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Le tapage de la Culture

 Dans un département sinistré

La Ministre de la Culture a déclaré que le Loiret était un des trois départements sinistrés en matière d’installations culturelles. Je ne vais pas remettre en cause l’affirmation d’une responsable qui ne peut affirmer pareille chose sans avoir examiné les dossiers. Dans ce contexte peu favorable, une association a ouvert une salle de spectacle à Orléans : La Ruche en scène et la vie n’est pas facile pour eux. J’en veux pour preuve la formidable soirée que nous avons partagée un jeudi soir dans ce lieu très agréable.

Il est 20 heures trente, un public nombreux pour la taille de la salle se presse pour écouter Yann Pierre, un gars du pays. Immédiatement, les bénévoles nous mettent en garde : « Ne faites pas trop de bruit ! » La demande est surprenante dans un espace dédié au spectacle vivant. Les recommandations continuent de plus belle : « Les fumeurs doivent aller assouvir leur vice sur le trottoir en face et jamais sur celui qui longe notre local ! »

Les spectateurs s’interrogent. Quelle est donc cette menace qui pèse sur l’endroit ? Un voisin, irascible sans aucun doute, qui dès l’annonce du projet, a fait des histoires et des difficultés. La suite fut d’une constance navrante. L’homme n’aime sans doute pas la Culture et use de tous les moyens pour arriver à ses fins. La police aime à répondre immédiatement à ses appels, dès que vingt-deux heures sonnent aux clochers tout aussi bruyants.

Voilà donc ce qu’entend par sinistré notre chère Ministre. Le spectacle doit s’interrompre à vingt-deux heures tapantes ou les forces de la paix bourgeoise arrivent toutes sirènes hurlantes. J’avoue ne pas saisir la logique de tout cela d’autant que quatre conseillers municipaux dont l’adjointe à la Culture étaient présents lors de l’inauguration de cet espace manifestement si décrié.

Il est vrai que les têtes de liste de la majorité municipale avaient mieux à faire ce qui peut expliquer l’absence de subvention pour une initiative qui répond pourtant véritablement à un besoin dans la ville. On peut s’interroger sur une politique culturelle qui privilégie sans cesse les grosses machineries et les prestations à grand spectacle. Les artistes locaux n’ont que la portion congrue à condition de ne pas déplaire au grand patron.

Yann Pierre monte sur scène, nous demande d’applaudir modérément afin de ne pas courroucer le mauvais coucheur. C’est une requête étonnante qui amuse beaucoup le public qui réagit à l’inverse. L’artiste, faiblement sonorisé commence son numéro. La salle a envie d’éclater de rire, ce qu’il dit est fort drôle, intelligent, poétique ou parodique. Il a un talent d’humoriste exceptionnel ! Il nous faut modérer nos réactions, la menace est présente …

Le chanteur, car c’en est un en dépit de son humour grinçant, nous promène de chansons courtes en chansons courtes, un filet de guitare merveilleux maîtrisé en arrière fond, toujours pour ne pas importuner celui qui est sur ses gardes de l’autre côté du mur mitoyen. Nous pouffons, Yann Pierre est d’une drôlerie accomplie. Il y a du Boby Lapointe dans sa manière de jouer avec les mots, de les associer de façon incongrue. Mais bien plus encore que l’homme de Montélimar, il écrit des textes porteurs de sens et de messages.

Nous devons étouffer nos rires, l’humour fait plus encore trembler les murs de la menace locale. Ils sont corrosifs, subversifs, détonants ! Ils ne peuvent être acceptés dans une cité confite dans sa dévotion à Jeanne d’Arc. Les propos du chanteur auraient de quoi déniaiser la bergère et ses pages, les faire rougir avant de les initier à la farce et la truculence. Rabelais ne renierait pas cette belle plume, hilarante certes mais toujours acerbe et pertinente.

Les parodies succèdent aux situations scabreuses, les évocations tendancieuses suivent des propos d’un humour noir décapant. C’est du grand art, un véritable numéro d’humoriste qui a quelque chose à dire et tout cela en chansons. Le musicien est talentueux pour ne rien gâcher. Tout cela pourtant doit se passer dans une ambiance feutrée alors que nous aimerions hurler de rire tant c’est drôle et lui offrir un tonnerre d’applaudissements.

Vingt deux heures, il faut tout arrêter séance tenante. La cité retombe sous le poids terrible du couvre-feu. On ne plaisante pas avec la tranquillité des orléanais. Nous sommes dépités de ne pas prolonger plus avant ce moment si plaisant. Yann Pierre s’en excuse presque en quittant la scène et en refusant un rappel qui tomberait sous le coup du délit pour tapage nocturne.

Voilà un petit épisode vécu de la Culture en Orléans. Il suffirait peut-être d’une aide municipale pour régler le problème éventuel de nuisance sonore. Mais notre bon échevin a d’autres chats à fouetter que de telles broutilles. Les spectateurs de la Ruche en Scène devront se mettre à la langue des signes tout comme les artistes qui voudront s’y produire. La Culture n’est pas sinistrée ici, elle est simplement empêchée !

Quant à tous ceux qui n'habitent pas cette étrange cité, je ne peux que vous conseiller de contacter ce chanteur incroyable qui renouvelle un genre difficile et rare : « La chanson désopilante » avec un talent exceptionnel. Je vous promets une soirée formidable pour peu qu’on vous autorise à rire aux éclats …

Silencieusement vôtre.

https://yannpierre.net/

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9 réactions à cet article    


  • Decouz 28 avril 11:20

    Il est peut-être allergique aux piqures d’abeilles !


    • C'est Nabum C’est Nabum 28 avril 14:38

      @Decouz

      Sans doute et il ne fait pas son miel de la culture


    • juluch juluch 28 avril 12:48

      la salle de spectacle est dans un immeuble d’habitation ou quoi ?


      • C'est Nabum C’est Nabum 28 avril 14:39

        @juluch

        OUI

        Il y avait une boîte autrefois


      • juluch juluch 28 avril 19:35

        @C’est Nabum

        Ceci explique cela......



      • Pour cela, il faut déchirer le Voile de Maïa ou Maya.


        • C'est Nabum C’est Nabum 28 avril 14:39

          @Mélusine ou la Robe de Saphir.

          Nous le ferons

          Bobby Lapointe est de Pézénas

          Pardon


        • Le mois de mai est aussi celui de Maïa. 

          La maïeutique ou l’art d’accoucher est directement inspiré de son nom. 
          • C’est un art souvent difficile à pratiquer que la maïeutique de la mémoire populaire. M. Luzel y fut initié de bonne heure et en connut rapidement tous les secrets. Le manoir de Keramborgne, où s’écoula son enfance, nous est représenté par lui comme un rendez-vous de chanteurs. — (François-Marie LuzelAnatole Le BrazChansons populaires de la Basse-BretagneIntroduction, 1890). Maîa est aussi la mère d’HERMES. C’est ainsi que du miel de sa fécondation par Zeus, naquit le Dieu de la parole. 

          • nono le simplet nono le simplet 29 avril 09:21

            seul le mime Marceau aurait droit de cité après 22h ou « le silence des agneaux » ...

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