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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Les Beaux Gosses » : un making off sur l’école !

« Les Beaux Gosses » : un making off sur l’école !

Les Beaux Gosses, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs Cannes 2009, brosse le portrait haut en couleur de collégiens (Hervé, Camel, Loïc le Caïd…) d’une quinzaine d’années aux abords de Rennes, collège Eric Tabarly. Ces élèves de 3e, « moyens en tout », pas très futés, fans de métal, sont en rut, ils ne rêvent que de filles et de sexe, accumulant les bons coups et les gamelles.
 
Un gros bouton d’acné éclaté sur une glace de salle de bains parentale, voilà ce que sont Les Beaux Gosses, c’est peu mais c’est déjà beaucoup. L’auteur de BD Riad Sattouf, avec son Retour au collège adapté de sa bande dessinée éponyme, s’éclate à retrouver, ou plutôt à faire perdurer (il n’a que 31 ans au compteur), sa jeunesse, passant de la case simplissime du 9è art (gros nez, noir & blanc, ligne claire à tendance croquis) au plan fixe de cinéma. Cette jeunesse, pleine de trous dans son emploi du temps scolaire, est occupée par la vie de classe et surtout par le hors-cadre scolaire, c’est-à-dire tous les à-côtés : le hors-champ et le hors-limites. Ces jeunes, affreusement laids (enfin, surtout les garçons, les filles sont plutôt mignonnes), avec leurs boutons d’acné purulents, leurs langues baveuses, leurs pulls miteux et leurs coupes de footballeurs allemands des 70’s, sont, non pas des obsédés textuels (ces mous du bulbe tournent autour de 10/20 en cours, ne cherchant point à briller afin de ne pas se faire remarquer), mais des obsédés sexuels, des jeunes losers qui doivent bien – ou mal - passer le temps avant d’atteindre le seuil de la vie adulte, cet âge béni qui devrait les sortir définitivement d’Entre les murs de l’univers carcéral de l’école et du giron familial – « L’école me fascine : j’ai toujours cru que ça ressemblait à une prison. » (R. Sattouf, in 3 Couleurs n°71, p.31).
 
C’est drolatique, on a sans cesse l’impression, par exemple, de voir Sim embrasser Monica Bellucci ! Ca parle cul, filles, défis à relever, histoires à dormir debout, mamans-chaudasses.com et autres french kisses, la grande obsession du film : d’ailleurs, pour le Québec, le film s’appelle The French Kissers. Dans cet âge (ingrat) de tous les possibles, y compris le pire, on s’inquiète d’un rien (on craint la prison pour avoir maté une voisine à poil pratiquant la bête à deux dos avec son Jules !), on se fait des fixettes (bananes à gogo au distributeur, gros pifs, chaussures des filles, pieds cradingues de meuf, etc.), des plans sur la comète, notamment de spiritisme à deux balles, et, plus que jamais, on s’occupe avec les moyens du bord - faut bel et bien gérer les temps morts d’une vie adolescente « corsetée ». Ce sont, en pagaille, hormones en bataille, pâtes-mollusques à ingurgiter mollement sur sofa raplapla, cohabitation avec une mère soixante-huitarde carrément à l’Ouest, dissert’ sur 50 Cent (une grande personnalité du monde des arts !), séquences de masturbation dans des chaussettes trouées, râteaux en série, matages de vidéos X alternatives, virades de l’espoir érotique (cf. le cultissime « Ca, c’est pour nous ! Ca c’est pour nous ! ») et gros baisers balourds en perspective. Pour le meilleur (humour trash, gags visuels, musique synthé au parfum d’eighties), le film rappelle l’humour pataud d’Apatow ou Steak, l’ovni filmique signé Quentin Dupieux, voire l’aspect burlesque de Tati : la course frénétique après le bus, le « double coude » du cours de gym, le suicide off du prof dépressif.
 
Pieds cassés, roulages de pelles pas piquées des hannetons, branquignoles, pieds nickelés, catalogue de la Redoute, tout y passe. Façon inventaire à la Prévert, c’est un vrai festival ! L’adulescent Sattouf ne prend pas de haut ces djeunes, les fameux « jeunes d’aujourd’hui », il se contente de les filmer à hauteur d’ado. Il truffe son film de saynètes, mi-nostalgiques mi-expiatoires, et fait de son film brouillon, voire crade (des plans téloche, des décors bof), un condensé, ou un best of, de la vie in et off au collège. C’est dans l’envers du décor scolaire et dans les angles morts de la dure vie des adolescents que sa caméra vient malicieusement camper. C’est un film nourri par l’école buissonnière. En gros, ce film feuilletonesque est moins un making of sur la vie d’ados et l’école (montrer comment ça se passe de l’intérieur de l’école-sanctuaire) qu’un making off. Off the Wall pourrait être son autre titre anglais. Le off pousse à se lâcher ou entraîne que l’on se lâche à son insu. Et, comme pour tous les festivals (Venise, Cannes, Avignon...), il se pourrait bien qu’au final le off soit bien plus intéressant que le in, parce que plus inattendu, moins formaté et surtout moins politiquement correct. Alléluia, un jeune auteur pour le cinéma est né, ce n’est point un bôgosse bling bling, il a encore plein de boutons sur la trombine, et ça le fait !
 
Comme dans une rédac’ d’ado, dans Les Beaux Gosses, il y a des fautes d’orthographe, des digressions, des ellipses, des gros pâtés et des plumes qui se cassent et c’est justement ça – la simplicité, voire maladresse, brut de décoffrage – qui rend ce jet filmique si sympathique, parce qu’authentique et heureux de baigner « dans son propre jus »… de chaussette ! En outre, comme dans un devoir d’école semi-abouti, on a ici le charme de l’inachevé, de l’incomplétude, le film, avec ses vilains petits canards qui défilent, finit comme il a commencé, sur les affres de l’adolescence boutonneuse. Mais soyons clairs, cette impression d’inachevé est sa force tout autant que sa faiblesse. Si l’on se contente d’être dans le rire, le film marche au centuple, mais si l’on cherche à trouver un regard poétique sur la jeunesse au seuil de l’âge de tous les possibles, le film reste en surface, loin derrière la sensibilité à fleur de peau d’Eustache, de Gus Van Sant ou de Larry Clark.
 
Par ailleurs, certains critiques, qui écrivent à la va-vite que ces Beaux Gosses sont un portrait des « jeunes d’aujourd’hui », se trompent, il s’agit du portrait d’une certaine adolescence car, si l’on doit porter un jugement moral sur ce film, au bout d’un moment, cette « génération bof », au ras des pâquerettes, vole vraiment bas. Quand on est professeur, et/ou parent, c’est quand même très bien aussi les ados brillants, cultivés, bosseurs, cherchant sans cesse à vouloir dépasser leurs limites dans l’intelligence. Mais bon, soyons beaux joueurs, le film ne se veut justement pas une radiographie, au poil près, de l’adolescence à l’école, il reste fidèle à son cahier de brouillon et des charges – un regard décalé sur les djeunes, visant moins l’acmé que l’acné juvénile – et c’est pour ça qu’on l’apprécie ; du 4 sur 5 pour moi. Entre nous, ce film, sous ses faux-airs de teen-movie, me semble moins pour les jeunes - pour beaucoup, ils risquent de s’y voir ou d’y reconnaître des copains, effet miroir qui peut entraîner ennui, voire gêne - que pour les spectateurs adultes pouvant se rappeler leur jeunesse d’antan et, au passage, s’ils sont enseignants et/ou parents, ils pourront également faire de ce support filmique comique un exutoire pour s’amuser avec délectation de l’âge ingrat, dit aussi bête.

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5 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 25 juin 2009 10:42

    c’est un american pie à la française , en quelque sorte ...


    • Wlad Wlad 25 juin 2009 15:36

      Makin-OF, bordel, avec un seul F !


      • Wlad Wlad 25 juin 2009 15:36

        Making, avec un G ! ^^


      • faxtronic faxtronic 25 juin 2009 17:41

        Je vous conseille la derniere bede de Riad Sattouf, qui est avant tout un dessinateur de Bede, qui justement presente son enquete dans un lycee. Tres bon. 


        • Vincent Delaury Vincent Delaury 25 juin 2009 18:35

          Wlad : « Makin-OF, bordel, avec un seul F ! »

          Oui, bien sûr, et sachez que, comme vous, cette faute m’agace, mais lisez bien mon paragraphe 4, mon « off » pour « making off » est intentionnel. « Off » au sens de : hors-cadre, ou bord-cadre, hors-champ.

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