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Macbeth (de Justin Kurzel)

Le réalisateur s’est fait embarquer par son sujet comme un bateau à voile dans la tempête et les moyens qu’il met en œuvre pour montrer la fascination du mal que portent Macbeth et Lady Macbeth se retournent contre l’intention de la montrer. C’est l’emboîtage. Trop c’est trop et devient grand-guignolesque et signifie le contraire de ce qui veut être signifié.

Esthétique de pacotille qui fonctionne certes : c’est beau, mais la signification ? Le sens ? Le récit ? Même beau, c’est une beauté facile qui fait flèche des valeurs esthétiques les plus sûres et n’apporte rien à personne : contraste entre l’épure des paysages écossais, l'obscurité des décors et le rouge des meurtres et des incendies, la fin notamment dans laquelle le feu de forêt fait du ciel une tache rouge-sang uniforme qui emplit l’écran. Ralentis à foison. Multiplication de batailles, avec glaives, boue et sang qui ressemble à du coulis de tomate… On se croirait chez Tolkien.

Lady Macbeth est exemptée d’être reliée aux femmes. Dès son arrivée en scène, Shakespeare lui-même a pris soin de lui faire renier sa féminité : elle fait une prière pour demander d'être « désexuée », pour demander que du fiel sorte de ses seins et rien d’autre que du fiel (pas de maternité). C’est une protection faite aux femmes que de désigner comme monstre (non-femme à allure de femme) une femme criminelle, une femme du côté du mal. Médée aussi dit : « Souviens-toi que je suis Médée » (je ne suis pas comme les autres, je suis unique cf. le livre d’Isabelle Stenger). Trouver que le film est misogyne comme le fait Fabienne Pascaud est vraiment une volonté de ne voir que du machisme dès qu'un homme parle d’une femme.

Macbeth est un bûcheron, filmé souvent en contre-plongée. Force de la nature, titanesque, tout en muscles, il est manœuvré par des visions hallucinatoires. Il est soumis à la prédiction des sorcières mais n’en voudrait que la première partie : être roi. La prédiction contient le fait que son successeur sera un descendant de son ami Banco, qu’il tue pour éviter d’être tué. Il ne serait pas un criminel sans la demande pressante et encourageante de son épouse, ni sans la prédiction du « bonheur » (être roi) qui doit s’en suivre. Ensuite, s’enchaîne ce qui a été dit et l’arrêter n’est pas possible. La culpabilité des Macbeth est énorme, les hante, ils se voient tachés à vie. Macbeth augmente sa violence : tuer ceux dont il est dit qu’ils prendront sa place. Macbeth meurt non pas couché mais tassé sur lui-même, comme en prière, comme en burnout, miné de l’intérieur par lui-même. C’est à mon sens, une des rares inventions « parlante » de ce film.

Mickael Fassbender est au mieux dans ce rôle ainsi conçu. Marion Cotillard très bien. J’ai apprécié aussi, dans un rôle court, Elizabeth Debicki, tout à fait remarquable.

Je me suis ennuyé, ce qui pour moi est très rare au cinéma. Chaque scène me paraît comme un voyage inquiétant, interrompu soudain par des brigands. C’est automatique. C’est tellement automatique que l’on a l’effet sans l’air (sourire).

Dans le Macbeth de Justin Kurzel, très vite, on sait qu’on est pris dans ce répertoire d’images assez court où le visible suffit à faire sens pour le réalisateur : le vrai, c’est ce qui se voit et je vais vous en mettre plein la vue. Ce qu’il fait (en mettre plein la vue), plutôt bien, pour ceux qui aiment.

Une sorte de féerie inversée, d’Euro Disneyland de la violence. Ce film est à Macbeth de Shakespeare ce que la pornographie est à l’amour : tout est dans les gestes et les actes, tout est dans le fait de voir. Le souci de l’image casse les liens profonds des personnages avec l’humanité de chacun, notre humanité, et en fait des montreurs d’exploits dans le mal, d’exploit dans l’horreur.

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