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Le Jardin des Finzi Contini de Vittorio de Sica

Ad Vitam

VIDEO

Le jardin des Finzi Contini, l’un des derniers films produit par le cinéaste et acteur Vittorio de Sica, peut-être le plus beau, le plus abouti de l’auteur de quelques-uns des longs métrages les plus marquants du néo-réalisme italien, après avoir fait l’objet d’une remise en circuit dans la diffusion cinématographique, a été récemment, et pour notre plus grand plaisir,enregistré sur DVD. Avec ce long métrage d’une force et d’une grâce bouleversantes, De Sica s’est haussé à un niveau supérieur, faisant de cette oeuvre (tirée du roman éponyme de Giorgio Bassani) une sorte de symphonie douloureuse et immensément belle. Tout au long de la pellicule, le cinéaste nous dépeint la sombre période de l’histoire italienne où, à la suite du rapprochement entre les idéologies fasciste et nazie, la population juive de la péninsule se vit pourchassée, puis emportée dans des rafles dont on sait comment elle s’achevèrent.

A Ferrare, en 1938, une jeune bande d’amis aime à se rejoindre, dès qu’elle en a l’occasion, dans les magnifiques jardins et sur les courts de tennis du palais des Finzi Contini, aristocrates juifs d’un niveau social élevé et fort bien intégrés dans la société de cette ville du nord de l’Italie. Les mesures antijuives se multiplient, en effet, et les clubs sportifs sont bientôt interdits aux membres non aryens. Cependant la famille ne peut croire à cette menace voilée, tant elle se sent en osmose totale avec cette terre sur laquelle elle vit, travaille, naît et meurt depuis des générations et dont elle a fait, à tout jamais, son pays d’adoption. C’est ainsi que les jeunes gens se plaisent à se retrouver dans le parc - qui semble à l’abri des risques comme un paradis clos - et où Giorgio, le voisin des Finzi Contini, rencontre la belle Micol dont il est amoureux. Peu à peu, l’ombre du malheur s’intensifie, se fait plus oppressante au coeur de ce lieu idyllique où les choses paraîssent s’être agencées naturellement pour le seul plaisir des sens, la seule sérénité de l’esprit. On assiste, dès lors, à une progression dramatique qui s’organise autour de l’évolution des états d’âme des principaux personnages que les événements ne peuvent manquer d’influencer.

Dominique Sanda et Lino Capolicchio. Ad Vitam

Pour cette démonstration magistrale, De Sica use d’une lumière excessivement travaillée, afin de placer ses héros dans un halo qui rehausse encore leur beauté et leur séduction, les idéalisant à l’extrême, de façon à les faire ressembler aux dieux d’une olympe fatalement inaccessible au commun des mortels et qui, malgré cela, seront emportés et anéantis par les tourments meurtriers de l’Histoire. A travers ces images enchanteresses, le message est clair : ce qui était apparu jusqu’alors comme un microcosme social quasi irréel, comme protégé du malheur par l’invisible puissance d’un privilège exceptionnel, la seule magie de l’élégance et de la richesse, oui, la fatalité le broiera, à l’égal des autres et peut-être plus impitoyablement que les autres, dans son étau infernal. Oui, la beauté d’un monde fait d’agrément, de charme et d’harmonie est désormais menacée...

Nous assistons ainsi à la montée de l’antisémitisme et voyons s’actualiser ce qui, dès le début, s’annonçait comme la fin inévitable, la mort programmée de cette jeunesse trop belle et insouciante qui échangeait des balles sur un court de tennis cerné de toutes parts par un jardin faussement édénique. Fin d’un monde, fin d’un temps, fin d’une société qui sombrent dans l’horreur et l’inhumanité, sacrifiant une jeunesse qui n’aura jamais été qu’un fruit vert, qu’un blé en herbe. Lors de la dernière scène, la famille s’avance sur le perron de la demeure tout de noir vêtue, après qu’elle l’ait été de blanc dans la plénitude de son bonheur. Puis s’éloignent dans un fondu mordoré le palais, les arbres du parc et le parc lui-même. Les Finzi Contini, chassés de leur paradis, font planer sur l’assistance un muet désespoir et naître chez chacun des spectateurs une nostalgie prégnante, longue à évacuer. Quelques trente -cinq ans après sa sortie, la copie restaurée de ce chef-d’oeuvre est disponible pour enrichir nos vidéothèques et nous assurer de la même émotion inspirée par la vision tragique de cette page de notre histoire, par les douleurs provoquées et la mélancolie que suscite immanquablement l’impossible amour de Micol et de Giorgio. Inoubliable.


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1 réactions à cet article    


  • Jean-Paul Doguet 5 juillet 2008 18:53

    J’aime bien ce film mais vous y allez un peu fort en écrivant qu’il est "le plus beau, le plus abouti" de Vittorio de Sica. Je n’irai pas jusque là et je réserverai cet honneur à "Umberto D" et plus encore bien sûr au "Voleur de bicyclette". 
    Il me semble au contraire que ce que vous considérez comme des qualités, l’esthétisme et les "beaux acteurs" est plutôt une faiblesse vu le sujet. Dominique Sanda est une actrice que j’ai toujours trouvée exaspérante mais là c’est l’exception et je reconnais qu’elle est belle et émouvante. C’est son meilleur rôle à mon avis.
    Le fond de l’affaire, me semble-t-il, est que quand on sait d’avance le terrible destin qui attend les Finzi-Contini on n’arrive pas du tout à prendre au sérieux la dimension intimiste du film, l’évolution des sentiments du trio central ni au fond à s’y interesser. Et puis, il y a un contraste assez vertigineux entre ce monde feutré et bourgeois (voire même aristocratique) et la tragédie de l’histoire. C’est pour cela que je ne trouve pas du tout le film "abouti". Au contraire à mon avis. 

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