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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Magritte n’est pas un peintre

Magritte n’est pas un peintre

« L’art de la peinture ne peut vraiment se borner qu’à décrire une idée qui montre une certaine ressemblance avec le visible que nous offre le monde. » (Magritte).



Depuis cinquante ans, depuis exactement le 15 août 2017, René Magritte n’est pas un peintre. N’est plus un peintre, sinon, il nous produirait encore de délicieux et subtils tableaux. Il n’est qu’un triste locataire perpétuel de la concession numéro 3047 du cimetière belge de Shaerbeek, près de Bruxelles.

L’évocation de Magritte fait penser immédiatement à sa "fameuse pipe" qui n’en était pas une. Il le disait d’ailleurs : « La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reprochée ! Et pourtant, pouvez-vous la bourrer, ma pipe ? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. Donc, si j’avais écrit sous mon tableau "Ceci est une pipe", j’aurais menti ! ». D’ailleurs, cette pipe, réalisée en 1929, elle avait pour tire : "La Trahison des images".

Pourtant, ce n’était pas seulement une pipe, représentative ou pas. Magritte était un peintre surréaliste dont le style très académique, très classique, était au service d’une relation absurde entre les choses représentées. Ce sont les compositions de ces tableaux qui sont extrêmement rafraîchissantes, donnant des correspondances, des connexions, des courts-circuits très particuliers entre les idées, les choses, les êtres, les concepts. Comme Salvador Dali qui était le peintre des rêves, Magritte s’est évertué dans l’onirisme figuratif (à ne pas confondre avec l’onanisme figuratif !) avec des formes géométriques très accentuées et des couleurs souvent reposantes à l’œil.

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Auréolé de son vivant, Magritte s’est éteint chez lui d’une sale maladie à l’âge de seulement 68 ans (né le 21 novembre 1898). Il avait connu les deux guerres mondiales, mais aussi un drame familial (le suicide de sa mère lorsqu’il avait 13 ans), et a rencontré sa future femme Georgette à la foire de Charleroi peu avant la Première Guerre mondiale. Il ne la recroisa par hasard que six ans plus tard. Adolescent, il aimait jouer dans un cimetière, en s’aventurant dans les caveaux.

Pour rendre hommage à Magritte à l’occasion du cinquantenaire de sa disparition, je propose ici modestement de revoir quelques-uns de ses tableaux, puisés parmi les centaines d’œuvres qu’il a faites, souvent une provocation contre le conventionnel, ou une association entre deux concepts. Le titre de la plupart de ses œuvres n’a rien avoir avec ce qui est représenté, par volonté de déstabiliser l’entendement. Mes commentaires n’ont d’intérêt que d’introduire les tableaux, les éléments intéressants, qui se regardent et "se consomment" en dehors de toute contrainte extérieure, avec l’esprit le plus vierge possible. Beaucoup de compositions peuvent faire sens.

Dans ce petit inventaire imaginaire, l’homme au chapeau melon a une lune à fine lamelle de croissant en guise de réflexion, à défaut de soleil malgré le ciel bleu. Être dans la lune ? Peut-être, mais l’aspect sombre et obscur du costume, neutre du non-visage peut laisser croire à un manque. On tourne le dos aux conventions.

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Le gros nuage blanc dans un paysage de montagne va certainement apporter la pluie pour nourrir les ruisseaux et rivières. Pourquoi donc ne pas recueillir l’eau dans un verre à vin ? Mettre de l’eau dans son vin, ou demander un nuage de lait avec son thé ?

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Dans la chambre recouverte d’un papier peint ciel, les objets intimes n’ont pas la taille réglementaire. Le lit est tout petit tandis que les ustensiles pour se rendre élégante sont géants, ainsi que ceux pour boire ou fumer (pour le côté éventuellement masculin).

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De vieilles chaussures en cuir à forme de pieds, cela devrait être l’adaptation la plus affinée pour se chausser. Maintenant, les magasins de sports proposent chaussettes et chaussures avec différentiation des orteils. Les ongles pousseront-ils ? Toujours noter les légendes sans toujours rapport évident avec le sujet du tableau.

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La colombe remplie de ciel est récurrente chez Magritte. Il en a peint de nombreuses. Ici survolant les vagues d’une mer plutôt calme. Le ciel de l’oiseau semble plus rassurant que celui de l’extérieur.

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Un nuage d’une plage ensoleillée entre par inadvertance dans une chambre. Les murs en sont rouges de confusion. Les décors intérieurs dans les décors extérieurs et vice-versa ont souvent de quoi étonner sinon détonner.

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L’amoureux des chats ne peut pas rester insensible à ce chat dans le melon. Au lieu de sortir un lapin, le magicien Magritte sort un félin philosophe en lévitation, la tête dans les nuages. Un chat en forme de pot.

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Sans doute l’un des tableaux les plus "frappants" de Magritte. La mémoire en forme de choc frontal, devant un rideau qui pourrait se refermer sur la vie, qui est le ciel et les nuages.

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Échouée sur les rives d’une plage déserte, une sirène à l’envers, à tête de poisson et à pattes d’humain. Si les cuisses sont gracieuses, rien n’indique volupté tant la tête écailleuse du poisson se prête mal aux désirs amoureux. Sans compter l’haleine.

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Le croissant de lune enfin agrandi et même pesé et soupesé dans une soucoupe, à côté d’une amphore, sur ce qui ressemblerait à des ruines d’un temps jadis.

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Reprenant le principe des sirènes à l’envers, le tableau représente deux amoureux pétrifiés au bord de la mer avec un navire au large qui passe.

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Terminons sur cet autoportrait du peintre, avec un titre devinette, la clairvoyance. Le peintre, anticipant le devenir de l’œuf, son modèle, brosse les détails de l’oiseau qui en sortirait…

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Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Magritte.
Daniel Cordier.
Boulez à Paris.
La collection Cordier à Rodez.
Soulages à Rodez.
Claude Lévêque à Rodez.
Caillebotte à Yerres.
Goya à Paris.
Brueghel à Paris.
Chagall à Paris.
Dali à Paris.
Van Gogh à Paris.
Hiroshige à Paris.
Manet à Paris.
Rembrandt à Paris.
Boltanski, artiste contemporain.
Boltanski au MacVal.

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8 réactions à cet article    


  • Taverne Taverne 26 août 15:22

    En tous cas, Magritte est bien un artiste dans le sens où il actualise de la puissance, comme dirait Aristote, il finalise, il formalise l’Idée. Ce qui est particulier chez Magritte, c’est qu’il n’actualise qu’à demi la puissance : les créatures et les objets sont à moitié ciel à moitié matière, où ils sont « pétrifiés » comme vous dites. Je dirais, moi, plutôt qu’ils ne soient pas aboutis et pas encore complètement « actualisés » dans la matière et la forme dont la forme de la vie.Tout comme les pieds symbolisent l’inachèvement de la puissance créatrice. 


    • ZXSpect ZXSpect 26 août 15:24

      Superbe article... merci pour la découverte au-delà des 2 ou 3 tableaux les plus connus et cités


      • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 26 août 18:12

        Magritte était un musicien doté d’une très bonne vue et qui illustrait ses partitions avec des jolis dessins, alors que Beethoven était un peintre calligraphe qui s’est entêté toute sa vie à écrire sur cinq lignes des signes qui veulent rien dire !


        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine7 26 août 22:50

          J’ai lu la biographie de Magritte. Celle qu’on ne trouve que dans des librairies peu fréquentées par le public. En fait c’était un authentique...pervers, comme le Divin Sade. Un jour invité à un diner chez une dame,qui a certainement mit un certain temps à confectiopnner un délicieux pâté, ils l’a écrasé sadiquement de sa fourchette. Sales gamins dans son quartier d’enfance, ils remplissait les boîtesz aus lettes des habiyanys d’une autre sorte de pâté (vous aurez compris ma référence au stade sadique anal freudien). Pour ceux qui aiment le thriller artistique glauque, je conseille : Les visages de Jesse Kellerman, fils d’un psy ; écrivain de polars,... Keller signifie cave,...


          • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine7 26 août 22:51

            J’ai croisé son neveu. Tout aussi : glauque,...


            • ZenZoe ZenZoe 28 août 10:19

              J’apprends avec Mélusine que Matisse était glauque. C’est possible, d’ailleurs les artistes ont tous quelque chose d’obscur tapi au fond d’eux qu’ils ont besoin d’extérioriser pour ne pas sombrer.

              Cela dit, merci infiniment à l’auteur pour les magnifiques illustrations, tellement aériennes, tellement « d’ailleurs »... C’est beau et c’est magique...


              • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine7 28 août 11:54

                Zenzoe : ne confondez surtout pas matisse, la vie et Magritte. Les opposé. Lire les ensevelis vivants de Gagnebin. Anecdote. Un peintre qui voulait saiir la mort sur le vif (je suis peintre,...) a deamndé à son modèle de ne plus de nourrir et se laisser gagner lentement par l’anorexie et la mort. Le modèle comme cela arrive souvent, fascinée, se laisse gagner par l’amour morbide (lire : Belle du Saigneur,..., le « a » est volontaire, si Michel Tourn... me lit il comprendra, l’allusion,...) et,....meurt sous le dernier coup de pinceau du peindre. Saisir, l’ultime momemt ;. Savez-vous qu’un décapité met exactement sept minutes pour mourir. ses yeux ont le temps de voir éven « tue » ellement de voir son bourreau. Blague juive. que fait le lecteur devant l’échafaud : il plie la dernière page de son livre,...


                • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine7 28 août 12:28

                  Zenzoe : ne confondez surtout pas matisse : la vie et Magritte. Les opposés. Lire les ensevelis vivants de Gagnebin. Anecdote. Un peintre qui voulait saisir la mort sur le vif (je suis peintre,...) a demandé à son modèle de ne plus se nourrir et se laisser gagner lentement par l’anorexie et la mort. Le modèle, comme cela arrive souvent, fascinée, se laisse gagner par l’amour morbide (lire : Belle du Saigneur,..., le « a » est volontaire, si Michel Tourn... me lit il comprendra, l’allusion,...) et,....meurt sous le dernier coup de pinceau du peindre. Saisir, l’ultime momemt ;. Savez-vous qu’un décapité met exactement sept minutes pour mourir ? ses yeux ont le temps de voir éven « tue » ellement son bourreau. Blague juive. que fait le lecteur devant l’échafaud : il plie la dernière page de son livre,... Mes tableaux sont érotique, mais je ne vais pas dans des bordels pour mes sujets comme le faisait Turner. L’entièreté des dessins érotique de Turner ont été brûlé par son héritier, puritain. Quelle perte pour l’art. Heureusement, il y a une très bonne aca a Ixelles por les belges. On y ose le nu, mais pas figé,..Le modèle peut danser, bouger. Mais il n’ose pas l’extrême, vous m’avez compris. Alors heuresment j’ai des photos superbes (mais jamais le porno, ni la pédophilie,...la sexualité partielle ne m’intéresse pas, mais plus le corps à corps. Lire : Scène primitive de Philippe de la Genardière aux editions PAYOT. Laissez tomber Magriiite pour Turner : LA vraie vie, comme Bonnard et tant d’autres. Je me suis aussi essyée à faire du Magritte mais moins morbide, plus proche d’une peintresse dont on parle plus beaucoup : DElcoigne qui s’inspire des contes pour enfants version rêveris surréalite (elle mélange gouache et aquarelle,...), Contrairement à Magritte, elle invite au rêve. Magritte fige la « scène primitive », il la capte et tue le spectateur. C’est d’ailleur le début de mon roman. LE e peintre peut-il tuer le spectateur, fasciné. Maintenant, ma réponse est oui...Je devais d’ailleurs le terminer. Je bloque sur le véritable assassin. Le sujet étant effectivement celui d’un peintre et le meutrier se trouve dans le tableau (si vous avez lu : le tableau du Maître flamand ou encore : Les visage Jesse Kellerman pour ceux qui aime le thrller artistique. Bon, il temps de m’attaquer à l’assassin...ne serait pas Magritte,...non je le connais : il expose souvent à Bruxelles et peint comme Magritte (cet art porte un nom : la copie du réel en art. Ou le réel est encore plus réel que la réalité, très fréquent à l’époque baroque. Certains, tableaux réprésentent la réalité d’une telle manière qu’elle donne envie au spectateur de la saisir (la fameuse pipe,...). Mais le spectateur fasciné est pris à son propre piège qui se cache derrière la toire et qui en anamorphose représente bien : LA MORT (effectivement, cela dit en passant : fumer, tue,..). Pour quoi Magritte (qui justement se méfiait de la psychanalyse) a-t-il choisi une pipe pour symboliser le non-symbole. A mon avis, parce qu’une pipe qui n’est pas représentée avec de la fumée est un objet : mort,...et effectivement, d’une certainement manière n’est pas une pipe (un freudien ou un lacanien y verra une autre chose,...). Mais décréter que le phallus symbolyse la sexualite est faux,... c’est le pénis dans sa fonction pénétrante qui est bien l’objet érotique,...

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