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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Le Père » de Florian Zeller c’est cadeau : Robert Hirsch (...)

« Le Père » de Florian Zeller c’est cadeau : Robert Hirsch !

Que l’époustouflant Robert Hirsch soit en pyjama rayé façon bagnard ou en costume de ville, façon retraité actif, le fabuleux rôle d’André, taillé sur mesure par Florian Zeller, est pris dans la tourmente d’un quatrième âge complètement marginalisé par la société moderne.

Comme dans une descente aux enfers, l’enjeu de la vieillerie serait d’être dépouillé peu à peu de tous ses repères, de façon à ce que toute volonté d’autonomie se trouve engloutie dans un statu quo favorable à l’abdication d’une existence à part entière.

C’est ainsi que, profondément, le doute s’installe dans les esprits, le sien, celui de sa fille Anne (Isabelle Gélinas), de ses proches alors qu’à chaque instant la mémoire communautaire, même récente, pourrait être pris en défaut, voire en flagrant délit de contradiction.

Est-ce que oui ou non, Anne lui aurait dit qu’elle envisageait de s’expatrier à Londres ?

Comment se fait-il qu’il ne reconnaisse pas l’aide ménagère avec qui il avait sympathisé précédemment ?

A-t-il assurément des raisons tangibles de penser qu’on pourrait, délibérément, lui soustraire sa montre ?

Puisque l’auteur n’a pas l’intention de résoudre ces tourments qui, par effet de boomerang, s’imposent en objet de questionnement au spectateur, ce dernier se trouve en situation de reconstituer le puzzle problématique, selon l’image virtuelle qu’il se fait de normes sociables acceptables.

André, cet homme âgé et veuf, devrait-il donc être pris en charge par sa fille ?

Celle-ci vit-elle encore mariée, divorcée ou en concubinage ? Bien entendu, son statut relationnel ne regarde qu’elle, à ceci près que cette situation équivoque cache elle-même tellement d’autres ambiguïtés dans la vie quotidienne qui se désorganise tout autour d’André qu’on est en droit de se demander si le vieil homme n’est pas la proie de forces occultes destinées à le dompter, voire plus si opportunités !

Pourquoi son appartement aurait-il pris les apparences de celui de sa fille ?

Mais qui est, donc, ce beau fils qui paraît s’être installé dans la vie de celle-ci pourtant séparée de son mari ?

Et puis, comment se fait-il que Louise, sa seconde fille tant aimée ait disparu de leur environnement à tous ?

Ladislas Chollat, le metteur en scène suit l’auteur, avec respect intuitif, dans ce jeu de vraies-fausses pistes où chacun se doit de remettre les pendules à l’heure.

Mais au fait quelle heure est-il réellement ?

Serait-ce l’heure des médicaments prêts à anéantir tout réflexe de survie ou celle de renvoyer, cul par-dessus tête, toute autorité malveillante à l’égard d’une subjectivité en souffrance ?

Non seulement Florian Zeller laissera chaque spectateur penser ce qu’il veut de ce désarroi générationnel mais de surcroît, il laissera l’autorité médicale prendre le relais, à la suite de la famille…. en une alliance objective et complémentaire.

Alors, tout est bien qui finira bien, se dit-on !

Pas nécessairement car le tandem Zeller-Chollat, tout au long de la pièce, a décidé, à juste titre, d’épouser implicitement le point de vue d’André, de telle façon que l’empathie rejoigne le malaise ambiant persistant… ce qui, en d’autres termes, pourrait s’intituler « La mauvaise conscience collective » !

photo © Theothea.com

LE PERE - **** Theothea.com - de Florian Zeller - mise en scène : Ladislas Chollat - avec Robert Hirsch, Isabelle Gelinas, Patrick Catalifo, Eric Boucher, Sophie Bouilloux & Elise Diamant - Théâtre Hébertot 

JPEG - 142 ko
LE PERE de F. Zeller
photo © Theothea.com 

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