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Le Panier

On n’est pas sorti de l’auberge ! D’autant qu’aujourd’hui, on ne peut plus y entrer… Pourtant, pendant longtemps, « Le Logis du Panier » et « Lei trége cantoun » étaient deux cabarets ancrés au cœur du quartier du Panier.

Au XVIIe siècle, le premier avait pour enseigne un panier suspendu à l’entrée qui a ainsi donné son nom à la rue du Panier, puis au quartier tout entier. Le second a été institué par un restaurateur Suisse en hommage aux treize cantons de son pays natal, que l’on retrouve aussi dans la toponymie : la place des treize cantons un temps appelé « place des treize coins » !

Mais n’y voyez aucune référence trisdécagonale ou quelque superstition liée à la triskaidékaphobie ! Non ! La place des treize coins s’appelait tout simplement ainsi parce qu’en provençal « canton » signifie « angle ; coin » !

À tous les coins de rue en revanche, le Panier, dont le réseau se tisse de l’Hôtel de Ville à la rue de la République, propose un décor villageois : des petites rues ombragées, des façades colorées, quelques chaussées pavées et du linge pendu aux fenêtres donnent au quartier un charme méditerranéen, héritage des migrations passées.

En effet, le Panier est historiquement une terre d’asile. En témoignent les succès fous de nombreux enfants du quartier. C’est ici que le commissaire Nguyen Van Loc, né au Panier et d’origine vietnamienne joue dans son enfance aux gendarmes et aux voleurs avec le futur parrain marseillais Gaëtan Zampa dont le père était napolitain… Flic ou voyou, mais aussi humoriste tel Patrick Bosso, et même rappeurs comme le Rat Luciano et Menzo issus du groupe Fonky Family.

Italiens, Corses, Maghrébins mais aussi Comoriens, Vietnamiens, Antillais, le Panier a longtemps été le creuset culturel dont se revendique Marseille. Sa proximité avec le Vieux-Port et les quais de la Joliette a ainsi fait du quartier un lieu de transit apprécié des nouveaux immigrés, des pêcheurs, des marins… Et comme dans le port d’Amsterdam chanté par Brel, il y avait au Panier des « dames qui leur donnent leur joli corps, qui leur donne leur vertu, pour une pièce en or »… Autrement dit, des péripatéticiennes ! Des putes, si vous préférez…

Lieu de débauche pour les pères la morale, lieu de plaisirs pour les hédonistes peu féministes, le Panier était par le passé un quartier libre… Libre mais réservé ! Un quartier réservé, sous-entendu réservé à la prostitution. Le périmètre, défini officiellement en 1878, entérine une situation de fait, puisqu’il y avait à cette époque près de 80 maisons closes, qui inspireront l’auteur marseillais André Suarès qui parle du quartier comme d’un « Grand Lupanar » en 1933 !

1933, c’est aussi l’arrivée au pouvoir d’un petit nationaliste moustachu en Allemagne, prélude de l’Occupation. Période durant laquelle les nazis bien aidés par Bousquet et ses nervis, ne font pas de quartier au Panier ! La rafle de Marseille, en janvier 1943, provoque l’évacuation de 27 000 personnes, l’arrestation de milliers d’entre eux, et la déportation d’une centaines de Juifs. S’en suit la destruction explosive du Grand Lupanar, partie du Panier, entre la mairie et la rue Caisserie, qui heurtait le moralisme nazi… Heureusement, la belle Maison Diamantée et l’hôtel de Cabre, plus ancienne maison marseillaise, seront épargnés par cette entreprise dévastatrice.

Auparavant, c’est un autre souffle que celui des explosifs qui a fait la réputation du Panier. Au XVIe siècle, une bonne douzaine de moulins ravitaillaient la ville en farine. La place des Moulins, au-dessus du Panier, en porte encore les traces comme cette tourelle au n°46. En revanche, cette place cache sous ses pieds les anciennes citernes de la ville. En effet, les 42 mètres d’altitude font du site le point culminant de la vieille ville, facilitant jadis l’alimentation en eau de la cité.

Enfin, aujourd’hui, c’est un autre vent qui souffle sur le Panier… Le Mistral, quartier imaginaire de la série télé Plus Belle la Vie, exhibe des décors de studios calqués sur le Panier ! Mistral gagnant pour l’image de la ville qui avec Euroméditerranée a lancé une campagne de réhabilitation du quartier.

Ainsi, le Panier est en train de s’embourgeoiser. Aujourd’hui, la Vieille Charité n’accueille plus, comme au temps de Pierre Puget, gueux et mendiants mais elle héberge une structure portant un nom à coucher dehors : le CIPM pour Centre International Poésie Marseille ! Les bobos aiment aussi les peintres, galeristes et autres petits artisans qui refont du Panier un centre culturel. Le quartier redevient peu à peu agora comme la place de Lenche l’a toujours été depuis l’arrivée des Phocéens. Avec son théâtre, ses bars et ses restaurants, ce site ombragé demeure un lieu d’échange et de rencontres. Rencontres que vous pourrez bientôt prolonger dans un hôtel quatre étoiles quand les grues gigantesques auront quitté dans quelques mois l’Hôtel-Dieu …

Dieu qui a plusieurs maisons au Panier ! Parmi elles, l’église des Accoules dont la Révolution n’a légué que le clocher, et l’église Saint-Laurent avec son panorama maritime qui laisse entrevoir « des marins qui boivent / Et qui boivent et reboivent / Et qui reboivent encore… »

Michel Callamand - News of Marseille

Marseille en Histoire


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4 réactions à cet article    


  • Grandliseur 7 juillet 2011 22:53

    Instructif et très plaisant à lire.


    • Grandliseur 7 juillet 2011 22:54

      Et on a la chanson de Brel dans la tête quand on termine l’article !


      • Marseillais1954 26 juillet 2011 16:34

        « Dans le port d’Amsterdam ! »


      • Marseillais1954 26 juillet 2011 16:35

        J’aime beaucoup ! Je connais bien le quartier mais j’savais pas tout ça. Bel écrit !

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