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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les souffleurs de vent

Les souffleurs de vent

Loin du programme officiel du Festival de Loire.

Baisser de rideau sur le fleuve ...

Une dernière journée du Festival qui fut encore plus que les autres douloureuse pour ce pauvre Bonimenteur en mal d'auditeur. Je redoutais tant cette fin que je me suis mis moi -même dans les conditions du blocage et de la déception. Je n'en pouvais plus d'être ainsi contraint au silence et à la posture du pérégrinateur solitaire. Fuyant les bateaux et la Loire, je n'avais d'autres but que de suivre ce flot sans passion des pèlerins du pierré

Il s'est trouvé quelques belles rencontres dans ce tumulte considérable, des moments de grâce, trop brefs, trop contraints par la bousculade et le bruit. Pourtant, ce sont là de petites étoiles qui m'ont évité de sombrer. J'aurais dû me consacrer uniquement à ce bonheur simple de trouver une belle âme, un autre passionné, un parcours qui mérite qu'on s'y arrête.

C'est mon orgueil qui m'a poussé à croire qu'il était possible de toucher la multitude par quelques belles histoires de Loire, c'est ma mégalomanie qui m'a convaincu que j'allais faire ma place alors que l'on ne me l'avait pas proposée. J'en fus bien puni et j'aurais dû immédiatement suivre le conseil de sagesse et de quiétude de Rohan le Barde.

Il se dit « Souffleur de vent ». Depuis plus de trente ans, il a décidé de suivre son propre chemin sans se soucier du succès et des autres, du confort matériel et de la sécurité du lendemain. Il va, en homme libre, là où le vent le pousse. Il est passé sur le Festival sans y avoir été convié , pour le seul plaisir de jouer quelques morceaux à son bon plaisir.

Il a cherché à me convaincre d'abandonner mes illusions superfétatoires afin de goûter aux perles rares qui se présentent toujours en chemin. Une seule rencontre doit suffire à éclairer la journée, un passant qui aura pris la peine de retenir un couplet, de comprendre une chanson. Rohan ne se soucie plus de ceux qui passent sans écouter ou pire encore, se montrent indifférents ou méprisants.

Il souffle quelques airs et le vent fait le reste. Personne ne peut entraver sa liberté, l'air circule en tous sens, sans se soucier des règles et des convenances, des obstacles ou des interdictions. Rohan prend son accordéon et laisse filer quelques chansons qui trouveront bien preneur. Il ne me reste plus qu'à dompter le zéphyr !

Plus loin ce fut de vrais bateliers qui me racontèrent leur métier, les époques héroïques du halage et des péniches encore à voile. Ils me narrèrent leur enfance sur le bateau des parents, les longs séjours en pension tandis que la famille glissait sur l'eau, la joie des vacances sur les canaux en un temps où les touristes n'avaient pas pris la place des travailleurs.

En réponse, je leur racontai les histoires des tous premiers canaux à partir de 1604, les fourberies de Paul Riquet, l'ambition de Sully, le courage de Robert Mahieu, le canal d'Orléans qui a toujours manqué d'eau .... Ils me parlèrent de leurs canaux du nord, des jours de chômage et de la difficulté des manœuvres dans les écluses. Ce fut une belle et trop courte rencontre. Sur le quai, des curieux s'étaient posés pour nous écouter et apprendre un peu. Preuve s'il en est que mon désir de jouer au guide dans la foule n'était pas totalement farfelu, encore eût-il fallu l'organiser.

Je retrouvai encore Alain le maquettiste scrupuleux qui cherche le moindre détail, sait tout de la moindre manœuvre, passe des heures et des heures à fréquenter les archives tout du long de notre rivière. Ces maquettes ne sont pas des objets esthétiques mais d'abord la reproduction la plus fidèle possible d'un passé qu'il a exhumé de l'oubli. À ce titre, c'est un homme précieux qui mérite bien des visites.

Je me suis posé pour écouter les chanteurs de La Bouline. Exilé sur une bateau -scène en un lieu improbable, face à une levée pentue et étroite, ce groupe de chants de marins n'avait pas trouvé ici espace à la hauteur de sa réputation et de son talent. Qu'importe, la foule s'est pressée pour essayer de l' écouter. La Bouline avait demandé au Bagdad d'Orléans (et oui, il existe) de venir terminer le concert avec eux. C'est ainsi que d'autres souffleurs de vent, à la bombarde ou à la cornemuse jouèrent les équilibristes au -dessus de l'eau pour venir jusqu'à leurs amis.

J'en avais assez, je pouvais rentrer me reposer et essayer de calmer la tempête qui soufflait dans mon crâne. Les souffleurs de vent avaient raison ; il ne sert à rien de prétendre changer le monde par une chanson, une histoire ou une belle mélodie. Il suffit de souffler un petit air de folie puis de laisser faire le vent. Tôt ou tard, il rencontrera une oreille touchée, une belle âme qui frissonnera à son passage. Je suis bien stupide de ne pas les avoir imités.

Éoliennement leur.


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4 réactions à cet article    


  • brindfolie 25 septembre 2013 12:12

    Bonjour C’est Nabum.

    Enfin vous avouez,’stupide’,vous le reconnaissez !j’ajouterai pour ma part,superficiel.Vous ressemblez dans vos écrits à un des trop nombreux ’moi je’,quand on se croit centre d’un monde et que l’on est qu’un petit pion parmi les marchands de vent on devrai avoir l’humilité de fermer son caquet.

    Vous brassez de l’air,logique de prendre un ’vent’.

    brindfolie.


    • C'est Nabum C’est Nabum 25 septembre 2013 12:39

      Brindfolie


      Puissiez avoir avoir même lucidité pour vous même !

      Venteusement vôtre

    • Prudence Gayant Prudence Gayant 25 septembre 2013 14:01

      Avec tout ce vent soufflé, attention aux migraines dues au courant d’air.

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