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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Lorànt Deutsch, l’histoire sur toute la ligne

Lorànt Deutsch, l’histoire sur toute la ligne

C’est un succès inattendu. Mais il est mérité. Depuis le 9 septembre, date de sa sortie,il se serait déjà écoulé plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires de « Métronome ». Cette « histoire de France au rythme du métro parisien » écrite par l’acteur Lorànt Deutsch est un best-seller que n’explique pas seulement la popularité du comédien à l’apparence d’éternel adolescent. Ce n’est pas l’école qui a amené Lorànt Deutsch à l’histoire, mais Paris. C’est en déambulant dans la ville qu’il s’est pris de passion pour elle. Il avait à peine quinze ans.

Métronome est un livre qui n’étale pas son érudition. Qui ne donne pas le vertige. Son auteur se prend moins pour un historien que pour un narrateur. Certes il a écrit son texte, mais il n’a pas inventé l’histoire. Il l’incarne avec justesse. C’est autant le bouquin d’un dévoreur d’histoire que celui d’un piéton parisien. On lit ses pages simplement écrites comme on écouterait un érudit qui sans façon déclamerait son cours magistral au zinc. Avec sa voix de titi comme on n’en fait plus, ça fait la rue Michel. Comme le dit justement Odile Quirot, sur Bibliobs, « Lorànt Deutsch passe de la narration au dialogue, de l’embardée à l’aparté ou au flash-back comme il respire. Paris est sa scène. Depuis son enfance, il dévore les romans historiques, mais il s’est plongé plus tard dans Michelet et Braudel. Son livre est celui d’une passion et il l’a voulu irréprochable sur le fond. Dans la forme, il est sans façon, pas rasoir, sympathique ».

Métronome est découpé en vingt et un chapitres correspondant à vingt et une stations de métro. A chacune d’entre elles répond un siècle. Cela commence à La Cité, puis continue Place-d’Italie, Notre-Dame-des-Champs… XVIIIe siècle ? Direction Bastille ! Et XIXe ? République, bien sûr. Pendant 376 pages, ce n’est plus un livre, mais un transport en commun. Et qu’est-ce que l’histoire, finalement, sinon ce bien commun qui nous relie ?

Si Métronome obtient autant de succès, ce n’est pas parce que son auteur est issu du show bizz (près de quarante films pour le cinéma et la télévision, sans compter le théâtre et le doublage de voix pour des films d’animation), mais parce qu’il remplit bien plus qu’honnêtement son contrat : faire découvrir l’histoire de Paris (et plus largement de la France) à ceux qui n’osaient pas s’y aventurer, la faire redécouvrir à ceux qui s’étaient égarés, les amener peut-être à aller au-delà, à continuer le chemin tout seul.

Interview

Olivier Bailly.- Comment est né ce livre ?

Lorànt Deutsch.- On me l’a demandé. Je n’avais pas particulièrement envie d’écrire un livre. J’ai plus envie, c’est ma passion, de m’enfoncer dans la ville et d’en connaître tous les détails, tous les recoins, toutes les origines. Cela tient peut-être à ma formation de bon étudiant en philo qui apprend un peu tout, les tenants, les aboutissants, les enchaînements, les causes… C’est peut-être ce qui m’a poussé à vraiment m’enfoncer dans la ville pour la connaître. Et de cette connaissance qui a surpris quand j’en parlais sur les plateaux télé, un éditeur m’a dit « il faut absolument que tu fasses partager cette érudition, que tu en fasses un livre ». Voilà.

O. Bailly.- Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ?

Lorànt Deutsch.- Cela a mis cinq ans. Si j’avais toutes les notes que depuis dix-sept ans je collectionne, je compile, j’additionne - et puis surtout je me balade dans la ville (c’est finalement un livre que j’ai écrit avec mes pieds !) -, j’ai mis cinq ans à trouver ma problématique, ma singularité, mon livre. Pourquoi refaire un inventaire, un dictionnaire ou un almanach des rues de Paris ? Ça a déjà été fait.

O. Bailly.- Métronome exploite des registres très différents tout en restant très personnel. Il tient un peu du guide, de la balade, du traité historique, du récit. Vous parlez à la première personne du singulier, on vous entend parler.

Lorànt Deutsch.- J’ai voulu raconter comme je l’ai appris, comme je me la raconte moi-même ou je la raconte à mes amis parce que c’est vraiment une passion que je communique, que j’entretiens. Mon métier d’acteur n’est pas éloigné de ça : incarner l’histoire de France, prendre des costumes, me fabriquer des personnages et raconter cette histoire de manière vivante, incarnée, truculente. Et puis je voulais aussi montrer aux gens qu’il reste des vestiges accessibles dans Paris, des choses qu’on peut encore voir, qui sont proches de nous et pas nécessairement dans les musées. Aujourd’hui on croit que l’histoire est dans les musées, ce n’est pas vrai. L’histoire est encore accessible si l’on cherche bien. Elle est de plus en plus et de mieux en mieux dissimulée, mais on peut encore lui mettre la main dessus. Donc je voulais faire un peu un guide, une balade.

O. Bailly.- Métronome exploite des registres très différents tout en restant très personnel. Il tient un peu du guide, de la balade, du traité historique, du récit. Vous parlez à la première personne du singulier, on vous entend parler. Certains des endroits que vous évoquez sont inaccessibles. Vous donnez parfois des adresses comme celle qui abrite la première cathédrale de Paris. Les gens ne vont peut-être pas être contents de voir arriver des historiens amateurs dans leur propriété.

Lorànt Deutsch.- Oui, mais ils sont détenteurs d’un patrimoine partagé, au moins dans le cadre des Journées du patrimoine, une fois par an. Ce qui leur permet aussi d’avoir des avantages car si l’on réhabilite le lieu on réhabilite aussi les cages d’escalier, etc. En tout cas je pense que la mairie doit prendre en charge son passé, son histoire, elle doit être la protectrice du Vieux Paris. La première cathédrale de Paris, c’est un monument incontournable et on doit absolument la protéger et avoir surtout un droit d’accès, un droit de regard tout simplement.

O. Bailly.- C’est une histoire de France, mais c’est surtout une histoire de Paris. L’histoire de Paris c’est l’histoire de France ?

Lorànt Deutsch.- Je vais m’attirer l’ire de ceux qui ont une histoire un peu plus ancienne que celle de Paris. Parce que c’est vrai que Paris naît en même temps que la paix gallo-romaine. Donc beaucoup de villes sont concernées par cette histoire-là avant. « Nos ancêtres les Gaulois », je ne sais pas à quoi cela correspond. Si l’on me dit que nos ancêtres étaient les Gaulois, certes, mais en même temps c’était des Celtes qui arrivaient tantôt de l’est, tantôt du nord, tantôt du sud, certains d’entre eux ont des ancêtres phocéens, grecs. Quand ont voit les comptoirs de Marseille, d’Antibes, de Cannes, de Vallauris, certaines de ces villes qui ont une existence de 2.700 ans vont nous dire qu’elles existaient avant Paris. L’histoire de France commence avant Paris, mais moi ce que j’ai surtout voulu rappeler c’est que l’homogénéité hexagonale naît avec Jules César et avec la conquête de Paris, en –52. Evidemment qu’il y avait des comptoirs qui regardaient vers la Méditerranée, mais c’est avec Jules César qu’on va regarder vers l’intérieur des terres, vers la Gaule. La France va donc naître ainsi, grâce à César. On peut situer la naissance de la France intérieure, celle qui nous concerne aujourd’hui, de la guerre des Gaules.

O. Bailly.- C’est un livre écrit avec vos pieds, dites-vous, mais c’est aussi un livre de lecteur

Lorànt Deutsch.- C’est ultra-documenté. J’essaie de rendre accessible des témoignages, des sources, d’auteurs que j’ai avalés parce que c’est ma passion, mais je pense qu’on peut aussi découvrir l’histoire d’une manière plus légère et plus vulgarisée. Avec mon livre je fais l’économie de pas mal de sources, sans revendiquer des choses qui ne sont pas les miennes.

O. Bailly.- Pointons un défaut : il manque une bibliographie.

Lorànt Deutsch.- Oui. C’est vrai que je ne cite pas mes sources, mais on les reconnaît : Braudel, Guizot, Michelet, Henri Martin, Ferro, Decaux et même le guide Tchou du Paris mystérieux. Je ne dois mentionner qu’Hillairet, Hazan, Mercier, Lenotre…

O. Bailly.- Est-ce que vous vous promenez toujours dans Paris ?

Lorànt Deutsch.- Oui, toujours. Je découvre encore des choses. Maintenant il y a de moins en moins d’énigmes. L’avantage quand on cherche c’est qu’on se retrouve plus en face de questions que de réponses. Il faut toujours rester ouvert et à l’écoute. Je crois que celui qui intellectuellement s’enrichit reste avec des questions sans réponse. C’est comme ça qu’on avance.

O. Bailly.- Ce n’est pas un peu compliqué d’avoir construit votre livre autour des stations de métro ? Un chapitre par siècle, un siècle par station, c’est un vrai défi.

Lorànt Deutsch.- Comment se repère t-on dans Paris ? Avec le métro. Si tu habites dans le 12e arrondissement tu vas me dire que tu habites à Daumesnil. On ne se situe plus par rapport aux rives aujourd’hui, ni aux arrondissements.

O. Bailly.- Vous remerciez Emmanuel Haymann au début du livre. De quel type était votre collaboration ?

Lorànt Deutsch.- C’était mon sparring-partner. Il me fallait quelqu’un qui reçoive mes notes, mes chapitres, mes premières constructions et surtout mes premières idées, mes premières orientations et qui échange avec moi. Il n’a pas tellement été avec moi sur les lieux, car ça, c’est vraiment mon truc, c’est quelque chose que je fais depuis toujours, mais après, quand j’ai cherché à constituer mon livre, à trouver ma problématique.

Au départ je voulais faire quarante stations. Pour le XVIIIe siècle, par exemple, je voulais suivre le trajet Concorde-Bastille, raconter les belles heures du siècle des Lumières et finir avec la Bastille et la Révolution. Il m’a dit d’aller à l’essentiel : « Quarante stations, c’est trop, tu n’arriveras pas à t’en sortir. Fais une station par siècle ». Il m’a aidé à synthétiser, il jugeait mon style. Il me disait « là tu es un peu lourd ou compliqué ». Il a eu un œil bienveillant. Il n’a pas écrit mon livre, mais honnêtement je ne l’aurais pas écrit sans lui.

O. Bailly.- Comment faire en sorte que chaque chapitre soit bien équilibré, qu’il n’y ait pas un siècle mieux « servi » qu’un autre ?

Lorànt Deutsch.- Toute la gageure consistait à renommer l’histoire avec les stations de métro et surtout de l’équilibrer avec les stations de métro. Parce que dans tous les livres que j’ai lus souvent, c’est déséquilibré. On en dit beaucoup sur Louis XIV, beaucoup sur le XIXe siècle ou sur la Révolution, mais très peu sur Dagobert, sur la guerre entre les Armagnacs et les Bourguignons, sur la bataille de Crécy, sur la Guerre de Cent ans, alors que ce sont des périodes majeures dans notre histoire. Avec la Révolution française, il n’y a pas eu d’événement plus important que le traité de Verdun, en 843. Or on n’en parle pas beaucoup. Pourtant c’est l’une des deux dates fondatrices de l’histoire de France.

O. Bailly.- Ce livre pourrait-il donner lieu à un spectacle ?

Lorànt Deutsch.- Ma femme le pense ! Elle veut me mettre en scène avec le Métronome. Souvent on me demande de faire des one man show. J’aime rigoler, j’aime faire rire, je suis bluffé quand je vois Jamel ou Dany Boon, mais jamais je ne pourrais faire un one man show. Pourtant j’ai l’habitude de la scène. Je serais plus du côté de Lucchini. J’adore. Quand il parle de La Fontaine, de Céline, c’est merveilleux. C’est un Voyage au bout de la nuit, pour ne pas le citer !

O. Bailly.- Votre livre est une bonne piqûre de rappel historique, mais on peut le lire de nombreuses façons différentes. Par exemple la présence étrangère traverse votre récit.

Lorànt Deutsch.- Paris est pluriethnique et l’a toujours été, c’est structurel. Là où Paris se crée, il subit deux influences : celte et romaine. Donc Paris est le fruit d’un métissage nordique et latin. Ensuite viendra un troisième gros métissage, qui sera franc, venu de l’est et du nord. Paris c’est une idée, un symbole, un état d’esprit. En même temps il y a un attrait géographique, il y a une loi du sol à Paris, mais tout le monde peut revendiquer cette loi du sol, même les expatriés qui conservent l’âme des Parisiens.

O. Bailly.- Autre fil rouge : la place de la religion catholique.

Lorànt Deutsch.- Elle a créé le premier tissu social, la première administration. Quand les Romains se sont effondrés, à partir du IIIe siècle, et que Paris a dû prendre en main sa destinée, Paris issu de Rome et des Romains eux-mêmes convertis au christianisme, on peut affirmer que jusqu’en 700 c’est vraiment l’Eglise qui a tout fait, qui a constitué la ville. Les premiers corps constitués sont religieux et ont une existence grâce à et par l’Eglise. La France est la fille aînée de l’église avec Clovis. Après, il y a la renaissance religieuse avec Cluny au IXe-Xe siècles qui va mettre un terme à un Moyen Age un peu obscur, on parlera même du haut Moyen Age qui préfigurera, avant la guerre de Cent ans, cette renaissance qui sera aussi religieuse. Tout ce qui a été au-delà du sensible, la connaissance, les progrès humains ont toujours été pris en charge et préservé par l’Eglise, pas les monastères et les abbayes. L’Eglise a été le principal pouvoir. La Révolution a mis un terme pour un temps a un Etat lié avec l’Eglise et le pape. Dès qu’il y a un roi, il y a Dieu. Et un roi ce n’est que depuis 1789 qu’on n’en a plus. Même Napoléon a cédé devant l’importance de la religion. Un pays qui se passe de religion, un Etat laïc, c’est nouveau, ça ne date que de 1905. Et encore jusqu’en 1950 il y avait deux morales qui s’opposaient - celle du curé et celle de l’instituteur -, au sein de l’éducation, le pilier fondamental selon moi de l’identité d’un pays.

O. Bailly.- Vous êtes un amoureux de Paris, mais cet amour ne vous aveugle pas. Vous décrivez notamment quelques épisodes qui ne sont pas à la gloire de Paris : la révolte sanglante des étudiants au XIIIe, le meurtre d’Etienne Marcel, la Saint-Barthélemy…Vous rappelez que l’histoire de Paris est faite de violence.

Lorànt Deutsch.- Oui, et ce n’est pas à nous de la juger. C’est un anachronisme de la juger. L’histoire a horreur des amalgames et des jugements a posteriori. Mais on peut reconnaître qu’il y a eu des moments sombres, des périodes où elle ne fut pas glorieuse. Il faut savoir le reconnaître, avancer avec des éclairages différents, sans excuser, mais en essayant de comprendre. Quand je vois aujourd’hui les débats sur la colonisation où personne n’arrive à se mettre d’accord alors qu’il n’y a pas à se mettre d’accord : la colonisation française a été bénéfique pour pleins de raisons (éducation, santé, réseau routier, etc.) et elle a été très négative à cause du fait qu’on a colonisé des peuples, qu’on les a fait souffrir, qu’on leur a imposé un cadre qui n’était pas forcément celui qu’ils souhaitaient. Ils ont eu du mal à s’en affranchir, il y a eu des guerres civiles. Aujourd’hui on est complice d’une histoire commune dont il faut reconnaître que pour certains elle a été vraiment pénible et que par certains côtés aussi elle a été positive et bénéfique. Il faut reconnaître tous les éclairages. C’est comme ça qu’on arrivera à forger une histoire commune. Certainement pas en essayant de statuer ou en affirmant « on a eu raison » ou « on a eu tort ». Il n’y a pas plus faux et l’histoire a horreur de ça..

O. Bailly.- Vous êtes assez neutre par rapport au fait historique, mais parfois apparaissent dans votre livre des avis personnels concernant la modernité. Notamment en architecture. Vous n’être pas un homme du XXe siècle.

Lorànt Deutsch.- Si, si, si ! J’adore l’Art déco.

O. Baily.- D’accord, mais après la Seconde Guerre mondiale ce n’est pas votre truc...

Lorànt Deutsch.- Non j’adore Le Havre, Brasilia… Le tout-béton, je ne déteste pas. Il n’y a pas grand-chose sur Perret, c’est vrai. Mais disons que c’est trop proche, l’histoire a besoin de temps pour juger et moi, en tant qu’amoureux de l’histoire, quand c’est trop proche de mon époque, peut-être que je n’arrive pas à juger, mais j’avoue qu’il y a des choses dans mon époque que j’adore comme le Musée du Quai Branly de Jean Nouvel. Toute la fluidité, les courbes, on évite les angles ou alors on dessine des angles un peu saillants avec des cubes. Et puis les murs végétaux. J’adore ce principe des murs végétaux et ça c’est propre au XXe siècle. J’adore le drugstore Publicis, je trouve qu’il est assez féminin dans ses courbes, très rond, très giron, donc, non, je ne déteste pas tout. Par contre, je crois que ne je n’apprécierai jamais Beaubourg, les Halles et Montparnasse. Vous n’arriverez pas à me faire apprécier ces trois verrues de Paris !

O. Bailly.- Le livre se termine sur la Défense et le XXIe. C’est évidemment le chapitre le plus court, mais il clôt l’histoire, puisque l’histoire de Paris, peu de gens le savent, commence à Nanterre.

Lorànt Deutsch.- Oui, la boucle est bouclée. Ça m’a toujours fait rire quand j’ai découvert que Paris n’était pas à Paris. Il y a dix ans je suis persuadé que Paris naît dans le berceau de l’île de la Cité et puis, petit à petit, avec les lectures, on me parle d’un chantier, je vais sur les fouilles, il y a eu un exposition à Nanterre, j’ai rencontré des gens passionnés comme Antide Vian qui s’occupe notamment du Musée de Nanterre et de l’Institut archéologique de la ville, l’Inrap (Institut national de Recherches archéologiques préventives, Ndr). J’ai longuement parlé avec lui et il m’a dit « voilà on le sait maintenant, l’origine de Paris est à Nanterre ». On ne le savait pas avant 2003. L’histoire est un mensonge en sursis et il ne faut pas avoir peur de donner sa version des faits. Tout bouge et tout est en devenir.

O. Bailly.- Avez-vous reçu des commentaires d’historiens à propos de votre livre ? Qu’en pensent-ils ?

Lorànt Deutsch.- La plupart sont vraiment enthousiastes. Et il y a aussi beaucoup de gens passionnés par Paris qui m’écrivent, qui me font des fiches de lecture, qui me signalent des erreurs. Il y a une vingtaine d’erreurs dans mon livre, notamment des fautes d’orthographe (j’oublie par exemple la majuscule à Saint-Louis). Je vais corriger ça dans les prochaines éditions, mais on ne peut pas ne pas faire de coquilles, surtout que je ne me suis pas fait aidé par de nombreux correcteurs. Et puis je ne suis pas très fort en orthographe. A l’école, j’avais le sens de la formule, mais pas tellement des mots ! J’arrivais à les prononcer, mais pas tellement à les écrire ! Il y a aussi des fautes historiques comme la mort de sainte Geneviève, en 502 et non en 512 comme je l’écris. J’ai rencontré Michel Rouch, le plus grand spécialiste de Clovis et de cette époque, qui m’a dit que je m’étais trompé. J’ai aussi un autre ami, très religieux, qui adore les papes et la papauté, qui m’a signalé une erreur page 222 : le pape qui apprend la chute de Jérusalem n’est pas Urbain VIII, mais Urbain III. Donc voilà, il y a des petites coquilles comme ça, environ une vingtaine, mais c’est surtout des fautes d’orthographe. Des erreurs historiques il y en a trois : celles que je vous ai signalées et le fait que je me sois présenté comme un marcheur du deuxième millénaire… Trois erreurs sur 2.100 ans d’histoire !

O. Bailly.- Vous envisagez une réédition ?

Lorànt Deutsch.- Comme on me reproche l’absence de bibliographie, de plan et d’illustration, je vais peut-être en faire une version digest, un Métronome illustré avec toutes les photos des lieux que je décris. Je ne voulais pas faire de photos, au départ, mais laisser la surprise aux gens. Un an après, je pense que ça peut être judicieux de le faire pour ceux qui ont eu envie de découvrir et y seront allés, pour rassurer celui qui a vu et qui n’est peut-être pas sûr et pour donner plaisir à celui qui ne peut peut-être pas se déplacer, qui n’a pas l’occasion de venir à Paris. Je pense qu’alors faire une version imagée du Métronome tombera sous le sens.

O. Bailly.- Qu’est-ce que vous a enseigné l’écriture de ce livre ?

Lorànt Deutsch.- Ça m’a permis de réaliser pour la première fois quelque chose à moi. Quand on est comédien, on n’est que l’élément d’un décor, on sert une histoire, un metteur en scène, un rôle. Et là je me suis servi moi-même. J’ai raconté ma passion, j’ai ouvert mon cœur sur ce que j’aimais vraiment, mon jardin secret, à savoir ma passion pour l’histoire de France et mes recherches dans Paris depuis que j’ai 15 ans. Je vous les apporte. J’ai la sensation d’ouvrir mon cœur et c’est une fierté incroyable. Je n’ai jamais connu ça.

Crédit photos : Ian Oz


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13 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 11 décembre 2009 10:28

    Vu à la télé hier soir dans la Grande librairie
    Stimulant !


    • COLRE COLRE 11 décembre 2009 10:55

      Moi aussi : excellent (ce qui ne m’a pas étonnée venant de lui) et la semaine prochaine, c’est Luchini, un autre bon moment en perspective.

      Merci à l’auteur de cet article : le livre est à recommander, en effet.


    • goc goc 11 décembre 2009 14:07

      Franck

      franchement entre lui et la débilisation de notre société au travers des jeux et autres télé-poubelles, je pense qu’on se doit au moins d’accueillir ce genre de personnage avec une certaine attention. Et puis quelqu’un qui s’intéresse à l’Histoire ne peut être foncièrement mauvais, surtout en ces temps de crises ou le besoin de repères et de références est plus qu’essentiel



      • Axel de Saint Mauxe Nico 11 décembre 2009 15:51

        Loran Deutsch est quelqu’un de très cultivé et d’une grande intelligence.


        • fredleborgne fredleborgne 11 décembre 2009 18:22

          Je rejoins GOC sur le fond.
          Anti cinéma français depuis DADvSI et HADOPI d’accord, mais de bonne foi, quand j’ai une bonne surprise comme celle-là.

          C’est un livre personnel, il le dit lui-même. Ce qui compte, c’est qu’au lieu de raconter n’importe quoi, sur son trou du c... comme beaucoup de biographies ou de pseudo-romanceries d’artistes il fait passer de la vraie culture avec humilité et efficacité.

          Oui, par rapport à un auteur méconnu et peut-être plus talentueux, il va avoir plus de succès grace à la pub et à son nom. Mais au moins, ce n’est pas pour vendre un produit de dégénéré.

          Alors, une fois n’est pas coutume, j’applaudis l’artiste


          • Radix Radix 11 décembre 2009 19:12

            Bonsoir

            Rassurant de voir une personne médiatique dotée d’une intelligence et adversaire résolu de la langue de bois qui, partant de la politique, a gangrénée toute expression publique !

            Radix


            • claude claude 12 décembre 2009 00:52

              merci pour ce bel article et pour cette belle idée de cadeau


              • ASINUS 12 décembre 2009 08:06

                yep je l ai ecouté et compris « ça me change » je l ai trouvé vrai, pas coulé dans la veste
                du « donnant a penser »la semaine prochaine nous aurons un mirobolant et fulgurant « donnant a penser » je l ecouterais surement avec moins d empathie


                Asinus ;hi han


                • COLRE COLRE 12 décembre 2009 09:24

                  ASINUS : moins d’empathie, peut-être, mais normalement abasourdi devant tant d’intelligence, la vraie, c’est-à-dire celle de la liberté créatrice d’associer ce que l’on ne pense jamais à associer, nous, humains de base, convenus et formatés. 

                  Ce type (Luchini) est un penseur tellement inattendu qu’il ne « donne » pas « à penser », comme vous dites. Il ne « donne » aucune pensée « clef en mains », c’est ce qui le caractérise, mais il nous donne le bonheur d’entendre un summum d’humanité, humble visionnaire du génie des plus grands artistes de la littérature…

                  Bref ! vous l’aurez compris : je suis une luchinophile absolue… smiley



                • ASINUS 12 décembre 2009 11:53

                  bonjour Colre

                  je suis client moi aussi , disons que comme mon reférentiel culturel est plus limité
                  que d autre j ai le temps de percevoir « le sur joué ou l esbrouffe » mais c est sans nul doute possible « une épée » avec une diction parfaite comme acteur son nom m evoqueras toujour le notaire du colonel chabert.

                  ASINUS:ne varietur


                  • COLRE COLRE 12 décembre 2009 12:20

                    Re-bonjour ASINUS,

                    Si l’on se place du point de vue caractériel, alors oui, on peut parler d’esbrouffe, mais il en est le premier conscient ! vu le film sur la 5 (Empreintes), il y 2 ou 3 semaines. Je crois qu’il disait qque chose du genre : « on m’invite sur un plateau télé pour que je fasse du Luchini et que ça pète, alors oui, je le fais souvent »… 

                    Mais c’est une extraordinaire « machine » à fabriquer du sens avec n’importe quoi… Je trouve que c’est à la fois un interprète et un créateur, indissociablement l’un ET l’autre. Les textes qu’il cite mot-à-mot sont pour lui de la matière artistique qu’il transcende. Il est à la fois fidèle à l’autre et complètement lui-même…


                    • Radix Radix 13 décembre 2009 13:12

                      Bonjour Colre

                      J’apprécie l’intelligence de Luchini bien que, parfois, son coté guignol médiatique m’énerve.

                      Deutsch apparaît, par contraste, rafraichissant, il ne joue pas un personnage, il s’en fou et c’est cela qui est intéressant !

                      Radix

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