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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le Folk... et vous trouvez ça beau ?!

Le Folk... et vous trouvez ça beau ?!

Le folk, résurgence vivante d’une musique nommée folklore, méritait depuis longtemps un solide dépoussiérage, ce qui commença peu après les évènements de mai 68, à grands coups de sabots.

Il faut reconnaitre que ces groupes musicaux folkloriques, enrubannés, pour ne pas dire déguisés, dont l’authenticité laissait souvent à désirer, semblaient plus proches d'une l’image d’Epinal qu’à celle d’une musique vraiment vivante.

Il s’agissait donc alors de faire revivre ce genre, en utilisant autant les instruments d’alors, que ceux d’aujourd’hui, invitant même dans la noce des instruments venus d’ailleurs : dulcimer, banjo 5 cordes, guimbarde, etc... Certains groupes allant jusqu’à inventer de nouveaux instruments.

Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut s’intéresser à un certain Woody Guthrie, qui fut l’inspirateur de Bob Dylan, (lien) et de quelques autres, s’intéresser aussi aux protest songs, aux chants de travail, de prison, de fête, parsemés de légendes plus ou moins authentiques. écoutez

Certains artistes prestigieux furent invités en Europe : Derroll Adams et son légendaire banjo, par exemple et tant d’autres.

D’ailleurs, aux USA, un festival folk avait lieu dès 1962, « l’American Folk Blues Festival », dont il reste au moins les LP 33T.

On pouvait y entendre John Lee Hooker, Memphis Slim, Sonny Terry, Brownie Mc Ghee, et beaucoup d’autres. écoutez

Il serait anormal de passer aussi sous silence le folk sud-américain, notamment celui du Buena Vista Social Club, qui, par le plus grand des hasards, remis en scène d’authentiques artistes oubliés, porteurs de la mémoire musicale de leur pays. écoutez

Ils ont été non seulement les acteurs d’un certain renouveau d’une mouvance folk, mais se sont aussi retrouvés dans celle du Jazz...

Hélas oublié dans mon dernier article, cette musique afro-cubaine est l’une des composantes essentielle qui a aussi permis l’évolution du jazz...

Mais en France, on partait de plus loin, il fallait d’abord puiser dans le répertoire louisianais, québécois, qui avait gardé très vivantes beaucoup de musiques, de chansons.

Mais il fallait aussi faire du « collectage », visitant les fins fonds du Berry, ou d’ailleurs, afin de trouver des musiciens, des chanteurs, du cru, qui avaient gardé un peu de cet héritage, et qui, pour certains, avaient continué à le pratiquer.

Le folk américain avait déjà débarqué lors de la 2ème guerre mondiale…à l’image du héros de Morris, Lucky Luke, lequel entonnait un chant de cow-boy, provoquant la panique à un troupeau de vaches. Voir page 24

Puis le temps a passé.

Des clubs de folk s’étaient ouverts ci et là...

Le premier hootenanny parisien s’était tenu au célèbre Café de la Gare, en décembre 69, et son créateur, Romain Bouteille, avait accepté de le louer tous les lundis, puisque ce soir-là, c’était relâche, d’autant que Bouteille avait demandé le concours des Wright, Masson, et Waring, qui donnaient des intermèdes musicaux, entre les sketchs de Miou-Miou, Coluche, Dewaere...

L’un des acteurs français du renouveau du folk reste aujourd’hui encore assez méconnu, il s’appelle René Zosso, et ce vielleux contemporain avait, en territoire genevois, lancé un hootenanny, dans la droite ligne du hootenanny parisien, dans lequel tout le monde pouvait faire acte de création, en chansons, en texte, en musique : je l’ai déjà évoqué dans un article ancien

Ainsi Zosso allait nous faire découvrir Roger Masson, Steve Waring, mais aussi Alan Stivell, Derroll Adams, Tucker Zimmerman, Grand-Mère Funibus Folk ...écoutez

L’un des 1ers à chanter en France «  travailler c’est trop dur »...écoutez

On y trouvait Ben, (Jacques Benhaïm) une sorte de clochard céleste, au violon, guitare, Christian Leroi-Gourhan au dulcimer, Michel Hindenoch, violon, banjo, guimbarde.... lien

Plus tard, Zosso m’avait transmis le flambeau du Hootenanny genevois…et petit à petit, au fil des complicités, je découvris deux musiciens qui m’accompagnaient parfois dans mes chansons…d’autres allaient s’y joindre plus tard, et Aristide Padygros était né, chaque lettre du nom étant la première de chacun de nos prénoms.

Forts des rencontres que nous avions faits, nous allions mêler à mes protests songs des thèmes du folk, cajun, français, voire québécois…un spectacle assez improvisé, parfois délirant, largement inspiré de l’humour des Monthy Pyton, et à nos débuts, nous étions peu prisés des fervents purs et dur du Folk...

Notre première apparition dans un festival Folk fut à Lenzburg, en Juillet 74... lien

La même année, Coluche, que nous avions rencontré alors qu’il n’était qu’en devenir, lors d’une TV genevoise, (lien) se lia d’amitié avec nous, et nous invita dans son « Caf Conc’ des Champs Elysées  », nous proposant une première partie...lien

La boucle était bouclée... Coluche, celui qui, avec d’autres, avait essuyé les plâtres du café de la Gare, lequel invitait les « folkeux » d’alors à faire d’originales transitions, nous avait proposé un sympathique tremplin.

Devant le succès grandissant (nous avions joué à Cazals devant 40 000 personnes) (lien), la TV suisse nous proposa un budget pour réaliser un long métrage.

Hélas, devant la pression, le groupe, par une majorité de 4 contre 3, décida de laisser tomber notre stratégie basée sur la complicité et l’improvisation, et se mit en tête d’écrire un scénario de gags...l’échec, prévisible, du film mit fin à ma collaboration au groupe, et je décidais de quitter la Suisse par la même occasion, reprenant mon bâton de pèlerin...

Bien m’en pris car le groupe cessa bientôt les concerts, n’ayant plus la même adhésion du public...

Mais revenons au Folk.

A part Genève, un club de Folk s’était ouvert à Nyon en 1974 et aller faire parler de lui, jusqu’à aujourd’hui, car son animateur, un certain Daniel Rosselat, allait donner naissance quelques années plus tard, à l’un des plus gros festival européen, (230 000 visiteurs cette année) le Paléo Festival, dont Padygros fut fier d’avoir été l’un des invités, aux côtés de Marcel Daddi, François Béranger, et de quelques autres (lien) en 1977, devant, à l’époque, 17000 spectateurs. lien

Le 1er festival de Folk en France se déroula à Lambesc, en aout 1970, puis l’année suivante vint celui de Malataverne, co-organisé par un certain Pierre Toussaint en mai 1971… j’en garde un souvenir ému…lien

J’y avais découvert Malicorne, la Bamboche, la Chiffonie, Roger Masson, François Béranger, Catherine Perrier et John Wright, René Zosso, Bill Deraime, Christian Leroy Gour ’han, Deroll Adams, Steve Waring, Valérie Lagrange et quelques autres

L’année suivante, ce fut le festival de Vesdun, festival, organisé conjointement par les clubs du Bourdon et de la Chanterelle, où l’on trouvait côte à côte, les nouveaux folkeux, et les anciens, notamment un certain André Dubois, à la vielle à roue, un sancerrois producteur aussi de Crottins de Chavignol.

On assista ce soir-là à un mémorable et improvisé duo de guimbarde entre John Wright et Tran Quang Haï, intitulé Haï and me. écoutez

Aujourd’hui il est trop tôt pour faire le bilan de l’évolution actuelle ...les instruments électrifiés utilisés par de nombreux acteurs de la scène folk... Malicorne, et bien d’autres, ont sans doute fait encore évoluer la musique dite « folklorique »...écoutez

Et puis la mondialisation a fait surgir la musique indienne, voire chinoise, voire d’Europe de l’Est. Ecoutez Gadji-Gadjo, ces québécois très inspirés par les tziganes.

Le continent africain n’est pas à la traîne, loin s’en faut, et Tiken Jah Facoly en est la preuve vivante...et il est loin d’être le seul...écoutez

La facilité des déplacements, le brassage des cultures, boostés peut être par le changement climatique, ou le niveau de l’oppression politique de certains citoyens, sont en train de faire renaître des musiques, des cultures, qui étaient sur le point d’être oubliées.

Nous n’en sommes probablement qu’aux prémices d’une nouvelle évolution de ces musiques, ce que l’avenir confirmera, ou pas...

Le groupe ill-river, avec son Urban folk en est peut-être la preuve...écoutez

Et quid d’Alexandre Kinn, avec son bio-folk que certains nomment déjà « le nouveau prince du folk français »... ? écoutez

Connaissez-vous Pep’s, qui après son Liberta, propose d’autres pistes ? écoutez

Il sera le 26 août prochain au Zic Off festival de Passins, en Isère. lien

Mais comme dit mon vieil ami africain : « c’est toujours au bout de la vieille corde qu’on tisse la nouvelle ». 

L’image illustrant l’article vient de http://anotherwhiskyformisterbukowski.com

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

Articles anciens

Gervais n’est pas qu’un fromage

Le jass, c’est quoi ce bordel !

Coluche, la mort d’un mec bien

 

Albums cultes

1er festival folk de Lambesc 1970

Musique populaire d’expression française

C’est la fête à Malataverne 1971

1er festival de musique traditionnelle 1972

3ème folk festival auf der Lenzburg 1974

Festival de Mamirolles juin 1976

 


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60 réactions à cet article    


  • sarcastelle sarcastelle 25 août 12:04

    Le folklore après le jazz. Je préférais la musique des neutrons. 


    • sarcastelle sarcastelle 25 août 12:15

      Monsieur Cabanel, faites quelque chose, il y en à depuis hier qui font rien qu’à dire des bêtises sur votre grand Henri Guillemin :

      .

      • sarcastelle sarcastelle 25 août 12:15

        @sarcastelle
        .

        sans accent sur le « a », naturellement. 

      • olivier cabanel olivier cabanel 25 août 13:31

        @sarcastelle
        perdre son temps avec des cons, s’est s’exposer à le devenir... alors laissons les à leurs lubies.

         smiley

      • covadonga*722 covadonga*722 25 août 12:53

        heu ça aurait pas des relents Pétainiste le folk mmmmm ????démarrer en 68 ce qui sourdait depuis

        les HLPSDNH , 68 n’est qu’un accommodement a l’américanisme ambiant ou la voix des
        « raisins de la colère » invoqué comme label moral n’a eu que très peu a voir.Vendre la culture du peuple mais en coupant les racines identitaires « beurk fi » 
        La musique du/des peuples expliqués et commentés par les « sachant » m’a toujours semblé 
        comparable a un joueur de bonneteau utilisant le mot honnêteté dans son boniment .

        asinus : ne varietur


        • olivier cabanel olivier cabanel 25 août 13:32

          @covadonga*722
          oui, peut être... ou pas !

           smiley

        • Cateaufoncel 25 août 13:29

          Le déracinement boboïsant musical de la France est un symptôme attristant, quand on constate que la Volksmusik germanique (D, CH, A) est perpétuée par une quarantaine de radios émettant 24 heures sur 24, avec leurs tubes, leurs hit-parade, leurs classiques*...

          Exemple :

          * Aus die Böhmen kommt die Musik

          A noter le chanteur en veste jaune et chemise noire. Il se nomme Karel Gott, et il fut porte-parole des artistes acquis à la « normalisation » communiste consécutive au printemps de Prague.


          • olivier cabanel olivier cabanel 25 août 13:33

            @Cateaufoncel
            mais ce n’est pas parce que le plus grand nombre prend une piste qu’elle est fatalement bonne.

             smiley

          • Fergus Fergus 25 août 13:39

            Bonjour, Cateaufoncel

            Sans oublier le groupe... alsacien Geranium dont je regrette de n’avoir pu trouver de lien sur « Die fahrt ins heu » ou « Kumma geh spela ». A défaut, voici « Nach grüner Farb » sur une musique de Praetorius.



          • Cateaufoncel 25 août 14:46

            @Fergus

            « ...
            le groupe... alsacien Geranium... »

            Je ne connaissais pas. A part Der Hans im Schnokeloch, et encore, rien ne parvient au grand public, parce que rien n’est fait pour assurer une audience nationale à la musique de péquenots.

            Et je crains que le folklore dépoussiéré de Cabanel, ne doive être compris comme « débouseuïsé ».


          • Robert Lavigue Robert Lavigue 25 août 15:48

            @Cateaufoncel

            Fergus en parlera très certainement bien mieux que moi ! C’est difficile de faire passer passer aux Vosges un folklore germanique ! Il passe beaucoup plus facilement le Rhin (dans les deux sens)...

            Pour ce qui est de Géranium, Fergus en parlera très certainement bien mieux que moi.

            Géranium relève plus d’une démarche de type ethnographique (un peu comme on irait enregistrer une tribu amérindienne). Ce sont des comptines, des accompagnements de danse, quelques chants grivois, etc. On les retrouve des deux côtés du Rhin. C’est grâce à Géranium et à beaucoup d’autres que ces chansons ont été préservées. Ce patrimoine immatériel le méritait.

            Ce que fergus n’a pas relevé, mais il en parlera bien mieux que moi, c’est le véritable folk de cette région : LES CANTIQUES ! Une spécialité des Protestants...

            Enfin, Fergus a omis de citer Die Gedanken sind Frei, mais c’est pour mieux en parler que moi.

            S’il est un refrain qui est toujours repris par le public (et de préférence en allemand), c’est bien celui-ci
            Voir par exemple cette très belle version donnée par des collégiens

            (J’ai chanté ce refrain des centaines de fois, toujours avec la même émotion. C’est une partie de moi-même. Mais, Fergus en parlera bien mieux que moi)

            Pour les folkeux, cette version de Pete Seeger (1966)
            Il y a aussi une version de Léonard Cohen
            Une version plus jazzy
            ou une version punk-folk (à partir de 2 minutes)


          • Fergus Fergus 25 août 16:09

            Bonjour, Robert Lavigue

            Toujours aussi sarcastique !

            Merci d’avoir évoqué Die Gedanken sind frei. Un chant de dimension patrimoniale qui dépasse largement le cadre de la musique folk. Vous en avez très bien parlé, je n’ai donc rien de plus à ajouter. smiley


          • Robert Lavigue Robert Lavigue 25 août 16:19

            @Robert Lavigue

            on peut y ajouter cette version Metal

            La preuve que le public peut être un choeur tout à fait acceptable.
            https://www.youtube.com/watch?v=cvcTOxXz3gU
            (Konstantin Wecker a modernisé les paroles)

            Une version électro pour les amateurs.

            Une version variété par un Gilbert Bécaud germain

            Déguisés comme des Nabum, une version folklorisante, Blut und Erde


          • Robert Lavigue Robert Lavigue 25 août 16:47

            @Fergus

            Un chant de dimension patrimoniale qui dépasse largement le cadre de la musique folk.

            Dimension patrimoniale, mon cul ! Vous en avez d’autres en stock comme celle-là ? J’suis presque en rupture identitaire.

            Et même si cela devait vous déplaire, CHEZ MOI, c’est du folk tout ce qu’il y a de plus roots !

            Ma grand-mère chantait cette chanson (comme un cantique), je la chante (très mal), ma fille la chante (bien mieux).
            Elle se chante debout, RESPECTUEUSEMENT, EN COMMUNION, à la fin des concerts, lors de la représentation annuelle d’une chorale ou des fêtes de collèges quand on peut encore se permettre cette fantaisie. Les temps changent comme le dirait Dylan.

            Peu importe les origines. Dans la première vidéo, une jeune fille qui n’a pas vraiment le morphotype alsacien chante un couplet en allemand. Elle vit cette chanson. J’ai entendu des personnes qui n’en comprenaient pas un traître mot la chantonner, puis demander ce que c’était que cette chanson, pourquoi ce rituel, comment ça se faisait que tout le monde la connaissait, etc.

            Une mélodie de cantique et un protest song en même temps. Un gospel du début XIXème ? Un blues de la vallée du Rhin ?


          • Cateaufoncel 25 août 17:28

            @Robert Lavigue

            " C’est difficile de faire passer passer aux Vosges un folklore germanique !"

            J’imagine, mais je n’ai parlé de l’Alsace qu’incidemment : C’est un folkore de France, avec vingt ou trente autres, peut-être plus, dont la pérennité devrait être assurée, ni plus ni moins que tous les autres.

            Mais à part, Jean-Pierre Pernaut, sur LCI, dans Au coeur des régions, qui s’en soucie ? Cette émission m’aura fait découvrir le chant pyrénéen, dans sa spécificité, dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Ce qui est assez triste, tout de même...


          • Fergus Fergus 25 août 17:29

            @ Robert Lavigue

            « Elle se chante debout, RESPECTUEUSEMENT, EN COMMUNION, à la fin des concerts, lors de la représentation annuelle d’une chorale ou des fêtes de collèges"

            Précisément ! C’est bien pour cela, entre autres, que j’ai parlé de « dimension patrimoniale » tant ce chant fait profondément partie de la culture. Une simple mélodie folk n’est pas ressentie de cette manière.

            Cela me fait penser à Waltzing Matilda, un vieil air du folklore australien qui raconte la pérégrination d’un modeste « swagman » (un vagabond). Une simple chanson passée au fil du temps du folk à l’état d’hymne officieux, au point d’avoir obtenu en 1977 un score intermédiaire entre l’Advance Australia Fair et le God Save The Queen pour désigner par référendum l’hymne officiel du pays. J’ai évoqué cela dans un article de 2009 intitulé « Waltzing Matilda » ou l’enfer des Dardanelles. Aujourd’hui encore, ce chant est toujours considéré comme un hymne officieux de l’Australie.



          • Robert Lavigue Robert Lavigue 25 août 18:36

            @Cateaufoncel

            Je ne connais rien au chant pyrénéen, mais peut-être que lui aussi passe plus facilement les cols vers l’Espagne que les portes des salons mondains.

            Pour l’Alsace. Je ne la connais bien entendu pas aussi bien que Fergus :
            C’est un folklore de France, avec vingt ou trente autres
            Oui et non ! Mais, Fergus vous l’expliquera beaucoup mieux que moi. Je ne maîtrise pas les vrais mots mitoyens qu’il faut employer.

            Sur nos cartes routières, le Rhin marque une frontière politique (rive droite l’Allemagne, rive gauche la France). Culturellement, c’est beaucoup plus complexe.

            1) Le Rhin est souvent un trait-d’union entre ses deux rives. Mais pas toujours !
            Pour bien des choses, je suis culturellement plus proche d’un Bâlois (150 km) ou même d’un habitant de Coblenz (300 km) que d’un Lorrain (moins de 70 km). Les primitifs rhénans (je rassure Péronnelle des Calanques, je ne sombre pas dans le racisme, ce sont des peintres) sont tous de mon pays. Pour d’autres choses, c’est l’inverse.

            2) L’Alsace est traversée par de multiples frontières, dont une frontière linguistique (on n’y parle pas alsacien partout, même dans les campagnes). Et d’un village à l’autre, on ne parle pas le même alsacien.

            3) il y a le poids de l’histoire. Par exemple, mon arrière-grand mère a changé 4 fois de nationalité sans jamais avoir quitté son village, sans avoir jamais appris le français et sans savoir parler un allemand correct ! Elle ne parlait bien que l’alsacien. Par contre, elle chantait les cantiques dans un allemand parfait, comme toutes les folkeuses du village.

            4) il y a des frontières religieuses (catholiques-protestants), sans compter les communautés juives (y compris rurales), ce que nous appelons les Vanniers (des Yeniches ou des Tziganes), les Mennonites, etc. Même si la pratique religieuse se réduit à une peau de chagrin, les conséquences subsistent. Que cela convienne ou non à Fergus, à son laïcisme convenu et à son fantasme européiste.

            4) La ligne de crête des Vosges, le piémont des Vosges ou de la Forêt Noire, la frontière linguistique dans les vallées, le Rhin, le Pays de Bade, la ligne de crête de la Forêt Noire, la ville et la campagne. Chacun de ces trucs peut faire fonction de frontière, selon le contexte.
            Vous comprendrez qu’avec cet environnement je ne vive pas dans le confort intellectuel et les certitudes mitoyennes de Fergus et de ses comparses.

            En Alsace, pour le folklore, on a plutôt (et très grossièrement) un ensemble qui appartient à une aire germanique (Baden-Wurtenberg-Alsace), avec des apports des régions limitrophes.

            Tout ça pour vous dire qu’il n’y a pas plus multiculturaliste que moi ! Et que Die Gedanken sind frei est un folk...


          • olivier cabanel olivier cabanel 25 août 22:02

            @Cateaufoncel
            j’ai bien connu le groupe géranium, croisé dans plusieurs festivals,

            de bons musiciens... sympas et drôles... je ne sais pas ce qu’ils sont devenus ?...

          • Robert Lavigue Robert Lavigue 25 août 22:50

            @olivier cabanel

            Géranium (...) je ne sais pas ce qu’ils sont devenus ?...

            Ils ont fêté leurs 41 ans de carrière l’année dernière.
            Certains ont pris coup de vieux (il y a aussi quelques petits nouveaux-nouvelles), certaines de leurs productions aussi, mais aucun n’a pris la grosse tête...
            https://www.francebleu.fr/infos/culture-loisirs/le-groupe-de-folk-alsacien-geranium-n-jamais-fane-il-fete-ses-40-ans-samedi-soir-1457098947

            C’était vraiment sympa... Souvenirs, souvenirs...


          • Fergus Fergus 25 août 13:31

            Bonjour, Olivier

            Malicorne qui a donné son dernier concert sur la grande scène de Paimpol 2017 il y a une dizaine de jour en ma présence. L’occasion pour moi de leur tirer mon chapeau pour l’ensemble de leur carrière.

            Le folk, terme générique très large, voilà un genre qui me convient très bien tant il est riche d’inspirations variées et de groupes de très grand talent.

            La Nuova Compagnia di Canto Popolare par exemple, à laquelle j’ai récemment (2 mai) rendu hommage dans un article intitulé Formidable NCCP : tout le soleil du sud de l’Italie ! L’un de mes groupes préférés depuis des années.

            Autre groupe pour lequel j’ai une très grande admiration : Steeleye Span (GB). Sans doute leur consacrerai-je un jour un article tant leur talent est immense. Encore devrais-je citer de nombreux autres groupes de différentes nationalités, injustement méconnus du public français.

            Un mot pour finir sur la musique klezmer pour laquelle j’ai un goût très marqué. J’ai consacré à ce genre un article en avril 2011 : Musique klezmer : de Pitchi Poï à New York.

            Le folk, un sujet inépuisable. Merci de l’avoir abordé ici.


            • olivier cabanel olivier cabanel 25 août 13:34

              @Fergus
              et merci à toi d’avoir contribué à élargir ma réflexion...

              tout de bon, comme on disait en Suisse !*
               smiley

            • Fergus Fergus 25 août 13:53

              @ Olivier

              A propos de Suisse, une légende des Alpes germaniques : le Bavarois Franzl Lang, ici dans un grand classique « Das Kufsteiner Lied  ». Bon, c’est plus du folklore que du folk, mais ne va surtout pas dire cela dans une Bierstube du Tyrol ou de l’Oberland Bernois, au risque d’être balancé dans l’Inn ou dans l’Aare ! smiley 


            • Cateaufoncel 25 août 17:14

              @Fergus

              Je crains que la Suisse n’ait que peu à y voir :

              Kennst du die Perle, die Perle Tirols,
              Das Städtchen Kufstein, das kennst du wohl ;

              Pour la petite histoire : cette chanson est au répertoire de Hansi Hinterseer, qui s’est reconverti, avec succès, dans la chanson après avoir été skieur professionnel (médaille d’argent au championnat du monde de slalom géant, en 1974, coupe du monde de slalom géant, en 1973, et 3e de la Coupe du monde en 1974), et dont le père avait été médaillé d’or en slalom, lors des J.O. de 1960.


            • Fergus Fergus 25 août 17:40

              @ Cateaufoncel

              Je connais Kufstein et le Tyrol, évidemment autrichiens. Et comme je l’ai indiqué, Franzl Lang est allemand (ou plutôt était car il est décédé en 2015). Ce chanteur et cette chanson n’en sont pas moins considérés comme d’incontournables éléments du patrimoine alpin en Suisse alémanique. Au même titre que le Trio Oesch qui, lui, est bel et bien 100 % suisse.

              Franzl Lang, je l’ai personnellement entendu dans une Wienstube de Lucerne en... 1972 ! Souvenirs... smiley


            • olivier cabanel olivier cabanel 25 août 22:03

              @Fergus
              j’ai des souvenirs amusés de la suisse dite « primitive »...

              des cantons étranges ou quand on avait les cheveux longs, et que l’on rentrait dans un bistrot, il ne fallait pas espérer être servis...
              comme si nous n’existions pas.
               smiley

            • olivier cabanel olivier cabanel 26 août 08:14

              @Fergus
              au sujet des bavarois, 

              ils pratiquent le yodel, (ici)et c’est intéressant de retrouver cette technique dans l’ouest américain ! ici

            • olivier cabanel olivier cabanel 26 août 08:15

              @olivier cabanel
              ou encore ici !!!



            • Fergus Fergus 26 août 08:56

              Bonjour, olivier

              Le yodel a été exporté aux Etats-Unis dans les bagages des immigrés germaniques. Et comme tu le montres, il a été très utilisé dans la musique country.

              Pour ce qui est du yodel alpin, il prend une dimension de carte postale sonore et visuelle lorsqu’il est pratiqué par les chanteurs de schuhplatter en culotte de cuir et plumet sur le chapeau !


            • olivier cabanel olivier cabanel 26 août 11:09

              @Fergus
              re bonjour

              nous avions au sein de notre groupe un membre qui yodlait très bien...
              il en fait une démonstration dans notre second disque (le mouchoir)
              à+

            • soi même 25 août 13:36

              Encore un glissement sémantique entre folklore et folk, la musique folklorique est à rattaché à la sagesse populaire au même titre que les mythes et légendes et le folk qui est a la croisé des chemin du blues, du country du rock et de la pop n’a qu’un lien très tenue avec la musique folklorique.

              encore un article d’un matou vue fouteur de merde individualiste tontiné d’un post soixante huitard décadent qui montre en définitif toute sa superficialité au grand jour de son inculture musicale.


              • Fergus Fergus 25 août 14:00

                Bonjour, soi même

                Je pense que c’est un faux débat : le sens des mots évolue comme le contenu des musiques. Folk avait un sens plus restreint à l’origine, mais l’on peut désormais l’associer à ce que l’on nomme les « musiques du monde » dans des versions revisitées du patrimoine folklorique, ou dans des créations en filiation des précédentes, parfois - et même de plus en plus - métissées,à l’image des musiques folk bretonnes associant des apports corses ou berbères.


              • Robert Lavigue Robert Lavigue 25 août 19:49

                @Fergus

                à l’image des musiques folk bretonnes associant des apports corses ou berbères.

                Dites-donc, ça ratisse large par chez vous ! Ce n’est plus du métissage, mais du génie génétique...

                Par chez moi, on se la joue plus fine. Métissage revisité (j’aime bien votre expression creuse) du Yiddish et de la musique tzigane par exemple ! Z’ont jamais rien osé avec les Anabaptistes... Faut dire que ça ne rigole pas beaucoup chez eux...

                Puisque je vous tiens, j’ai oublié nos Charlie régionaux de l’étape dans une (médiocre) version polyglotte de Die Gedanken sind frei.


              • Fergus Fergus 25 août 20:28

                @ Robert Lavigue

                Je n’ai jamais parlé de « métissage revisité » !!!

                En revanche oui, de tradition revisitée ici, ou de métissage là.

                Cela dit, pour ce qui est de « métissage revisité du yiddish et de la musique tzigane », cela existe, et notamment chez Bratsch  !


              • Robert Lavigue Robert Lavigue 25 août 22:15

                @Fergus

                Bien que n’étant pas un membre reconnu des Forces du Vrai, du Beau et du Bien, il m’arrive de vaguement m’instruire. J’ai même la prétention de mieux connaître certaines cultures de ma région que vous ! Pour ce qui est de l’Australie, c’est un peu loin pour moi...

                On choisit pas sa famille, on choisit ses amis. Je dois beaucoup à leurs diversités (métissées ?), à leur savoir, à leur curiosité et à leur plaisir de les partager.

                Ce n’est donc pas vous qui allez m’apprendre que le métissage du Yiddish et des Ziginer existe... du moins au sens musical du terme.
                Bratsch ? Mais j’ai les mêmes à la maison ! En moins bien peut-être, mais c’est du local sans adjuvants.
                https://www.youtube.com/watch?v=Mug0U1RCWK4

                Pour ce qui est des membres ordinaires de ces deux communautés, le métissage reste largement du domaine du fantasme multiculturaliste, mais c’est une autre question.


              • Fergus Fergus 26 août 09:07

                Bonjour, Robert Lavigue

                Merci pour le lien.

                Ce type de métissage est en réalité pratiqué par la plupart des « klezmorim », autrement dit des musiciens de tradition klezmer.

                Dans l’article sur ce genre musical que j’ai mis en lien dans un commentaire à Olivier Cabanel, j’ai écrit ceci :

                « Née dans les territoires d’Europe de l’Est, la musique klezmer aurait pu se fondre totalement dans les musiques tsiganes et balkaniques au cours du 20e siècle avec l’émergence de métissages de plus en plus audacieux au fil du temps. Au risque d’entraîner la disparition du chant yiddish. Cela n’a pas été le cas, grâce aux grandes vagues de migrations des Juifs en direction des États-Unis » 

                Le yiddish a survécu - et j’en suis ravi -, grâce à la détermination des klezmorim à le perpétuer, mais le fait est que le métissage avec la culture musicale tzigane est devenu une réalité courante.


              • Robert Lavigue Robert Lavigue 26 août 13:27

                @Fergus

                la musique klezmer aurait pu se fondre totalement dans les musiques tsiganes et balkaniques au cours du 20e siècle avec l’émergence de métissages de plus en plus audacieux au fil du temps

                Celle-là je la garde pour l’anthologie d’ethno-musicographie mitoyenne que j’envisage de publier à compte d’auteur !

                Il faut vraiment être complètement timbré pour imaginer un métissage qui donnerait naissance à une forme de culture... judéo-tzigane ! C’est une insulte à toutes les cultures.

                1) La musique klezmer (dans sa version européenne) aurait pu disparaître (ou se fondre dans n’importe quoi d’autre) faute d’un nombre suffisant de Juifs pour la pratiquer et l’apprécier. Je ne vous ferai pas l’insulte de vous rappeler pourquoi ces Juifs ont presque disparu dans les pays européens où le klezmer se pratiquait. La survivance et le revival du klezmer métissé dont vous faites grand cas n’a pas grand chose à voir avec l’émigration juive vers les USA (volontaire avant 1933 ou forcée après).

                2) Réduire le chant yiddish à sa version klezmer est aussi idiot que de réduire la pratique du violon à André Rieu !
                Vos métissages ne semblent pas avoir eu beaucoup d’influence sur ceci :
                https://www.youtube.com/watch?v=51DXDVeWSfU
                https://www.youtube.com/watch?v=U8VQz69Id7c
                Vous devriez intervenir et imposer vos orchestrations multiculturalistes.

                3) Je ne comprends pas le yiddish aussi bien que vous, mais à l’oreille, c’est une langue qui me parle. Je ne comprends pas un traitre mot de Romani, mais les Ziginer utilisent beaucoup une forme du dialecte alsacien, souvent ça ressemble au Yédisch-Daïtsch (la variante locale du yiddish). Je n’en tire aucune conclusion métissée.

                4) Le yiddish n’a pas survécu grâce à la détermination des klezmorin. Le yiddish a survécu grâce à la détermination d’une partie d’une communauté à revendiquer une identité (réelle ou imaginaire, c’est une autre affaire). Les klezmorin n’ont été qu’un support de cette revendication, au même titre que la poésie, la cuisine ou la mode. Il se dit même dans certains milieux arriérés (ceux qui n’ont pas encore été illuminés par votre métissage revisité) que votre soupe multiculturaliste n’a pas grand chose à voir avec le klezmer, si ce n’est l’étiquette attrape-gogos.

                5) Il n’y a aucun rapport entre les influences dont le klezmer a pu bénéficier (en Europe ou aux USA) et le marketing de la World Music dont vous faites grand cas.
                Dans un cas, il s’agit d’un phénomène naturel (un musicien itinérant qui s’inspire de la musique d’une autre communauté), dans l’autre de quelque chose d’artificiel, d’une construction savante, dans le meilleur des cas. Un peu comme Bach qui revisitait (sic) des airs populaires pour en faire des cantates.
                ---
                Contrairement à vous, je ne suis pas en mesure de renvoyer le lecteur vers mes indispensables oeuvres mitoyennes. Je me contenterai donc de ce billet consacré à un poète yiddish de la fin du XIXème (il a émigré vers les USA en 1886) et à un illustrateur Jugendstil.
                Un bien curieux métissage qui lui n’a rien de mitoyen !
                https://lavigue.blogspot.fr/2017/08/ephraim-moses-lilien-les-chants-du.html


              • Fergus Fergus 26 août 16:47

                @ Robert Lavigue

                Je n’entends pas polémiquer sans fin avec vous sur le sujet, et cela d’autant moins que vous déformez mes propos en me présentant comme une victime du marketing de la world music, ce que je ne suis pas, loin s’en faut.

                Concernant le chant yiddish, mes préférences restent d’ailleurs à des vieux enregistrements d’Aaron Lebedeff, de Naftule Brandwein ou de l’Abe Schwarz Orchestra. Sachez en outre que ce j’ai eu l’occasion d’écrire sur le sujet - musique klezmer et chant yiddish - a été validé par des amis juifs, et notamment par l’un d’eux, ancien membre du groupe Kol Aviv et ami de la chanteuse yiddish Talila qui a toujours dit, en substance, que « la culture yiddish est l’art de mélanger les genres » .

                Enfin, je vous mets là un autre extrait de mon articlé précédemment cité qui vous éclairera peut-être sur les évolutions de la musique klezmer et l’apport qu’elle a évidemment reçu des musiques d’origine tzigane :

                « Certes, le violon, la flûte, la clarinette, le violoncelle, l’accordéon et les percussions sont toujours là, mais sont venus s’y adjoindre dans les formations plus importantes aux allures de fanfare, le banjo, le saxophone, le trombone, et même le soubassophone »

                Je vous souhaite une excellente fin de journée !


              • troletbuse troletbuse 25 août 14:30

                Tiens, encore un marron. Ils sont en avance cette année  smiley


                • troletbuse troletbuse 25 août 14:30

                  @troletbuse
                  Macron marron ?


                • nono le simplet nono le simplet 25 août 14:30

                  merci pour cet article

                  et une pensée particulière pour François et Marcel 
                  pour Memphis Slim je l’ai vu dans les années 80 sur une petite scène en Corrèze, une bouteille de whisky cul-sec avant de monter ... mais quel talent !

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