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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les cavaliers de la perfection

Les cavaliers de la perfection

Le Cadre Noir de Saumur 

Bien dans leur assiette.

Comment être à proximité de Saumur et ne pas faire un saut du côté du Cadre Noir ? Il est vrai que mes préventions contre tout ce qui est martial m'auraient éloigné de cette visite, sans la présence, dans notre groupe, de deux cavalières émérites. C'est donc un peu sur la réserve que j'allai à la découverte de ce haut lieu de l'art équestre.

Bien m'en prit car j'avoue avoir été impressionné par la qualité du spectacle, la perfection de la chorégraphie proposée à une foule nombreuse. Je n'imaginais pas qu'il pût y avoir un tel enthousiasme parmi les touristes pour une représentation, somme toute, très marquée quand même par une rigueur toute militaire.

Mais il y a une telle beauté et une harmonie si prégnante entre le cavalier et sa monture, que le spectateur en oublie vite la rigidité posturale pour ne voir que la complicité et l'incroyable précision dans la conduite de l'exercice. C'est étrange combien une production d'une immense technicité peut laisser percer des moments de poésie et d'émotion. Insensiblement, les préventions tombent, le spectateur glisse doucement dans un autre monde : celui du paganisme équestre ou d'un animisme ancestral.

C'est sans doute le fait du cheval qui porte en lui une incroyable capacité à réveiller chez nous une affection séculaire, une reconnaissance qui n'est pas parvenue à s'estomper malgré sa mise au rencart par la modernité mécanique. Le cheval fascine tout autant qu'il attire ; il porte l'ancienne dignité du compagnon de labeur, tout en imposant une capacité à susciter crainte et respect, distance et reconnaissance, sérieux et fantaisie.

Certains le prétendent « plus belle conquête de l'homme ! » Je crois davantage que c'est l'animal qui a conquis l'humain, a emporté à jamais son admiration béate, inconditionnelle le plus souvent. Il n'était qu'à observer le regard pétillant des enfants, les mains tendues des adultes flattant l'encolure de ces magnifiques animaux. Il y a quelque chose qui relève de la dévotion ! Le cheval est si souvent thérapeute des parcours disloqués, qu'il est bien plus qu'un simple loisir d'urbains en quête d'authenticité ...

Le Cadre Noir, tout naturellement, s'inscrit alors dans la liturgie à la gloire de ce dieu ancestral, icône de notre rapport à la nature. Le cheval n'est pas un animal domestique ; il est bien au-delà d'une notion réductrice et souvent abêtissante. Il est puissance céleste, force tellurique, certitude et mystère. Il semble obéir au doigt et au coup d'éperon, certes ; est-ce vraiment la victoire du cavalier, ne serait-ce pas plutôt sa totale soumission au prodige de l'animal tout puissant ?

Le cheval se cabre, et ce sont tous les spectateurs qui se prosternent devant cette statue antique. Le cheval se dresse de toute sa hauteur, et nous ne sommes plus que de misérables vermisseaux. Le cheval saute, et nous constatons à quel point il nous est supérieur en toutes choses. Son cavalier est alors le célébrant et non le maître qui impose sa volonté.

La discrétion de l'accompagnement et des explications proposées, lors de cette représentation, ajoute à cette dimension sacrée. C'est une messe au Dieu cheval qui est célébrée en une cathédrale érigée à sa gloire. Les grands miroirs, placés au fond du magnifique manège, ajoutent au décorum et forcent le respect, le recueillement et la dévotion.

Quelques voltigeurs vinrent ensuite rompre la dimension sacrée pour apporter un peu de fantaisie. Cependant, devant les difficultés des exercices, l'harmonie entre l'acrobate et sa monture, nous ne pouvions, une fois encore, que retomber dans le même silence, d'essence religieuse. Le cheval avait encore conquis deux mille fidèles. L'armée était un lointain cadre ; l'animal avait retrouvé la seule place qui fut la sienne de tout temps : la première.

Chevaleresquement sien.


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15 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 22 août 2014 10:43

    Le spectacle est magnifique en effet...mais le pauvre cheval a du être dressé par l’homme qui sur terre emmerde tous les animaux (cirque..corrida..etc) enfin dressage en tous genres...pour que les humains se régalent quid de la mort ou de la vie de chien..

    En fin de compte ce n’est pas mon truc même si c’est beau à regarder...

    • C'est Nabum C’est Nabum 22 août 2014 21:23

      claude-michel


      Moi non plus, j’avais beaucoup de distance vis à vis de ce spectacle
      J’en conserve mais j’ai compris la passion folle que beaucoup ont pour le cheval

    • Fergus Fergus 22 août 2014 11:32

      Bonjour, C’est Nabum.

      S’il y a une chose que je déteste, ce sont les exhibitions d’animaux dressés à accomplir des gestes contre nature. Et, pour une raison que j’ignore, mais qui est peut-être liée au respect que je porte au cheval, ce sont le spectacles équestres qui me dégoûtent le plus.

      Pas seulement les exhibitions de Zingaro, le Cadre Noir et l’Ecole de Vienne sont aussi dans mon collimateur depuis que j’ai eu l’occasion d’assister aux prestations de ces pauvres chevaux, condamnés à se livrer à des exercices déprimants. Néanmoins, il n’y a pas là mort d’animal, et je ne veux pas détourner de ces spectacles ceux qui y prennent plaisir. Mais définitivement sans moi...


      • C'est Nabum C’est Nabum 22 août 2014 21:24

        Fergus


        Je n’ai pas pris plaisir, j’ai compris certaines choses ....

        Nuance

      • Fergus Fergus 23 août 2014 08:59

        @ C’est Nabum.

        En parlant de « plaisir », ce n’est pas vous en particulier qui était visé, mais le public qui participe à ces exhibitions en payant très cher et en assurant la pérennité de ces écoles d’équitation. A Vienne, la fameuse « école espagnole » et ses lipizzans confine même à l’escroquerie en faisant très payer des séances d’entraînements qui ne montrent quasiment rien sinon des « gammes » ennuyeuses.

        Une première décision devrait être prise : supprimer l’épreuve olympique de « dressage » qui est basée sur une formation du cheval de même type qu’à Saumur ou Vienne. A bannir des JO !

        Bonne journée.


      • alinea alinea 22 août 2014 12:12

        Moi je comprends bien cette émotion, mais il faut savoir que les cadres noirs n’ont pas « l’empathie » des chevaliers d’antan.
        Aujourd’hui, on peut être comme ça avec son cheval ( dommage je n’ai pas retrouver des vidéos plus parlantes, dehors, en liberté totale !) Il y a aussi Klaus Ferdinand Hempling ; on peut voir certaines choses sur You tube ; ce n’est plus la même approche, il s’agit de jouer avec son cheval, qui lui, joue aussi, et non plus le dresser !

        https://www.youtube.com/watch?v=b1nOqVayrKE



        • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 22 août 2014 16:50

          À l’auteur :
          Votre enthousiasme de néophyte vous fait dire une énormité :
          « Il [le cheval] semble obéir au doigt et au coup d’éperon »

          L’usage de l’éperon est limite pour un cavalier digne de ce nom.
          Un coup d’éperon est inadmissible.

          Dans le film « Milady » de Jean-François Leterrier, d’après une nouvelle de Paul Morand, le cavalier interprété par Jacques Dufilho déclare :
          « L’éperon est un rasoir entre les mains d’un singe »...


          • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 22 août 2014 16:58


            Addendum :

            Un bon cavalier se fait obéir par l’action de ses doigts sur les rênes, en respectant la bouche du cheval, et par la pression (et non pas coup) de ses jambes sur les flancs de l’animal pour lui donner l’impulsion vers l’avant.


          • alinea alinea 22 août 2014 17:24

            Mon rêve, c’est plutôt ça :
            https://www.youtube.com/watch?v=39Qir89UtjY


          • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 22 août 2014 17:35

            Par alinea (---.---.---.87) 22 août 17:24 


            Je ne suis pas assez connaisseur en équitation pour déterminer ce que le spectacle que vous présentez représente de « dressage »...

          • C'est Nabum C’est Nabum 22 août 2014 21:25

            Jean-Pierre Llabrés


            J’avoue ne pas être spécialiste et ma stupidité le prouve

          • alinea alinea 22 août 2014 22:14

            Ce n’est pas du « dressage » c’est, bien sûr de l’apprentissage. Une exigence incroyable, patience et détermination, mais toujours, comme on le voit, « à nu », c’est-à-dire que le cheval « le veut » mais n’est pas contraint par aucune aide ! ( les aides étant les rênes, les éperons,etc)..
            Dans le dressage traditionnel, le cheval obéit pour fuir la douleur ; ici, il suit parce qu’il a une confiance totale en l’homme ! Ceci dit, ça ne se fait pas en un claquement de doigt ; il y a volonté de l’homme.Et travail !!
            Hempfling, lui, est capable de rassurer définitivement des chevaux très traumatisés !! Je pense que ces deux là, sont « chevaux » aussi !!
            https://www.youtube.com/watch?v=GNXddsvAjOc


          • reveil 23 août 2014 15:38

            Le fait qu’on parle du cadre noir de Saumur préfigurerait il sa disparition...

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