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Les hommes de bonne volonté (madres paralelas) et les autres (tre piani)

Critiques croisées de films, croisées et décalées.

Ordinairement, on tâche de critiquer le cinéma par les règles du cinéma, sauf que ces règles sont nombreuses, informelles, contradictoires, éternelles certes et que personne ne les connaît. On fait de même avec la peinture, le théâtre, la littérature, dans des conditions semblables et avec le même (in)succès liés à cette incertitude de base qui rend l’exercice infini. A propos de critique de littérature, Arnaud Viviant a chanté son cantique, dont je parlerai peut-être un jour, s’il m’apporte son livre, ce que j’attends toujours qu’il fasse, mais c’est une autre histoire.

Je vais critiquer deux films en parallèles par la psychologie des personnages, prise globalement. Je considère l’ensemble psychique dans lequel ces personnages agissent, se comportent, je parle d’un cadre psychique. La psychologie vue par son cadre générique donne une vision du monde (deux visions incompatibles en l’occurrence).

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Madres paralelas et Tre piani ont en commun d’être des films psychologiques, dont l’action se situe donc dans des familles. Ils sont tous les deux du sud, pas du même sud, et de langue latine, comme ici, pas la même langue. Les deux films contiennent nombre de rebondissements.

Le critique d’un film est soumis à une contrainte forte, à propos du scénario : maintenir le suspens, c’est-à-dire ne pas trop parler de la fin, ne pas dévoiler la fin (dévoiler est le mot consacré). Parce qu’il faut garder, pour faire venir le spectateur, l’attente anxieuse (modérément anxieuse) de la suite, qui doit toujours contenir son lot de surprises, son mix de continuité et de rupture. C’est un moteur du spectateur que le critique ne peut pas casser, c’est une entente tacite du critique avec le réalisateur, le producteur et toute l’équipe…

Pas d’inquiétude dans mon texte par rapport à cela, je ne parle que du cadre des psychés (des psychologies), pas du récit.

Madres paralelas et Tre piani diffèrent dans le rapport que les personnages ont avec eux-mêmes, leurs buts et leurs désirs, ont entre eux, ont avec le monde, ont au bout du compte, avec le bien et le mal. Les éléments sont sensiblement les mêmes : l’amour, la procréation, la transmission, le viol…

Il y a un miracle dans Madres paralelas : aucun personnage ne se donne pour but de faire mal à un autre personnage, même momentanément. Quand ils sont en conflit, en disputes, qu’ils ne peuvent plus se voir, au sens propre, qu’ils ne peuvent plus être ensemble, ce n’est jamais pour punir l’autre, pour lui faire du mal, c’est pour résoudre leur propre difficulté, leurs propres incompréhensions, diminuer leurs propres souffrances.

Tout au contraire, dans Tre piani, un juge répudie son fils parce qu’il a tué une passante en voiture alors qu’il était ivre. Il y a des soupçons croisés de viol et d’attouchements pour un père. Dans Tre piani, bien des malheurs proviennent de la dureté des personnages entre eux, de leur agressivité, de leur volonté de punir, de se venger, voire de leur volonté gratuite de nuire, d’exploiter une situation « avantageuse » a priori, ayant beaucoup de chance d’être « gagnante », sans profit réel pour eux mais avec de gros dommages pour l’autre.

 

Lequel des deux films parle le mieux du monde tel qu’il est ? Nous le savons bien. Un monde des relations humaines dans lequel les heurts et les souffrances entre personnes ne dépasseraient pas les limites de ce qu’il est impossible d’empêcher n’existe pas, ou alors, dans des temps très courts, et des groupes peu nombreux.

C’est au fond la beauté inégalée du film d’Almodovar, de nous embarquer dans ces personnages sans méchanceté, et qui se défendent cependant pour vivre mieux et souffrir moins, mais sans empiéter sur l’autre plus qu’il ne faut. Ils choisissent ce qui est bien pour eux, même quand cela fait mal à l’autre, jamais ils ne choisissent de faire mal exprès.

Paix aux hommes de bonne volonté est une injonction chrétienne, dont on sait bien qu’elle aboutit à son contraire. Les hommes (il s’agit de l’humanité hommes et femmes) de bonne volonté connaissent rarement la paix, elles et ils sont plutôt les proies des êtres humains nombreux pour qui se sentir plus forts en faisant mal (plus forts que celles et ceux à qui ils font mal) est irrésistible.

C’est le miracle invisible de Madres paralelas qu’il y en ait aucun.

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11 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 31 décembre 2021 08:50

    Bonjour, Orélien

    Je n’ai pas vu Tre piani, mais j’ai vu Madres paralelas

    Et j’ai beaucoup aimé de film dont vous parlez avec beaucoup de justesse, notamment vous écrivez ceci :

    « aucun personnage ne se donne pour but de faire mal à un autre personnage, même momentanément. Quand ils sont en conflit, en disputes, qu’ils ne peuvent plus se voir, au sens propre, qu’ils ne peuvent plus être ensemble, ce n’est jamais pour punir l’autre, pour lui faire du mal, c’est pour résoudre leur propre difficulté, leurs propres incompréhensions, diminuer leurs propres souffrances ».

    Cela fait beaucoup de bien.

    A noter que l’on est très loin du Almodovar des débuts, provocateur et exubérant.


    • Fergus Fergus 31 décembre 2021 11:37

      Question : les « moinsseurs » ont-ils vu le film ? smiley


    • Orélien Péréol Orélien Péréol 31 décembre 2021 15:09

      @Fergus Merci. Tout-à-fait d’accord.


    • Orélien Péréol Orélien Péréol 31 décembre 2021 15:14

      Voir les films sous un angle psychologique est dans mon regard :

      J’ai vu le film « Des nouvelles de la planète Mars » comme la tragédie d’un gentil :

      https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/des-nouvelles-de-la-planete-mars-179356


      • Orélien Péréol Orélien Péréol 31 décembre 2021 15:18

        J’ai vu « les neiges du Kilimandjaro » comme le parcours des victimes (un parcours possible pour des victimes) se passant dans la classe ouvrière et non, comme Robert Guédiguian un film sur la permanence de la classe ouvrière et de la lutte des classes comme il a dit qu’il avait voulu faire.

        https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/les-neiges-du-kilimandjaro-104989

        Je crois que j’ai écrit quatre articles.


        • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 31 décembre 2021 18:17

          @Orélien Péréol
          Bonsoir,
          Assez d’accord avec vous sur cette analyse de l’arrière plan des films de Guédiguian, même si « La villa », malgré les récurrences habituelles ( les obsessions ?) du cinéaste ( géographiques, etc), échappe un peu au travers que vous décrivez.
          Pour moi, la meilleure « peinture sociale » de la classe ouvrière du sud ( ou plutôt la classe déclassée, car ouvriers, ils ne le sont même plus), c’est « la graine et le mulet » , de Kéchiche.
          Et, à propos de la violence, la violence des pauvres entre eux y est bien décrite ( la mise à mort « involontaire » ou indirecte de Slimane ( Habib Boufares) épuisé, diabétique, qui va s’effondrer en courant après sa mob que des petites frappes lui on volé).
          Cette scène est d’un réalisme et d’une cruauté qu’on ne retrouve pas chez Guédiguian.
          PS : quant aux films de Nani Moretti, ils sont tellement « billard trois bandes » qu’il vaut mieux être italien ou avoir des affinités électives italiennes pour prétendre qu’on a « compris ».


        • Fergus Fergus 1er janvier 10:48

          Bonjour, Orélien Péréol

          J’apprécie beaucoup les films de Guédiguian.

          Mais le film « Les neiges du Kilimandjaro » m’a beaucoup gêné car il est basé sur un événement aberrant : jamais un syndicaliste digne de ce nom n’aurait accepté dé gérer un tirage au sort pour déterminer quels seraient les employés licenciés : il aurait renvoyé le patron à ses responsabilités !


        • Fergus Fergus 1er janvier 10:57

          Bonjour, Sandro Ferretti

          La graine et le mulet est un excellent film
          Ou du moins le serait s’il n’était pollué :
          Tout d’abord, par une interminable scène de danse du ventre qui n’apporte pas grand chose.
          Ensuite, par la course-poursuite, elle aussi interminablede ce vieil homme après sa mobylette. Après avoir éprouvé de la compassion pour cet homme soumis à un jeu cruel, on en vient  mon épouse et quelques amis ont ressenti la même chose à le prendre pour un imbécile tant cette poursuite des voyous est vaine. Comme quoi l’on peut porter des regards différents sur certaines scènes.


        • Orélien Péréol Orélien Péréol 31 décembre 2021 15:22

          Le géant égoïste comme le portrait d’un pervers narcissique (le blond en colère et en premier plan sur l’affiche) tandis que le gentil grisailleux au second plan meurt à la fin en faisant la punition du blond, le gentil meurt à la place du méchant :

          http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-geant-egoiste-le-gentil-le-146646


          • Orélien Péréol Orélien Péréol 31 décembre 2021 15:58

            Je voudrais rajouter un mot sur le film « un héros ».

            Un homme résout une situation très difficile pour lui par une bonne action, qui sort d’un hasard heureux. Ensuite, et beaucoup par ce qu’on appelle à tort les réseaux sociaux (netagora conviendrait mieux, dirait mieux ce que c’est), il est défait.

            Sur la base d’éléments qu’il ne peut pas prouver, parce qu’il n’a pas pensé qu’on lui demanderait des preuves et il n’en a pas recueillies, il se trouve accusé d’avoir menti d’un bout à l’autre. Là, c’est la volonté de nuire qui l’emporte. Elle s’exprime sur le Net. Une institution et une association qui devaient parachever la sortie de crise pour cet homme ne veulent pas prendre le risque d’être contestées sans cesse pour avoir accepté le fait qu’il a réalisé une bonne action. Elles se rangent à l’avis que s’il n’a pas certaines preuves, c’est que les faits n’ont pas eu lieu et elles le renvoient au début (à la prison).

            Cela passe pour un film sur l’Iran actuel, cela me semble plutôt un film sur les agoras du web (sa capacité de nuire et la facilité de nuire sans risque pour soi).


            • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 31 décembre 2021 22:04

              Ça donne envie ... Nan je deconne .

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