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Le rock in opposition, de Chrome hoof à Richard Pinhas

Je poursuis l’exploration de ce genre apparenté au rock progressif standard que représente la mouvance rock in opposition, en abrégé RIO, un genre musical apparu en même temps que la vague post punk de 1977 dont émanera la cold wave des Cure et autres Play Dead. Si ce rock marque une opposition, c’est face aux conventions de rock FM standardisé. Cette musique ne peut pas être diffusée par les multinationales de la culture musicale qui à partir des années 1980 ont fait le ménage dans leurs écuries. Je précise cela car il fut un temps où les grandes maisons, comme Philips, Polydor, Barclay et j’en passe, n’hésitaient pas à signer des musiciens jouant des œuvres pas vraiment commerciales. Le RIO est devenu une spécialité réservée aux maisons indépendantes parmi lesquelles Cuneiform Record occupe la première place par sa longévité, son catalogue éclectique et son investissement pour promouvoir ce genre par-delà des frontières, avec des musiciens provenant de tous les continents. Notamment l’Europe.

« Chrome hoof » est une formation britannique conçue et imaginée en 2000 par Leo Smee, auparavant bassiste du groupe de doom métal Cathedral. Cette formation n’est pas figée et se présente comme un concept évolutif où viennent se greffer des musiciens issus de la scène alternative pour exécuter des œuvres contemporaines assez élaborées comme cette présentées dans « Chrome black gold », le dernier CD enregistré dans un studio basé dans le comté anglais du Lincolnshire. Une production soignée faisant ressortir toutes les palettes sonores émanées des instruments venus se joindre à la fête, basson, saxo, Hammond, Rhodes, 12 cordes acoustiques et électriques sans oublier les parties vocale conférant à l’ensemble un style enjoué et déjanté mais sans quitter les sillons d’une virtuosité affirmée dans les lignes mélodiques et les subtilités exécutées par les instrumentistes qui se succèdent pour donner des couleurs à ces morceaux endiablés, rythmés, parfaitement dans l’esprit RIO avec parfois des tentatives plus heavy. Bref, cette musique réveille et donne envie de danser sans tomber dans les facilités du funky.

Si vous voulez des références, vous les trouverez à travers Devin Townsend et Mars Volta pour le côté swing expérimental, sans oublier un zeste de Henry Cow, Zappa et des consonances évoquant l’électro des 80’s genre Cabaret Voltaire, mais à faible dose, n’ayez crainte. En gros, ça déménage un peu comme Mars Volta avec plus d’invention dans les bruitages et les expériences mélodiques et harmoniques, sans oublier les efforts dans les voix. Un disque qui n’épouse pas les canons du prog symphonique mais qui devrait satisfaire les amateurs d’éclectisme expérimental. De l’énergie et plein de fioritures pour ces quelques 10 pièces musicales assez hétéroclites. On ne s’ennuie pas.


Après Chrome hoof, nous allons explorer une musique plus noisy et déconcertante, pour ne pas dire dérangeante, celle de Richard Pinhas qui a sorti récemment quelques CD dont deux sont issues d’une collaboration avec un membre de la scène RIO comme l’est le batteur Yoshida Tatsuya, de dix ans le cadet de Richard mais déjà acteurs de multiples collaborations RIO et reconnu comme le meilleur percussionniste de la scène alternative nipponne. L’album exécuté par le duo Pinhas Tatsuya est le second d’une trilogie commencée avec « Desolation Row » (signé Pinhas) dont l’intention esthétique est d’évoquer l’avènement d’un monde brutal, chaotique et froid avec l’avènement des machines et des marchés. « Welcome into the void » s’intitule ce disque nous invitant à caresser les représentations du Void, cet espace aride dans lequel les âmes en souffrance crient sans être entendues. Après une courte intro, le disque propose une suite musicale d’une heure avec un style brutal, un martèlement de percussion dialoguant avec les guitares saturées et trafiquées au synthé qui sont jouée par Pinhas. On retrouve les ambiances du Heldon seconde période, cette du rêve sans conséquences et des interfaces, froid, glacial, qui interpelle et nous rappelle que nous sommes très loin du paradis consuméristes loués dans les spots publicitaires de masse. Un disque à conseiller aux amateurs de sensations fortes pressés de fuir les Coldplay et autres Black Keys et les salons bobos de la scène lounge.

Pinhas est infatigable, avec un autre CD joué cette fois avec le guitariste Oren Ambarchi qui a participé à la composition des quelques trois longs morceaux figurant sur le CD « Tikkun » accompagné d’un DVD. Cette fois, nous sommes invités à entendre une musique complexe et très électronique censée évoquer la kabbale version 21ème siècle hypermoderne. Un choix conceptuel assumé par ces deux musiciens baignés dans un univers judaïque universaliste et intello qui n’a rien de commun avec celui des orthodoxes de Jérusalem. Joe Talia assure les percussions et ça déménage tout en rappelant en filigrane les premières expériences de Pinhas en solo autour du rhizome, concept d’époque cher au philosophe Deleuze mais quelque peu daté. Cette prestation musicale s’avère dépaysante et s’inscrit parfaitement dans le très éclectique et international catalogue des Cuneiform records.

Tikkun s’avère plus accessible que les autres albums. La première écoute nous situe dans une ambiance heavy très accentuée avec une basse répétitive mais aussi des déchirures musicales façon heavy psyché qu’on trouve dans les premiers Ash Ra Tempel ou même le Floyd quand il se déchaîne dans des impros, avec des guitares saturées et des roulements de tambour qui donnent une énergie supplémentaire à cette déferlante sonore lancinante et parfois inquiétante car elle semble se perdre dans le néant chaotique. Ce CD offre une expression musicale très contemporaine du chaos mondial et du désarroi causé par les machines envahissantes. C’est une musique qui libère les tympans et que Nietzsche n’aurait pas boudée. A conseiller donc, mais aux oreilles averties et familières des expériences non conventionnelles du rock contemporain réalisées depuis quarante ans.

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2 réactions à cet article    


  • Yohan Yohan 7 mai 2015 14:51

    A propos d’Heldon, le voyageur réedité en vinyle par Souffle continu, également disquaire top pour ce genre musical.


    • Bernard Pinon Bernard Pinon 7 mai 2015 15:15

      Résumer RIO à Chrome Hoof et Richard Pinhas (qui n’en ont jamais fait parti) est vraiment un peu court !

      Quid de Henry Cow, qui a fondé le mouvement, des Art Bears, de Art Zoid, de Samla Mammaz Manna, de Aqsak Maboul, d’Albert Marcoeur, de Stormy Six, d’Etron Fou Leloublan ou d’Univers Zero ?
      De plus signalons qu’il va y avoir un festival RIO du 18 au 20 septembre a Meug/Loire.

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