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Les grands trios de piano jazz

 

Voici quelques temps, Olivier Cabanel a eu l'excellente idée de publier sur AV un article généraliste sur le Jazz (encore merci à lui). Mais sa lecture ne pouvait que donner envie d'en savoir un peu plus sur tel style, tel interprète, tel instrument, ou encore telle formule instrumentale. Or, s'il en est une qui a fait florès, c'est bien celle du trio avec piano.

Le trio avec piano n'était pas une formule usitée dans le Jazz pendant les décennies 1920- 1930. Ce n'était pourtant pas les excellents pianistes qui manquaient. Earl Hines, Fats Waller, par exemple, formidables improvisateurs et innovateurs, se produisaient dans un contexte orchestral traditionnel. Duke Ellington privilégiait la direction de son orchestre.

Il y eut bien Teddy Wilson qui se produisit en trio, avec le clarinettiste Benny Goodman, mais c'était presque expérimental et ne dura que le temps de quelques concerts et enregistrements.

Jusqu'à Nat King Cole.

 

Mais, au préalable, de quoi s'agit-il, au juste, un trio piano jazz ?

Bien sûr, c'est trois musiciens qui jouent ensemble. Bien sûr, il y a, parmi eux, un pianiste.

Et les deux autres ? Il ne viendrait à l'idée de personne de ne pas citer un contrebassiste et un batteur.

Piano-basse-batterie, c'est, effectivement, la formule standard depuis bien longtemps, disons le milieu des années cinquante. Mais il n'en a pas toujours été ainsi.

Jusque là, en effet, ce type de trio était généralement constitué d'un pianiste, d'un contrebassiste et d'un…guitariste. Et plusieurs trio devenus par la suite très célèbres ont débuté sous cette formule, nous y reviendrons.

L'inventeur en est, semble-t-il, un dénommé Nathaniel Cole.

 

Nat King Cole pianiste ? Cela peut surprendre beaucoup de gens, tant sa célébrité a été grande, dans les années 40 et 50, comme chanteur. Crooner à la voix de velours.

Et pourtant il était bien un pianiste exceptionnel, très novateur, qui, à mon sens, a fortement influencé les pianistes de style be-bop du début des années 50.

Dés 1937, il constitue avec l'excellent guitariste Oscar Moore et le contrebassiste Wesley Prince (que remplacera, en 1942, Johnny Miller) ce qui deviendra le King Cole Trio. Uniquement instrumental à ses débuts, le trio rencontre très vite un énorme succès, grâce aux vocaux auxquels s'est essayé son pianiste.

 

Dans la foulée quasiment, un autre pianiste de légende, l'aveugle et néanmoins virtuose Art Tatum constitue lui aussi, en 1943, avec le guitariste Tiny Grimes et le contrebassiste fredonnant Slam Stewart, un autre trio mythique (mais qui sera beaucoup plus éphémère).

La formule est lancée. Elle sera utilisée par la quasi-totalité des jeunes pianistes jusqu'à nos jours. Parmi eux, Erroll Garner (révélé par son "Play, piano play" avec Red Callender et Hal West) fabuleux pianiste autodidacte, mais qui, selon moi, ne gagnait rien à jouer en trio tant son assise rythmique faisait merveille en solo.

 

A partir de là se révèlent quantité d'excellents pianistes. Tous se sont produits ou ont enregistré en trio. Mais je ne vais citer que quelques uns parce qu'ils ont constitué un Trio marquant soit par une longévité peu commune, soit par une complémentarité et une spécificité exceptionnelles (et souvent les deux à la fois). Cela n'enlève rien au mérite et au talent des autres.

 

Oscar Peterson. Voila bien le nom qui vient, en premier, dans la tête, quand il est question de trio en jazz. Son trio est l'archétype du genre. Une entente parfaite, une écoute des autres de tous les instants. Et un pianiste colosse et virtuose qui sait,à la fois, jouer délicatement et, comme nul autre, faire monter la mayonnaise.

Lui aussi a, d'abord, joué avec un guitariste (sans batteur) : Barney Kessel, puis Herb Ellis.

Mais c'est avec l'immense Ray Brown (contrebasse) et Ed Thigpen (batterie) que le trio a atteint sa plénitude.

 

Ahmad Jamal. A 87 ans, il continue à jouer, avec succès, sur les scènes des festivals.

Mais c'est dans les années 50 qu'il s'est révélé et a connu un succès retentissant avec un trio d'une complémentarité hors normes et un jeu rompant avec celui de tous ses prédécesseurs et ses contemporains : plus dynamique, ou faisant un usage subtil des silences.

Avant son trio légendaire, avec Israël Crosby (contrebasse) et Vernel Fournier (batterie), il avait, également joué avec un guitariste (Ray Crawford) à la place du batteur.

Ce trio n'a pas eu une très grande longévité, mais le pianiste a conservé l'originalité de son style, les concerts de ces dernières années en témoignent.

 

Bill Evans. Avec ce pianiste blanc, apparaît l'inspirateur de tous les pianistes des générations suivantes. Révélé au sein du quintet/sextet de Miles Davis, il se consacre, dés le début des années 60, exclusivement (ou presque) au jeu en trio.

Il constitue un trio "mythique" avec le contrebassiste, improvisateur exceptionnel, Scott La Faro, et le batteur Paul Motian, dont témoignent des enregistrements au club Village Vanguard. Ce trio ne perdurera, hélas, pas, S.LaFaro perdant la vie dans un accident de voiture. Mais Bill Evans en constituera d'autres, avec notamment et durablement le contrebassiste Eddie Gomez, qui lui permettront d'exprimer toute la poésie de son jeu.

 

Keith Jarrett. Si je ne devais choisir qu'un seul trio, c'est celui de K.Jarrett que je retiendrais.

Improvisateur prolifique, K.Jarrett s'est très souvent produit en solo. Son enregistrement "Koln Concert" est, à cet égard, devenu un disque phare et énorme succès commercial.

Mais le trio qu'il a constitué avec le contrebassiste Gary Peacock et le batteur Jack de Johnette détient , et de loin, le record de longévité (c'est à souligner quand on connaît un peu la personnalité et le caractère de K.Jarrett) : Depuis le début des années 80, et jusqu'à récemment, se sont succédés enregistrements en studio ou en concert, sans que l'un des trois (sauf un concert en 1992, DeJohnette suppléé par Paul Motian) ne fasse défaut et où les improvisations enchaînées avec brio des trois protagonistes me subjuguent toujours. A noter que le premier enregistrement de ce trio remonte à 1977, mais sous le nom de Gary Peacock ("Tales of another").

 

Brad Meldhau. Avec B.Meldhau, c'est un nouveau répertoire qui, souvent, fait irruption. Même s'il reprend encore quelques standards, c'est, outre quelques compositions personnelles, dans la pop et la variété qu'il puise son inspiration : Radiohead, les Beatles, Paul Simon, Oasis… Ses improvisations sont très personnelles, quelquefois un peu déconcertantes au premier abord, mais toujours captivantes.

Il bénéficie en permanence du soutien délicat mais sans faille de ses compères du trio : le toujours fidèle Larry Grenadier à la contrebasse et Jeff Ballard qui a remplacé (à mon grand regret et à la batterie) le catalan Jorge Rossy.

 

Même si les USA sont la patrie du Jazz, ils n'ont pas conservé l'apanage de la qualité, en ce domaine.

Pour ce qui est des pianistes, l'Europe n'est pas en reste. Et je m'en voudrais de ne pas être capable de citer au moins un trio.

Ce sera le Trio EST, du nom de son leader Esbjörn Svensson, suédois tragiquement disparu lors d'un accident de plongée. Dan Berglund, contrebassiste et Magnus Östrom à la batterie le complétaient.

Enfin, parcequ'en France il y a aussi de grands jazzmen, je veux citer le trio d'un pianiste un peu oublié, discret mais qui faisait l'admiration des américains de passage à Paris : Georges Arvanitas. En compagnie de Jackie Samson à la contrebasse et Charles Saudrais à la batterie, "Arva" a enchanté, pendant 28 ans, ses auditeurs au sein d'un trio modèle.

 

Nul doute qu'il y a eu d'autres grands trios.

J'aurais pu citer encore "the Three Sounds" de Gene Harris, par exemple.

Mais j'ai beau être un boulimique de Jazz depuis bien des années. Je suis loin d'en avoir une connaissance absolument exhaustive.

Si, donc, vous, qui me lisez, êtes en mesure d'apporter des compléments ou des rectifications ; ne vous en privez surtout pas.

 


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16 réactions à cet article    


  • Jacques_M 18 septembre 10:27

    Merci pour l’article.

    Un classique par Oscar Peterson : « C Jam Blues ».
    Comme tu dis très justement :
    « Mais c’est avec l’immense Ray Brown (contrebasse) et Ed Thigpen (batterie) que le trio a atteint sa plénitude. »

    • Giordano Bruno 18 septembre 12:18

      J’en profite pour recommander « Changeless », l’album le plus fabuleux du trio de Keith Jarrett selon moi.


      • gégène 18 septembre 14:02

        @Giordano Bruno

        Je connais bien « Changeless ». Il y a, sur la plage 2 « Endless », un enchaînement, à la fin du solo de G.Peacock, qui me laisse pantois à chaque écoute (et c’était du live).

        Ceci dit je serais bien en peine de dire quel est, pour moi, le meilleur album du trio.



        • gégène 18 septembre 14:54

          @San-antonio

          Martial Solal était un immense pianiste, mais à la carrure peut-être un peu trop écrasante pour des comparses.réguliers.

          Vous avez toutefois raison. Il avait constitué, vers 1960, un trio référence avec Guy Pedersen et Daniel Humair.


        • Ratatouille Ratatouille 18 septembre 16:06

          @San-antonio 

          ça manque vraiment de swing ce morceau,mais une jolie casse de voiture de luxe . smiley


        • Orageux / Maxim Orageux / Maxim 18 septembre 14:31

          Joe Pass le guitariste qui accompagnait Oscar Peterson n’était pas mauvais non plus !!! dans la tournée au Japon 



          • gégène 18 septembre 16:01

            @Orageux / Maxim

            « Joe Pass le guitariste… n’était pas mauvais non plus »

            Excellent même. Mais c’était (plus tard) la période "Pablo Records". Le producteur Norman Granz avait constitué un trio de virtuoses avec NHOP (le contrebassiste danois capable de jouer tellement vite que certains pensaient qu’ils étaient deux : Niels Henning et Orsted Pedersen).


          • Ratatouille Ratatouille 18 septembre 15:55

            Quelle différence entre un noir et un pneu ?
            .
             (blague célèbre) de jazzman
            .
            quand t’on met des chaînes à un pneu,il ne chante pas le blues . smiley


            • Ratatouille Ratatouille 18 septembre 16:21

              j’aime bien les formations peu couteuse,batterie minimaliste,contrebasse,guitare rythmique,saxo ,bon... un Selmer c’est pas donné ,une chanteuse de préférence cinglée qui par exemple hurle en entrant dans un bar de hells angels .. J’ avale. !!!. et quelques perdus dans l’espace de passage comme par exemple l’organiste de sun ra .écouter ce que font les autres,c’est bien mais jouer c’est bien mieux et se dé-souder avec des jazzman c’est encore mieux.
                


              • Taverne Taverne 18 septembre 17:02

                Il manque juste à cet article (que j’ai plussé) des illustrations sonores...


                • gégène 18 septembre 20:22

                  @Taverne
                  C’est vrai ! J’aurais dû..


                • JMBerniolles 18 septembre 17:41
                  Merci de cet article ... 

                  Quelques oublis, ce n’est pas un reproche :

                  Horace Silver, Bud Powell, le génial Thelonius Monk... pianistes Be Bop de référence.

                  Herbie Hancock naturellement.  Les pianistes Latino : Lalo Shiffrin, aujourd’hui Michel Camilo, Roberto Fonseca.... 

                  Pour la France un pianiste virtuose Martial Solal,....  

                  On en oublie beaucoup 

                  • gégène 18 septembre 20:19

                    @JMBerniolles

                    Il ne s’agit pas d’oublis. Je connais et vénère ces pianistes auxquels on pourrait ajouter John Lewis, Monty Alexander, Chick Corea, Michel Petrucciani, Chucho Valdes et bien d’autres.

                    Mais je m’en suis, volontairement, tenu à des trios emblématiques.


                  • rocla+ rocla+ 18 septembre 18:07

                    Super article   bien documenté   citant de très grands artistes , absolument génial 

                    le noir pianiste s’ installe devant les touches blanches et joue comme un Dieu des morceaux fabuleux ...

                    Oui on en oublie forcément   ...des connus et des inconnus...

                    • Doume65 19 septembre 11:21

                      Bonjour.
                      Je pense bien que le trio piano le plus connu est celui (piano, basse, batterie) formé par Nina Simon pour « Ma baby just cares for me ». On ne le présente plus.
                      Merci à l’auteur pour son excellente sélection, et notamment pour ne pas avoir oublié Errol Garner, moins connu qu’Oscar Peterson par exemple, mais dont le style, très subtil, est unique. Celui de Keith Jarrett aussi, bien sûr, mais est-ce bien du « pur » Jazz ?

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