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Le voyage de Dranreb Cholb

LE VOYAGE DE DRANREB CHOLB - CREATION - jusqu'au 30 JUILLET 2017 à 20h50 (Relâche les 21 et 22) Théâtre du Cabestan - Avignon.

TEXTE ET MISE EN SCENE : Bernard Bloch Avec : Bernard Bloch, Thomas Carpentier, Patrick Le Mauff
et 10 comédiens à l'image : Alain Baczynsky, Jacques Bonnaffé, Lionel Bloom, Anne de Broca, Hammou Graia, Lyasid Khimoum, Elias Preszow, Françoise Retel, Gloria Sovran, Zohar Wexler.
Remerciements à Claire Rappin.
Dramaturgie et costumes : Raffaëlle Bloch. Musique et sons : Thomas Carpentier. Collaboration littéraire : Thomas Horeau. Lumière : Luc Jenny. Vidéo : Jean-Baptiste Mathieu. Assistant : Ege Olgaç. Scénographie : Didier Payen

Bernard Bloch nous fait partager toute la complexité de ses états d'âme et de ses réflexions sur la terre ceinte d'Israel et de l'irrésoluble conflit qui l'entoure depuis sa création. Il mèle l'histoire du peuple juif, de son attache territoriale, non-obligatoire, qui appartient à l'histoire du monde, il mèle cette très grande histoire avec la sienne. Il fit un voyage en Cisjordanie dans un groupe de trente-sept Chrétiens, organisé par Témoignage Chrétien. Et qui était-il, lui le juif sans Dieu, qui a de la famille en cette terre ceinte, qui fit sa bar-mitsva en Israël, alors qu'il ne voit que vide dans le ciel ? D'où lui vient ce sentiment d'appartenance qui l'habite malgré lui ? Qu'en faire, de ce sentiment, qui le fait souffrir et ne s'éloigne cependant pas ? Il se souvient de cette question térébrante que lui disait son père : « Qu'est-ce qu'on a fait de mal pour que le monde nous déteste tant que ça ? » (cité de mémoire). Albert Cohen « définit » la judaïcité comme « la culpabilité sans cause » dans « Belle du Seigneur ».

Bernard Bloch nous invite à une sorte de journal de voyage. On comprend vite que Dranreb Cholb est Bernard Bloch. Il est de dos, travaille sur sa table. Le voyage est narré par Patrick Le Mauff, face au public... autre Dranreb Cholb. Comme un maître d'école, il envoie des images sur un écran, comme sur un tableau noir. Les images, c'est le musicien Thomas Carpentier, qui les envoie, sis à Cour... Dix-neuf comédiens apparaissent dans ces films.

Les rapports entre les trois en scène, ils en ont parfois, sont plus que courtois, ils sont dans une entraide parfaite, sans hiatus ni même retard ou petit décalage... Ils sont comme un seul homme pour nous faire ce récit d'un voyage contemporain, avec ses résonnances séculaires.

 

Ils passèrent les check-points sur l'affirmation du guide qu'ils étaient tous chrétiens, qui ne fut pas vérifiée. Bernard Bloch nous fait rencontrer ainsi des curés, des militants palestiniens, israéliens, un ancien de Tsahal, un cousin nationaliste, rescapé de la Shoah. Défilent des interprétations incompatibles de l'histoire de ce coin de Terre, certaines violentes, certaines identitaires, c'est-à-dire non susceptibles d'actions apaisantes ou réparatrices. Ces paroles dites durant le voyage sont reprises par des comédiens que l'on voit à l'écran. La subjectivité et l'identité dévorent tout. Chaque groupe nie l'autre, nie sa légitimité, nie sa souffrance... Israël bâtit le mur au gré de ses colonies... Un prêtre déclare que les juifs font là un nouveau mur des lamentations, qu'ils aiment les murs, qu'ils aiment les lamentations (en substance, je cite de mémoire) et que cette fois, les lamentations seront pour tous les autres... Mythes et Histoire se mêlent, placés au même niveau, confondant réel et imaginaire, empêchant par là tout échange verbal (symbolique), tout travail de la pensée qui doit distinguer pour s'exercer (Penser/classer a écrit Georges Pérec).

Bernard Bloch met quelque temps à rentrer à Paris, pour reprendre ses esprit, revisiter toutes ces paroles croisées qui poussent à la guerre, on voit bien, on voit vraiment, de très près, le cycle des meurtres et des vengeances qui s'auto-engendrent, la dernière vengeance des uns étant interprétée comme le dernier meurtre à venger pour les autres. Yitzhak Rabbin a bien évoqué ce cercle infernal qu'il voulait rompre dans le discours qu'il prononça juste avant d'être assassiné. Les conciliateurs ne meurent pas dans leur lit (Henri IV, Abraham Lincoln...)

Alors, Bernard Bloch rêve d'un Isratine ou Palestaël. Il faudrait parvenir à quitter ses automatismes identitaires qui nous constituent tous et qui constituent les personnes de ces peuples enracinés de longtemps sur cette terre de Palestine, il faudrait parvenir à penser contre soi-même... respecter cet enchevêtrement d'appartenances et ne pas la conduire à la guerre, l'elimination de l'autre...

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Photo Luc Maréchaux

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