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Le prêtre professeur par Marcel Launay

 

Marcel Launay, professeur émérite à l’université de Nantes, a enseigné l’histoire de l’Eglise au séminaire interdiocésain des Pays de la Loire. Avec ce nouvel ouvrage intitulé Le prêtre professeur, il revient avec pédagogie sur Un ministère oublié aux XIXe - XXe siècles. 

Certains oublient trop souvent que « L’Eglise de France à l’époque contemporaine a réalisé un investissement humain et pédagogique considérable dans le domaine de l’éducation à tous les niveaux, primaire, secondaire, supérieur ». Launay le rappelle dès les premières lignes de son intéressant livre, comme pour signifier qu’il s’agit d’une erreur de vouloir opposer l’Eglise et le savoir ou l’Eglise et l’enseignement. J’en veux pour preuve le nombre de savants et de scientifiques catholiques qui marquent de leurs empreintes l’Histoire. 

Pendant de nombreuses années « l’école chrétienne a paru longtemps être la seule école possible pour les fidèles  ». Il faut prendre le temps de (re)lire Divini illius Magistri, du Pape Pie XI, publiée le 31 décembre 1929 pour comprendre cette légitime position. Cette grande encyclique aborde les thèmes majeurs de l'éducation chrétienne de la jeunesse et enseigne qu’il existe trois institutions - la famille, la société civile et l’Eglise - concourant à l’éducation chrétienne. Dans le même ordre d’idée, il semble très loin le temps où les catholiques prenaient en considération le Code de droit canonique de 1917 qui détermine le principe suivant : « La fréquentation des écoles non catholiques ou neutres ou mixtes doit être interdite aux enfants catholiques ». Chacun sera libre de déterminer si l’Eglise, dans son infinie sagesse, avait raison ou tort de se positionner de cette manière…

En 1906, alors que la République combat encore l’Eglise catholique, l’évêque de Vannes Monseigneur Gouraud prenait la plume pour exposer des vérités historiques délaissées voire combattues : « Ce furent surtout les hommes d’Eglise qui furent les instituteurs de l’enfance. Au XIXème siècle les prêtres comprirent qu’ils avaient à reprendre, en cela comme dans le reste, les traditions de l’Eglise. L’Eglise a toujours cru qu’elle pouvait utiliser le ministère de prêtres pour l’éducation de la jeunesse  ». N’oublions pas le contexte : les congrégations vivaient un nouvel exil imposé par la répression juridique républicaine. Ainsi, il convenait que « le relais soit pris par le clergé diocésain  ». 

Launay estime que ce ministère « s’inscrivait dans la fonction du sacerdoce  » comme Pie XI le formula avec l’encyclique Ad catholici sacerdotti du 20 décembre 1935. Nous lisons avec attention cet énoncé fondateur : « Le prêtre doit posséder pleinement la doctrine de la foi et de la morale catholique. Il doit savoir la proposer, il doit savoir rendre raison des dogmes, des lois, du culte de l’Eglise dont il est le ministre ; il doit dissiper l’ignorance qui, malgré les progrès de la science profane, enténèbre en matière de religion l’esprit de tant de nos contemporains ». L’auteur pose cette question pertinente : « Qui mieux que le prêtre professeur pouvait répondre à cette exigence ? »

De fait, cette étude retrace l’histoire d’« un ministère oublié  », celui des prêtres professeurs, mais ô combien précieux pour la formation intellectuelle de la jeunesse. Nous citons avec confiance cette analyse pleine de bon sens : « Une histoire de l’enseignement en France et particulièrement de l’enseignement catholique ne peut négliger leur rôle dans leurs divers ministères dont le souvenir s’estompe progressivement avec la disparition de leurs anciens élèves ou étudiants ». Nous ajoutons avec conviction que l’abandon des principes intemporels conduit inévitablement à cet assèchement spirituel et intellectuel déploré par les esprits les plus lucides.

D’une manière générale, certains pourraient être tentés de dire : pour quelles raisons faudrait-il se pencher sur le prêtre professeur ? Nous laissons la parole à l’auteur : « A l’heure où l’on constate sa disparition presque totale de l’enseignement avec la nécessité voulue ou subie de la décléricalisation de l’école catholique, il paraissait nécessaire de brosser un tableau plus serein de son mode de vie, de son action, tant pédagogique que religieuse, et des limites de celle-ci ». Il précise également que « l’Eglise a longtemps consacré une partie des forces vives du clergé à l’encadrement de la jeunesse au nom de sa mission d’évangélisation  ». A partir des années 60, marquées entre autres par les événements de Mai 68 et le Deuxième Concile du Vatican, Launay pense qu’ « un monde s’en est allé, celui des soutanes, qui a marqué des générations d’élèves ou d’étudiants ». Il a malheureusement raison…

Ce livre permet d’aborder sous un autre angle les rapports de l’Eglise avec les différents régimes politiques que la France a connus en deux cents ans. Il offre aussi la possibilité de comprendre les échanges - souvent controversés - existant entre l’Eglise et la société, et les relations - jamais au beau fixe - entre l’Eglise et les élites. Alors que l’Education nationale en particulier et l’instruction publique en général vivent un réel déclassement, en raison des fausses idéologies qui les animent, provoquant une chute vertigineuse de l’intelligence et des savoirs, il est agréable de plonger dans cette étude nous rappelant qu’il a existé une France d’avant. Launay retrace avec brio l’histoire du prêtre professeur qui fut « une figure importante pour l’Eglise et la société ». Nous reconnaissons bien volontiers qu’il « fait partie des visages familiers du catholicisme de l’époque et qu’il a marqué plusieurs générations  ». Lire cet ouvrage rend justice à tous ces oubliés de l’Histoire.

 

Franck ABED


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14 réactions à cet article    


  • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 19 septembre 10:36

    Vous parlez des « hommes d’église ». Mais pas des « femmes ». Elles furent pourtant nombreuses, les bonnes sœurs enseignantes auxquelles il suffisait d’une« lettre d’obédience » délivrée par l’évêque local pour enseigner (qq fois bien mais souvent mal) aux jeunes enfants. Et que dire de la mise en condition des esprits pour en faire de bons petits catholiques obéissant à notre Sainte mère l’Eglise qui savait si bien préserver les privilèges naturels des nantis ?


    • Septime Sévère 19 septembre 12:06

      @Jean J. MOUROT
      .
      Les vrais nantis sont ceux qui connaissent Dieu. 


    • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 19 septembre 12:45

      @Jean J. MOUROT

      Et que dire de la mise en condition des esprits pour en faire de bons petits catholiques obéissant à notre Sainte mère l’Eglise qui savait si bien préserver les privilèges naturels des nantis ?

      Elle a été remplacée par la mise en condition des esprits pour en faire de bons petits soldats qui partent à la boucherie en 1914 la fleur au fusil, obéissant à la sainte république, qui sait toujours si bien préserver les privilèges des nantis et de leur « union sacrée ».

    • Yann Esteveny 19 septembre 14:00

      Message à Monsieur Jean J. MOUROT,

      La teneur, le décalage et la médiocrité de votre propos permettent de montrer à tous l’écart qu’il y a entre l’éducation qui a été donnée à de nombreuses générations de français par des prêtres professeurs et la propagande que débitent les déséduqués sortis du moule de l’« Education Nationale » Républicaine.

      Merci à Monsieur Franck Abed pour cette présentation. Les vidéos de Madame Marion Sigaut et Virginie Subias Konofal sur l’éducation des enfants du Moyen-Age à aujourd’hui permettent de compléter une instruction sérieuse en ce domaine.
      Ceux intéressés pourront également profiter intelligemment des vidéos sur l’éducation (si elles ne sont pas encore censurées sur Youtube !) d’Arnauld de Tocquesaint, André Stern, Claire Colombi, Anne Sophie Nogaret, etc...

      Respectueusement


    • Fergus Fergus 19 septembre 16:13

      Bonjour, Jean J. MOUROT

      Si cela vous intéresse, j’ai consacré en mai 2019 un article qui met à l’honneur quelques-unes de ces enseignantes en Haute-Loire :
      Le Velay au temps des « béates » et des ’assemblées".


    • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 19 septembre 18:49

      @Yann Esteveny
      « le décalage et la médiocrité de votre propos ». En quoi est-il médiocre ? Je me contente de signaler que l’enseignement catholique n’a pas eu que des aspects positifs. Je ne nie en rien l’apport de bien des religions à l’instruction publique d’autrefois. J’ai même appris mon métier là où JB de la Salle formait ses « frères » enseignants – un séminaire laïque, il est vrai ! Je ne prétends pas non plus que l’enseignement laïque ait toujours été exemplaire...


    • Yann Esteveny 19 septembre 22:28

      Message à Monsieur Jean J. MOUROT,

      Je vous invite à vérifier si vos propos se « contente de signaler que l’enseignement catholique n’a pas eu que des aspects positifs ».
      Le niveau scolaire s’effondre en France où il n’est question que de « parité », d’écologie et de théorie du genre.
      Il y a ceux qui éduquent et les autres.

      Respectueusement


    • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 20 septembre 09:15

      @Yann Esteveny

      Adolphe Thiers, fondateur de notre bien-aimé sainte république disait « Un peuple instruit est un peuple ingouvernable »


    • Yann Esteveny 20 septembre 13:41

      Message à avatar Opposition contrôlée,

      Quant à la « lumière » Voltaire donnée en modèle intellectuel par la République, il écrivait : « Il est à propos que le peuple soit guidé, et non pas qu’il soit instruit ; il n’est pas digne de l’être. »
      Ceux qui sont intéressés par cet imposteur, dont l’imposture se poursuit de nos jours par tous les honneurs qu’ils lui sont donnés, peuvent lire : « Voltaire : Une imposture au service des puissants » de Marion Sigaut.
      Avec de tel illuminé, il est normal qu’aujourd’hui Monsieur Bernard-Henri Lévy jouisse du statut de philosophe !

      Respectueusement


    • Pierre Régnier Pierre Régnier 19 septembre 14:14

      A l’auteur et à ses lecteurs je conseille vivement, s’ils ne l’ont déjà fait, de lire ce livre très actuel et très important de Charles Condamines, qui vient de mourir :

      J’étais prêtre et ne suis plus chrétien


      • Fergus Fergus 19 septembre 16:09

        Bonjour, Franck

        J’ai eu moi-même des enseignants prêtres dans une institution catholique. 

        J’en ai gardé quelques souvenirs cuisants que j’ai racontés dans cet article :

        Au bon vieux temps de châtiments corporels dans l’enseignement catholique.

        Cela dit, j’y ai connus d’excellents professeurs, et même obtenu un « Prix d’Education religieuse » pour le moins paradoxal, étant sans doute l’un des pires mécréants de l’école.

        En réalité, ce prix récompensait plus mes qualités de contradicteur et de rédacteur que la fidélité à l’enseignement religieux. Preuve que le professeur principal que j’avais eu cette année avait le sens de l’humour !  smiley


        • babelouest babelouest 19 septembre 20:19

          Pour ma part j’ai eu « l’honneur » de faire mon collège chez les frères 4-bras, derrière l’armée m’a paru douce..... quant au lycée, il était assuré par des prêtres à la fois très compétents, et très humains. Le seul avec qui je n’ai pas pu m’entendre était le Révérend Père Supérieur, auquel je posais régulièrement des questions pièges à l’occasion des cours d’instruction religieuse. Régulièrement aussi il ne pouvait pas répondre de façon satisfaisante, sauf à brandir l’argument d’autorité, bien qu’il eût écrit un Précis d’Apologétique qui faisait paraît-il autorité. Je pense que c’est à lui que je dois d’avoir de moi-même appris à devenir athée. Curieusement, à ces cours-là j’étais le seul à lever le doigt : pourquoi ?


          •  C BARRATIER C BARRATIER 20 septembre 11:22

            article partisan qui ne decrait quand même pas travestir la vérité : La République, laïque, ne combat pas l’église. C’est l’église qui combat la République. A travers un Macron aujourd’hui !

            Les protestants s’investirent beaucoup dans les écoles primaires

            Les opprimés d’hier sont les vainqueurs d’aujourd’hui

            Voir

            la force des opprimés, agoravox


            • babelouest babelouest 20 septembre 14:34

              @C BARRATIER Il est d’ailleurs remarquable que mon département soit coupé en deux. Au sud, toutes les communes ont leur école publique, au nord elles ont soit les deux (la publique plus la catholique), soit l’école privée seule. Le plus amusant est dans la région (tout au nord) où les cathos vont à l’école privée, mais où l’école publique accueille les enfants des membres de la Petite Église, dont les parents refusent le Concordat de 1802. Le sud a subi les Dragonnades dès 1681, le Nord faisait partie de la Vendée Militaire. Où est le clivage ? l’opposition entre le granit au nord-ouest, et le calcaire au sud.

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