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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Leonard Bernstein est un génie

Leonard Bernstein est un génie

« Parfois, la superficialité de l’art m’apparaît de manière évidente, ainsi que la futilité du métier d’artiste. » (Lettre de Leonard Bernstein à Aaron Copland, en 1938).



Cet été 2018, c’était le centenaire du musicien Leonard Bernstein. Il est né le 25 août 1918 dans le Massachusetts, aux États-Unis, d’une famille d’origine ukrainienne. Il fut à la fois pianiste, chef d’orchestre, compositeur et universitaire, et il domina pendant une cinquantaine d’années la musique "classique" américaine.

Au-delà du génie musical, il a cultivé aussi un extraordinaire génie pédagogique, consacrant beaucoup d’effort pour enseigner mais aussi transmettre au grand public (surtout aux jeunes générations) sa passion musicale au travers de nombreuses émissions télévisées et de conférences. Il a reçu de très nombreuses récompenses, prix et signes de reconnaissance (notamment seize Grammy Awards, et les insignes de commandeur de la Légion d’honneur en France).

Des études à Harvard jusqu’en 1939 (il y fut ensuite professeur de poésie), et chef assistant de l’Orchestre philharmonique de New York en 1943 : un soir, il fut chargé de remplacer le maestro Bruno Walter (1876-1962) pour un concert radiophonique national, alors qu’il n’avait que 25 ans !

Enseignant la direction d’orchestre et la composition, chef d’orchestre, compositeur d’œuvres musicales au registre très diversifié, Leonard Bernstein a gagné beaucoup de notoriété dans les années 1950 grâce à la télévision, en animant notamment l’émission "Young People’s Concerts" sur CBS du 18 janvier 1958 au 26 mars 1972, où il faisait découvrir la musique à un jeune public.

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Sa carrière de chef d’orchestre fut très brillante puisqu’il fut directeur musical de l’Orchestre philharmonique de New York de 1958 à 1971 (le premier directeur américain à ce poste), orchestre qui compte parmi les plus réputés, et a eu de nombreuses occasions de diriger d’autres orchestres prestigieux, comme l’Orchestre philharmonique de Vienne, l’Orchestre symphonique de la radio bavaroise, l’Orchestre national de France (l’un des deux orchestres de Radio France), l’Orchestre symphonique de Londres, l’Orchestre philharmonique d’Israël (en revanche, il ne dirigea qu’une seule fois l’Orchestre philharmonique de Berlin en 1979 et l’Orchestre symphonique de la BBC en 1982).

Avec Karajan, Leonard Bernstein fut aussi parmi les chefs d’orchestre qui ont le plus enregistré de disques. Pendant toute sa carrière, il a en effet enregistré en studio ou en concert plus de 125 œuvres musicales majeures.

Son répertoire était très diversifié, de Bach à Stravinsky, en passant par Beethoven, Mahler, et aussi Sibelius et Shostakovich, et il a créé de nombreuses œuvres, notamment de Charles Ives (1874-1954) et d’Aaron Copland (1900-1990) qu’il considérait comme son maître (mort quelques mois après lui). Leonard Bernstein fut le premier chef d’orchestre américain à diriger à La Scala de Milan, en 1953 pour "Médée" de Cherubini avec Maria Callas. Il adorait également jouer George Gershwin (1898-1937), au point qu’il dirigeait l’orchestre depuis son piano pour la "Rhapsody in Blue" de Gershwin (et aussi le "Concerto en Sol" de Ravel).








Pour fêter la chute du mur de Berlin, il dirigea à Berlin le 25 décembre 1989 la merveilleuse 9e Symphonie de Beethoven avec un orchestre spécialement composé de musiciens du monde entier. Le dernier concert qu’il a dirigé a eu lieu avec l’Orchestre symphonique de Boston le 19 août 1990.

Son sens de l’ouverture musicale se démontra dans ses compositions musicales (il considérait avec beaucoup d’intérêt tous les genres musicaux, au point de présenter une émission de télévision sur le rock et la musique pop, sur CBS en 1967). Leonard Bernstein s’est même essayé, au début de sa carrière, à composer de la musique dodécaphonique.

Il a composé en particulier deux opéras qui se suivent ("Trouble in Tahiti" créé le 12 juin 1952 à Waltham, puis "A Quiet Place" créé le 17 juin 1983 à Houston), une opérette issue du conte voltairien "Candide" créée le 1er décembre 1956 à Broadway, trois ballets, une dizaine de comédies musicales (dont "Peter Pan" en 1950 et la fameuse "West Side Story" en 1957 qui fut également un film), et beaucoup d’autres œuvres au style très diversifié, comme un concerto, une sonate, trois symphonies (dont la Symphonie n°2 dite "The Age of Anxiety", créée le 8 avril 1949 à Boston, fut très influencée par le jazz qu’aimait beaucoup Bernstein dans sa jeunesse : « Avec le jazz, on joue réellement avec les notes. »).








"West Side Story" a fait sa renommée mondiale. Créée le 26 septembre 1957 à Broadway (sur une mise en scène de Jerome Robbins), cette œuvre est une version modernisée de "Roméo et Juliette" (de Shakespeare) à Manhattan. Lorsque le film tiré de la comédie, réalisé par Jerome Robbins et Robert Wise, avec Nathalie Wood et Richard Beymer, est sorti le 18 octobre 1961, la comédie musicale était déjà très célèbre (le film a été récompensé par dix Oscars en 1962). J’avais vu il y a plusieurs années un documentaire diffusé sur Arte qui montrait Leonard Bernstein en pleine répétition pour interpréter cette comédie, et c’était très frappant de le voir travailler, très exigeant mais aussi très pédagogique avec ses musiciens.





Leonard Bernstein, éclectique, aimait aussi s’amuser. Il a ainsi proposé quelques parodies d’anciennes œuvres. Il proposa des mélodies chantées par une soprano avec comme livret des recettes de cuisine : "Queue de bœuf", "Pudding", "Civet de lièvre", etc. L’air de Cunégonde dans "Candide" est aussi une parodie de l’air "Ah ! Je ris de me voir si belle" dans le "Faust" de Gounod (et repris en récurrence par la Castafiore dans les albums de Tintin).

Bernstein était aussi un homme très engagé, au point d’être sous la surveillance des autorités américaines (qui le soupçonnaient, aux pires années du maccarthysme, d’être associé à une organisation communiste). Il ne cachait pas son opposition à la guerre du Vietnam, ni son soutien aux mouvements des droits civiques (il a même organisé une soirée pour soutenir le Black Panther Party en 1970). Le Président Richard Nixon, invité à la création de "Mass", une musique de théâtre pour chanteurs, comédiens et danseurs, refusa de venir le 8 septembre 1971 à Washington.

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Marié et père de trois enfants, Bernstein était aussi homosexuel. Sa femme, l’actrice Felicia Cohn Montealegre (1922-1978), accepta ses liaisons extraconjugales à conditions qu’elles restassent discrètes : « Tu es homosexuel et cela ne changera sans doute jamais (…). Je suis prête à t’accepter tel que tu es (…) car je t’aime passionnément. » (lui écrivit-elle dans une lettre quelques mois après leur mariage en 1951). Dans 650 lettres choisies et publiées par l’éditeur Nigel Simeone après sa mort, Leonard Bernstein évoquait d’ailleurs fréquemment son homosexualité ainsi que ses angoisses. Le 10 octobre 2015, Leonard Bernstein fut inscrit sur le Legacy Walk, le plus grand monument au monde dédié à la lutte contre l’homophobie, inauguré le 11 octobre 2012 à Chicago, parmi les personnes qui ont fait l’histoire LGBT, aux côtés de Joséphine Baker, Frida Kahlo, Alan Turing, Oscar Wilde, Rudolf Noureef, Jane Addams, Alfred Kinsey, etc.

Après s’être séparée en 1976, Felicia est morte d’un cancer le 16 juin 1978 à New York. Leonard Bernstein est mort d’une crise cardiaque le 14 octobre 1990 à New York, à l’âge de 72 ans. Apprenant cette nouvelle, le "New York Times" titra : "Music’s Monarch, Dies" [Le seigneur de la musique est mort].


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Article de Nathalie Moller sur le site de France Musique le 21 décembre 2017 : "10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur de West Side Story".

George Gershwin.
Maurice Chevalier.
Leonard Bernstein.
Jean-Michel Jarre.
Pierre Henry.
Barbara Hannigan.
György Ligeti.
Claude Debussy.
Binet compositeur.
Pierre Boulez.
Karlheinz Stockhausen.

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7 réactions à cet article    


  • vesjem vesjem 29 décembre 2018 13:15

    c’est un bel homme, ma foi


    • vesjem vesjem 29 décembre 2018 13:21

      sylvain, tu ne ferais pas de la provoc ?


      • Germain de Colandon 30 décembre 2018 09:56

        Des hommes comme Bernstein, il y en un ou deux par siècle.


        @Julien S : Si Satie était encore vivant, il est fort à parier qu’il vous dirait : « vous êtes un cul, si j’ose dire... un cul sans musique » *


        *En réponse au critique Jean Poueigh qui avait qualifié « Parade » - ballet commandé par les Ballets russes, co-écrit avec Cocteau, décors et costumes Picasso - « d’outrage au goût français ».


        • Attila Attila 30 décembre 2018 14:00

          Chichester psalms : Adonaï, Adonaï.

          https://www.youtube.com/watch?v=8TKLWHshPEo

          .


          • vesjem vesjem 2 janvier 17:13

            @Attila
            bon dieu, çà fait mal au c..


          • Antoine 2 janvier 23:41

            A ne pas manquer : La suite tirée d’On the Waterfront

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