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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Littérature de banlieue : Fraternité, de Marc Weitzmann

Littérature de banlieue : Fraternité, de Marc Weitzmann

Après Chaos, Marc Weitzmann revisite les liens filiaux et fraternels dans son nouveau roman, Fraternité.

Long monologue intérieur en trois temps et trois lieux, le narrateur, Francis, scientifique en biotechnologies réputé émigré à New York, retourne dans la ville où il avait emménagé en septembre 1974. Cette ville, jamais nommée, et haïe dès les premiers instants, on la devine en banlieue, défigurée par ses tours et « ses rues médiocres aux noms médiocrement totalitaires ». Quand son frère et sa mère s’accommodent de leur nouvel environnement, Francis et son oncle Shura, dandys égarés au milieu de l’architecture improbable, y sont immédiatement mal à l’aise. Entre les deux, il y a le père et son rire mystérieux.

Comment se construire dans un endroit que l’on déteste, dans une famille de gauche canada dry (qui a le goût de la gauche, qui ressemble à la gauche mais qui n’est pas de gauche), entre un père acteur au chômage, une mère aux élans pseudo humanistes et un frère avocat des grandes causes et des petites misères ? Exemple lointain, trop lointain, il y a l’oncle Shura, ses multiples femmes, son appartement dans les beaux quartiers, ses affaires louches et ses déboires judiciaires. Les pieds dans la boue (sa banlieue), la tête dans les étoiles (l’appartement de Shura boulevard de Courcelles), Francis construit une identité bancale, faite de fuite, de solitude et d’apparence.

Le temps du retour est le temps du bilan ; le père qu’il n’a pas accompagné dans la mort pour des raisons professionnelles, les frasques adolescentes pour meubler l’ennui, les rencontres amoureuses pour masquer la solitude, les amis qu’il a fréquentés sans les avoir vraiment connus, l’ambition en trompe l’œil et l’exil pour fuir son milieu et conquérir la reconnaissance.

Fraternité mêle les récits, les époques, les modes narratifs (passant de la première à la troisième personne) dans un style entêtant, où mises en abyme et boucles s’entrecroisent. L’effet induit - une profonde détresse teintée d’une once de mélancolie - saisit le lecteur, mais parfois, le livre se perd en langueurs, trop statique dans la forme et, dans le fond, des chemins de traverse - sous forme de digressions qui s’ajoutent à des digressions qui se surajoutent à des digressions - diluent l’intérêt du récit.

Cinquième roman hypnotique d’un auteur talentueux, Fraternité est, comme toujours chez Weitzmann, un livre sur la quête d’identité, avec - c’est une nouveauté - une réflexion sur la banlieue, prosopopée et marqueur social ; et plus généralement marqueur identitaire.


Moyenne des avis sur cet article :  3.29/5   (7 votes)




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4 réactions à cet article    


  • ohlala (---.---.124.230) 29 septembre 2006 15:20

    OuiBravo à votre intention de chroniquer un livre régulièrement. Bonne idée.

    Non à celui-ci de Weitzmann, n’y voyez rien de négatif vis à vis de vous, c’est lui. J’ai essayé par le passé. Bof. J’ai mieux dans la pile qui attend. Dont les 900 pages de Jonathan Littell.

    Essayez : Sylvie Aymard « Courir dans les bois sans désemparer » Ed. Maurice Nadeau.


    • roshdie (---.---.240.163) 29 septembre 2006 18:26

      Merci du conseil, je lirai le Sylvie Aymard dès après ma série « Littératures de banlieue ».

      Et aussi le Jonathan Littell (évidemment).


    • Sam (---.---.63.244) 30 septembre 2006 20:43

      Intéressante recension.

      Côtés forts et faibles du roman sont soulignés. Ca donne envie d’aller y voir.


      • m1m1 (---.---.232.146) 23 octobre 2006 09:39

        « courir dans les bois .... » dans la même pile de lecture que « les bienveillantes » ? L’un est plein de vie, d’humour, de réflexion sur ce qu’on l’on est profondément, l’autre est un regard froid et technique sur « les autres ». Alors courez vite dans les bois de Sylvie Aymard !!! et posez le Littell, comme tout le monde, dans votre bibliothèque et écoutez Jorge Semprun en parler.

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