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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le kiosque oublié

Le kiosque oublié

Le manège immobile

 

 

 

En Orléans, tout au fond du parc Pasteur, juste à côté d’une aire de jeux et d’un joli manège à l’ancienne, se dresse un kiosque à musique qui demeure aphone. Il attend sans doute que des artistes en herbe ou en goguette se l’approprient puisqu’il semble ne pas rentrer dans les programmations officielles. C’est ainsi qu’il fut investi en ce dernier dimanche du mois août cinq heures durant par des gens ne se résignant pas à la mise sous le bâillon de la culture.

Qu’importe le vent, les bourrasques et la pluie, il s’est trouvé des curieux, des passionnés, des rebelles pour braver les éléments et surtout la terrible menace sanitaire qu’on fait peser sur nos têtes écervelées. Qui avec un parapluie, qui sous une cape qui se marie si bien avec le masque rusé, ils sont venus et n’ont pas bougé, goûtant ce plaisir rare et désormais prohibé de spectacles de rue.

 

Il y en avait pour tous les goûts ou presque, il n’est d’ailleurs plus possible de satisfaire tout le monde tant les expressions artistiques relèvent désormais des clans ou des tribus. Mais qu’importe, l’éventail était suffisamment large pour expliquer à lui seul les brusques coups de vent. Par ordre d’entrée sur le kiosque, un conteur flanqué d’un accordéoniste auxquels est venue se joindre une petite bergeronnette des rues puis deux demoiselles clowns sur leurs bicyclettes en quête d’un charmant coureur. Un groupe de femmes chantant à merveille des chansons délicatement drôles et féministes enchantèrent les courageux qui durent alors affronter la colère des cieux ; Dieu a toujours été misogyne. Enfin, le clou de la soirée avec un trio reprenant des succès pour le plus grand plaisir des amoureux de la chanson.

Un bonimenteur assurant les intermèdes, le temps d’installer le groupe suivant fit que la journée se déroula sans interruption tandis que le kiosque découvrait enfin qu’il pouvait être un lieu de vie et d’échanges. Il serait bien dommage qu’il retourne dans son sommeil léthargique, oublié de tous et surtout des programmateurs municipaux. Un rendez-vous hebdomadaire serait un juste retour à la grande tradition de ces édicules qui jadis firent le bonheur des promeneurs.

Les responsables ne manqueront pas de nous renvoyer des arguments économiques tandis que ce dimanche-là, les différents acteurs de cette animation n’avaient rien demandé, trop heureux de briser enfin ce silence dans lequel les a enfermés la crise culturelle de l’heure. Ayez donc le courage d’ouvrir ce kiosque à ceux qui veulent se faire entendre. La Paillotte a fermé ses portes, il ne reste plus un seul endroit ou se produire dans cette grande métropole tant que la Ruche restera fermée. Orléans est pourtant cette grande cité d’arts et d’histoire comme l’affirment les panneaux de promotion sur les grands axez routiers.

Ne les faites pas mentir et osez cette culture qui naturellement ne sera pas toujours tendre avec le pouvoir en place. Les artistes ne sont pas des valets sinon ils ne sont d’aucune utilité. L’irrévérence est de mise tout comme remise en cause des valeurs de la société. C’est le propre de la création de moquer l’ordre établi. Avoir peur de ces trublions serait un bien mauvais calcul, ils sont le nécessaire aiguillon pour que la société ne se sclérose pas.

 

Jamais la culture n’a été aussi indispensable pour contrer ce marasme abominable dans lequel un virus et ses conséquences désastreuses ont plongé tout le corps social. Les gestes barrières ont voulu briser le lien social, les artistes sont là pour redonner de la cohésion, des perspectives et du bonheur tout simplement. Le kiosque ne demande qu’à remplir ce rôle qui doit sans doute vous effrayer, vous les tenants de la coercition et de l’effroi.

Si tel est le cas, il n’est rien à espérer de vous. Si par contre, il vous reste un peu d’humanité sous le masque de l’ordre établi, ouvrez l’esprit de vos concitoyens en libérant le kiosque du parc Pasteur et tous ses homologues de par notre pays. La France a besoin de culture plus que de tests médicaux éphémères par essence.

Saltimbranquement vôtre.

 

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11 réactions à cet article    


  • McGurk McGurk 3 septembre 17:22

    J’avoue que je ne saisis plus votre position.

    Avant, vous nous racontiez qu’il fallait respecter la loi et se calfeutrer derrière ce masque infâme. Maintenant, vous vous rebellez contre ce que vous approuviez.

    CQFD.


    • C'est Nabum C’est Nabum 4 septembre 06:42

      @McGurk

      Là vous confondez

      Je ne supporte pas cette parodie


    • McGurk McGurk 4 septembre 16:38

      @C’est Nabum

      ...oui, exact, je pensais que c’était Rosemar ! Toutes mes excuses !


    • C'est Nabum C’est Nabum 4 septembre 17:14

      @McGurk

      Je ne suis pas campé sur des certitudes, le doute est mon royaume mais en matière de masque j’ai toujours gardé la même ligne


    • babelouest babelouest 3 septembre 17:28

      L’important est de continuer à s’exprimer de la façon qui nous est naturelle. Pour moi ce serait l’écriture, pour mon fils (qui a aussi la parole directe facile) ce serait plutôt la peinture...

      https://xavier-cousin.fr/


      • C'est Nabum C’est Nabum 4 septembre 06:43

        @babelouest

        Ne cédons pas à ce coup d’État contre la culture

        Ils ont choisi un monde sans artistes pour que les moutons restent tranquilles


      • McGurk McGurk 4 septembre 17:09

        @C’est Nabum

        La « culture », selon le Premier Minable (Jean Cass’tout), devra se limiter, à long terme, à s’habituer au ballet des masques, lotions pour les mains et gestes-barrière.

        A savoir qu’ils n’ont aucune intention de terminer cette crise et, avec les nouveaux scandales sur les vaccins, elle va probablement s’intensifier avec, probablement, une campagne/des sanctions contre « les Français bêtes et idiots »/les « complotistes » récalcitrants.

        J’ai vu, en terme budgétaire, les sommes astronomiques que le gouvernement souhaite mettre dans « la transition écologique ». Sur 100 milliards de dettes futures pour les Français , seul 1,2 milliards sera consacré à l’agriculture...

        Sommes très aléatoires qui plus est car leur garantie expire à la fin du mandat ( = revote pour moi) !

        Heureusement qu’ils n’ont pas parlé de « transition démocratique » parce que, vu le niveau actuel de propagande et de violence, leurs plans débiles en termes sociétaux laisse entrevoir une société esclavagiste (pour tout le monde, n’en déplaise à Obono).

        La « culture », la vraie, devra donc se limiter aux insupportables matchs de foot.


      • Septime Sévère 3 septembre 23:53

        Nabum, il est quelconque votre kiosque. Chaque fois que je passe à Châlons-en-Champagne je vais taper du pied au centre du kiosque fin XIXe qui est la fierté du parc dit le Grand Jard ; il résonne avec une sonorité formidable. 

        .

        Evidemment tout le monde se fiche du kiosque du Grand Jard de Châlons, mais vous savez, sans vouloir vous peiner, c’est pareil pour celui d’Orléans. 


        • C'est Nabum C’est Nabum 4 septembre 06:44

          @Septime Sévère

          Je n’en doute pas

          Mais il est neuf et c’est avec notre argent qu’il a été financé
          Alors comme tous les autres, il devrait servir

          Ce n’est pas quelconque à mes yeux


        • Septime Sévère 4 septembre 00:09

          @Nabum

          .

          Mais enfin devant ce kiosque troisième république en fer ouvragé (art nouveau ? nouille ? Je n’y connais rien) on imagine la fanfare militaire de cette ex-ville de garnison arrivant en colonne de pantalons rouges au temps de M. Fallières égayer le dimanche après-midi sans télévision, ni moto, ni ULM, rien, la zone, quoi, des bourgeois escortant leur épouse, des garçonnets en costume de marin, des fillettes en chapeau rose poussant leur cerceau, des bonnes d’enfant avec leur landau et donnant le bras à un militaire... 

          Tenez, j’ai trouvé chez un marchand de cartes postales du passage des Panoramas une carte de ce kiosque adressée à mademoiselle Armbruster, 32 rue Rodier, paris 9e, postée du 11 avril 1903 (là c’était au temps de M.Loubet), le cachet de la Poste faisant foi. Elle porte le texte : « C’est autour de ce kiosque que les Châlonnais ont l’habitude de tourner en rond tous les dimanches comme des écureuils en cage ! Nous vous embrassons bien affectueusement. » Signé : B.R. Moi aussi je vous embrasse bien affectueusement. 

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