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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le Point sur : Socrate, le socratisme platonicien, sa situation historique (...)

Le Point sur : Socrate, le socratisme platonicien, sa situation historique en philosophie

En grec ancien, sophia, la sagesse, réfère à l'habileté, la sagacité, aux compétences, aux savoirs (savoir-comprendre, savoir-faire, savoir-vivre, savoir-être), aux prudences dans la démarche (prudence, dite aussi phrônesis, sagesse quotidienne). Aussi bien, on a parfaitement raison de signaler la fusion des sciences et des philosophies, même si elles se distinguent, sciences qu'on nommait jusqu'au XIXème siècle à l'ère industrielle : philosophie naturelle. D'ailleurs, le doctorat anglo-américain se nomme toujours PhD quelle que soit la discipline, y compris physique, et signifie Philosophiae Doctor (Docteur en Philosophie de telle discipline). Situons alors "Socrate" face à ça.

La truffe à Socrate.

 

Socrate, du moins Platon qui l'a relayé, introduit une forme de phrônesis, précisément, qu'on a appelé la maïeutique, l'art d'accoucher des idées, et qui, comme phrônesis, est une prudence conversationnelle à faire émerger des problématisations-questionnements-raisonnements. Néanmoins, tout comme chez les présocratiques, et de même ensuite avec toute la tradition postsocratique, il appert que les philosophies accouchent d'idées, à la manière des présocratiques. La maïeutique, comme méthode, est littéralement dans la veine présocratique : c'est une technique ! Socrate était un technicien !

Toute une technique, donc, comme je disais de sa sophia, relayable à une forme d'expériencialisme. En effet, Jusqu'à preuve du contraire, seule l'espèce humaine philosophe, et précisément quelques un(e)s de ses spécimens ... Reste que cet expériencialisme lui-même, en-deçà du projet philosophique platonicien, est problématisable-questionnable-rationnalisable.

Socrate, en son temps, jugeait raisonnablement que l'état des sciences n'était pas sidérant, tandis qu'il se demandait bien comment connaître les dieux - tout en prétendant être inspiré par un daïmon delphique d'Apollon visionnaire, comme en aiguillon surnaturel de sa démarche, typiquement de société grecque ancienne. C'est pour cela que Socrate en revenait doucement à tel expériencialisme, avec modestie. Il n'y a pas à en faire quelque chose de si étonnant, encore que ce fut un coup de génie alors.

La maïeutique de Socrate consiste en cela qu'elle "défait", "déconstruit" tout élément se référent au "savoir" car ce qui importe est l'expérience. La maïeutique consiste donc à examiner un instant d'expérience pour en sortir ce qu'il appelle le Bien, le Beau et le Vrai. S'il contient ces trois caractères, alors il a les éléments requis pour ne plus être un savoir-reçu, mais un savoir-examiner. Une fois ce travail fait, la maïeutique consiste à dire à ce savoir : "Oui, d'accord, c'est judicieux, mais je n'oublie pas que tu n'es pas la vérité." C'est la première règle pour accéder à la connaissance. (Source.)

Néanmoins, de là à le relayer à une sagesse du cœur - comme il fut comparé à Bouddha et Jésus-mêmes ! - cela est confus, ou plutôt il faut que l'on s'entende bien sur ce cœur. S'il est vrai qu'il est dans une forme d'écoute active, comme on dit dans le commerce, cela peut aussi bien se passer dans les conditions de la lecture à froid. Socrate est un habile conversateur, plus sorcier encore que les sophistes, dans la mesure où il escompterait - dans sa version platonicienne, seul héritage conséquent au sujet de Socrate - le Bien, le Beau, le Vrai. Cela est déjà un projet qui se discute ! ...

... et il se discute d'ailleurs d'autant mieux, si on le transcrit un peu différemment que d'habitude, en l'Excellent, l'Exquis, l'Essentiel, comme les termes grecs anciens ont un écho. Bref, le socratisme platonicien est soi-même une philosophie précise, bien qu'il impressionna. Platon s'inspire des présocratiques Parménide et Héraclite ! La conversation socratique est fort érudite, fort au faîte de ce qui se disait philosophiquement, à l'époque, pour pouvoir en discuter. Socrate n'était pas innocent en vérité, il suffit de lire le texte de Platon avec un œil d'aigle. Rien n'est pur, mais l’œuvre de Platon étant magistralement bien conservée rapport à d'autres d'époque, nous faisons une focale rétrospective erronée sur "Socrate". Un Martin Heidegger, par exemple, prétendit ainsi reprendre toute l'Histoire de la philosophie avant Socrate, depuis Parménide, en ontologie notoirement.

D'autres projets de ce type deviennent possibles dont, toutes proportions gardées, ma critique de "Socrate" ici présente. Enfin "Socrate", ça reste toute une exigence philosophique, clairement.

 

 

 

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7 réactions à cet article    


  • Laconique Laconique 14 novembre 14:27

    Nietzsche ne considérait-il pas Socrate comme un symptôme de la décadence grecque ?


    • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 14 novembre 15:05

      Selon Nietzsche, Socrate aurait inoculé une forme de raison inquisitrice au cœur de la tragique (donc saine, au sens nietzschéen) Athènes, civilisation attique, culture grecque ancienne. C’est que Socrate dispute toutes les façons de parler, que l’on peut saisir intuitivement, de ses interlocuteurs, au prix de leur confiance en soi, et au nom, précisément, du projet philosophique platonicien vers les Bien/Excellent, Beau/Exquis, Vrai/Essentiel. Socrate ne laisserait pas de place à « la vie ». Et pourtant, Nietzsche reconnut en bien des paragraphes la valeur de Socrate, ainsi que soi-même (Nietzsche) pour proche de Socrate, d’une manière ou d’une autre. C’était donc qu’ils étaient tous les deux philosophes ...


    • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 14 novembre 15:06

      Nietzsche reconnaît d’ailleurs le platonisme, comme singularité philosophique atteignant son but aristocratique, à l’époque.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 14 novembre 14:52

      Vingt-deux siècles avant Blaise Pascal, Socrate avait fait du « pari » un argument philosophique, pas à propos de la foi, mais à propos du mariage :

      « Dans tous les cas, mariez-vous. Si vous tombez sur une bonne épouse, vous serez heureux ; et si vous tombez sur une mauvaise, vous deviendrez philosophe, ce qui est excellent pour l’homme. »


      • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 14 novembre 15:07

        C’est, en effet, expériencialiste, comme le socratisme platonicien.


      • Étirév 14 novembre 16:21

        Socrate, ses doctrines et sa mort.

        Ce nom est pour les hommes un objet de vénération.

        En effet, il a droit à la reconnaissance de ceux qui affectionnent la forme religieuse qui règne depuis 2000 ans, car il en a été le premier auteur. C’est lui qui inventa le Dieu mâle, unique et surnaturel, qui devait jouir d’une si grande faveur pendant tant de siècles.

        Le Dictionnaire de Descubes définit ainsi ce personnage : « Socrate, déclaré le plus sage des hommes par l’oracle d’Apollon, aimait Alcibiade et Archélaüs ; il avait 2 femmes et vivait avec toutes les courtisanes. ».

        C’est donc par ironie qu’on l’appela le sage Socrate. De plus, il était envieux. Tous les hommes de talent de son temps furent l’objet de ses critiques jalouses ; il leur reproche leur manque de foi, lui qui ne croyait à rien.

        Ambitieux politicien, il voulut faire de toute la Grèce un seul royaume et en prendre la domination.

        Socrate ne monta pas une seule fois à la tribune pour discuter les affaires publiques. Il n’est pas connu pour sa vie, mais pour sa mort. Il eut la gloire d’avoir une mort retentissante qui divisa le pays en deux partis.

        Il était né en 469 ou 470.

        Si les historiens ont fait une si grande réputation à Socrate (qui n’a pas laissé d’écrits), ce fut pour faire une sorte de réaction contre les grandes femmes de l’époque, les Aspasie, les Thaïs, les Phryné, qui le combattaient et qui occupaient l’attention publique bien plus que les hommes. Ce sont ces historiens qui ont cherché, plus tard, à les avilir, qui ont glorifié Socrate.

        Ses leçons, écoutées avec avidité par les hommes, les flattaient dans leurs mauvais instincts. Chacun d’eux, après l’avoir entendu, se croyait dieu lui-même. Sa parole les ennivrait de cet orgueil masculin qui perd l’homme.

        Socrate fut bien le premier fondateur de la fausse morale qui devait se perpétuer par les religions masculinistes ; c’est lui qui, le premier, prêcha la licence de l’homme, en même temps que la révolte contre la Divinité de la Femme. Il fut traité de blasphémateur contre les Déesses, qu’il appelait des dieux secondaires. (Blasphème est un mot grec qui se trouve dans Démosthène ; il signifie atteinte à la réputation).

        Les mœurs homosexuelles qu’il affichait, sans aucune pudeur, étaient un scandale public.

        Il niait la réalité, c’est-à-dire les lois de l’humanité, et créait un surnaturel qui devait, à travers les religions modernes, arriver jusqu’à nous.

        Au-dessus des Divinités réelles, qu’il laissait dans l’ombre, Socrate mettait un Dieu imaginaire qu’il représentait souverainement grand, voyant tout, entendant tout, présent partout et gouvernant toutes choses. C’était l’homme agrandi, le moi masculin projeté dans l’infini et devenu immense par l’illusion d’un orgueil insensé. Socrate fut un grand orgueilleux et un petit esprit, puisqu’il ne comprenait pas la vraie Nature et lui substituait une chimère. Il fut un des fondateurs du spiritualisme masculin, celui qui avait pour but de mettre l’Esprit en dehors de l’humanité, pour qu’on ne puisse plus dire qu’il est dans la Femme.

        Quant à sa moralité, (…)

        Accusé de détruire la Religion et de corrompre la jeunesse, accusé aussi d’impiété envers les Déesses qu’il tournait en ridicule, il fut condamné à boire la ciguë.

        À suivre...

        La Grèce antique

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