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Louis Jourdan, un livre d’Olivier Minne

Olivier Minne, le tutélaire et charismatique présentateur de Fort Boyard, talentueux journaliste de la télé a écrit une biographie de Louis Jourdan, le dernier French lover d'Hollywood qui mérite la lecture. L'auteur est porté par son double sujet : Louis Jourdan et le Hollywood de la grande époque. Son style, vif et élégant nous les fait si bien revivre qu'on a l'impression de faire partie du décor.

La narration est habile car l'auteur nous promène dans les âges de son héros en des allers-retours très maîtrisés. Il nous fait d'abord découvrir la Riviera d'avant la guerre, vue de Cannes et des grands hôtels où Louis Jourdan a passé son enfance en côtoyant les célébrités de l'époque qui étaient les clients et parfois les amis de son père. On apprend pourquoi le festival de Cannes n'est pas celui de Biarritz. Beaucoup d'anecdotes sur le cinéma et les acteurs de cette époque nous sont ainsi données, sorties de la mémoire encore bonne d'un témoin de première ligne. Un peu plus tard, on a des informations sur le cinéma de la guerre et une explication au mode de vie de ceux qui s'accommodaient, sans se poser trop de questions, de l'air du temps.

En 46, il répond à l'appel irrésistible de l'Amérique et c'est la partie du livre la plus importante. Olivier Minne nous dresse, à partir des confidences de Louis Jourdan, le portait saisissant du Hollywood de l'après guerre. Avec notre jeune héros, (Louis Jourdan a 24 ans), on est projeté dans cette usine à rêves qui ne fut pas un cauchemar pour lui car il était sous la tutelle du grand producteur David Selznik, celui d'Autant en emporte le vent. Il est transformé par l'usine à faire des stars en un produit "bankable" avec son sous-titre de français, très prisé à l'époque. Cette description est passionnante. Olivier Minne raconte l'histoire de cette grande période du cinéma américain au travers des yeux d'un acteur-témoin doué d'une vive intelligence, d'un esprit critique redoutable que n'entamait pas une grande urbanité, mais il ne s'agit pas d'un documentaire car Olivier Minne recrée les scènes qu'on lui raconte avec beaucoup d'alacrité. Le tournage du Procès Paradine par Hitchcock, en 1947 est très démystifiant car il est vu des coulisses avec une férocité réjouissante. Le livre fourmille d'informations sur les stars, leur façon d'être, de vieillir (mal pour certaines). Les pages consacrées à James Dean sont particulièrement croustillantes. Louis Jourdan a joué, en 1954, une pièce de Gide, l'immoraliste avec lui, et ses souvenirs ne sont pas ceux de l'hagiographie officielle. Ce livre est plein de pépites qu'il serait dommage de négliger. Mais ce n'est pas son seul mérite - j'ai décidément beaucoup aimé ce livre -, il est exceptionnel par la façon dont il a été écrit. Olivier Minne s'est introduit dans la vie de Louis Jourdan alors que celui-ci était déjà un grand vieillard. Ses seules passions - de toujours - l'occupaient : la musique et les livres. Il a réussi à forcer ses défenses, à l'intéresser à son projet, à gagner son amitié et pendant 5 ans a recueilli ses confidences. Ce fut un beau cadeau pour Louis Jourdan qui finissait sa vie en presque solitaire. Olivier Minne n'a pas été dépassé par son sujet : il en montre les faiblesses, les blessures et nous fait voir l'acteur le plus méconnu des français : séduisant sans se sentir séducteur, conscient de son talent et des limites de sa carrière, égoïste et généreux, bon mari, mauvais père, plus touchant en fin de vie qu'à ses débuts.

On sort de ce livre ému et comblé si on aime le cinéma.

"Louis Jourdan, le dernier French lover d'Hollywood" aux éditions Séguier, 2017.

 


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2 réactions à cet article    


  • Esprit Critique 26 février 16:41

    Louis Jourdan c’était surtout un physique et un belle gueule.

    Il manque une ou deux photos pour activer la mémoire.


    • bob de lyon 27 février 08:37

      Un épisode de ce beau garçon que ma maman aimait bien (Delon avant Delon) c’est son comportement pendant l‘occupation, son refus de participer à un quelconque film de la Propaganda Staffel et de la Continental et son engagement dans la résistance.

      Un cas, avec Jean Marais et Gabin, qui dénote du comportement de la majorité des acteurs ou comédiens de l’époque.

      Un bon gars, quoi !

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