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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le monde humaginaire de David Foenkinos

Le monde humaginaire de David Foenkinos

« Cacher ma vie ne nécessitait nul effort violent. En général, ce que je vivais n’était pas soumis à une attention débordante de mon entourage. Au fond, je me mentais sûrement un peu : j’aimais le secret pour me conformer au manque d’attention des autres. (…) J’enviais parfois l’impudeur de ceux qui parlent d’eux pendant des heures, perfusés à l’égocentrisme douillet. » ("Je vais mieux", 2013, éd. Gallimard).



Le romancier français David Foenkinos fête ce lundi 28 octobre 2019 son 45e anniversaire (il est né à Paris). C’est son nom d’état-civil, et à ceux qui lui demandent régulièrement pourquoi il n’a pas pris un pseudonyme, il répond simplement, en guise de pirouette : parce que Foenkinos est un nom d’écrivain.

Et c’est vrai ! Je l’ai découvert récemment (l’écrivain, pas l’homme), et j’ai eu tout de suite le coup de cœur. Sa lecture est tellement délicieuse qu’on serait capable d’en abuser. Ses livres s’avalent, que dis-je ? se dévorent rarement en plus d’une ou deux journées, quitte à laisser son emploi du temps végéter dans la procrastination des tâches à faire. Gourmandise de lecture, gourmandise d’écriture.

Son écriture est lisse et structurée, et il y a une chose qui ne trompe pas. Dans "Quai d’Orsay", le personnage représentant Dominique de Villepin (joué par Thierry Lhermitte dans le film éponyme) insiste sur ses lectures : pas de lecture sans Stabilo jaune. Un livre peu ou pas stabiloté, c’est de la crotte. En revanche, un livre où presque tout est stabiloté, c’est une pépite. Eh bien, tous les livres que j’ai lus de lui sont pas mal annotés, parce que ses phrases me font sens (j'en propose quelques-unes ci-dessous).

Un peu à la manière de Michel Houellebecq, David Foenkinos profite de ses histoires pour lâcher quelques phrases qui peuvent s’appliquer de manière générale. D’ailleurs, pour moi, David Foenkinos est, entre autres, un savant mélange de Bernard Werber et de Michel Houellebecq (ce dernier qu’il admire énormément, malgré sa concurrence en 2005 pour le Prix Interallié !). Avec un soupçon du grand Albert Camus (dans "La Chute", par exemple).

J’aurais certes du mal à savoir s’il a écrit un ou des chefs-d’œuvre car il est difficile de mettre des superlatifs dans le monde de la littérature où de véritables génies se côtoient. Néanmoins, je trouve que David Foenkinos est un auteur essentiel de notre époque, dans notre contexte géographique et temporel : la France contemporaine du premier quart du XXIe siècle. Peut-être ses romans vieilliront-ils mal ? Rendez-vous dans cinquante ans !

D’ailleurs, je ne dois pas être le seul à le penser que c’est un romancier majeur puisque depuis une dizaine d’années, il fait partie des cinq à dix auteurs français qui vendent le plus de livres. Quantité et qualité ne vont pas forcément de paire, car la publicité et le marketing peuvent inciter à faire acheter, mais il ne me semble pas avoir été matraqué par la "marque" Foenkinos, au point même que je me suis désolé d’avoir tant tardé de lire ses livres.

L’auteur s’est beaucoup cherché dans sa jeunesse (et a eu un gros pépin de santé à son adolescence). Il se destinait plutôt à la musique, cherchant à monter un groupe de jazz. Et l’écriture l’a finalement happé vers un chemin de traverse.

David Foenkinos est encore jeune mais il a commencé à se faire éditer dès 2002 par Gallimard. À l’époque, c’était le seul éditeur qui a misé sur lui, et c’est désormais le "pactole". Il est des investissements qui sont rentables. Sa notoriété a démarré avec "Le Potentiel érotique de ma femme" en 2004 (livre que je n’ai pas encore lu), puis elle est devenue écrasante avec "La délicatesse", sorti en 2009, enfin, ce fut la consécration professionnelle avec "Charlotte" en 2014, avec le Prix Renaudot et le Goncourt des lycéens.

Je pense que, très majoritairement, David Foenkinos est connu pour avoir écrit "La délicatesse", un succès immense (plus d’un million d’exemplaires vendus, traduit dans le monde entier) que l’a entraîné à réaliser le film au même titre en collaboration avec son frère Stéphane. Je n’ai pas lu tout de suite "La délicatesse", j’ai dû lire trois ou quatre livres auparavant, plus récents, et c’était mieux, car j’aurais pu penser que "La délicatesse" était son meilleur roman, mais sans ne pas l’apprécier, je trouve qu’il y en a de meilleurs.

Le meilleur ouvrage de David Foenkinos, de tous ceux que j’ai lus, à mon sens, c’est "Le mystère Henri Pick" sorti en 2016. Comme toujours, j’évite de regarder le film associé avant de lire le livre originel (le livre ouvre plus le champ à l’imaginaire et le risque du film est de s’enfermer dans une vision plus étriquée du roman). Je n’ai d’ailleurs pas vu ni eu envie de voir le film associé, réalisé par Rémi Bezançon et sorti le 6 mars 2019 (avec Fabrice Luchini). Je le verrai sans doute à l’occasion. Ce livre est à la fois le plus achevé et le plus foenkinosien.

Il y a cette constante chez David Foenkinos : chronique de vie, chronique sentimentale, sociale, avec des phrases courtes, simples, bien envoyées, saisissantes, tranchées, et parfois au vif, et de l’imaginaire parfois rêveur. Et toujours une très belle épaisseur psychologique qui donne du mouvement et des émotions aux personnages. Le style est très appréciable, savoureux, et il est facile, ce n’est pas un traité sur Kant. Mais il n’est peut-être pas moins philosophique !

"Le mystère Henri Pick" me paraît l’illustration de l’art bien rodé de David Foenkinos. Car au-delà de la chronique sociale, au-delà de certaines récurrences personnelles (comme ce petite village breton), et même, au-delà d’une petite maladresse de style répétitive (je n’ose pas vraiment dire "maladresse" car qui suis-je pour le dire ? mais sa répétition a agacé le lecteur que j’étais alors que j’adore son style, ou agacé justement parce que j’adore son style), il emploie le mot "quiconque" dans sa forme correcte seulement trois fois sur dix-sept, en trois cent vingt-trois pages…

Ouh ! ma phrase commence à être beaucoup trop confuse… donc, je reprends. Au-delà du Foenkinos dont on est habitué, ce livre propose une véritable enquête à la manière d’un polar à la fois drôle et étonnant. Avec un thème qui est cher à l’auteur, autant qu’à pas mal de lecteurs (selon un sondage du "Figaro", 6% des sondés auraient déjà écrit un manuscrit !), qui est celui de l’édition, et plus particulièrement de tous ces auteurs jamais édités, dont le manuscrit reste en jachère (à une époque sans Internet).

Au travers de tous ses romans, j’ai ressenti chez David Foenkinos une extrême sensibilité, très visible dans "Charlotte", et une grande érudition artistique et culturelle, tant sur la littérature que la musique et aussi la peinture. L’esthétique est pour lui un domaine qui est très important, vital même, autant que la raison, la logique. C’est très visible dans "Vers la beauté", son avant-dernier roman, où la contemplation est sans doute préférable à l’action (ce livre traite par ailleurs d’un grave problème hélas souvent évoqué dans l’actualité). Dans "Le mystère Henri Pick", il est aussi question de la littérature russe et en particulier du "Eugène Onéguine" de Pouchkine, d’une manière très détournée, mais sans doute faisant partie d’un "dada" de l’auteur.

Autre point de fixation de David Foenkinos, la peintre Charlotte Salomon. Je ne suis pas sûr d’apprécier les œuvres de cette artiste car je n’ai pas encore eu l’occasion d’en voir beaucoup (je n’ai pas trouvé la version "colorée" et "illustrée" du livre "Charlotte"), mais j’ai été très touché par l’histoire tragique de cette jeune Allemande exilée dans le pays niçois. David Foenkinos, lui, a été longtemps hanté par elle.

Elle a eu un lourd passé familial à porter psychologiquement (de très nombreux suicides, sa sœur, sa mère, sa grand-mère, sa tante, etc., une véritable hécatombe qui lui a donné le vertige et l’envie d’être aspirée par le vide), et sa tragique fin, terrible, dans un camp d’extermination (à Auschwitz à cause d’une délation), comme Anne Frank, avec le même type de témoignage autobiographique. À cette occasion, il a cité cette très juste phrase, cruellement lucide, de Billy Wilder à propos des Juifs allemands dans les années 1930 : « Les pessimistes ont fini à Hollywood, et les optimistes à Auschwitz. ».

David Foenkinos, très étonné du manque de publicité sur elle et ses œuvres, a passé de nombreux mois à enquêter, à faire un travail d’investigation, à aller sur tous les lieux de Charlotte jusqu’à Berlin, à interroger ceux qui pouvaient encore témoigner, soixante-dix ans plus tard… et son livre a permis un véritable travail de retour de la mémoire, des musées ont pris conscience de certaines richesses, des villes ont mis en valeur certaines parties de sa vie…

Plus d’un demi-million d’exemplaires du livre ont été vendus et ce n’est que justice. Le livre est écrit avec un style très différent des autres romans de David Foenkinos. Pour tout dire, il ne savait pas comment mettre en forme toutes les informations que son enquête avait réussi à recueillir. Il n’est pas arrivé à écrire comme ses autres livres, il a dû froisser de nombreuses premières pages, si "froisser" signifie encore quelque chose avec un traitement de texte.

Il a alors adopté un style très intéressant, un peu surprenant mais pas autant que cela, celui des phrases courtes, des paragraphes qui se résument à une phrase, et des phrases si courtes qu’elles ne contiennent que quelques mots, parfois sans verbe. Cela donne une structure de la page avec un alignement à gauche et du vide à droite de la page, vu que le retour à la ligne se fait avant la fin de la première ligne du paragraphe. Il y a un côté poétique de cette prose.

Exemple en quelques lignes :

« Quelle fut la logique de son mutisme ?
Alors qu’il semble émerveillé à l’idée de la revoir.
Il passe de longues minutes à la contempler.
On pourrait le penser à l’origine du moment.
Croire qu’il a tout fait pour la retrouver.
C’est incompréhensible.
Charlotte se perd dans un labyrinthe d’analyses stériles.
Cela ne sert à rien.
Elle veut s’offrir, et c’est tout. »

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Et puisque j’en suis à une citation, je propose ici quelques échantillons de cette savoureuse écriture de David Foenkinos, introduits par deux mots de moi (plus ou moins stupides) et piochés dans quelques-uns de ses romans épatants, histoire de donner envie de les lire, le cas échéant…


I. "Le mystère Henri Pick" (2016), éd. Gallimard

1. La cruelle indifférence des lecteurs : « Tant de personnes écrivent avec ce rêve d’y parvenir un jour, mais il y a pire violence que la douleur de ne pas être publié : l’être dans l’anonymat le plus complet. Au bout de quelques jours, on ne trouve plus votre livre nulle part, et on se retrouve d’une manière un peu pathétique à errer d’une librairie à l’autre, à la recherche d’une preuve que tout cela a existé. Publier un roman qui ne rencontre pas son public, c’est permettre à l’indifférence de se matérialiser. ».

2. L’amour durable : « Il lui disait l’aimer malgré les changements de son corps, et elle aurait pu en conclure que son amour était profond ; mais elle y vit surtout une preuve d’indifférence. ».

3. Le silence des agneaux : « C’était la meilleure chose à faire pour ne pas trop marquer leurs différences, et éviter des disputes. Le silence demeure le meilleur antidote aux désaccords. ».

4. Le risque de la grosse tête : « Elle prenait goût à cette drogue que peut être la notoriété, voulait chaque jour davantage se baigner dans cette nouvelle lumière ; quitte à s’y noyer. ».

5. Le partage des mots : « Comment croire ceux qui disent écrire pour eux ? Les mots ont toujours une destination, aspirent à un autre regard. Écrire pour soi serait comme faire sa valise pour ne pas partir. ».

6. Insomniaques : « Les gens qui ne dorment pas profondément sont soit épuisés, soit épuisants pour les autres. ».

7. Concurrence déloyale : « Il y a un moment où la joie des autres accentue votre désarroi. ».

8. La nostalgie sans retour (il ne reste plus que la douleur) : « La brutalité des jours récents mettait fin à des années de chagrin ; c’était aussi ce deuil-là qu’elle vivait ici, la fin de l’espoir de retrouver son passé. ».


II. "Vers la beauté" (2018), éd. Gallimard

9. Face à l’indifférence : « La curiosité délimite le monde des vivants et celui des ombres. ».

10. Relativité (non restreinte) : « Les heures avaient défilé à une allure folle, à l’opposé des derniers jours où chaque minute s’était habillée d’un vêtement d’éternité. ».

11. Lard ou cochon : « Antoine était sérieux ou ironique. Il était toujours difficile avec lui de discerner la couleur de ses mots. ».

12. Le gouvernement du cœur : « En reine de la logistique et de la diplomatie, Mathilde régnait sur un royaume affectif qui pouvait à tout moment basculer dans une crise internationale. ».

13. Caprice de star : « L’absurde est toujours voisin du désir. ».

14. Fausse collégialité : « Quand c’est une décision commune, c’est que l’un a convaincu l’autre. ».

15. Connectée avec le monde : « Elle était le genre de personne qui n’éteint jamais son téléphone de peur d’interrompre le réel. ».

16. Intuitions : « Il n’y avait pas toujours d’explications aux évidences du cœur. ».

17. Le médecin généraliste : « Il prenait toujours un air très sérieux, comme s’il désirait qu’on lise ses diplômes sur son visage. Il s’adressait à Camille comme à un enfant. ».

18. À demi-mot : « Quand deux personnes se comprennent, on dit qu’elles parlent la même langue. Non pas une langue que l’on pourrait apprendre mais une langue qui repose sur une connivence intellectuelle ou une affinité émotionnelle. Cette langue est d’ailleurs souvent composée de silences. ».

19. Tout est bon : « Il aimait son odeur, sa peau, son rire, sa voix, ses cheveux, sa nuque, sa main, et le défilé de l’émerveillement aurait pu continuer dans une orgie de détails. ».


III. "Je vais mieux" (2013), éd. Gallimard

20. La vie professionnelle trépidante : « Après les années d’insouciance, la vie en entreprise ressemblait à un pays sous occupation, et je ne savais pas si je devais résister ou collaborer. ».

21. Apprendre qu’on a un cancer : « C’était sûrement ça le pire, devoir annoncer aux autres son drame, et pousser parfois cette situation jusqu’au comble de son ironie en devant les rassurer. ».

22. Aller voir ailleurs (version homme) : « Profondément amoureux de sa femme, il n’en était pas moins soumis à l’envie d’aller voir ailleurs. Je crois surtout qu’il avait besoin de formuler ce désir, pour qu’il ne se transforme pas en frustration. Parler est un palliatif au passage à l’acte. Je le savais incapable de vivre une autre histoire et il n’en évoquait librement la possibilité que parce qu’il s’en sentait justement incapable. ».

23. Storytelling : « C’était peut-être le propre d’une amitié de longue date ; elle reposait sur les mythes de nos premières années. ».

24. Vagues souvenirs émotionnels : « Le temps n’abîme pas nos premiers enthousiasme, même s’ils prennent la poussière dans notre mémoire. ».

25. Né vieux : « J’avais toujours eu la certitude de vivre vieux. Je m’étais si souvent senti âgé que j’attendais la vieillesse comme un état où mon esprit serait enfin en adéquation avec mon corps. J’étais fait pour être vieux, et rien ne m’empêcherait d’accomplir ce destin-là. ».

26. Quand les enfants grandissent : « Les enfants étaient nos romans, mais nous ne les écrivions plus. ».

27. Discrétion : « J’ai marché sur ma vie avec des patins, sans laisser de traces. ».

28. Face à un bavard : « Mes oreilles étaient prises en otage par ses paroles. ».

29. Rage contenue : « Cette rage qui continuait à progresser, comme une vague qui n’en finirait plus de prendre de l’ampleur. Je demeurai silencieux, sur ma chaise, avec un petit sourire masquant la naissance de la violence. ».

30. La ligne de crête : « Quand on croisait un SDF dans la rue, on ne se demandait même plus comment ils avaient fait pour en arriver là. La chute faisait partie de nous. On marche toujours au bord du précipice, et il suffit d’un rien pour tomber. ».


IV. "Les souvenirs" (2011), éd. Gallimard

31. Le deuil d’un être cher : « J’ai pensé à lui de moins en moins souvent, et maintenant, il navigue paisiblement dans ma mémoire, mais je n’éprouve plus le poids au cœur des premiers temps. ».

32. Le deuil d’un être cher (bis) : « La vie est une machine à explorer notre insensibilité. On survit si bien aux morts. ».

33. Nostalgie à l’envers : « Et personne n’a eu l’idée d’inventer les souvenirs du futur. ».

34. Persobanalité : « Ce que j’appelais "ma personnalité" était le fruit baroque de toutes mes influences. ».

35. Regard vers les pieds : « Disons que le soulagement est la version douce de la lâcheté. ».

36. Dans un EHPAD : « Ils tirent jusqu’au bout la pelote de leur autonomie, et ils arrivent dans ces maisons d’assistance au moment où ils peuvent à peine tenir debout. J’ai découvert un monde de visages désincarnés, un monde en forme de transition avec la mort. ».

37. Solitude dans les cimetières : « Nous avons rejoint le petit groupe. Très petit, vraiment. À peine plus de dix personnes. Et voilà, cela ajoutait de l’horreur à l’horreur de cette journée. Je trouvais ça atroce d’assister à un enterrement si déserté. Ça donnait envie d’être plus sociable, de me faire plein de nouveaux amis (si possible plus jeunes que moi). (…) C’est ainsi ; plus on meurt tard, plus on est seul le jour de ses funérailles. ».

38. Beauté russe : « À l’hôtel, il y avait une cliente russe, elle avait la beauté magique des femmes russes, avec ce regard à la densité d’un roman tragique de huit cents pages. ».

39. Un sans-peigne : « J’étais parti sans prendre la peine de me coiffer ; de toute façon, mes cheveux étaient un peuple insoumis. ».

40. Le menu est pour l’après-repas : « Les plus beaux moments d’une vie sont ceux où l’on se fout complètement de ce qu’on mange. ».

41. Discrétion (bis) : « Je ne savais plus où me mettre. J’ai dû souffler un "Bonjour madame" que personne n’a entendu. Mes mots sont morts dans leur intention. ».


V. "La délicatesse" (2009), éd. Gallimard

42. Avoir un "bon emploi" : « Il y a peut-être une dictature du concret qui contrarie en permanence les vocations. ».

43. Coup de chance : « Il était le genre d’homme à aborder une seule fois une femme dans la rue, et tomber sur la bonne. ».

44. Candeur amoureuse : « Il agissait, de préférence le soir. Quand tout le monde était parti. Mais ce n’était pas grossier. Il éprouvait beaucoup de tendresse pour elle, et appréciait ces moments où ils se retrouvaient seuls. Bien sûr, il tentait de créer un terrain propice à l’ambiguïté. Nulle autre femme n’aurait été dupe d’un tel manège, mais Nathalie vivait dans l’étrange vapeur de la monogamie. De l’amour, pardon. De cet amour qui anéantit tous les autres hommes, mais également toute vision objective des tentatives de séduction. ».

45. Vie partagée : « En sept ans de vie commune, il avait eu le temps de s’éparpiller partout, de laisser une trace sur toutes les respirations. Elle comprit qu’elle ne pourrait rien vivre qui puisse lui faire oublier sa mort. ».

46. Dieu et la souffrance : « Elle avait du mal à comprendre ceux qui se réfugient dans la religion, du mal à comprendre qu’on puisse avoir la foi après avoir vécu un drame. ».

47. Question de timing : « La plupart des histoires se résument d’ailleurs souvent à cette simple question du bon moment. ».

48. Du rivage au ravage : « La beauté du moment, la beauté de Nathalie, tout cela, il l’avait perçu comme un ultime rivage : celui du ravage. La beauté était là, devant lui, le regardant droit dans les yeux, comme un avant-goût du tragique. ».


VI. "Charlotte" (2014), éd. Gallimard

[Pour une question pratique, je ne suis pas revenu à la ligne à chaque point, comme c’est le cas dans le livre.]

49. Charisme : « Certains physiques ressemblent à une question sans réponse. On sait juste qu’on ne peut pas détourner le regard. Quand il est là, on ne voit que lui. ».

50. Dépression : « On peut tout quitter sauf ses obsessions. ».

51. Femmes, je vous aime : « Toutes ont eu de l’importance. Cela ne peut pas être anodin. Une femme nue devant moi. Une femme qui ouvre la bouche. J’ai respecté chacune d’entre elles. Y compris les plus éphémères. ».

52. Questionnement : « Certaines incertitudes aboutissent à des évidences. ».

53. Le vice doux : « Il peut parler, rêver, chanter, écrire, créer, mourir. Mais c’est le seul instant qui vaut la souffrance. Le vice sous l’apparence de l’innocence. ».

54. Choix multiple : « Elle est contrainte à l’élection de ses souvenirs. ».

55. Sans sentimentalité apparente : « Son père est si pudique. Il n’est pas à l’aise avec la tendresse. ».

56. Déconcerté : « Alfred cache difficilement son trouble. Habituellement si bavard, il se tait. Ce qu’il ressent est trop inédit pour être défini. ».

57. Le front de la vie : « Le suicide est une mort qu’on ne donne pas à l’ennemi. ».

58. Nostalgie (ter) : « Elle s’assoit dans un coin, cache son visage entre ses genoux. Pour trouver le sommeil, elle parcourt ses souvenirs. C’est le seul endroit où demeure la tendresse. ».


VII. "En cas de bonheur" (2005), éd. Flammarion

59. Huit ans en moyenne : « Le couple est le pays qui a la plus faible espérance de vie. ».

60. Amour pépère : « Et l’on pouvait facilement se sentir touriste dans ses habitudes. ».

61. Aller voir ailleurs (version femme) : « Il lui est arrivé d’imaginer ce qui se passerait si elle acceptait de se laisser séduire. Elle n’était pas insensible à tous ces hommes. Le lieu les écrasait dans la mesquinerie et le manque brutal d’originalité, mais certains étaient séduisants. Qu’aurait-elle perdu à se laisser emporter un instant, et s’oublier pour plus longtemps sûrement ? ».

62. Amour exclusif (face nord) : « Les assauts de séduction se fracassèrent tout comme des vagues sur un rocher marié. ».

63. Amour exclusif (face sud) : « Sonia comprit une chose : en apprenant qu’elle était déjà fiancée, ils voyaient légitimée leur incompétence à la séduire. Aucun ne se sentait humilié de ne pas être choisi. Ainsi, tous étaient soulagés. ».

64. Fièvre amoureuse : « Face au corps nu de Sonia (elle s’était déshabillée très vite), il fut pris d’un bonheur aussi naïf que pendant ses premiers émois. Dans son cerveau, ce fut un ramassis syntaxique. Sujet, verbe et complément. Sonia était blonde. Sonia était belle. Sonia avait des oreilles. Tout paraissait simple. ».

65. Assoupissement : « Son esprit se vidait enfin. Il la trouvait belle, et c’était tout. Elle était d’une beauté épuisante, alors il s’endormit. ».

66. Désert affectif : « La revoir était aussi une nécessité pour envisager son futur. Comment aller mieux, quand on ne sait rien de demain, quand demain est une femme dans la foule. ».

67. Il y a toujours plus éclopé que soi : « Bien mieux que s’il avait été consolé, il avait presque envie de rire, frôlant une certaine euphorie. Il avait été utile. En cas de déprime, rien ne valait la visite à un déprimé. ».

68. Digues de la convenance : « Ils entamèrent une liaison qui se situait bien au-delà de la possibilité de toute culpabilité. Le plaisir, en atteignant ce niveau, effaçait toutes les porosités de la conscience morale. ».

69. Vie partagée (bis) : « Ce n’était pas qu’une attirance physique. Ils riaient pour les mêmes choses, ce qui est l’essentiel des amours. ».

70. Discrétion (ter) : « Il préférait rester évasif sur sa vie, toujours persuadé que les mots figent les situations. ».

71. The end : « On passe notre temps à aimer des souvenirs qui, eux, nous oublient. Chaque grain de nostalgie est un rétrécissement du chemin nous menant à la mort. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
David Foenkinos.
Anne Frank.
Érasme.
Antoine Sfeir.
"Demain les chats" de Bernard Werber.
Bernard Werber.
Freud.
"Soumission" de Michel Houellebecq.
Vivons tristes en attendant la mort !
"Sérotonine" de Michel Houellebecq.
Sérotonine, c’est ma copine !
Françoise Sagan.
Jean d’Ormesson.
Les 90 ans de Jean d’O.

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1 réactions à cet article    


  • Laconique Laconique 28 octobre 20:40

    La Délicatesse... Quel souvenir... Qu’est-ce que j’ai souffert en le lisant... J’étais à Tokyo alors. Pourquoi un tel livre ? Pourquoi ?

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