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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les herbes folles... très hautes

Les herbes folles... très hautes

Si Marguerite Muir, accablée de pieds fragiles, n’était allée chez ce chausseur spécialisé de la place des Vosges... Si, en en sortant à un autre moment, elle ne s’était fait voler son sac... Si le voleur n’avait choisi, pour s’en débarrasser, le parking où Georges Pallet s’était garé... Si Georges avait différé son départ, ou n’avait pas ouvert le portefeuille... A la façon d’Eric Rohmer dans L’Arbre, le maire et la médiathèque, Alain Resnais sur le tard nous invite à nous appréhender comme des jouets du hasard, des herbes folles (de mauvaises herbes ?) poussées ici où là au gré d’un pavé disjoint et vouées aux contacts fortuits faiseurs, quand même, de belles histoires quand l’herbe est à la hauteur.

Tiré d’un roman intimiste*, le personnage de Georges (André Dussolier) pourrait être de ces écrivains tatillons, hypersensibles, inadaptés, maladivement obsédés par le détail y compris de la pensée et des manies qu’ils supposent à autrui, et moins à l’aise dans le réel que dans la représentation qu’ils s’en font. Comment est en vrai la femme du portefeuille ? Que pensera-t-elle si je l’appelle ? Et si je ne l’appelle pas ?.... Et si je l’appelle, que lui dirai-je ?... Etrange, inquiétant, peut-être parano, Georges traînerait un passé psychiatrique ou criminel que ça n’étonnerait d’abord pas (d’autant que Resnais s’amuse pour le présenter, sur une musique de Mark Snow, à flirter avec le thriller).

Et si Mlle Muir (Sabine Azema) n’avait ressemblé à l’aviatrice Hélène Boucher, et gardé sur elle la carte du terrain où elle vole ? Si la passion de Georges n’avait été précisément l’aviation... aurait-il eu envie de l’appeler ?

Rien n’est jamais acquis...**

L’herbe folle, pour compliquer, n’est pas isolée dans un monde de gens raisonnables où s’adapterait la névrose d’un seul. Chacun est plus ou moins soumis à ses propres intermittences, dépendantes de sa nature et de circonstances elles-mêmes fruits de hasards. Si la femme de Georges n’avait pas été sympathique à Marguerite... Si elle avait refusé l’invitation de l’aviatrice... Si la braguette de Georges ne s’était pas coincée au moment poétique...

Resnais le sage s’amuse, fidèle à ses vieux compagnons de route jusqu’à leur confier même les figurations (avec pour petit dernier Mathieu Amalric, savoureux en flic sensible). Pour l’épilogue, à la lettre enlevé, il semble avoir lui-même consommé de cette herbe qui vient ponctuer chaque fin de "chapitre", comme un refrain destiné à nous rappeler combien notre maîtrise des choses est illusoire.

*"L’Incident", de Christian Gailly

¨Äragon ("Il n’y a pas d’amour heureux")


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2 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 5 novembre 2009 11:11

    Les premiers échos de spectateurs glanés ça et là semblent pour le moins mauvais. A l’évidence, Resnais n’a pas retrouvé l’esprit du dyptique « Smoking » « No smoking », deux films que j’avais en leur temps beaucoup appréciés.

    Le film de trop, peut-être, pour celui qui avait déjà réussi avec « On connaît la chanson » à me faire sortir de la salle au bout de 10’ ce qui ne m’étais jamais arrivé auparavant.


    • Julie Dep Julie Dep 5 novembre 2009 13:24

      Mon titre était : « Les Herbes folles » de Resnais font planer" - en référence aussi au rôle qu’y tient l’avion. Si le service de lecture est choqué, qu’il le fasse au moins savoir avant de censurer !

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Julie Dep

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