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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Lumière sur les Sept dernières Paroles du Christ de Haydn par Alexei (...)

Lumière sur les Sept dernières Paroles du Christ de Haydn par Alexei Lubimov

«  Chaque sonate, ou plutôt chaque texte, n’est exprimé que par une musique instrumentale, mais de façon à susciter l’émotion la plus profonde dans l’âme de l’auditeur même le moins averti » Haydn, Lettre à William Forster du 8 avril 1787

C’est en 1786 que Joseph Haydn (1732-1809) reçoit une commande d’un certain prêtre de Cadix pour une musique orchestrale destinée aux cérémonies du Vendredi Saint illustrant les sept paroles du Christ en croix. La version originale pour orchestre est terminée durant l’hiver 1786-87 et se compose de sept mouvements lents précédés d’une introduction lente elle aussi et suivis d’un violent Presto représentant le tremblement de terre (Terremoto). Les sept adagio des Sept Paroles sont tous de forme sonate et témoignent d’une variété de tonalités, thèmes et contrastes qui, alliés à un langage tout en simplicité et dépouillé, souligne la foi inébranlable de Haydn. L’exécution se déroule le vendredi saint 6 avril 1787 dans la Santa Cueva de Cadix construite à l’intérieur d’une grotte sous l’église paroissiale du Rosario. Haydn avait bien réfléchi quant à l’acceptation de cette commande tant il était audacieux d’exprimer ces pensées par une musique purement instrumentale. Plus tard parut une version pour quatuor à cordes réalisée par Haydn lui-même qui consiste en une simple réduction de celle pour orchestre, les parties de cordes étant sensiblement les mêmes et le vents doublant souvent ces dernières. 

La version pour clavier ici présentée n’est pas du compositeur lui-même mais d’un transcripteur inconnu. Cependant Haydn l’approuva et en fit l’éloge. Dans cette partition, le texte en latin de la Parole concernée est inscrite au-dessus de chaque partie de main droite du clavier. Enfin, une quatrième version sous forme d’oratorio pour orchestre, solistes et choeur a vu le jour en 1796 en s’adjoignant les mots du futur librettiste de La Création (1798) et des Saisons (1801) : le baron Gottfried van Swieten (1733-1803).

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Les Sept Paroles du Christ occupe une place à part dans la production de Haydn et eurent un retentissement européen énorme ; mais c’est paradoxalement sa version originale pour orchestre qui tomba dans l’oubli jusque milieu du XXè siècle - alors que les versions oratorio et quatuor à cordes furent jouées et rejouées dès la mort de Haydn.

N’étant pas satisfait des registres du clavecin et du pianoforte, Alexei Lubimov utilise dans cet enregistrement un piano à tangentes (les cordes sont frappées par une pièce métallique appelée “tangente”) afin de rendre les couleurs de l’orchestre. Et effectivement question couleurs nous y sommes. Ce disque ne me quitte pas depuis quelques semaines et j’y trouve à chaque fois une profondeur insoupçonnée, une profusion sonore, que ce soit dans l’équilibre entre tempo et expression - ne versant nullement dans l’ennui et me satisfaisant bien plus que certaines versions trop alanguies - ou dans les délicieuses libertés prises par le pianiste, donnant généralement plus de corps au discours originel (cf. Sonate I, ce temps furtivement suspendu sur le mi bémol de la réexposition). Le piano à tangentes confèrent un brillant expressif à cette musique toute en élasticité grâce aux doigts et au ressenti presque divins d’Alexei Lubimov.

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Il ne fait nul doute que je vous recommande grandement ce disque inspiré et d’une facture exceptionnelle, tant par sa capacité à relire une oeuvre déjà fortement enregistrée que pour le recueillement qui en émane. Vous ne pourrez pas sortir indemne de son écoute.

_______________________

Joseph Haydn (1732-1809)

Les sept dernières Paroles du Christ en croix

I. Sonate II “Amen dico tibi : hodie mecum eris in Paradiso” (Grave e cantabile)
En vérité, je te le dis : aujourd’hui tu seras avec moi au Paradis.

Alexei Lubimov, Piano à tangentes

2014 Zig-Zag Territoires ZZT341

Ce disque peut être acheté ICI

 


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2 réactions à cet article    


  • Crab2 1er mai 2014 07:55

    L’âme est une invention religieuse, l’esprit est une modalité du corps
    Parler à l’esprit, seul l’opéra parle à l’entendement, suite :

    Le pouvoir de la femme à travers sa voix


    http://laiciteetsociete.hautetfort.com/operas/


    http://laicite-moderne.blogspot.fr/2012/12/operas.html


    http://laicite-moderne.blogspot.fr/search?q=La+Saudade



    • Antoine 2 mai 2014 23:22

      Lubimov est un excellent pianiste et on lui doit notamment de superbes Beethoven et Mozart. Ici, il faudrait entendre le tout mais l’effet de la version piano est tout de même autre chose que celui des versions pour orchestre et même quatuor dans le cadre initial soit l’interlude musical entre les sept paroles et leur commentaire dans une cathédrale.

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