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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les gros yeux de Margaret Keane

Les gros yeux de Margaret Keane

« Les yeux que je dessine sur mes enfants sont une expression de mes sentiments les plus profonds. Les yeux sont les fenêtres de l’âme. » (8 juillet 1975).

Ce vendredi 15 septembre 2017, l’artiste peintre américaine Margaret Keane célèbre son 90e anniversaire. Elle est connue pour être l’auteur de nombreuses œuvres à succès représentant principalement des petites filles et des animaux aux grands yeux.

Née Peggy Doris Hawkins à Nashville, dans le Tennessee, elle a commencé à dessiner des personnages aux grands yeux à l’âge de 10 ans. Très jeune, elle s’est mariée à Franck Richard Ulbrich, qu’elle a ensuite fui avec leur petite fille Jane. Pour pouvoir gagner modestement sa vie, elle faisait alors des portraits de passants dans la rue.

Ce fut en 1953 qu’elle rencontra Walter Keane, anciennement marié (à Barbara Ingham, dont il a divorcé en 1952), père d’une fille, agent immobilier et vendeur de jouets pédagogiques qu’il fabriquait lui-même (marionnettes, etc.). Auparavant, son ancienne femme et lui avaient voyagé en Europe, à Heidelberg puis Paris. Walter faisait de la peinture pour ses loisirs. La passion commune de la peinture a amorcé la "collaboration" entre Margaret et Walter, et après avoir chacun divorcé, ils se sont mariés en 1955 à Honolulu sur l’insistance de Walter, charmeur et bonimenteur.

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Walter Keane était cupide et voulait s’enrichir avec les toiles de sa nouvelle épouse. Un jour, en février 1957, les deux époux ont pu exposer leurs œuvres dans une salle publique et les peintures de Margaret Keane étaient très appréciées et se sont vendues rapidement. Walter Keane a alors affirmé qu’il en était l’auteur, sa femme ne les ayant signé que par un simple "Keane". Très vite, Walter Keane a exposé un peu partout aux États-Unis, à New York, à Chicago, etc. et a commencé à construire un mythe autour de lui, de son histoire, etc.

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Margaret Keane s’en est aperçue assez rapidement mais très timide et peu commerciale, elle n’a pas réagi en raison des menaces de son mari. Walter Keane lui expliquait que l’essentiel était de vendre ces peintures et de gagner beaucoup d’argent. Le succès commercial est arrivé rapidement, au début des années 1960, avec même la vente de reproductions de certaines œuvres en supermarché. Ils gagnèrent ainsi des millions de dollars.

Elle peignait parfois pendant seize heures la même journée. Elle a produit beaucoup de tableaux. C’était devenu une petite entreprise très prospère et très connue au point qu’un artiste comme Andy Warhol confiait : « Je pense que ce que Keane a fait est tout simplement formidable. Cela doit être bon. Si ce n’était pas le cas, il n’y aurait pas autant de monde pour l’aimer ! ». L’argument commercial, un argument d’autorité aux États-Unis ! Certes, ce succès populaire fut fustigé par la critique, considérant que cet art est d’une sentimentalité épouvantable et très kitsch.

La brutalité et la cupidité de son mari amenèrent Margaret Keane à se séparer de lui le 1er novembre 1964 (elle quitta San Francisco pour Hawaï et s’est remariée en 1970 avec un écrivain qu’elle a rencontré à Honolulu, Dan MacGuire). Leur divorce fut déclaré formellement en mars 1965. Mais étrangement, elle n’avait toujours pas troublé le mythe qui voulait que ses œuvres fussent peintes par Walter Keane.

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Très croyante et convertie aux Témoins de Jéhovah au début des années 1970, Margaret Keane a eu la conviction qu’elle ne devait plus rester dans le péché du mensonge et qu’il fallait qu’elle racontât publiquement la vérité. C’est ce qu’elle fit en 1970 dans une émission de radio, ce qui a été comme un coup de tonnerre pour l’ancien époux qui pendant une quinzaine d’années a nié la réalité.

Il a fallu un procès retentissant de trois mois en 1986 pour que Margaret Keane pût obtenir gain de cause définitivement sur la propriété intellectuelle de ses œuvres. Le meilleur moyen de départager l’ancien couple était, pour le juge, de faire une démonstration de leur talent de peintre. Margaret Keane a alors peint une œuvre en moins d’une heure sous les yeux des juges et du public au procès, tandis que Walter Keane prétexta un problème à l’épaule pour ne pas peintre. Le juge donna alors raison à Margaret Keane qui aurait dû empocher 4 millions de dollars pour dommages et intérêts. Ce verdict a été confirmé en appel en 1990, mais sans les dommages et intérêts. Elle se moquait de l’argent, c’était sa reconnaissance d’artiste qui importait.

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Margaret Keane retourna en Californie en 1991 et réside actuellement près de Napa (où habita notamment l’acteur Robin Williams). Quant à Walter Stanley Keane, après s’être remarié avec Joan Mervin et avoir eu deux enfants à Londres et après un nouveau divorce, il est mort à 85 ans le 27 décembre 2000 à Encinitas, près de San Diego, en Californie.

Alors que les enfants aux grands yeux que Margaret peignait avant sa séparation avec Walter Keane étaient souvent tristes, elle a peint des visages plus heureux après la séparation : « Ce sont les peintures des enfants au Paradis. C’est comme cela que je conçois le monde quand la volonté de Dieu sera faite. » (27 février 1992). Elle expliqua encore : « Les enfants ont de grands yeux. Quand je fais un portrait, les yeux sont la partie la plus expressive du visage. Ils sont devenus de plus en plus grands et encore plus grands. ». Elle a indiqué que ses inspirations furent Modigliani, Van Gogh, Klimt et Picasso.

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Certaines personnes célèbres comme les acteurs Jerry Lewis (qui vient de s’éteindre) et Natalie Wood ont commandé leur portrait auprès de Margaret Keane, qui signe désormais ses tableaux "MDH Keane" (Margaret Doris Hawkins Keane).

La rencontre avec le réalisateur Tim Burton bouleversa un peu la vie de Margaret Keane en lui apportant une nouvelle "publicité" à la fin de sa vie. Tim Burton a produit et réalisé en effet un film biographique qu’il mit onze ans à faire (avant lui, elle avait déjà refusé ce genre de projet).

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Sorti aux États-Unis le 25 décembre 2014 (en France le 18 mars 2015), le film met en scène Margaret, jouée par l’actrice Amy Adams, et Walter, joué par l’acteur Christoph Waltz, sur un scénario de Larry Karaszewski et Scott Alexander qui auraient dû, initialement, eux-mêmes le réaliser. Si ce film a eu le grand mérite de faire connaître la vie et l’œuvre de Margaret Keane et la scandaleuse injustice infligée par son ancien mari, il ne brille malheureusement pas par son scénario ni par sa réalisation sans beaucoup de rythme.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 septembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Margaret Keane.
Rouault et Matisse à Paris.
La garde rapprochée du Premier Empereur de Chine.
Un Renoir de la Côte d’Ivoire.
Magritte.
Daniel Cordier.
Boulez à Paris.
La collection Cordier à Rodez.
Soulages à Rodez.
Claude Lévêque à Rodez.
Caillebotte à Yerres.
Goya à Paris.
Brueghel à Paris.
Chagall à Paris.
Dali à Paris.
Van Gogh à Paris.
Hiroshige à Paris.
Manet à Paris.
Rembrandt à Paris.
Boltanski, artiste contemporain.
Boltanski au MacVal.










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1 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 14 septembre 14:04

    Bonjour, Sylvain

    Merci pour cet hommage rendu à Margaret Keane.

    Il va de soi que j’ai couru voir Big Eyes, le film de Tim Burton, lorsqu’il est sorti en salle. Et je n’ai pas été déçu car ce film retrace bien la singulière histoire de cette femme peintre de talent. Qui plus est, contrairement à vous, je l’ai trouvé plutôt réussi et très bien interprété. A cet égard, je ne comprends pas cette critique sur le « rythme » qui, de mon point de vue, est parfaitement adapté au récit. 

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