que Véronique (Isabelle Huppert) se proposait d’aller chercher un verre de Coca pour soulager Annette, quittait le plateau mais revenait avec... une bassine.

Déconcentrée, la grande Isabelle venait d’anticiper la scène où sa partenaire Valérie, quelques instants plus tard, devrait vomir, au vu de tous, sur un ouvrage d’art posé sur la table basse.

Cet incident mineur en apparence allait désormais faire basculer la relation entre les deux comédiennes sur le registre de l’irréversible. Jusqu’au terme de la représentation, il leur serait impossible de communiquer par les yeux sans qu’un sourire irrépressible à la limite du fou-rire prenne le pas sur leurs répliques tout en les paralysant.

Exclus de l’enjeu, les spectateurs selon la distance qui les séparaient de la scène s’interrogeraient sur ces points de suspension verbale en impasse sans pouvoir en saisir la signification ni en comprendre leur persistance.

Aux applaudissements finals, les quatre comédiens reviendraient saluer à plusieurs reprises sans se tenir les mains et en évitant soigneusement tout croisement de regards.

A noter que ce soir-là, à douze jours de la cérémonie des Molières, Le Dieu du carnage était en compétition avec une nomination pour "La comédienne dans un second rôle".

Photo © Pascal Victor / artcomart

LE DIEU DU CARNAGE - ** Theothea.com - de Yasmina Reza - mise en scène : Yasmina Reza - avec Isabelle Huppert, André Marcon, Valérie Bonneton & Eric Elmosnino - Théâtre Antoine -


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