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Le Direktor de Tout du “total director” Lars von Trier

Et vous, savez-vous vraiment qui vous dirige ?

J’étais dimanche au Racine, rue de l’École de médecine, où l’on projetait Le Direktør, et je suis encore aujourd’hui porté par sa dose d’énergie euphorisante... (J’avais repoussé de revoir Inland Empire et de visionner ce dernier Lars von Trier dès le mercredi de sa sortie car j’avais décidé en priorité de me refaire Babel. Et je ne l’ai pas regretté. Babel est un pur chef-d’œuvre qui mérite une deuxième vision pour révéler dans la précise articulation de chacun de ses plans la subtilité d’une réalisation sémiotiquement parfaite où Alejandro Gonzalez Iñarritu traite de main de maître le soubassement tragique de l’illusion contemporaine de la mondialisation sans aucun ornement pathologique, en pur visionnaire et en parfait artiste. J’en reparlerai peut-être...)
Mais revenons donc au “Direktør de Tout”... Lars von Trier nous met tout de suite dans la confidence dès le début du film : là c’est bon, détendez-vous, c’est une comédie, pas besoin de réfléchir donc, je vais me moquer un peu de la prétention artistique et de sa “prise au sérieux”, vous pouvez vous laisser aller (la caméra du réalisateur se reflète alors dans les vitres) on n’est pas (encore) dans le troisième volet de la trilogie américaine (Dogville, Manderlay, ...) où il nous sera assurément demandé de réfléchir un brin... Cool... Lâchez prise !... Sauf que Lars von Trier est comme Fellini, c’est un “gros menteur” et, dès les premières images, on y est tout de même “un peu beaucoup” dans la thématique sociale et l’impasse du sujet qui s’y emboutit, chère à notre réalisateur danois. Car Lars von Trier peut-il faire autrement que d’être supérieurement intelligent et d’une expressivité implacable ?! Et donc, sans avoir l’air d’y toucher, il nous emmène en deux coups de sa dogmatique caméra à géométrie variable au cœur même du sujet. Le sujet à prendre dans toutes ses acceptions, notamment la sujétion à ce qui dirige in fine chacun des actes de notre vie. Le thème est simplissime : l’actionnaire-dirigeant principal et cependant occulte d’une société danoise engage un acteur pour jouer le rôle du Direktør (supposé vivre bien sûr aux USA ; dont il n’a jamais pu assumer les décisions dans le réel. Le nom qu’il lui a été donné est Sven E. E comme l’énigme qui figure sur les frontons du temple apollinien de Delphes... Car qui a réellement le pouvoir dans nos actes ? Qui tire vraiment les ficelles dans notre destin ? La mise en impasse du sujet barré (comme le O du titre) dans les organisations humaines conduit Lars von Trier à articuler de manière aussi humoristique que précise la figure du petit autre (l’acheteur islandais, le voisin-ennemi méprisant au nom de la commune saga islando-danoise, à mourir de rire...) avec celle du grand Autre dans lequel elle s’emboutit inexorablement, et là c’est un “obscur” auteur de théâtre du nom de Gambini, qui n’est pas sans évoquer les énigmatiques personnages pirandelliens en quête d’auteur...
Il y aurait tant à dire sur toutes les facettes psychologiques et métapsychologiques du Dogmatik Direktor... Avec Lars von Trier, le nouveau dogme c’est que le réel ne se distingue plus du cinéma que par... le montage (faussement) aléatoire. Accouchant de la question : Et pour vous, qu’(i) est-ce qui est le directeur de tout ?(de vos actes, vos décisions, vos affects, vos sentiments... ?)
PS : Le plan typographique, impeccable comme toujours chez le danois, y compris le pavé générique de fin ! Total Direktør qu’on vous dit ! :-D


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