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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les fils de l’homme

Les fils de l’homme

2027, une mystérieuse épidémie rend les femmes stériles dans le monde. La population vieillit, en ce matin d’automne les Anglais sont émus par le meurtre du plus jeune Anglais vivant sur l’île. Le groupe terroriste poisson pose une bombe dans un café sans la revendiquer, les étrangers en situation irrégulière sont parqués comme des chiens pour être évacués hors du pays. Un homme, Théo (Clive Owen), désabusé, alcoolique est contacté par son ex-femme (Julianne Moore) devenue terroriste pour aider une jeune fille à sortir du pays. Cette jeune fille, Kee (Claire-Hope Ashitey), noire, d’une vingtaine d’années, est enceinte. Une première, depuis presque vingt ans.

Voila le point de départ du dernier film d’Alfonso Cuaron, à qui l’on doit l’excellent Y tù mama tambien ou Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban. L’histoire est tirée du livre éponyme écrit par P.-D. James, publié en 1993.

Pour recréer un Londres futuriste et ses environs surpeuplés, pollués et en proie à des guerres internes et externes, le réalisateur n’a pas, comme beaucoup de bourins hollywoodiens, utilisé d’effets spéciaux à outrance ou, comme Ridley Scott dans Blade Runner, plongé l’atmosphère du film dans un monde délirant noyé dans la nuit. Non, il a simplement grossi les choses ; pour ceux qui ont déjà visité Picadily Circus ou Cadmen Town, les prises de vues sont impressionnantes, on s’y croirait presque, chaque rue est à l’identique de ce qu’elle était dans le Londres de 2006. Un monde gris, sale, pour autant proche de la réalité. La guerre fait rage hors des frontières, le développement de nouvelles technologies est peu sensible, les habitudes humaines sont là. Des voitures très proches des nôtres (un Velsatis ou une DS modifié), des triporteurs comme on en voit des milliers dans les cités surpeuplées d’Asie du Sud-Est.

Cette histoire pourrait sur certains point rappeler le livre 1984, avec énormément de références au passé et au présent : Londres, l’Angleterre protégée par ses frontières naturelles qui l’ont sauvée à plusieurs reprises. Une politique intérieure encore plus dure que pendant les années Churchill et surtout, les derniers événements tels que les attentats du métro, la peur de l’Africain, du musulman, comme pendant l’été 2005. Reprenant encore une fois la réalité, Alfonso Cuaron mélange les conflits qui divisent le monde. Certaines scènes sont filmées tellement près d’une explosion, d’un tir de fusil, qu’elles peuvent devenir à tout moment un documentaire fictif sur une guerre réelle. Au Mexique, la police se promène en pick-up avec des mitraillettes, des rapts sont faits sur les autoroutes du Nord, les USA créent un mur de la honte pour se protéger d’hommes qui ne veulent qu’une chose, vivre. Le réalisateur, loin de ce genre de tracas, plus européen, préfère filmer autrement. Le conflit israélo-palestinien, la guerre dans les Balkans, l’abattoir de Guantanamo, les ghettos sous l’Allemagne nazie, les étrangers traités comme des chiens dans des cages, un passeur de clandestins venant de l’Est, donnent l’impression d’images tirées du JT de 20 heures. Des femmes en larmes pleurant leur fils mort dans leurs bras, des hommes criant le nom d’un dieu qui les a abandonnés, des militaires surarmés n’hésitant pas à tirer sur le premier civil venu, comme le font l’armée israélienne en Palestine ou l’armée américaine en Irak. Et tout ça, pourquoi ?

Pour une population condamnée par ses dérives, armes chimiques, guerres ? Pour être certain que son pire ennemi sera forcément mort même si aucune autre génération ne sera là pour le voir ? Tout simplement l’humanité condamnée à la solitude sait que quoi qu’elle fasse, son sort sera sellé, donc autant laisser revenir ses instincts les plus primaires. Une seule chose est sûre, tout le monde va mourir de vieillesse ou par balle.

Sans dévoiler le film, juste une scène, qui se superpose aussi tristement que possible à notre réalité et montre la détresse et l’incompréhension dans laquelle nous vivons : la jeune maman, armée de son bébé, chose que personnes n’avait vu depuis presque vingt ans, passe devant des « terroristes » et des militaires. Elle, jeune noire, symbole du futur, plus forte qu’un fusil, plus forte qu’un char, fait baisser les armes aux hommes, les immoraux de nature, fait verser une larme à ceux qui avait oublié, leur fait reprendre goût en une foi qu’ils avaient perdue. Puis, après être passés, les hommes oublient vite ce miracle de la nature qu’est la naissance, pour se concentrer à nouveau sur la guerre.

Le jeu des acteurs, depuis Clive Owen jusqu’à la jeune inconnue Claire-Hope Ashitey, est parfait. Il sera bon aussi de voir que les prestations de Michael Caine et Peter Mullan - méconnaissable - sont d’une drôlerie qui fait oublier par moments que l’homme peut être dur. Il est réellement préférable de voir le film en VO, ne serait-ce que pour les passages où l’accent d’une personne fait la différence entre la vie sûre et sans encombre en Angleterre ou la mort dans un camp de concentration sordide. Comme je l’ai dit plus haut, le réalisateur a choisi une image granuleuse, proche de celle d’un documentaire, des séries de plan séquences pour nous immerger dans une atmosphère apocalyptique. Une bande son très sixties renforce ce sentiment d’un monde qui ignore quelle sera sa destinée et donc se réfugie dans sa meilleure période.

Les fils de l’homme est sorti le 18 octobre, il a fait peu d’entrées, en raison certainement d’une quasi-absence de publicité. Mais tout comme Bienvenue à Gattaca ou Brazil, c’est le genre de films qui, comme un bon vin, sera bonifié avec le temps et deviendra "culte". Et dans quelques années (en 2027, peut-être) les gens se diront : « Sur beaucoup de point il avait tort, mais quelle clairvoyance ! ». Hélas non, P.-D. James et Cuaron ne connaissent pas l’avenir, mais à l’instar d’un Orwell ou d’un Jules Vergnes, ils reprennent les peurs, la technologie d’aujourd’hui, et les grossissent.

Le seul point noir du film sera sa durée, 1h50, trop court. Une demi-heure de plus n’aurait pas été de trop, ne serait-ce que pour en savoir un peu plus sur les personnages, sur les origines de la défaite de l’humanité.


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18 réactions à cet article    


  • Paldeolien 13 novembre 2006 10:25

    Alléchante la vie en 2027... ça donne trop envie un avenir pareil !


    • LE CHAT (---.---.75.49) 13 novembre 2006 11:25

      Tu as raison , il ne manque plus que les bouleversements climatiques pour dégouter les gens de faire des enfants rien qu’à voir le film !


    • Deep Throat (---.---.224.216) 13 novembre 2006 10:25

      A part, nous raconter le film et ses éléments marquants : que nous dites-vous quant à son fond ? Néant.

      Demian West


      • jamesdu75 jamesdu75 13 novembre 2006 11:53

        Commentaire trés juste. Et avec le recul vous avez raison. Le fond du film reside essentiellement sur le declin d’une espéce (ici les humains).

        Imaginez que demain n’existe plus. Regardez tout le mal que vous pouvez faire sans vous soucier des conséquences. Je pense que c’est ça le fond de l’histoire. La guerre qui fait rage hors d’Angleterre est dut uniquement à cette population qui se meurt. Autrement elle se batterait pour une autre raison plus valable peut être mais de maniére moins violente.

        Il ne faut pas oublier aussi que c’est un recapitulatif des evenements du 20e siecle qui se deroule dans le film (2e guerre mondiale, SIDA, immigration clandestine, dernièrement les attentats de Londres, ect...) Donc il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre.

        Voila si ca peut vous repondre.


      • Gasty Gasty 13 novembre 2006 12:03

        NON ! qui pourrait etre responsable afin de pouvoir polémiquer sans fin....c’est frustrant sinon.


        • Romain (---.---.10.200) 13 novembre 2006 12:22

          C’est un excellent film. Tout le monde en prend pour son grade, les xenophobes, les pseudo revolutionnaire, les militaires, les fous de dieux... La violence et la haine sont exaspéré compte tenu du manque d’espoir. A voir d’urgence ! Film extremement pessimiste mais réaliste compte tenu de la situation mondiale actuelle.


          • Gasty Gasty 13 novembre 2006 12:27

            J’adore ces films d’anticipations. Les auteurs sont des visionnaires du monde à venir.


          • Romain (---.---.10.200) 13 novembre 2006 13:28

            pareil :) Y en a pas assez à mon gout.


          • Bob Marone (---.---.140.192) 13 novembre 2006 12:35

            Ce film est hallucinant, outre sa grande qualité cinématographique (voir les plans séquences d’anthologie), il nous montre ce que notre société peut devenir si nous continuons sur notre lancée schizophrénique. Les camps de réfugiés du film nous laissent imaginer ce que vivent quotidiennement les Tchétchènes ou les Palestiniens...


            • Panama (---.---.198.59) 13 novembre 2006 15:08

              Je me souviens d’un film des années 80 qui traitait un peu du même sujet : à cause d’un virus, les femmes accouchaient toutes d’un organisme régressif au sens évolutif, mieux adapté que l’homme à la terre.

              C’est un film culte : Carnosaure.

              Je crois que je vais aller voir ce film...


              • jamesdu75 jamesdu75 13 novembre 2006 15:21

                Carnosaure. Arf le bon vieux nanard que ca doit être. Et je parle que de la jacquette je suis entrain de chercher des infos dessus. smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley

                http://www.rottentomatoes.com/m/carnosaur/dvd.php?select=4


              • Panama (---.---.198.59) 13 novembre 2006 15:59

                Oui, avec des dino en carton-pâte : absolument génial !!!


              • LE CHAT (---.---.75.49) 13 novembre 2006 17:45

                si vous aimez les nanards retro avec l’humanité en voie de regression , y’ aussi la machine à remonter le temps , avec les humains devenus elois ou morlocks....


              • jamesdu75 jamesdu75 13 novembre 2006 18:20

                Franchement non. La version avec Malcom Mc Dowel est vraiement bien. Aprés le remake avec Guy Pearce a part la machine trés belle et le physique de la fille. Moyen.

                Un vraie nanard de vraie avec une regression moi je pense plus a Zardoz avec un Sean Connery en slip smiley


              • Raphael (---.---.41.254) 13 novembre 2006 18:21

                Très bon film, sans cesse de nouveaux rebondissements, on est en apnée pendant presque 2 heures.
                Rien que la première scène nous décrit le contexte du film avec la mort médiatisée du jeune homme, puis l’explosion... Autre très bonne scène : quand ils sont en route vers la ferme des « Poissons » et qu’ils se font attaquer par des clandestins.
                Une vision que malheureusement on sait plutôt probable de ce que sera notre futur proche du point de vu politique.


                • Bourricot Zerth 13 novembre 2006 18:24

                  Bonjour,

                  Excellente initiative que cet article. Abasourdi par la puissance de ce film, j’ai envisagé aussi d’en faire un article.

                  Bien plus qu’un film de science fiction, Les Fils de l’Homme est un vrai film d’anticipation qui nous projette dans le future immédiat. On peut aisément l’élever au rang de chef d’oeuvre au rang de Blade Runner de R.Scott(Article comparatif : http://www.dvdrama.com/news.php?17406&page=1/)

                  Loin d’être impartial, le film fait notament référence à Pink Floyd avec une image qui rapelle étrangement la couverture de leur album Animals, qui compare les puissants à des animaux, toujours en référence à La Ferme des Animaux de ... Georges Orwell, auteur par ailleurs de 1984.

                  Cuaron, pourtant connu avec sa réalisation dans la saga Harry Potter, s’est retrouvé ici confronté à un mur médiatique qui n’a fait quasiment écho à la sortie de son film.

                  Le film traite tout aussi bien de problématiques actuelles, l’immigration, le vieillissement de la population mais aussi de problématiques futures qui commencent à être évoquées aujourd’hui.

                  Le film nous offre par ailleurs un traitement de l’image abrupt qui nous ménage à aucun moment, avec des scènes quasi documentaire tellement l’action se veut réaliste. (à retenir les scènes de combat hallucinantes vues à travers un unique plan-séquence, prodige cinématographique)

                  Le film nous démontre parfaitement bien l’humain dans toute sa splendeur dans l’ffort d’auto destruction.

                  Le film est encore au cinéma dans certaines grandes villes : un seul mot d’ordre, allez le voir !


                  • mylo (---.---.225.98) 14 novembre 2006 10:02

                    Je vous trouve bien pessimistes les filles et gars ! Et optimistes en ce qui concerne le film : Oui, bien filmé, acteurs crédible et scénario qui tient passablement la route. Mais on est très loin de la subtilité visionnaire d’un Brazil tout de même, de son humour philosophique et décapant. Ou de la créativité d’un Blade Runner (sans parler de l’écho d’un roman bien plus profond encore) de son esthétique au sens noble du terme. Les fils de l’homme est certes un film d’apparence honnête mais sa trame a de multiples faiblesses. Pour un film qui se veut « réaliste », quid, par exemple, du système politico-économique qui permet à un pays à l’économie mondialisée de survivre dans ces conditions bancalement brossées ? Et ces couches et surcouches bien pensantes...les drames du sénar ne me semblent posés que pour nous tirer les larmes au travers de rebondissements trop bien huilés - et pour le coup, pas réalistes du tout. Quant aux questions qu’ils posent, ça n’inspire pas à mon sens une réflexion si constructive ou créative que cela - j’ai bien peur que l’on reste bien dans le domaine de la distraction pure, doublé de procédés mercatiques (on utilise des formules et thèmes à la mode). Il ne faut pas confondre Homère et James (pas henry) à mon avis. Ne pas s’habituer à l’indulgence soporifique ou à la médiocrité formatée de nos chères télévicons. Réfléchir n’est pas penser, copier n’est pas créer, être n’est pas seulement se divertir... ouf... Je me rends compte que tout cela a pris un tour trop sérieux ! smiley salut à tous !


                    • joske (---.---.219.97) 14 novembre 2006 16:37

                      J’ai trouvé ce film flippant non pas à cause du scénario catastrophe qu’il prévoit dans un futur proche mais parce que ce qui y est décrit est déjà en grande partie le présent un peu caricaturé (terrorisme, fanatisme, nationalisme, banlieues dangereuses, pollution, bétail malade, des caméras partout, immigrés mis dans des camps, inégalités criantes, télé-réalité, new age bebête, etc). Excellent film pour réfléchir sur notre présent donc, plus qu’un vrai film de science-fiction ou d’anticipation.

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