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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les filles aux mains jaunes... Vole !

Les filles aux mains jaunes... Vole !

Deux spectacles :

Les filles aux mains jaunes de Michel Bellier, Mise en scène :Joelle Cattino Avec Valérie Bauchau, Céline Delbecq, Anne Sylvain, Blanche Van Hyfte Théâtre du Girasole 20h45

Vole ! De et avec Eva Rami mise en scène Marc Ernotte Compagnie de l'Eternel Eté Théâtre de la Luna 11h15

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Les filles aux mains jaunes : La guerre de 14-18, vu de l'arrière. On a tendance à penser que la guerre c'est le front, que ce sont les exploits guerriers. Celle de 14-18 a eu un type de front, unique dans l'histoire. Les grognards de Napoléon étaient de rapides marcheurs et ils ont gagné bien des batailles par leur long et infatigable pas pressé. Marcher n'est pas soldatesque et on n'en parle pas, on n'y songe pas. Cependant...

Donc, la guerre, il faut la nourrir et en 14-18, les femmes, sans hommes ou presque, firent tourner le pays. Elles devinrent industrielles, ouvrières à la place des ouvriers, dans des usines déviées de leurs destinations, par l'effort de guerre.

Il a déjà été dit que ce fut un moment de prise de conscience, pour les femmes, de leur force collective, de leur capacité, qu'elles n'avaient jamais expérimentée... il suffit de s'y mettre et cela devient possible. Pas de suite néanmoins.

Nous sommes donc avec quatre obusières, dans leur atelier. Toutes vêtues de même. Comme des religieuses, en long, en gris, en pas commode, sans fioritures. Les situations ne varient guère. Pas de vie quotidienne, pas de table, pas de lit, pas de courses, pas de marche entre la maison et l'atelier. Que de l'usine. Beaucoup de textes dits à la face, une à une, les autres dans l'ombre, têtes baissées parfois.

Elles subissent leur vie et ce moment collectif affreux qu'est la guerre. Une jeune femme qui sait lire lit ou écrit tout le temps. Avec son instruction, elle est socialiste, suffragette. Elle va les entraîner dans la grève, elles vont obtenir le même salaire que les hommes (elles avaient la moitié). Certains soldats, une poignée, ont cessé la guerre et fraternisent ; notre dynamique révolutionnaire rêve que ce mouvement va s'étendre et gagner la paix. Bien sûr que non. Les soldats sont fusillés comme traitres à la nation. Et la femme pleure.

La guerre fait souffrir les femmes, certes, et les femmes font la guerre, autrement que les hommes. Quand c'est la guerre tout le monde subit la guerre, tout le monde y participe.

Le travail est insalubre, ces ouvrières inhalent des produits toxiques, leur santé en est altérée. Des hommes auraient-ils été épargnés de cette intoxication lente ? C'est un état des capacités de la société à protéger les individus, me semble-t-il.

Ces femmes, toutes entières dans la « condition féminine » sont un peu archétypiques.

Un spectacle didactique et linéraire. Tout est bien fait, bien ordonné. Les comédiennes sont toutes excellentes. Leçon millimétrée... Les filles aux mains jaunes donne à voir une moitié du réel qu'on montre peu, il le donne à voir dans une hémiplégie symétrique à l'hémiplégie ordinaire.

 

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Vole ! est à l'opposé. Le jeu, le jeu, le jeu. Force du jeu, joie du jeu, variations, pêche... énergie, drôlerie, tendresse aussi (ah ! la grand-mère...) et humour... rire de soi. Le plaisir qu'a la comédienne, Eva Rami, à jouer est un bonheur en soi. Elle nous raconte les jours passés de sa vie. Ses parents et grands-parents... Elle les campe en quelques gestes, mimiques, intonation. Dans leur singularité. Elle en change hip-hop, comme ça... Le grand-père qui lui offre une Bible pour ses dix ans ! Le texte est drôle, incongru, léger, profond, piquant comme du piment, coloré, avec un rien de goût de loukoum quand il fond en bouche. La mère psychologue : « J'ai mal à l'oeil... _ Qu'est-ce que tu ne veux pas voir, ma chérie ? »

Les questions existentielles pleuvent, qu'en faire ? Et comment n'en rien faire, ce qui serait tellement mieux Bof ! Eva Rami rêve que les loups la font voler quand ils se transforment en oiseaux. Ses seins ne poussent pas. Sa grand-mère l'ennuie avec ça, gentiment, mais enfin, tout de même, elle pourrait être plus discrète et plus délicate : « Qu'est-ce qu'il va toucher ton mari ? » Eva Rami renvoie ça à son enfant (il faut tout dire) : « Tu m'as dessinée, là ? C'est quoi ces deux boules oranges ? Et j'ai pas de pieds... » Nous devons être indulgeants les uns les autres avec nos défauts et nos travers. Mais cartonner... c'est pas mal non plus. Que faire des gens si sûrs d'eux qu'on leur donne toujours raison et qu'on les excuse quoi qu'ils fassent ? Et notre corps, son ventre, ses vicères, comment cet amas mou pourrait-il faire naître nos sentiments ? Eva Rami fait la langue de vipère, on attend sans arrêt de nouvelles horreurs dites avec cet air magnifique de sainte-nitouche un peu égayée de trop de... de... trop de tout. Elle rêve que ses seins, qu'elle a petits, se gonflent, la soulèvent et la font voler jusqu'aux nuages. Le rêve fini, elle les replie tranquillement comme on range ses jouets. Moment de mime. Eva Rami s'adresse plusieurs fois à la salle, elle interroge réellement son public, qui lui répond. Elle court jusqu'à la caisse, réapparait dans la cabine de la technique... Avec cet esprit libertaire sans prétention, elle se permet tout. La vie vaut la peine d'en rire et d'en exalter le mystérieux suc dans le même geste. Ici un geste théâtral jubilatoire.


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