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Le samedi c’est l’histoire n°1 - La construction de la puissance américaine

Chaque samedi, retrouvez un article historique ou géographique ! 

 

Les Etats-Unis, indépendants depuis 1776, adoptent en 1823 la doctrine Monroe, qui refuse l’ingérence européenne et exclu toute intervention sur le sol européen. Cette nation, se présentant déjà depuis la révolution industrielle comme une puissance économique, se conforte alors dans une position isolationniste, qui ne sera remise en cause pour la première fois que lors de la première guerre mondiale. L’entrée dans la seconde guerre mondiale marque l’abandon définitif de cette politique.

 

 

De 1945 à 1962, les débuts de la Guerre Froide, tournant majeur dans la puissance américaine

A la fin de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis sont devenus une superpuissance, leader d’un monde libre qu’ils veulent réorganiser. Leur puissance économique et militaire émerge grâce aux moyens mis en place durant la guerre : l’industrie est prospère (grâce à la conception et à la production d’armes nouvelles, aux technologies modernes), leur armée apparait comme la plus puissance et la possession alors exclusive de la bombe atomique les rends indétrônables. La création de l’ONU en 1945 traduit alors la volonté des Etats-Unis à vivre au sein d’un monde pacifié et solidaire.

Cependant, en 1947, Staline, dirigeant de l’URSS qualifie leur position d’impérialiste, marquant un tournant historique : d’alliés, les Etats-Unis et l’URSS passent à ennemis. Leur politique change alors d’objectif : il s’agit de contrer le communisme, comme en témoigne la Doctrine Truman. Il parait nécessaire de stopper cette extension, et les Etats-Unis proposent une politique de l’endiguement. En 1948, le Plan Marshall propose aux pays européens une aide financière afin de se reconstruire. L’objectif de cette superpuissance est simple : un climat économique apaisé minimise les chances que les pays Européens ne subissent une dégradation progressive de leur stabilité politique (économie prospère, politique stable, empêcheraient de retomber dans des formes de dictatures). C’est ce qu’explique G. Marshall, alors secrétaire d’Etat, le 5 juin 1947 : les USA tendent la main aux pays les plus faible dans l’espoir de « permettre l’émergence de conditions politiques et sociales dans lesquelles des institutions libres [peuvent] exister ». Officieusement, l’objectif est autre : étendre la sphère d’influence des Etats-Unis en Europe, dans une volonté peut-être même plus économique et politique que morale et solidaire. Au total, ce sont 16 pays européens qui bénéficient de 13 milliards de dollars.

Les Etats-Unis entrent alors dans une période de « pactomanie » : voulant contrer le communisme partout dans le monde, les américains passent des accords avec des pays de tous les continents pour encercler les régimes socialistes (avec, par exemple, le Traité de l’Atlantique Nord). Leur puissance militaire, économique et alors récemment politique leur permet un interventionnisme constant, appuyant ainsi les Français durant la Guerre d’Indochine (1945-1954), contrant le communisme de la Corée du Nord en aidant la population du Sud (1950-1953), puis en s’engageant au Vietnam en 1964. Sur le continent américain, également, des opérations directes et indirectes sont menées, aidant des partis à s’installer au pouvoir contre des partis communistes (par exemple, au Nicaragua en 1961).

 

De 1962 à 1991, de la superpuissance à l’hyperpuissance – la suprématie américaine

En 1962, des missiles soviétiques sont découverts à Cuba, et la Guerre Froide engagée contre l’URSS manque de peu de devenir une guerre offensive. Suite à cette crise, une période de détente s’installe : les deux pays possédant l’arme nucléaire (on parle alors d’équilibre de la terreur), une ligne rouge est installée entre Washington et Moscou, afin que les dirigeant évitent une attaque terriblement meurtrière. S’engage alors la politique du Soft Power : initialisée lors de l’arrivée des Américains en Normandie en juin 1945, apportant des produits typiquement américain, cette « méthode », si l’on peut dire, prend réellement forme lors de l’âge d’or d’Hollywood. Par le biais de leur culture, les Etats-Unis diffusent les valeurs qui leur sont chères, liberté individuelle et confort matériel. L’American Way of Life et l’American Dream s’exportent partout dans le monde, et le charisme des USA en fait alors une puissance totale, aussi bien militaire et politique qu’économique et culturelle.

Mais, dès 1975, on observe un doute quant à la légitimité de cette puissance : les Américains comme le reste du monde découvrent avec stupeur des évènements contradictoires avec l’image que veulent véhiculer les Etats-Unis. En effet, la réalité de la Guerre Froid semble éloignée de ces valeurs, lorsqu’explosent des scandales liés aux agissements de l’armée au Vietnam, ou encore le Watergate, polémique autour de la pose de micros illégaux ordonné par le président Nixon. Ce contexte favorise l’arrivée au pouvoir de Carter, en 1977 : président jugé idéaliste, il propose une politique extérieure plus morale, et veut renforcer la démocratie dans son pays –question de la ségrégation- pour mieux la diffuser dans le monde. Son mandat est marqué par un retrait de la scène internationale, et un recul de l’influence des Etats-Unis.

Cette période et ce très léger déclin est aussitôt contré par l’arrivée à la présidence en 81 de Reagan, et son slogan choc « America is back  ». Cette phase de la Guerre Froide est la plus dure : l’Amérique s’associe et fournit des armes à Ben Laden pour contrer l’expansion communiste de l’URSS au Moyen-Orient ; il développe l’IDS, un bouclier spatial prévu pour contrer toute attaque de missiles. On assiste à un retour de l’interventionnisme (politique du Hard power), qui permet finalement aux Etats-Unis de gagner la Guerre Froide face à l’URSS qui implose, déstabilisée, en 1991.

La puissance des Etats-Unis est alors à son apogée : on parle non plus de superpuissance mais d’hyperpuissance, position inédite. Les américains semblent alors avoir accompli leur « destinée manifeste », idée selon laquelle les USA seraient destinés à apporter une forme de civilisation au monde entier.

 

Depuis 1990, recul de la puissance américaine et âge de raison

A la fin de la Guerre Froide, le président Georges Bush, en fonction depuis 1989, instaure une politique multilatéraliste : les Etats-Unis, « gendarmes du monde », et leader du monde libre, veulent alors voir naitre un climat de paix, et ce grâce à un respect des droits internationaux, passant par une réelle coopération entre les différents pays. Ainsi, en 1991, lorsque l’Irak envahit le Koweït, les Etats-Unis punissent sévèrement le non-respect de la souveraineté de cet état en s’engageant, avec une vingtaine d’autres pays, sous la bannière de l’ONU, dans la Guerre du Golfe. Cependant, l’opération suivante, en 1993, en Somalie, est un échec. Les Etats-Unis sont dans une période économique extrêmement prospère, se classant premier PIB du monde, et inondant les marchés avec leurs produits de grande distribution. Mais alors, ils démontrent en 1997 une méfiance aux accords internationaux, en refusant de ratifier les accords de Kyoto.

Le 11 septembre 2001 est un choc, remettant en cause l’hyperpuissance américaine dans sa totalité : contestant leur puissance économique (attaque des Tours Jumelles), militaire (Pentagone), politique (Maison Blanche), mais aussi culturelle, les terroristes deviennent les cibles privilégiées des Etats-Unis. Georges Bush Jr. entame alors une véritable guerre contre ce que l’Amérique qualifie d’ « états voyous », d’ «  axe du mal ». La sécurité nationale est une priorité, et il s’agit d’aller contrer les opposant à la puissance : ils envahissent alors l’Afghanistan en 2001, avec l’aval de l’ONU, avant de s’affranchir de l’organisation en envahissant l’Irak en 2003. Les Etats-Unis font alors preuve d’une forme d’unilatéralisme : touchés au cœur de leurs valeurs, les Américains s’engagent dans cette guerre qui dure encore, –sous une autre forme-, aujourd’hui.

Cependant, leur puissance s’estompe lorsqu’explosent de très nombreuses polémiques militaires : en manipulant le peuple Américain par l’utilisation de photos de la Guerre du Golfe comme s’il s’agissait de récentes, le corps dirigeant a tenté de justifier la guerre préventive en Irak ; les tortures et le statut peu réglementaire de la prison de Guantanamo font également débat. La fin du mandat de Bush, qui mène une politique aussi forte que violente est marqué par une poussée d’anti-américanisme.

L’arrivée de Barack Obama en 2008 marque la fin de cette période : organisant un retrait progressif des troupes en Irak et en Afghanistan, des attaques plus ciblées contre le terrorisme, et démontrant une réelle motivation à ne plus agir seuls mais en s’investissant dans la coopération internationale (voir en restant au second plan), cette Amérique plus modérée et sa politique du Smart Power réaffirme sa puissance idéologique. Malgré tout, cette puissance est déstabilisée par des puissances émergentes, et en particulier la Chine, dont le PIB a dépassé celui des américains, les laissant en deuxième place, position inédite depuis 1945.

 

Ainsi, la puissance des Etats-Unis se construit depuis 1945 : aidés par leur statut de sauveurs du monde libre, ils ont développé successivement les différents aspects de leur puissance durant la Guerre Froide, renforçant leur place de « Gendarmes du Monde ». En intervenant partout, tout le temps, les Etats-Unis ont réussi à diffuser leur modèle démocratique, capitaliste et culturel sur tous les continents, exerçant une influence jusqu’alors jamais vue en dehors de leurs frontières, et les hissant au rang d’hyperpuissance. Les vingt dernières années, bien que rythmées par un déclin relatif de leur puissance, démontrent bien que, si sans le reste du monde, ils ne peuvent pas agir, l’inverse est plus que jamais vrai. 


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8 réactions à cet article    


  • Alren Alren 14 février 2015 18:55

    Le « monde libre » (freeworld), c’est celui des dictatures suscitées en Corée du Sud, en Indonésie, en Iran et en Amérique latine et centrale ?


    • sls0 sls0 15 février 2015 02:13

      Un historien qui oublie le corollaire Roosevelt à la philosophie Monroe, c’est fort.
      Elle agrandit le pré carré de Monroe (le continent américain) au reste du monde.

      « L’injustice chronique ou l’impuissance qui résulte d’un relâchement général des règles de la société civilisée peut exiger, en fin de compte, en Amérique ou ailleurs, l’intervention d’une nation civilisée et, dans l’hémisphère occidental, l’adhésion des États-Unis à la doctrine de Monroe peut forcer les États-Unis, même à contrecœur, dans des cas flagrants d’injustice et d’impuissance, à exercer un pouvoir de police international »

      Rien de changé en 111 ans.
      Dès le début la notion d’occidental était flou et les règles assez fluctuantes, leur colonne vertébrale étant le fric.
       
      Si une chose a changé, la précision des bombes et l’emploie de drones qui évitent de déplacer des bidasses.


      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 15 février 2015 08:41

        Quel aveuglement ! Les USA, « liberté et démocratie », c’est une blague ?
        « La Nation indispensable », quelle tartufferie ! La doctrine des USA est inchangée depuis le début du 19e siècle : « Nous allons nous prévaloir de notre droit au libre échange pour exporter les produits de notre sol et atteindre les exploits de Rome. » Ils ont oublié « Nous allons piller le reste du monde. »


        Les USA sont en guerre depuis 1846. En guerre ouverte, car il y a aussi les guerres larvées, les pressions, les sanctions, les embargos, les coups d’États en douce, les destitutions de dirigeants élus démocratiquement, les Gladio et autres terrorismes, les « révolutions colorées » et les assassinats de dirigeants pas assez « coopératifs ». CF « Les confessions d’un assassin financier ».
        Ainsi que la mise sous tutelle par la dette.

        Sans oublier la surveillance du monde entier par la NSA, et celle de tous les Gouvernements, dont le Gouvernements français, espionnés sans relâche : Cf « Des secrets si bien gardés » de Nouzille.

        Le plan Marshall a servi de cheval de Troie à la soumission de tous les pays européens (sauf la période de De Gaulle), qui a abouti à la colonisation sous forme de « construction européenne ».
        La zone euro a été décidée en 1965 dans une réunion à Washington avec Marjolin, le responsable de la CEE. Et pas du tout par les européens, dont on se fiche complètement, quoi qu’ils votent. Junker ne se gêne pas pour le rappeler :
        « Il ne peut y avoir de choix démocratiques opposés aux Traités européens ».

        La construction européenne était dans les cartons américains depuis au moins 1943, ce que confirme Monnet à ses employeurs américains : « De Gaulle est un ennemi de la construction européenne, dans l’intérêt des Français, il doit être détruit ». On nous a vendu l’UE comme une construction franco-allemande, alors que le vrai couple est germano-américain. Kennedy et Adenauer ont torpillé le Traité de l’ Elysée proposé par De Gaulle.

        « Les USA sont un État terroriste de premier plan » par Chomsky
        Mais l’excès en tout est un défaut, l’économie US est dans les choux, le dollar en sursis, l’UE et l’euro bien mal en point. Les BRICS sont en train de faire basculer le monde, de l’ Occident Otanesque vers l’ Eurasie. Tous les Empires finissent ainsi. « Bien mal acquis ne profite jamais »

        • Le p’tit Charles 15 février 2015 09:52

          Qu’une partie de l’histoire de ce pays...(il faudrait un livre de 300 pages pour en parler véritablement et encore...)

          Ce pays n’est puissant qu’avec son armée et ses dollars..mais la roue tourne et les USA ne maintiendront pas cette suprématie encore bien longtemps...La Russie avec une armée aussi puissante..mais des richesses illimités sera le tombeau de l’amérique... !

          • Nom D’oiseau 15 février 2015 11:36

            Bonjour à tous 

            Je tiens à m’expliquer sur ce post, qui vous a semblé, au regard de vos réactions, surement trop condescendant ou trop pro-américain. Je destinais ce post à un public surement moins averti que vous : il s’agit d’une problématique travaillée en classe de Terminale, et je souhaitais proposer une chronique qui permettrais aux lycéens d’enrichir ou de confronter leurs cours. 
            Je suis bien consciente des impasses que j’ai pu faire : je ne souhaite pas ici m’inscrire dans un débat qui viserait à juger les actions/exactions des Américains, et force est de constater qu’il a fallut que je me retienne d’ajouter qu’en armant les moudjahid pour contrer les soviétiques... qui sème le vent récolte la tempête ! 
            Le but de l’article est réellement d’expliquer par quels moyens les Etats-Unis sont devenus ce que nous connaissons aujourd’hui : pour reprendre le commentaire de Alren, je sais bien évidemment que leur position de défenseurs de la démocratie n’a pu être qu’une façade, compte tenu des nombreuses dictatures qu’ils ont engendré, et notamment en Amérique du Sud...
            Il me semble que -bien que je n’en ai pas fait des tartines, puisque le sujet que je souhaitais traiter ne s’y prêtait, à mon avis, pas- que j’ai tout de même parlé de l’hypocrisie du plan Marshall, que l’on peut presque penser comme extension de la doctrine Monroe.


            • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 15 février 2015 12:53

              Nom d’oiseau,
              Je crains que le dessous des cartes ne soit pas au programme officiel de l’ Éducation Nationale....


              Les USA n’ont qu’une seule doctrine, celle qui convient à leurs intérêts, ils n’ont pas d’amis, mais des vassaux, et plusieurs méthodes pour s’incruster. Ils s’adaptent aux circonstances. Leurs coups d’États en Amérique latine ayant provoqué un anti-impérialisme virulent, ils ont utilisé l’infiltration pour la construction européenne, plutôt que les chars dans les rues des capitales européennes.

              Idéologiquement, TINA & les théories économiques de l’ École de Chicago ont été patiemment insufflées chez les « leaders d’opinions », aussi bien de Droite que de Gauche, par « Les Evangélistes du marché ».

              Plus la propagande à tous les étages. La contrepartie du Plan Marshall était de diffuser le plus possible de films américains, vantant les charmes de l’american way of life. Rien n’a changé depuis, il suffit de regarder les programmes télés. Au moins la moitié sont des films ou téléfilms US.

              Dès le débarquement, ils ont essayé de répandre de la monnaie américaine,  « L’AMGOT », comme premier essai d’annexion. Échec, dû à l’intervention de De Gaulle.

              Ensuite, ils ont utilisé la CIA pour financer la construction européenne, avec Monnet et Schuman comme sous marins, et créé le Mouvement européen, le seul Parti européen dont personne ne parle jamais. Tout est resté secret, souterrain, et nombre d’européens croient encore que l’ UE est une idée franco allemande.

              Il a fallu attendre 2000, pour que des journalistes anglais ( Pritchard entre autres, du Gardian) aillent mettre leur nez dans les milliers de documents déclassifiés américains pour découvrir que tout cela avait été fait en cachette. « Les origines cachées de la construction européenne » par Asselineau.(à partir de 20’)

              • Allexandre 16 février 2015 12:38

                Rien ’empêche à un prof de le mettre au programme puisqu’on étudie la puissance étasunienne en terminale. En tout cas, il est de notre devoir de le faire. Croyez-moi !


              • Allexandre 16 février 2015 12:42

                Bon cours de terminale. N’oubliez pas de dire que la doctrine Monroe a pour but de chasser les Européens du sol américain, afin que les Etats-Unis en fassent leur « chasse gardée » : ce qu’ils ont fait. Par ailleurs, il est intéressant de faire remarquer que Napoléon III avait tout compris, qu’il ait voulu créer un empire catholique au Mexique. Les Mexicains n’ont pas saisi, ils doivent amèrement le regretter aujourd’hui, traités comme quantité négligeable par leurs voisins yankees.

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