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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les cinquante ans de « 2001 »

Les cinquante ans de « 2001 »

« 2001 » de Kubrick a cinquante ans. Bien entendu, on a le droit de ne pas aller au cinéma, de prétendre que le dernier bon film que l'on ait vu soit « Tabarin fait des crêpes » (de 1918) ou rappeler que les ptits z-oiseaux, les ptites fleurs émerveillent bien plus que des ombres lumineuses mouvantes sur écran blanc dans des salles noires. Auquel cas il vaut mieux éviter de s'ennuyer à regarder « 2001 » qui n'a pas d'histoire à proprement parler, pas ou peu de personnages attachants, ou marqués par un certain pessimisme sur l'homme : de l'os qui tue le tigre dans la première partie aux missiles nucléaires en orbite autour de la terre il n'y a pas tant de différences que cela, ou d'évolution réelle...

 

...Finalement nous en sommes toujours à interdire notre « point d'eau » aux autres.

 

Ce chef d’œuvre de la Science Fiction tourné par un génie maniaque est de ces films que l'on ne devrait voir qu'au cinéma, la télévision l'abîme. De nos jours la plupart des films sont prévus pour êtres regardés en dévédé dans le salon et non dans une salle de cinoche, une expérience n'ayant rien à voir. « 2001 » est un peu plus qu'un film avec un début, un milieu et une fin, c'est de l'esthétisme. Il n'y a pas d'interprétations une et unique, chacun peut y voir ce qu'il y trouve. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Kubrick a enlevé le maximum de dialogues, dont des dialogues explicatifs prévus au départ, et des éléments de compréhension qui forcément au bout d'un moment auraient fait vieillir le film beaucoup plus.

 

C'est une œuvre d'art où le personnage psychotique que l'on trouve dans tous les films du père du « docteur Folamour » est un ordinateur rendu fou par des ordres contradictoires et sa haute idée de la « mission » qui lui est allouée.

 

Le bruit et la fureur qui toujours à un moment explosent dans les films de Kubrick, révélant les hypocrisies sociales, les faussetés, les mensonges sont bel et bien présents dans « 2001 » mais d'une toute autre manière.

 

Kubrick devait montrer des « aliens », des astroports sur une musique beaucoup plus « classique » pour ce genre de films et non sur des extraits d’œuvres de Ligeti ou Richard Strauss. Et le « fœtus astral » devait faire exploser des bombes nucléaires à la surface de notre planète afin de nous forcer à une renaissance radicale. Tous éléments qui étaient dans le scénario de Arthur C Clarke et que celui-ci recyclera dans le roman paru peu de temps après, livre marqué par une obsession pédagogique compulsive et un léger désir de revanche sur les décisions prises par Kubrick avec lesquelles il n'était pas d'accord.

 

Ce film il faut dire prend son spectateur pour un adulte, un adulte normalement doté d'une cervelle en état de marche. Et ce contrairement aux producteurs de 2018 pour lesquels un long métrage, toute petite partie de la chaîne commerciale, se doit d'être pour toute la famille afin de vendre un maximum de billets et de friandises avant. Bien entendu, je ne nie pas le fa it qu'aller au cinéma soit aussi pour se divertir mais parfois une réalisation peut amener à réfléchir et, ou s'émerveiller. Surtout si la personne allant au cinéma a dépassé l'âge de sa puberté depuis longtemps déjà.

 

Kubrick aurait bien aimé que l'on pense que cette œuvre est née d'un raisonnement intellectuel et de choix mûrement réfléchis alors qu'il ne s'agit que d'une longue liste d'intuitions, y compris pour le montage actuel du film. Au départ celui-ci était beaucoup plus linéaire et puis face aux remontées de spectateurs venant voir « 2001 » comme un trip psychédélique, le cinéaste a compris ce vers quoi il pouvait aller, de même pour l'utilisation de la musique classique projetée sur les premiers « rushes » comme le faisait tous les techniciens à l'époque qui mettaient les disques leur tombant sous la main dans le studio de mixage.

 

Enfin, on a bel et bien le droit de s'emmerder devant « 2001 », il n'y a pas d'émerveillement obligatoire, pas de chef d’œuvre obligatoire même. Mais alors que faites-vous encore ici à la fin de cet article ...

 

Illustration du haut prise ici (station spatiale en double roue)

 

illustration du bas – monolithe, empruntée ici

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

Amaury - Grandgil

 


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26 réactions à cet article    


  • MKT 26 avril 14:57

    Bonjour,
    En effet, ce film est conçu pour être vu dans une salle obscure (très obscure), il n’est pas le seul, « L’amour à mort » de Resnay exige aussi une salle obsure.
    En effet certaines scènes sont très peu lumineuses.

    J’ai souvenir de l’avoir visionné au Kinopanorama qui avait un écran courbe ce qui renforçait la sensation d’immersion dans l’espace.

    Ce que je note c’est le fait que ce film a plutôt bien vieilli et que de nombreuses innovations présentées sont une réalité aujourd’hui.

    Si l’on laisse de côté l’habillement des personnages un peu ridicule, le reste est assez convainquant :

    • La tablette du type iPad pro 12,9 pour converser avec les parents restés sur terre
    • Les toilettes « zéro gravité » qui nous rappellent les cabines de douches dans la station actuelle.
    • Le visiophone (aujourd’hui Skype ou autre)
    • La station spatiale en orbite (plus moderne que l’actuelle en termes de confort)
    • La reconnaissance faciale (passage en douane dans les aéroports aujourd’hui)
    • L’ IA qui n’a rien a envier à SIRI ou OK Google.

    Quant à la conquête lunaire et spatiale future, elle sera peut être le fait de la chine et non des USA.

    Bien à vous.


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 26 avril 21:11

      @MKT
      Le but de Kubrick était de créer une expérience visuelle et non que le film soit compris


    • MKT 26 avril 22:10
      @Amaury Grandgil
      Sans doute.
      Toutefois le DVD bonus qui accompagne le coffret (je l’ai revu sur ordi) insiste bien sur le fait que Kubrick avait fait appel a des spécialistes pour que son film soit le plus proche de la réalité.
      Ce que je pense au delà de l’expérience visuelle c’est qu’il (SK) s’est préoccupé de l’émergence possible d’une conscience non humaine. Plus tard S. Spielberg affirmera (?) que IA aurait dû être réalisé par SK.


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 27 avril 08:34

      @MKT
      Oui, Kubrick avait débauché des types de la NASA dont Frederic Ordway mais cela reste un film, une vision d’artiste.

      Et il avait conscience qu’au bout d’un moment la « réalité » dépasserait son film ou serait encore loin de celle du film.
       Quant à la conscience non humaine, c’est le personnage le plus humain du film. Hal n’est pas un « méchant » à proprement parler au final.

    • Loatse Loatse 26 avril 15:26



      C’est.... une belle trame...............





      • sls0 sls0 26 avril 15:44

        J’ai aimé le film et je l’ai encore plus apprécié après la lecture du roman.


        • Delphus Delphus 26 avril 16:59

          Et puis le respect du vide sidéral où aucun son n’est possible...


          • Fergus Fergus 26 avril 19:47

            Bonjour , Amaury

            Certes, je ne suis pas amateur de SF, mais le fait est que 2001 me semble être le plus mauvais film de Kubrick, un réalisateur dont je considère pourtant la plupart des opus comme des chef d’œuvre.

            Voilà un film métaphysique d’une exaspérante longueur qui repose sur une symbolique de BD. Certes, il y a - de temps à autre - de belles images et une bande musicale qui évite au film de sombrer totalement. Mais c’est bien peu pour crier au génie. Où est le Kubrick de Lolita, d’Orange mécanique, de Barry Lyndon, de Full métal jacket ? J’ai eu beau chercher en voyant ce film, je ne l’ai jamais trouvé, excepté dans une ou deux scènes qui ne suffisent pas à sauver le film.

            Mais ce n’est qu’un avis personnel. smiley 


            • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 26 avril 21:12

              @Fergus

              Ce sont des films très différents.
              J’aurais une préférence pour Lolita, 2001 est une expérience visuelle...

            • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 26 avril 21:29

              Bizarre qu’on ne s’interroge pas sur l’IA et par sa possible émancipation.


              • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 26 avril 21:33

                @Aita Pea Pea Ici sur ce fil bien sur.


              • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 27 avril 08:31

                @Aita Pea Pea
                C’est vrai, c’est une question très en avance que pose ce film


              • Olivier 27 avril 09:43

                Ce qui est sûr, c’est que ce film marque beaucoup, comme le premier Alien ou le premier StarWars. Ce n’est pas le cas des films de science-fiction actuels, devenus par abus des images de synthèse de simples dessins animés pour enfant/adolescents ! 

                Le dernier Star Wars était tellement nul que j’ai arrêté de le voir au bout d’un quart d’heure...

                • Saint Rata de l'himalaya Ratatouille 27 avril 10:29

                   Il passe quand au cinéma ?



                    • Elliot Elliot 27 avril 12:51

                      Le film nous donne surtout à voir cette magistrale ellipse du début qui par le jet de la lance d’un hominidé vers une proie ( même pas montrée si je me souviens bien ) nous transporte à l’ère moderne, le projectile rudimentaire se transformant par la magie du fondu des images en cette fusée voguant dans l’espace. 

                      Jamais des millénaires d’évolution n’ont été à mon avis mieux synthétisés.

                      Pour le reste, c’est un film métaphysique qu’il faut accepter comme tel.

                      Le cube de pierre parfaitement taillé que trouvent les explorateurs cosmonautes sur cette planète lointaine ressemble ( voulu ou non ) à la Kaaba, cette structure cubique autour de laquelle tournent les Musulmans en pèlerinage à La Mecque.

                      En tout cas la portée métaphysique est commune aux deux.

                      Il y a aussi la pierre philosophale chère aux alchimistes mais qui est d’essence métaphorique


                      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 27 avril 14:43

                        @Elliot

                        Le monolithe n’a pas exactement la forme d’un cube smiley


                      • Elliot Elliot 27 avril 19:28

                        @Amaury Grandgil

                        Vous avez raison, le monolithe du film est un volume rectangulaire dont je ne connais pas le nom en français pour peu qu’il existe. 
                        Ce sur quoi je voulais insister, c’est sur la pureté des formes.

                      • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 27 avril 17:10

                        @Amaury Grandgil


                        Une question sur la forme me brûle les lèvres et je vous la pose sans aborder le fond :
                        comment faites-vous pour inclure une vidéo dans votre article ? J’ai bien posé la question au Webmaster mais sans succès.
                        J’ai essayé l’inscrustation suivante avec votre vidéo :
                        <iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/xRzSf7I-ozg" frameborder="0" allow="autoplay ; encrypted-media" allowfullscreen></iframe>

                        mais ça ne marche pas.

                        Merci de votre réponse !

                        • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 27 avril 21:30

                          @Michael Gulaputih
                          cliquer sur « source » pour intégrer le code html


                        • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 27 avril 22:22

                          @Amaury Grandgil

                          Un grand merci !

                        • severic2009 severic2009 27 avril 20:10

                          Film que j’ai vu en 1969,j’avais 13 ans,je l’ai en DVD,et il est toujours aussi magique a regarder,monument du cinéma de science fiction.. !!


                          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 avril 21:57

                            @severic2009

                            Rahhhh la série Star Trek ...des 70 ’ .du bonheur.


                          • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 29 avril 19:27

                            @Aita Pea Pea
                            la série naît en 1966 et s’arrête en 1969 mais bon un détail


                          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 29 avril 19:34

                            @Amaury Grandgil

                            Bonsoir. Me suis planté. Mais quelles interrogations ,gamin .


                          • Cyrus Cyrus 10 mai 01:05

                            Bonsoir amaury , 


                            Je profite de cet article également intéressant mais que je n’ avais pas eu le Temp de commenter 
                            (peut être était ce d’ ailleurs ma meilleur intervention lol) 
                            ,Pour vous remercier de revisiter ces classique .









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