• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Leonardo Padura, écrivain cubain vivant à La Havane

Leonardo Padura, écrivain cubain vivant à La Havane

Leonardo Padura présente à Paris son nouveau livre : « L’homme qui aimait les chiens ».Ce livre met en scène Trotski et son assassin Mercader.

Leonardo Padura Fuentes, journaliste et écrivain cubain, vient de sortir, le 5 janvier, en France, aux Editions Métailié (après une édition à Barcelone), son dernier et neuvième ouvrage : "l'homme qui aimait les chiens" (traduction du journaliste de Libération René Solis).

L'homme qui aimait les chiens

Dans ce livre, Padura décrit en parallèle les 2 vies de Léon Trotski, opposant à Joseph Staline et Ramon Mercader,celui qui l'a assassiné le 22 août 1940.

Au travers de l'exil de l'un (Trotski, obligé par Staline de quitter l'Union soviétique pour la Turquie et ensuite le Mexique) et de la jeunesse de l'autre (Mercader dans la guerre civile d'Espagne), c'est tout le "mensonge idéologique et sa force de destruction sur l'utopie communiste", qui est analysé par l'auteur, jusque dans ses retombées à Cuba.

Pour l'auteur, l'idéal révolutionnaire a été trahi dès 1918 en Russie.

"Cette histoire contribuera à la compréhension de comment et pourquoi l'utopie s'est pervertie".

Du journalisme à la littérature

Padura vit toujours à La Havane, dans le quartier périphérique de Mantilla.

Après avoir débuté comme critique au "Caïman Barbudo", un bimensuel culturel, de 1980 à 1983, il a intégré "Juventud Rebelde" avec un large lectorat.

Son amour du base-ball (il aurait bien fait carrière dans ce sport) l'amène à interviewer les joueurs des équipes locales et nationale.

Il se frotte, à l'essai, avec un livre sur Alejo Carpentier,le grand écrivain de l'Amérique Latine.

Polar cubain

Mais avant tout, Padura est connu comme le grand maître du polar cubain, avec son enquêteur, Mario Conde, créé en 1991 (vieux jean, alcoolique, amoureux de la chanson des Beatles "Strawberry Field forever", masturbateur, vengeur des faibles), pour un cycle "Les quatre saisons", avec l'hiver dans "Passé parfait", le printemps dans "Vents de Carême", l'été dans "Electre à La Havane" et "L'automne à Cuba" (un vieil économiste planifie à la soviétique et Conde veut lui coller un crime sur le dos).

Dans ce cycle, les luttes entre factions politiques, les trafics (drogue, devises), la corruption, les procès, les purges (c'est en juillet 1989 qu'un dignitaire du régime, le Général Ochoa, est fusillé), sont la toile de fond des histoires relatées.

Mario Conde vit en témoin de la misère morale et matérielle du petit peuple. Le commissaire de Mario, le major Rangel, est irréprochable, viré pour des magouilles de ses subordonnés.

La secrétaire très estimée est une espionne pour le compte de la police secrète.

Le meilleur ami de Conde, Carlos Flaco, est cassé par son passage dans la guerre en Angola.

On retrouve aussi Mario Conde dans "Adios Hemingway". Padura imagine que le grand écrivain US a commis un meurtre découvert 40 ans après sa mort, avec un squelette retrouvé dans sa propriété "la vigia", à la Havane, avec un insigne du FBI.

Ce n'est plus le polar cubain officiel qui tirait ses rebondissements des actions de la CIA.

Padura utilise largement dans ses livres des personnes disparues, en alliant littérature et journalisme, réalité et fiction.

La présence d'une communauté chinoise à Cuba est mise en scène dans "Mort d'un chinois à La Havane", Padura, ayant enquêté comme journaliste sur cette communauté.

Il aime mêler le genre policier avec la réalité sociale.

Trotski - Mercader

Padura a découvert l'histoire de Trotski avec toute la curiosité pour un personnage ignoré, à partir de 2 manuels soviétiques ("Trotski le renégat" et "Trotski le traître"), seuls existants dans les années 80.

Il a visité ,en octobre 89, la maison fortifiée de Trotski où il a été assassiné, à Coyoacan au Mexique.

Dans les années 80- 90, des chercheurs ont produit des livres informatifs et un documentaire en 95 donne enfin une bonne et juste information.

Il a suivi Mercader de sa prison au Mexique après l'assassinat de Trotski, à Moscou puis à partir de 1974 à Cuba où il a terminé sa vie en 1978.

Une anecdote : la femme de Mercader lui demandait de porter ses décorations soviétiques pour ne pas faire la queue dans les magasins havanais.

Le grand cinéaste cubain Tomas Gutierrez Alea a utilisé les 2 lévriers de Mercader (qui l'accompagnaient toujours) dans son film "Les survivants" en 1978. Et il s'est appuyé sur la canne de Mercader quand il a vieilli.

Ivan = Padura ?

Padura imagine Ivan, "un écrivain frustré responsable d'un petit cabinet vétérinaire", qui rencontre Ramon Mercader avec ses chiens, sur le bord de mer, sous le regard d'un surveillant de la sécurité.

Ivan est pétrifié de peur, ne sachant que faire des confidences de Mercader, aux prises avec le spectre de l'autocensure.

Les combats du parti communiste stalinien contre le POUM trotskIste ont une saveur délétère.

Padura le dit : "Staline a fondé le seul modèle socialiste réellement existant et à Cuba nous l'avons appliqué, sans pour autant répéter ses crimes".

Dans la révolution : tout ; contre la révolution : rien

Padura est né en 1955, avant la révolution cubaine et il est jeune garçon dans les années 70, qui voient s'accomplir une soviétisation de la société cubaine.

Fidel Castro, dès le début de la révolution, indique aux intellectuels et aux artistes cubains : "Dans la révolution, tout ; contre la révolution, rien". Ce qui amènera par la suite de grands écrivains comme Virgilio Pinera et Jose Lezama Lima à mourir dans la marginalité et Reinaldo Arenas à partir en exil.

Il faudra attendre la crise des années 90 (la période spéciale avec la chute de l'URSS et des démocraties populaires) pour que les publications et les expositions soient possibles à l'étranger, sans dépendre directement des institutions cubaines.

C'est l'ouverture obligée et la diversité de la culture favorisée, avec, pour les plus jeunes artistes, une liberté de ton assumée.

Padura cinéaste

Padura, qui, par son livre-roman, avec une écriture puissante et dense, toujours très humaine, permet de faire un état exact des recherches sur la mort de Trotski, allant beaucoup plus loin que le "Trotski" de Joseph Losey, avec Richard Burton et Alain Delon en 1972, a écrit plusieurs scénarii.

Padura travaille actuellement sur un film à skecthes "Seven days in Havana" qui devrait voir, sous la direction de Benicio Del Toro, intervenir Laurent Cantet (réalisateur d'"entre les murs"), Elie Souleiman (réalisateur palestinien).

Padura cubain de Cuba

Leonardo Padura est donc bien une excellente illustration des évolutions, sur ces 20 dernières années, de la société et de la politique cubaines. Il pense que son livre sur Trotski sera jugé inopportun, inutile, par les autorités cubaines, les perversions de l'histoire étant contemplées avec trop d'insistance.

Quant à Staline et Trotski, il le dit lui-même : "Staline a fait 20 millions de morts. Si Trotski avait été au pouvoir, il y aurait eu 1 million de morts, sélectionnés. Car Trotski a été le responsable de l'élimination des syndicats pendant la révolution.

Padura comprend pourquoi les champions d'échecs sont russes, en se remémorant la lutte Staline - Trotski.


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (4 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires