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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le Mystère Bizet

Le Mystère Bizet

« Cette musique de Bizet me paraît parfaite. Elle approche avec légèreté, avec souplesse, avec politesse. (…) Cette musique est cruelle, raffinée, fataliste : elle demeure quand même populaire. (…) Bizet me rend fécond. Le Beau me rend toujours fécond. » (Friedrich Nietzsche, mai 1888).

Bizet

"Le Mystère Bizet" est un spectacle musical écrit et interprété par Éric-Emmanuel Schmitt qui fut créé le 10 octobre 2012 à l’Opéra Bastille, au cours duquel le normalien et agrégé de philosophie s’interroge sur ce musicien hors normes : « Jusqu’ici, Bizet a perdu son temps parce qu’il voulait triompher en faisant comme les autres ; il ose maintenant réussir comme lui-même. ». Trois mois avant sa mort, le génie se sublima : « "Carmen", c’est l’opéra dont Nietzsche a écrit le livret et Mozart la musique. ». Ou encore : « "Carmen, en effet, est le surhomme nietzschéen, le fort, innocent, cruel, sans attaches au passé, dépourvu d’appréhensions concernant l’avenir, l’être solaire qui s’affirme totalement dans l’instant. Carmen brûle, se consume et nous éclaire. Elle s’offre au destin. Mieux : elle incarne le destin. » (Le texte d’Éric-Emmanuel Schmitt a été publié le 2 novembre 2017 chez "Le Livre de Poche" dans "Mes Maîtres de bonheur").

Né il y a exactement cent quatre-vingts ans, le 25 octobre 1838 à Paris, Georges Bizet fut l’un des grands compositeurs français du XIXe siècle et parmi ceux que j’adore écouter. J’ai découvert vraiment Bizet enfant quand j’ai récupéré un vieux coffret de "musiques de chambre" (datant peut-être des années 1950, ou avant ?) que mes grands-parents m’avaient gentiment laissé à l’occasion d’un déménagement, et j’ai profité d’être seul un été pour écouter tous les disques, de la musique très "connue", dont "L’Arlésienne" et "Carmen" de Bizet. La première œuvre, deux suites orchestrales, nous l’avons d’ailleurs utilisée au lycée pour une pièce de théâtre collective en classe de grec (projet qui n’a pas abouti à une représentation en fin d’année car nous étions vraiment trop mauvais !).

Le génie et le talent sont-ils toujours liés à la précocité et au drame ? Georges Bizet a composé beaucoup d’œuvres musicales, une dizaine d’œuvres lyriques (opéra, opérette, opéra-bouffe), une dizaine d’œuvres orchestrales (dont trois symphonies), une dizaine de mélodies (qu’on pourrait appeler des chansons voire des tubes dans le monde moderne de maintenant), une petite dizaine d’œuvres pour chorale, encore une autre petite dizaine d’œuvres pour piano, etc. C’est déjà beaucoup, et pourtant, il les a composées rapidement car sa vie a été courte.

En effet, il est mort à l’âge de 36 ans (comme Mozart, à quelques mois près) le 3 juin 1875 à Bougival, d’un infarctus à la suite d’une rupture d’anévrisme qu’il a eue un peu avant en assistant à une représentation de son chef-d’œuvre, "Carmen". Il fut enterré au Père-Lachaise. On pourrait presque dire qu’il est mort de son œuvre, ulcéré par les critiques qui pleuvaient depuis trois mois. Son fils Jacques Bizet, futur médecin et futur ami de Proust, n’avait alors pas encore 3 ans.

Ces dernières années, il a fallu une campagne de financement participatif (ayant déjà récolté plus de 1,1 million d’euros de dons) pour que les amis de Bizet (dont Placido Domingo qui préside Europa Nostra, fondation pour le patrimoine européen) aient pu sauver (et racheter) la maison du compositeur à Bougival en 2017 et en faire un centre culturel (contrairement à la maison du compositeur Pierre Henry). Cette maison, où il a composé son chef-d’œuvre, Bizet l’avait acquise en 1874 et était voisine de celles de la peintre Berthe Morisot et de l’écrivain Ivan Tourgueniev.





Fils d’un professeur de chant et d’une pianiste, neveu d’un spécialiste de Christoph Gluck (1714-1787), qui fut un grand compositeur allemand d’opéra, Georges Bizet a appris très jeune le piano et le chant, entra au conservatoire à 9 ans et a obtenu deux premiers prix de piano, à 12 ans et à 13 ans. Il a appris la composition avec le même professeur que Charles Gounod (1818-1893), a obtenu deux premiers prix d’orgues et de fugue à 15 ans et 16 ans. Ce professeur de composition, Jacques Fromental Halévy, il se maria avec sa fille quelques années après la mort de ce beau-père posthume, épouse qui le quitta un peu plus tard avec leur fils en raison des nombreuses infidélités conjugales.

Et il continua à surprendre tout le petit monde musical par ses premières œuvres, pas sa première symphonie qu’il composa à 16 ans (car on ne l’a retrouvée qu’en 1933), mais pson opérette "Le Docteur Miracle" créée le 9 avril 1857 aux Bouffes-Parisiens (il n’avait que 18 ans) qui a été récompensée par le premier prix du concours d’opérette, puis sa cantate "Clovis et Clotilde", qui lui a valu le Grand prix de Rome de composition musicale à l’âge de 19 ans. Ce dernier prix lui a permis de résider pendant trois ans dans la prestigieuse Villa Médicis où il s’est inspiré du contexte italien pour imaginer plus tard "Carmen".

Bizet rentra ensuite en France pour composer de nouvelles œuvres tout en assurant de l’enseignement. Son opéra "Les Pêcheurs de perles" est un succès dont Berlioz fit l’éloge le 8 octobre 1863, ce qui contribua à construire sa réputation. Cependant, malgré les succès de ses compositions, elles ont eu peu de représentations et le compositeur devait travailler beaucoup sur des activités sans intérêt pour lui (enseignement, etc.) pour faire vivre son foyer.

Mais, présentons plutôt quelques-unes de ses œuvres…


1. "Carmen" (1875)

C’est la principale œuvre de Bizet, la plus connue, et surtout l’un des opéras les plus joués au monde. Son livret a été rédigé par Henri Meilhac et Ludovic Halévy, neveu du beau-père, qui étaient déjà les auteurs des livrets d’œuvres célèbres d’Offenbach comme "Ba-ta-clan" (1855) sans Henri Meilhac, "La Belle Hélène" (1864), "La Vie parisienne" (1866), "La Périchole" (1868), etc. : « L’amour est enfant de Bohême, il n’a jamais, jamais connu de loi. ».

Cette commande du Théâtre national de l’Opéra-Comique a été composée en trois mois à Bougival. Bizet assista à toutes les répétitions et harcelait les chanteurs qui devaient bouger sur scène. La création de "Carmen" a eu lieu le 3 mars 1875 à l’Opéra-Comique sous la direction d’Adolphe Deloffre (on a soupçonné celle qui a joué le rôle de Carmen, Célestine Galli-Marié, d’avoir eu une liaison amoureuse avec Bizet), et ce fut un désastre. L’interprétation des musiciens était mauvaise mais surtout, l’histoire de Carmen (inspirée d’une nouvelle de Prosper Mérimée) a scandalisé le petit monde la musique, le public, les critiques, etc. Le directeur de l’Opéra-Comique fut affligé : « C’est de la musique cochinchinoise ; on n’y comprend rien ! ». Le journal "Le Gaulois" ne fut pas moins assassin : « Monsieur Bizet appartient à l’école du civet sans lièvre ; il remplace par un talent énorme et une érudition complète, la sève mélodique ! ».

Mais le triomphe mondial a eu lieu quelques jours après sa mort à l’Opéra de Vienne. Brahms, Tchaïkovski, Wagner et Nietzsche furent complètement séduits par ce qui allait devenir l’œuvre lyrique parmi les plus connues au monde. Le chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus a raconté l’œuvre : « Le premier coup de cymbales de l’ouverture contient toute la fulgurance d’un rayon de soleil acéré mais il fait luire aussi la pointe menaçante d’un couteau brandi. Le ton est donné. L’urgence est là. Elle conduit d’une façon implacable à la finalité de l’ouvrage, la fatalité de la mort. » (1994).

Après Célestine Galli-Marié, de nombreuses cantatrices ont chanté "Carmen", notamment Maria Callas, Régine Crespin, Teresa Berganza, Elina Garanca, Jessye Norman, etc.






2. "L’Arlésienne"

"L’Arlésienne" est une œuvre orchestrale qui fut ensuite adaptée en deux suites symphoniques, inspirée par Alphonse Daudet et créée le 1er octobre 1872 au Théâtre du Vaudeville. Ce fut un grand succès populaire.

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La première suite fut créée le 10 novembre 1872 au Cirque d’hiver sous la direction de Jules Pasdeloup, et la seconde suite fut adaptée après la mort de Bizet par son ami Ernest Guiraud, en 1879.






3. "Les Pêcheurs de perles"

"Les Pêcheurs de perles" est un opéra créé le 30 septembre 1863 au Théâtre-Lyrique, sur un livret de Michel Carré et Eugène Cormon. Malgré la réticence des critiques, Berlioz, comme le public, fut conquis par « un nombre considérable de beaux morceaux expressifs pleins de feux et d’un riche coloris » ("Journal des Débats" du 8 octobre 1863).






4. "La Jolie Fille de Perth"

"La Jolie Fille de Perth" est un opéra créé le 26 décembre 1867 au Théâtre-Lyrique, sur un livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges et Jules Adenis.






5. Symphonie en ut majeur

La Symphonie en ut majeur fut composée en 1855, la première œuvre musicale de Bizet (il avait 16 ans), qui ne fut retrouvée qu’en 1933. Elle fut créée le 26 février 1935 à Bâle sous la direction de Felix Weingartner.






6. Symphonie "Roma" ("Fantaisie symphonique : Souvenirs de Rome"

La Symphonie "Roma" est une pièce qui fut créée le 28 février 1869 à Paris sous la direction de Jules Pasdeloup et que Bizet a mis une dizaine d’années à composer.






7. "Jeux d’enfants" opus 22

"Jeux d’enfants" est une suite de douze pièces pour piano à quatre mains composée en 1871.






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Georges Bizet.
George Gershwin.
Maurice Chevalier.
Leonard Bernstein.
Jean-Michel Jarre.
Pierre Henry.
Barbara Hannigan.
György Ligeti.
Claude Debussy.
Binet compositeur.
Pierre Boulez.
Karlheinz Stockhausen.

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8 réactions à cet article    


  • zak5 zak5 25 octobre 2018 20:37
    Bizet c’est celui que je préfère, pour mois il écrase les compositeurs allemands, notamment Wagner . Nietzsche (qui était un savant en musique) quand il a pour la première fois écouté Bizet (je crois que c’était a Nice pour Carmen) il a été complétement transformé
    Après Wagner, il n y avait que du pseudo Wagner, et Bizet est arrivé

    • Paul Leleu 25 octobre 2018 22:44
      ah Bizet... le favori des intellos qui ont lu Nietzsche, et qui ne connaissent rien à la musique ! Ils adhèrent à Bizet pour des raisons idéologiques... ça fait sourire... 

      Nietsche s’est juste vengé de Wagner dans les bras de Bizet qui passait par là ! ...voilà le fond de l’histoire smiley et rien d’autre... ensuite, il a fait tout un habillage idéologique pour justifier son nouvel amour... le trip « méditerranéen » etc. ... mais c’est pipeau... déjà parce-que Bizet n’était pas méditerrannéen, et que Nietzsche s’est juste basé sur le seul opéra Carmen qui se passe en Espagne... mais le reste de l’oeuvre de Bizet n’a absolument RIEN de méditerranéen smiley pschiiiit... 

      et puis, c’est contradictoire, car Nietzsche prétend « dés-intellectualiser » la musique en quittant Wagner pour Bizet... mouhais... c’est pas parce-que Nietzsche faisait une décompensation psychiatrique à ce moment-là que Wagner est spécialement « intellectuel » et Bizet spécialement « sensuel »... c’est juste le délire de Nietzsche tout seul dans son coin, ça... et de ses lecteurs induits en erreur par leur maître à penser... 

      Quant à Bizet lui-même, c’est un bon compositeur, mais c’est très loin d’être le meilleur... y compris dans la musique française... Bizet a écrit de (très) belles pages, mais pas vraiment de belles oeuvres à part entière...

      • Christian Labrune Christian Labrune 25 octobre 2018 23:26
        Il n’y a pas de musique qui soit plus plus inepte, plus détestablement vide et inconsistante, que celle de Bizet. C’est de la zizique pour Macron

         Quand j’étais jeune, au siècle dernier, Bizet, c’était le comble du vulgaire en musique, et on n’aurait jamais consenti à en parler, si ce n’est pour en rire. Je crois bien que je le déteste presque autant que Mozart, ce sale cochon.

        J’écoute beaucoup de musique, à très haute dose, du matin au soir. Hier, c’était Fauré, et en ce moment c’est Buxtehude, mais cela n’a rien à voir.

        aux amateurs d’opéra, je conseille Le pavillon aux Pivoines dont on trouvera un bref extrait (il dure bien quinze heures) à cette page :

        Parce que ça récure très bien les oneilles !




        • Laulau Laulau 26 octobre 2018 10:55

          @Christian Labrune
          Quand vous parlez musique je suis d’accord avec vous.


        • Paul Leleu 29 octobre 2018 23:52

          @Christian Labrune

          avant j’aurais réagi de manière aussi épidermique que vous... pour Bizet, comme pour Mozart d’ailleurs !!!! (même si on ne peut pas les mettre sur le même plan).

          Fauré vaut 1000 fois mieux que Bizet... mais bon... je trouve de belles pages chez Bizet... certes au global ce n’est pas un immense compositeur, mais il a un vrai talent et réalisé de très belles pages... je pense à ceci par exemple : https://www.youtube.com/watch?v=9Vb8PdrQsyQ

          ce qui est assez dramatique, c’est que les belles pages en question ne se trouvent pas nécessairement dans Carmen ... un peu comme le pauvre Ravel dans le grand public plébiscite l’immonde et intolérable Boléro...


        • Laulau Laulau 26 octobre 2018 10:57

          Quand je pense à Bizet, j’entends tagada tsoin tsoin.


          • JC_Lavau JC_Lavau 26 octobre 2018 11:25

            @Laulau. Non, ça c’est le concerto pour violon de Félix Mendelsohn.

            Tagada da tsouin ! Tagada da tsouin ! Tagada da tsouin ! 
            Da tsoin da tsouin da tsouin !
            Zim !

          • Antoine 18 novembre 2018 13:52

            Inutile de faire l’éloge de Carmen, encore que Mérimée en avait fait une pute et ici une cigarière...Par contre, il faudrait insister notamment sur Les Pêcheurs de Perles, oeuvre d’une densité exceptionnelle.

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