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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le ramollissement du monde : tragédie culturelle et génocide des (...)

Le ramollissement du monde : tragédie culturelle et génocide des valeurs

L’industrie culturelle de masse est en plein délire idéologique, idéologie qui bien sûr avance masquée. Ce n’est pas un message particulier qui est mis en avant, ou bien un pays ou un parti soutenu avec plus ou moins d’équivoque : nous ne sommes pas en dictature. C’est pire que cela : c’est tout un ensemble de valeurs qui est génocidé, remplacé par un cadre invisible très étroit dans lequel on enferme toutes les productions culturelles, dont la quantité et l’apparente « diversité » ne font que dissimuler une unicité de pensée, de « façon » de penser, redoutable. Bientôt, les esprits libres ne pourront plus exister. Je m’explique.

Il s’agit de « ramollir » les gens, mais d’une façon fort subtile, c’est-à-dire sans empêcher leur « révolte », mais en leur proposant un certain type de révolte « prêt-à-l ’emploi », d’une certaine manière. Une telle révolte ne peut bien sûr pas en être une : tout homme réellement révolté sait très bien de quoi il s’agit : la révolte ne se décrète pas, ne se planifie pas : elle se vit d’abord, à chaque instant, et au plus profond de soi, avant seulement de remonter vers les sphères plus hautes, je veux dire vers la conceptualisation par l’intelligence. La révolte part donc de valeurs ancrées en nous comme naturellement, elle est une réaction d’autodéfense immunitaire à une agression extérieure, elle est « virile », au sens qu’elle n’attend pas d’aide extérieure, ou de signal extérieur, pour naître et se développer : le combat n’a pas besoin de l’aval d’une idéologie : il est parce qu’il doit être.

Or le flot permanent d’objets culturels qui nous entourent n’encourage pas ce type de révolte « saine » : c’est tout le contraire. La culture, alors qu’elle devrait permettre de nous retrouver (au niveau individuel comme au niveau social), ne fait plus que nous éloigner de nous-mêmes. Elle nous « divertit », ce qui vaut bien dire ce que ça veut dire. Elle permet certes d’ « échanger », mais non pas sur des valeurs, mais sur « les goûts et les couleurs », ce qui n’a, isolément, pas plus de sens « artistique » que « culturel ». Ce nouveau type de « consommation » culturelle a selon moi un centre symbolique incarné par la femme, ou du moins par des valeurs dites féminines, à savoir : plaisir, désir, douceur, maternité, en un mot : Eros. L’Eros a définitivement supplanté le Logos masculin comme pivot central de la Culture, pris dans ses deux sens : civilisationnel et artistique.

La féminité nous « impose » donc ses valeurs, par le biais de l’éducation, par ailleurs très liée à la production culturelle dont il est ici question, et par son « infiltration » dans toutes les sphères de notre « libérale » société : travail (de plus ne plus cantonné au secteur tertiaire), commerce (de plus en plus cantonné à la consommation « massive » de biens « mondialisés »), et « culture » (même constat que pour le commerce). La sphère politique ne semble plus guère avoir de poids sur la conscience (l’inconscience) collective, n’est ramenée (cela n’est certes pas nouveau) qu’à un théâtre de guignol aux protagonistes « peoplisés », féminisés eux aussi (même s’ils sont des hommes), condamnés à servir un système esclave de la communication « médiatique ». Certains hommes politiques le déplorent d’ailleurs : plus de places pour les idées ! Politique en temps réel ! Reality Show !

Les esprits qui souhaitent rester libres doivent donc évoluer entre tout cela, ce qui il est vrai n’est pour eux pas si difficile, tant ils ont une horreur viscérale de cette imposture-là, de cette tricherie instituée, institutionnalisée, implantée, coloniale.

Nous vivons dans un temps qui ne peut plus supporter la moindre référence au passé, décrété révolu, « obsolète », à chaque jour ou presque que Dieu fait, un passé qu’il faut jeter comme on se débarrasse d’un smartphone, tout simplement parce qu’il n’est plus à la mode, ou parce que l’on croit qu’il ne marche plus. L’imaginaire collectif doit être complètement réécrit, ce qui passe par une sorte de réification de celui-ci, par une « objectivisation » du sujet, de l’être, par sa « mise en image », sa « représentation ». On ne fait plus de philosophie, on en parle, c’est qui est l’exact opposé. Nous devons être à la porte de nous-mêmes, pour finir par nous perdre de vue. On peut alors douter de tout, puisqu’en nous, le vide est fait. On a de plus en plus de « connaissances », mais on ne « sait » plus rien, même et surtout l’essentiel. Nous sommes démunis, dépossédés de nous-mêmes, et la culture « de flux » est là justement pour nous remplir, tonneaux des Danaïdes devenus…Il est évident que dans une culture de l’Image, il manquera toujours (au moins) une dimension. Il n’y a plus aucune stabilité de valeurs, déconnecté de la terre, déconnecté du passé, tout est contrôlé désormais par la « culture », publicitaire, hollywoodienne, mais toujours « moderne », « révolutionnaire », « géniale » !

Je viens de lire, « pour voir », la série-conte « Eco » (Par Guillaume Bianco et Jérémie Almanza), qui devrait je tente une prédiction faire l’objet d’une adaptation cinématographique dans les prochaines années, tant elle constitue selon moi un exemple « type » du retournement des valeurs que j’ai tenté de décrire plus haut. La série relate l’histoire d’Eco, jeune fille devant fuir le foyer familial suite à une violente dispute avec ses parents, qui se termine par une « malédiction » jetée sur elle par sa mère. Eco doit alors entreprendre une sorte de voyage « initiatique » afin de lever cette malédiction, qui n’est en réalité qu’une image pour illustrer…la transformation de son corps ! Ce livre, qui prétend faire référence à l’imaginaire populaire, fantastique et fantasmagorique, de temps immémoriaux, puiser dans l’imaginaire des contes, dont la peur est effectivement le moteur central de la narration, n’est en fait qu’une pâle métaphore de la puberté féminine, de la découverte de la sensualité, et de la maternité ! Si je ne m’étais pas douté de cette « fumisterie » (malgré les apparences, les illustrations sont soignées, la narration est d’une pauvreté affligeante), je n’en aurais pas cru mes yeux ! La pauvreté du vocabulaire ne fait que trop rappeler qu’en fait les auteurs n’ont rien à nous dire, mais alors vraiment rien ! Tout ici transpire le poncif, la vacuité, en somme, l’esprit du temps…Eco n’est finalement qu’une des représentantes de toutes les jeunes filles aliénées (qui peuvent très bien n’être ni jeunes ni femmes, entendons-nous bien) qui peuplent nos villes, les yeux accrochés en permanence à un miroir (quand ce n’est pas un écran), enchaînées à leur égo : Eco/Ego…Et voilà qu’on leur donne des histoires pour leur dire : tout cela est très bien, découvre ton corps, apprends à jouir de lui, c’est la seule chose qui importe dans la vie : l’amour…Pour surmonter la peur, on répond par un très rassurant hédonisme sensualiste, extrêmement « main stream » : nous sommes bien au pays des Bisounours.

Que la culture soit envahie de pareils objets ne m’insupporte pas, ne m’irrite pas, mais me révolte, au sens où je l’ai déjà expliqué. Nous n’avons pas le droit de nous ramollir à ce point, nous n’avons pas le droit de nous laisser aller à cet élan collectif sentimentaliste et psychologisant, parce que cela est trop pauvre pour faire une culture, que cela est trop pauvre pour trouver un « équilibre » d’adulte (le rôle véritable des contes, entre autres), que cela est un attentat contre la véritable culture, dont nous avons la chance en France qu’elle soit pluriséculaire, et parce que cette culture est un fascisme déguisé, une école de la pensée unique, c’est-à-dire l’opposé de ce que doit être la pensée : le résultat courageux produit par l’esprit qui tente de comprendre le monde (et pas le relâchement paresseux dans le giron d’un cocon « maternel »).

Je crois ainsi en la culture comme une arme contre la pensée unique libérale impériale qui « envahit » la France. La Culture, contre la Civilisation de l’argent. Le Courage de l’esprit contre la paresse de la Pensée. L’Amour contre l’Egoïsme généralisé.

La Culture, la vraie…


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33 réactions à cet article    


  • Jeff Parrot Jeff Parrot 29 avril 2014 15:01

    très bon article, merci pour la reflexion


    • Claus D. Claus D. 29 avril 2014 20:38

      Merci pour votre bienveillance, cette vertu « minimale » devenue si rare de nos jours, et pourtant sans laquelle rien ne peut être dit ni construit. Il s’agit ici non d’attaquer gratuitement et méchamment une série particulière ou bien leurs auteurs, mais de tenter de faire comprendre, sans ambiguïté (ce qui n’empêche pas la finesse), que ce qui se passe en ce moment sous nos propres yeux est très grave. Il s’agit bien d’un bouleversement de civilisation, ainsi que peut l’illustrer « économiquement » (mais en réalité bien plutôt « culturellement ») la mise en place du Grand Marché Transatlantique. Je crois qu’il n’y a plus de place pour le doute, le compromis, que l’heure est au choix clair et qu’il est vraiment temps de traquer l’ennemi, partout où il se trouve. Merci donc d’avoir saisi le message.


    • mortelune mortelune 29 avril 2014 16:16

      « Le Courage de l’esprit contre la paresse de la Pensée. »

      Pour les philosophes grecs la paresse était une vertu puisqu’elle donne à l’homme le temps d’ouvrir son esprit. Pardon pour cette correction et pour le reste je vous ’plus’ sans soucis. 
      La population est gouvernée par des lopettes friquées. Je trouve indigne et très peu vertueux de baisser la culotte devant ces gens. 

      • Claus D. Claus D. 29 avril 2014 20:44

        Vous êtes tout pardonné. Merci également pour votre soutien. J’entends le mot « paresse » davantage au sens chrétien de « pêché capital », i.e. à la source de tous les maux de l’âme. La paresse est aujourd’hui encouragée, partout, même et surtout dans la culture, de masse ou plus « intellectuelle », dans un objectif qu’on pourrait supposer purement machiavélique, dans un contexte potentiellement apocalyptique (au sens propre). L’humanité se fracture ici peut-être de façon définitive : on connaissait déjà la grande fracture Nord-Sud, on sait aujourd’hui que le Nord lui-même est dynamité par cet écart absurde (mais bien réel) des inégalités, que les classes moyennes tendent à disparaître, le nombre de parias augmentant sans cesse, proportionnellement au nombre d’ « ultra-riches ». En allant très loin (mais rien ne nous interdit de l’exclure), on peut donc supposer qu’il y a une sorte de stratégie (je n’ai pas dit complot) pour ramollir les gens ordinaires afin d’oublier qu’ils sont voués à disparaître. Ou encore que ceux qui pourront prétendre aux nouvelles normes « transhumaines » auront une chance de survie, et que les autres disparaitront le plus « darwiniennement » du monde...
        Ainsi, à la paresse, nous préfèrons évidemment un retrait cynique à la Diogène, si c’est à ce genre de philosophie que vous faisiez référence. Le tonneau m’attire de plus en plus souvent, à condition qu’il soit retrait, et pas démission. Retour à soi : « je cherche un humain ! »
        Enfin, plutôt que de baisser la culotte, il sera nécessaire à n’en pas douter de lever le poing de temps à autre, au sens figuré au moins, comme ici sur Agora. Mais pas un poing de haine, un poing républicain, espagnol, dos extérieur (je pense ici au « petit soldat » de Godard).
        Merci encore et bonne suite.


      • mortelune mortelune 4 mai 2014 11:49
        Un petit retour sur la notion de paresse. Notion bien malmenée et manipulée par ceux qui ont intérêt à le faire. Paresse et acédie : Affaire de traduction, de mauvaise traduction.

        Dans la tradition catholique, la paresse est souvent assimilée à l’un des sept péchés capitaux. En réalité, le catéchisme de l’église catholique mentionne ce péché capital comme « paresse ou acédie ». Le mot « acédie », très peu utilisé de nos jours, et qui a même disparu de la plupart des dictionnaires, est pourtant le terme historique utilisé dans la tradition monastique (d’ Evagre le Pontine à saint Thomas d’Aquin et jusqu’à la fin du Moyen Âge). Le terme acédie correspond à de la paresse spirituelle, ce qui est bien différent du sens moderne donné à ce péché par l’emploi du simple mot paresse (= procrastination) au sein des 7 péchés capitaux.

        C’est donc bien l’acédie qui est un péché, pas la paresse. 

        nota : j’aime faire référence au véritable sens des mots. Merci pour la réponse que vous avez donné à mon premier post.


      • Claus D. Claus D. 4 mai 2014 15:10

        Merci à vous pour cette explication. Confucius disait paraît-il que pour changer le monde, il faudrait commencer par redonner du sens aux mots. Je crois particulièrement à ce travail : réfléchir aux choses les plus courantes que l’on emploie, comme les mots, c’est commencer à sortir de l’inconscience, commencer à se demander : qu’est-ce que je fais ? qu’est-ce que je dis ? qu’est-ce que je pense ? « Les mots sont les signes de faits naturels », a écrit également R.W. Emerson : nous ne devons donc pas les trahir.

        C’est donc bien la moindre des choses que de réfléchir à ce que l’on dit surtout à l’heure actuelle où tout-le-monde peut s’exprimer et même enregistrer ses dires sur mémoire électronique, comme c’est le cas ici-même. Si nous sommes libres, cherchons à l’être du moins, alors nous devons être conscients des mots que l’on emploie, dans cette belle langue française, si sémantiquement riche et si musicale à la fois, à condition de ne pas la galvauder comme c’est trop souvent le cas, sans purisme, mais avec exigence tout-de-même. Peut-on penser sans les mots ? Je ne crois pas, ce qui n’empêche pas de reconnaître qu’il existe des intelligences remarquables de gens pourtant peu lettrés. Mais la pensée appartient au domaine des mots, donc sur Agoravox où nous mettons en commun nos réflexions, il faut être un minimum rigoureux dans notre expression.

        Et pour en revenir à l’acédie : oui, penser nécessite un recul par rapport à l’agitation du monde, une élévation spirituelle empêchée de plus en plus violemment par les conditions de vie contemporaines, esclave et consommatrice du temps et de sa mesure « nanomètrique » spéculative…Très heureux de constater que certains comme vous n’ont pas encore tout jeter à la poubelle…


      • Darkhaiker Darkhaiker 29 avril 2014 22:19

        La culture est un combat contre la barbarie de la pensée, pour des valeurs qui nous aident à nous dépasser et vivre par le haut, pas par et dans « la Culture de l’égoïsme », dénoncée dès 1986 dans un petit livre tiré d’une rencontre entre Cornelius Castoriadis et Christopher Lasch, Climats éditions.

        Merci Claus D. pour votre tirage du signal d’alarme en plein tunnel mou...


        • Claus D. Claus D. 30 avril 2014 21:18

          Merci Darkhaiker à la fois pour votre soutien et pour votre contribution à la défense de la culture et à son partage, sans élitisme mais sans compromission. Je garde la référence citée sous la main.


        • ulrich ulrich 29 avril 2014 23:33

          Beaucoup d’idées dans un article ! Je réagis seulement à votre métaphore  :
          « un passé qu’il faut jeter comme on se débarrasse d’un smartphone »
          .
          Il est clair que notre boulimie de futur est liée à la Spéculation Addictive, tandis que notre dégoût du passé traduit l’ Aversion Généralisée envers ce qui ne peut pas produire de la« Valeur » : combien vaut un Future sur l’acier en Juillet 1914 ou une minute de pub diffusée il y a 5 minutes ? S’il vaut attendre 15 ou 20 ans pour la revendre à prix cassé dans un programme vintage, autant replanter tout de suite des forêts de teck en Indonésie. La filière « Valorisation du Passé » est comme la filière « Recyclage » : une affaire de spécialistes, à rendement faible, et à risques : car, contrairement aux déchets électroniques, les Passés Nauséabonds s’exportent difficilement vers les pays à faible coût.

          Par ailleurs, je partage tout à fait votre vision sur la révolte pasteurisée et le monde ramolli : ainsi le Consommateur moderne, pacifié par le prémâché, finira-t-il par perdre jusqu’à l’idée qu’il a des crocs.


          • Claus D. Claus D. 30 avril 2014 21:24

            « les Passés Nauséabonds s’exportent difficilement vers les pays à faible coût » : excellent ça. Quand il s’agit de tout faire disparaître, il y a un moment où les limites « matérielles » ne peuvent être dépassées, et nos déchets, puisque vous évoquiez cela aussi, finiront forcément par nous péter à la figure, au sens figuré, humain, ou nucléaire…
            Le libéralisme sauvage fonctionne à l’extinction, que ce soit de cultures traditionnelles ou d’espèces végétales ou animales : chaque jour comporte son lot de scandales ordinaires. Je suis au quotidien témoin de ce passé en train de sombrer, au contact des dernières générations de l’ « Ancien Monde », quoique que le « Nouveau » soit depuis bien longtemps en préparation et à l’œuvre aussi.

            Merci beaucoup pour vos précisions.


          • tobor tobor 30 avril 2014 00:53

            Peu de gens réalisent combien la Programmation Neuro-Linguistique est un outil puissant et à quel dose ils en ont déjà fait l’objet à travers leurs films, séries et émissions favorites au point d’avoir modelé leur « conscience ».
            Qui s’imagine que derrière un scénario vertueux au possible, suivant des modèles de bien-pensance, d’’honneur et de respect un film peut avoir pour « message » l’extrême opposé ou quelque-chose n’ayant rien à voir et qu’on aurait refusé s’il avait été perçu consciemment !
            .
            L’exemple de « V pour vendetta » comme pendant aux « Anonymous » est un bel exemple de sapage de l’activisme :
            Se posant en modèle, la révolution triomphante à l’écran contraste avec les quelques ados internautes qui se masquent de la sorte en manif. L’échec est garanti à la base : jamais ça ne marchera comme dans le film ! Cette symbolique révolutionnaire égocentrique qui se contente d’être ludique a cependant percé, créant un épiphénomène « Guy Fawkes » aussi inoffensif concrètement que réprimable pour hacking au virtuel !


            • Claus D. Claus D. 30 avril 2014 21:29

              Ce phénomène « Anonymous » que vous décrivez très bien me rappelle fortement une scène du roman « Cosmopolis » de Don DeLillo : l’attaque de la ville par une bande d’anarchiste aux slogans « littéraires » : Un Jour le rat devint monnaie d’échange. Un contraste étonnant est alors rendu entre la violence et l’ampleur de la manifestation (saccages de voitures, effraction dans les grandes banques, etc.), et le pathétisme certain de la scène, qui ne fait que renforcer son sentiment d’irréalité. Le personnage central et Golden boy Eric Packer a alors une discussion intéressante avec une de ses employées : cette révolte fait partie du plan même, cette révolte antisystème est le Système, qui a besoin de lui, qui le produit et le digère à la fois. Il ne peut exister de critique en-dehors du Système, car il n’y a rien en-dehors de lui. Ce n’est pas Eric Packer qui prononce ces mots, mais son interlocutrice, qui n’aime rien tant que conceptualiser. Le grand intérêt du livre est donc de nous poser cette question :
              Quelles sont les limites de la conceptualisation dont est capable l’esprit humain ? Et face à un monde « conceptualisé » à l’extrême, toute conceptualisation supplémentaire ne fait-il pas que renforcer la donne, dans un vertige infini…et mortel ?

              Merci pour votre intervention.


            • tobor tobor 1er mai 2014 00:06

              Grand merci à toi d’avoir soulevé le sujet !
              C’est bien de ça qu’il s’agit aujourd’hui, le spectacle de la révolution, le spectacle de la censure, le spectacle de la répression (mais qui tape pour du vrai), le théâtre des décisions, ...
              Ainsi les gens éprouvent un-peu de la chose, en toute sécurité, sans réel risque de changement !
              .
              Ce qui est déplorable, c’est que la masse est consentante, pire : volontaire pour son asservissement, se montrant implicitement indigne de liberté.
              C’est exactement là où Huxley voulait nous amener en s’en vantant !


            • Xenozoid Xenozoid 1er mai 2014 00:14

              et oui on en est lá et quand le spectacle est finnit on range les chaises et les tâbles, on abandone le podium et on laisse le spectateur entre des murs vide de sens, jusqu’a la prochaine séance 

              Vivant dans le pays des morts

            • Claus D. Claus D. 1er mai 2014 10:30

              @Xenozoid

              A nous de donner du sens aux murs…


            • Claus D. Claus D. 1er mai 2014 10:38

              @Tobor

              « Les citoyens sont moins les vaincus de cette guerre que ceux qui, niant sa réalité, se sont d’emblée rendus : ce qu’ON leur laisse en guise d’ « existence » n’est plus qu’un effort à vie pour se rendre compatible avec l’Empire. »

               Groupe « Tiqqun », Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille


            • Xenozoid Xenozoid 1er mai 2014 13:13

              oui a nous de donner un sens au vide.+


            • Xenozoid Xenozoid 4 mai 2014 14:12

              c’est a se demander pourquoi le vide, s’en fout du sens


            • Claus D. Claus D. 4 mai 2014 15:06

              @Xenozoid
              Pour ce qui est du vide, je crois que rien ne vaut le bouddhisme Mahayana pour nous parler de cela, comme cette phrase extraite du Sutra du cœur : « La forme n’est que vide. Le vide n’est que forme. » Mais ne me demandez pas de vous en parler davantage.


            • Xenozoid Xenozoid 4 mai 2014 17:37

              non je ne demande pas.


            • Claus D. Claus D. 4 mai 2014 18:37

              « Tout mur est une porte. » Emerson


            • Xenozoid Xenozoid 4 mai 2014 19:02

              une citation n’est pas raison


            • Claus D. Claus D. 4 mai 2014 19:11

              La vérité ne cherche pas à avoir raison, seuls les imbéciles le font.


            • Xenozoid Xenozoid 5 mai 2014 18:13

              c’est pour cela que je ne demande pas


            • Claus D. Claus D. 5 mai 2014 20:38

              Alors content de savoir que vous faites partie des humbles samouraïs chercheurs de vérité.


            • Claudius Claudius 30 avril 2014 22:13

              Bof, l’homme libre n’a rien à voir avec les objets présentés, il ne s’en soucie pas, il ne les critique même pas, il sait parfaitement que le monde dit « moderne » n’est que l’expression, la réalisation d’un absolu et unanime ressentiment contre le monde telle qu’il est donné.

              Rien à faire, juste constater, l’âme ataraxique ..

              L’homme libre doit se contenter de voir la maladie ambiante, la malédiction de la zombification et, pourquoi pas, s’en amuser.

              Vous n’allez pas assez vite, assez loin, vous faites encore confiance à un « on » qui parle et continuez à attendre Godot ..

              « Que la culture soit envahie de pareils objets .. » dites-vous .. la culture ?

              L’homme libre ne peut croire ou faire croire au changement que vous évoquez (voyez-vous, je n’ai pas parlé d« espoir », j’aurais déjugé mon propos) : « Le Courage de l’esprit contre la paresse de la Pensée. L’Amour contre l’Egoïsme généralisé. » écrivez-vous

              Seul Dieu serait à interpeler .. si on voulait se fatiguer.

              Quant aux Anonymous, aux Adbusters, ne les raillez pas si vite : ils voient les mêmes choses que vous. Spiritual Vacuum dit www.adbusters.org

              La réclame bousille le cerveau .. bien d’autres belles choses, qu’ils disent, encore

              Mais poète, chroniqueur, observateur .. on peut essayer

              Tandis qu’à leurs oeuvres perverses les hommes courent haletant
              Nous on boit, on rit, on paresse ..

              Merde ! encore le On ..

              Merci pour votre papier


              • Claus D. Claus D. 1er mai 2014 10:28

                « Rien à faire, juste à constater » : le non-agir est sans doute de mise, mais il suppose une correction d’ « attitude » qui est loin d’être passive et sans travail. Le « juste à constater » serait plutôt pour moi une injonction puissante et exigeante à travailler à être libre. On n’est pas « homme libre » une fois pour toute : c’est une affaire de conscience, d’éveil, de maîtrise de l’esprit sans laquelle tout travail critique de la société devient stérile.

                Que l’on s’amuse de cela ne me convient pas, même si j’apprécie beaucoup les bons traits d’humour, comme ceux de Beckett par exemple que vous citez. Par ailleurs je ne raille rien ni personne, j’ai arrêté cela, question d’hygiène. Et je crois effectivement que nous sommes devant Dieu désormais, qui n’apprécie guère ce genre de coups bas.

                Donc en ce qui concerne les Anonymous, je ne peux que suivre instinctivement les sentiments de Tobor, sans jugement et sans condamnation. Je connais très mal ce mouvement d’ailleurs, qui « naturellement » ne m’attire pas (hackage informatique, opérations de communication), mais à l’occasion je me renseignerai davantage. Le révolte véritable n’a jamais tenu compte des frontières, fussent-elles idéologiques.

                Je suppose donc que nous sommes du même combat, qui ne peut qu’être dépourvu de toute vanité. Merci pour votre intervention.


              • Claudius Claudius 1er mai 2014 18:27

                Google ( counterforce le monde )


                • Patrick Samba Patrick Samba 4 mai 2014 11:29

                  Bonjour,

                  cela fait deux articles en une semaine sur Agoravox que les mots culture et génocide sont associés.
                  Cette association décrédibilise totalement leur auteur dont le but est soi-disant de valoriser la culture.
                  La langue française comporte suffisamment de mots synonymes de tragédie pour éviter de dévoyer celui de génocide.
                  En dehors de l’ignorance je ne vois donc qu’un motif à ce dévoiement : banaliser le génocide afin de mieux préparer les esprits à ce genre de perspective. Une forme de manipulation mentale en quelque sorte.
                  Il est vrai qu’un génocide est tellement.... « viril »....


                  • Claus D. Claus D. 4 mai 2014 15:05

                    Pardon si le mot génocide vous a déplu : le but n’est évidemment ni d’abaisser le sens et la réalité des génocides humains historiques, ni de démontrer par un vocabulaire « guerrier » une certaine virilité qu’il est vrai je recherche ici, en réaction à la mollesse ambiante, par orgueil et dignité, mais en toute humilité.
                    Vous pouvez donc entendre ce mot, si vous préférez, comme : « trahison », « mensonge institué », « table rase du passé », « barbarie de la pensée » pour reprendre les mots de Darkhaiker, tout cela qui est avant tout une insulte faite à notre intelligence tout autant qu’une violence contre notre humanité-même, car sans culture, il est très difficile de vivre (je crois que les quelques commentaires postés sur cette page devrait suffire à vous convaincre de cela).

                    Ne voyez donc dans l’emploi de ce mot ni machisme, ni haine, mais une grande et froide colère, ainsi qu’un appel masqué au sursaut des consciences, comme tant d’autres le font aussi, à leur manière.

                    Quant à la manipulation mentale, c’est précisément ce que nous dénonçons et tentons de mettre au clair, ce qui n’est jamais simple…


                  • Claus D. Claus D. 5 mai 2014 09:21

                    Last Bee,

                    Votre propos me rappelle fortement la conférence qu’a donnée Coluche en février 1986 au siège du Grand Orient de France, avant de disparaître « accidentellement ». Sa conception de la radio, de la tv et de la scène était la vôtre, empêchée aujourd’hui, je suis d’accord aussi.

                    Ne reste-t-il « que » internet ? En soi, Internet est un instrument impensable et donc a priori impossible à contrôler « par le haut » (je pense à la fameuse NSA). Il peut peut-être être approché comme une sorte de biosphère, d’écosystème, qui trouvera lui-même son point d’équilibre (avec quel équilibre des « forces » ?), ou alors il implosera par emballement « chaotique » (comme la société entière ?), ou encore une grande catastrophe « naturelle » mettra fin à sa vie (panne généralisée des serveurs, pour X raisons possibles).

                    Je crois en la culture par elle-même, les différents médias n’étant, par définition, que des véhicules. Comme vous avez pu le lire, je crois, avec tant d’autres, mon propos n’a rien d’extraordinaire, que notre culture est en voie d’extinction, mais pas morte encore. Rappelons tout-de-même une évidence : la culture, c’est nous ! Nous ne sommes pas les consommateurs passifs et esclaves d’une super-production mondiale de biens culturels industriels manufacturés : la culture véritable dépend de notre réaction à ces produits, puis la dépasse largement. Comme Internet, l’Océan ou l’Univers, une véritable culture ne peut se penser ni se concevoir, a priori ou a posterirori. La culture est ce qui nous unit et nous réunit « par le haut », par l’universel, par le beau, le bien et le bon. La culture est donc tout simplement et au sens strict vitale.

                    Aujourd’hui, par exemple, il y a un « type » de culture qui ne m’est pas familier mais pour lequel j’ai le plus grand respect, c’est toute la culture dite « de rue » : graffeurs, rappeurs, etc. Tant que ceux-ci parviennent à ne pas être « récupérés » (ce qui bien sûr est loin d’être le cas), alors je crois qu’ils sont un exemple vivant, et un des seuls aujourd’hui, de culture encore « vivante », qui crée et se crée (liberté), sans tenir compte de tous les éléments « secondaires » (lois, financements, attente du public, etc.). Mais en fait je ne crois pas qu’il faille « sectoriser » la culture comme on le fait maintenant, trop souvent et tout le temps, comme à la fnac : musiques du monde, culture japonaise, hip-hop américain, etc. On y perd en authenticité, et en universalité : la culture, c’est d’emblée toutes les cultures (dignes de ce nom), au-delà des origines ou des moyens d’expression. J’avais retenu un jour cette belle phrase de Goethe : « Tout ce qui est parfait dans son genre transcende ce genre pour devenir quelque-chose d’autre, d’incomparable. » C’est cette incomparable qu’il nous faut trouver…


                  • claude-michel claude-michel 5 mai 2014 08:00

                    "Celui dont la pensée ne va pas loin verra les ennuis de près."

                    Confucius


                    • Claus D. Claus D. 7 juin 2014 20:30

                      « 
                      A cause de l’effondrement de la religion, les références bibliques qui, jadis, imprégnaient si fortement la conscience quotidienne, sont devenues incompréhensibles. Le même phénomène est en train de se produire dans le domaine de la littérature et de la mythologie de l’Antiquité ; de fait, il s’étend à toute la tradition littéraire de l’Occident, qui s’est abondamment nourrie aux sources bibliques et classiques. En l’espace de deux ou trois générations, d’énormes sections de cette « tradition judéo-chrétienne », si souvent évoquée par les éducateurs, mais si rarement enseignée, sont tombées dans l’oubli.
                      [Le conte de fées, autre source de sagesse populaire, est en train de se tarir, grâce encore aux idéologues progressistes, qui veulent protéger les enfants de ces histoires réputées terrifiantes. La censure exercée sur le conte de fées, tout comme l’assaut donné à la littérature « inappropriée » au monde moderne, fait partie d’une persécution générale de l’imagination et du fantasme. Au nom du réalisme et d’une « culture appropriée », notre âge psychologique interdit des sublimations pourtant sans danger. Dans la Psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettelheim a montré que cette formation « réaliste » a pour effet d’accentuer la discontinuité entre les générations (l’enfant ayant l’impression que ses parents habitent un monde tout à fait étranger au sien), et fait douter l’enfant de sa propre expérience. Jadis, la religion, le mythe et le conte de fées conservaient suffisamment d’éléments propres à l’univers enfantin pour offrir aux jeunes une vision convaincue du monde. Or, la science ne peut se substituer à eux. D’où la régression, si commune dans la jeune génération vers un mode de pensée magique des plus primaires, telles la fascination exercée par la sorcellerie et l’occultisme, la croyance dans les perceptions extra-sensorielles, la prolifération des cultes chrétiens primitifs.]
                      Il n’est pas inconsidéré de parler d’un nouvel obscurantisme, lorsqu’on se rend compte à quel point les traditions culturelles sont en train de se dissiper. Paradoxalement, cette perte coïncide avec une surabondance d’informations, une reconquête du passé par les spécialistes, et une explosion sans précédent des connaissances. Mais aucun de ces phénomènes n’affecte l’expérience quotidienne, ni ne forme la culture populaire.
                       »

                      Christopher Lasch, La culture du narcissisme

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