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Le nouvel hôtel Fouquet’s des Champs-Elysées par l’architecte Edouard François


L’hôtel Fouquet’s Barrière ouvre ses portes sur les Champs-Élysées à Paris. Ce nouvel hôtel quatre étoiles luxe veut profiter de la renommée internationale du célèbre restaurant Le Fouquet’s pour offrir ses services à une clientèle ciblée de très haut de gamme.
Son auteur, l’architecte Édouard François (l’ « immeuble qui pousse »à Montpellier, la « Tower Flower » à Paris 17e) a conçu l’immeuble.

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L’hôtel Fouquet’s Barrière ouvre ses portes sur les Champs-Élysées à Paris. Ce nouvel hôtel quatre étoiles luxe veut profiter de la renommée internationale du célèbre restaurant Le Fouquet’s pour offrir ses services à une clientèle ciblée de très haut de gamme.
Son auteur, l’architecte Édouard François (l’ « immeuble qui pousse »à Montpellier, la "Tower Flower" à Paris 17e) a conçu l’immeuble, mais la décoration intérieure ne lui a pas été confiée.

Mais pourquoi diable François a-t-il dessiné sur son édifice une façade haussmanienne ? Avec sa propre défonceuse numérique, qu’il possède à l’intérieur de son agence même, il avait toute liberté pour nous dessiner n’importe quoi d’autre. Et donc, pourquoi pas, une façade sculptée à la mode d’aujourd’hui ?

Édouard François nous explique savamment son choix de reconstruire une façade haussmanienne par une étude approfondie de l’ilot où il intervient. En suivant le rythme d’apparition des immeubles haussmaniens de cet îlot parisien. Il détecte un "trou" correspondant à l’endroit où il veut intervenir. Il décide donc de le combler en reconstruisant, mais de manière distanciée et contemporaine, un nouvel immeuble avec moulures, balcons ouvragés et modénatures(1) haussmaniennes.

Mais voilà, en visitant l’immeuble sur place, nous avons vu tout autre chose ! Des immeubles hausmmaniens dans la rue, il n’y en a pas ! Ou très peu. Ils sont dominés plutôt par ces nouveaux immeubles du XXe siècle aux lignes sobres et fonctionnelles, bien vitrés sans doute mais d’un ennui ! Les deux rues en sont pleines, et l’ensemble respire l’oppression et donne l’envie d’être ailleurs.

Et alors, devant cet environnement d’une architecture très passable (alors que l’on se trouve au bord des Champs-Elysées), on se surprend secrètement et honteusement à rêver d’un bon vieux quartier parisien, avec ses cafés, ses terrasses, ses platanes et... ses immeubles haussmaniens ! Et peut-être François a-t-il lui aussi senti cette absence, cet appel, et il nous a donc fort logiquement offert "ces têtes de lion, ces anges, ces corniches et une certaine hauteur d’étage" de cette époque que nous aimons tous.

C’est pourquoi nous dirons que François a eu raison de dessiner un immeuble haussmanien, non pas parce qu’il y en avait d’autres sur l’îlot, comme il nous le déclare, mais au contraire parce qu’il n’y en avait pas dans la rue ! Le résultat est très beau parce que cet immeuble en pierre grise est paradoxalement le plus doux du carrefour, douceur qui se répand dans la rue et l’embellit tout entière.

Et il y a ces fenêtres, aussi fines que des couteaux qui percent la façade à des endroits absolument et résolument indépendants des modénatures. L’effet est stupéfiant : on sent, sous la pierre, une autre logique que celle qu’on voit. Deux sortes de trames se superposent sans coïncider, et le décalage surprend et oblige à l’attention. Les deux matériaux, le verre, cerclé d’acier, et la pierre grise s’opposent et se reflètent magnifiquement.

Répondons immédiatement aux critiques pressés que la façade du Fouquet’s n’est en aucun cas un pastiche. La preuve ? Il suffit d’aller le voir. La couleur, la texture, les vraies fenêtres, les fausses fenêtres : l’immeuble ne cherche à aucun endroit à nous faire croire qu’il est un immeuble haussmanien. Il nous en parle, c’est tout. Lorsqu’on est sur place, on n’y pense pas une seconde. Penser que François a voulu faire un pastiche serait comme, en regardant le film Les dix commandements, imaginer que le réalisateur a voulu nous faire croire qu’il a filmé des scènes d’époque. Il n’en a fait qu’une représentation. Personne n’en doute, à aucun moment du film.

Si l’on songe que l’architecte est surtout connu pour ses célèbres et magnifiques façades végétalisées, nous ne comprenons pas pourquoi le maître d’ouvrage a fait appel à lui pour cet ouvrage en ce lieu. Espérait-il un projet plus végétal, que l’on aurait pu imaginer en effet dans cette rue sans arbre et très urbaine ? Mais c’est le propre des architectes de talent que de nous proposer toujours du nouveau, de l’inventif là où nous ne pouvions, nous, qu’imaginer une façade d’Édouard François sans vie et sans vérité.

Et puis il faut parler de cette incroyable non-finition des revêtements de façade (qui n’est pas de la non-qualité, attention !) que l’architecte nous propose maintenant sur presque tous ses projets. Il s’attache en effet à éviter le plus possible l’uniformité de la matière, signe de froideur industrielle, pour mettre en valeur les différences artisanales de couleur, de grain, de plan, d’épaisseur, bref les "défauts", que nous appellerons plutôt des singularités, et que nous adorons tout autant que lui. Ils étaient déjà là sur la façade de son immeuble végétalisé Tower Flower de la Zac Porte d’Asnières à Paris, créés par une belle alternance de bétons gris et blancs, mais que l’on ne remarquait pas autant qu’au Fouquet’s, parce qu’ils étaient cachés par les bambous et ne leur servaient que de fond. Car François sait bien que, plus que tout, ces effets de matière donnent à ses constructions les plus beaux effets ; ce sera la plus belle chose qui restera de lui quand son oeuvre sera passée de mode et ne brillera plus que par elle-même. Et comme les images, et surtout les images virtuelles, envahissent progressivement notre vie, la matière, sa présence et son poids, nous séduit et nous séduira de plus en plus. Le pari d’Edouard François est donc gagnant.

Le jardin intérieur n’est pas l’Édouard François que je préfère. Sans doute est-il trop sophistiqué pour moi. Mais après tout, nous sommes dans un établissement de luxe ! Là encore, l’architecte nous surprend en ne cachant pas les murs aveugles de ces anciennes cours d’immeubles qu’un architecte moins bon aurait instinctivement tenté d’occulter. Aux contraire, par l’apposition d’une maille de branches argentées, il les révèle, les transforme et les ennoblit pour donner au lieu la féérie souhaitée. On sent en définitive que l’on pourra tirer une table dans ce jardin et y être bien. Dans ce centre d’îlot parisien si dense sur les Champs-Elysées, ce sera extraordinaire.

Le plan de l’hôtel ne semble pas réserver de surprise. Consolons-nous : il ne donne pas envie d’être riche. Mais l’architecte nous a prévenus : tout est dans le service. Cela ne se voit donc pas en plan. Nous n’aurons droit que de le rêver.

Alors, si vous allez voir cet hôtel, dites-moi si j’ai divagué, ou si une tête sculptée sur la façade est celle de l’architecte lui-même !

De tous les bâtiments sur la scène architecturale internationale, celui-ci est le plus innovant.

Coste-Orbach architectes

Le site de l’architecte Édouard François : http://www.edouardfrancois.com/indexp.php

Le Fouquet’s Barrière : http://www.fouquets-barriere.com/

(1) Modénature : élément d’ornement constitué par les profils des moulures d’une corniche.


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1 réactions à cet article    


  • moniroje moniroje 3 novembre 2006 12:03

    Grâce à votre article, demain, je regarderai avec attention ce nouvel immeuble.

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