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Manet, observateur sans jugement des mœurs, entre romantisme et réalisme

Une rétrospective du peintre Édouard Manet au Musée d’Orsay pour encore quelques jours : une occasion en or d’admirer une floraison de chefs d’œuvre pendant le pont du 14 juillet. Sélection.

C’est une grande chance que l’exposition sur Édouard Manet au Musée d’Orsay soit prolongée de deux semaines. Fermeture prévue le dimanche 3 juillet 2011 et repoussée au dimanche 17 juillet 2011.

J’ai pu ainsi en profiter le dimanche 10 juillet 2011 en fin de matinée pendant une heure et demi. Deux queues sont à subir, une d’une dizaine de minutes à l’entrée du musée (je conseille d’avoir déjà son billet, c’est moins long) et une seconde à l’entrée de l’exposition temporaire elle-même qui peut varier d’une dizaine à une vingtaine de minutes.

Le temps d’attente est cependant largement amorti par le spectacle qui est offert au visiteur. Les salles sont densément occupés par les visiteurs et parfois, il est un peu difficile d’admirer des tableaux avec recul.

L’exposition, dont le commissaire est Stéphane Guégan, conservateur au Musée d’Orsay, est dédiée à Françoise Cachin, qui fut la commissaire de la dernière rétrospective de Manet en 1983 au Grand Palais. Ancienne directrice des Musées de France qui dirigea le Musée d’Orsay, petite-fille du dirigeant communiste Marcel Cachin née en 1936, Françoise Cachin est morte le 5 février 2011 et avait protesté le 13 décembre 2006 contre le projet du Louvre d’Abou Dabi aux Émirats Arabes Unis.

Plus d’une centaine d’œuvres sont exposées, surtout de l’huile sur toile mais parfois des eaux-fortes, lavis et pastels, avec une bonne proportion provenant de la collection permanente du Musée d’Orsay (si bien que ceux qui n’auraient pas la possibilité de s’y rendre avant le 17 juillet pourront toujours les voir dans la collection permanente).

Il ne s’agit pas ici de faire dans l’explication culturelle dans la mesure où le site officiel de l’exposition est le plus adapté pour cela, mais de sélectionner quelques dizaines de tableaux qui m’ont particulièrement plus pendant cette visite (et que l'on peut voir ici).

Édouard Manet (né le 23 janvier 1832) est mort assez jeune, à 51 ans, le 30 avril 1883. Il se situe entre romantisme (Delacroix) et réalisme (Courbet) et réussit une sorte de synthèse qui l’a qualifié ici d’inventeur de la modernité. Il est souvent considéré comme le père de l’impressionnisme même s’il ne s’est pas beaucoup impliqué dans ce mouvement.

Dans l’exposition, on peut voir son intégration mondaine dans les milieux culturels de la seconde moitié du XIXe siècle, avec des peintres et des hommes de lettres comme Stéphane Mallarmé (1842-1898), Charles Baudelaire (1821-1867) et Émile Zola (1840-1902). Est présentée une dédicace en 1866 du grand romancier au peintre sur la première page de "Mon Salon" : « À Monsieur Édouard Manet, témoignage d’admiration et de sympathie, Émile Zola ».

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Manet le peint studieux, assis en train de lire, dans "Portrait d’Émile Zola" (1868, huile sur toile ; Musée d’Orsay). Sur la table, parmi d’autres livres, on peut distinguer un livret bleu avec le nom de Manet, en référence à la préface qu’a rédigée Zola à l’occasion de l’exposition personnelle de Manet de 1867, et au fond sur le mur, un croquis de "Olympia" qui fut le point de rencontre des deux hommes (Zola défendant ardemment ce tableau) ainsi qu’une estampe japonaise, art que les deux appréciaient.

Mais on peut aussi le comprendre comme en dehors de la société bien pensante, exclu par des toiles qui ont fait scandale et devant construire (comme Gustave Courbet) son propre pavillon pour exposer ses œuvres en marge de l’Exposition universelle de 1867.

Manet a choisi de peintre le réel ou l’illusion. Sa peinture est très personnelle, notamment par l’utilisation de certaines couleurs (le bleu vert de la mer par exemple) et par des contours noirs qui peuvent apporter gravité aux personnages qu’il a "portraitisés". Le surlignement est une technique empruntée à Thomas Couture (1815-1879) qui fut son professeur pendant six ans et qui était le peintre quasi-officiel de la IIe République.

Ce qui frappe également dans cette rétrospective, ce sont les multiples styles de Manet qui pourtant gardent une certaine homogénéité spécifique : peintre du réel, avec ses portraits, paysages, natures mortes, il est aussi capable d’impressionnisme, surtout à la fin de sa vie.

"Le Petit Lange" (1861 ; Staatliche Kunsthalle Karlsruhe) agrippe le regard dès l’entrée de l’exposition. Cet enfant avec des yeux ressemblant à ceux de Picasso plus tard séduit par la lumière projetée sur le visage. Je suis tout de suite dans l’ambiance Manet.

"L’Enfant à l’épée" (1861 ; New York Metropolitan Museum of Art) apporte un vert particulier aux chaussettes du garçon. Autre enfant bien connu, "Le Fifre" (1866, huile sur toile ; Musée d’Orsay) émet au contraire le rouge du pantalon qui dégage beaucoup d’énergie malgré son classicisme. Peint après le retour d’Espagne de Manet, ce tableau a été refusé par le jury du Salon en 1866.

"Portrait de M. et Mme Manet" (1860 : Musée d’Orsay) est peint quand leur fils a seulement 28 ans. On y voit deux parents fatigués, le père, Auguste (1797-1862), haut fonctionnaire, l’air plus crispé que sévère, le point fermé sur l’accoudoir, et la mère, derrière, les yeux absents.

L’exposition présente quelques œuvres picturales de Baudelaire, en particulier "Autoportrait" de Baudelaire (1863-1864, encre et crayon rouge à papier ; Musée d’Orsay), à comparer avec le portrait peint par Manet "Portrait de Baudelaire" (1867-1869, eau-forte ; Musée Eugène-Delacroix à Paris).

Baudelaire a également dessiné à la plume et encre "Jeanne Duval" (Musée d’Orsay), muse du poète également peinte par Manet, "La Maîtresse de Baudelaire" (1862 ; Musée des Beaux-arts de Budapest), en femme pas vraiment belle, au visage à l’esthétique ingrat noyé dans sa robe. Les relations entre Baudelaire et Manet furent très contrastées.

Le visiteur a droit heureusement aux célèbres "grands tableaux" comme "Le Déjeuner sur l’herbe" (1862-1863, huile sur toile ; Musée d’Orsay), qui a fait scandale à l’époque (à tel point qu’en 1863, Manet fut interdit d’exposition) et qui a été l’un modèle pour Picasso (présenté au cours d’une exposition en 2008-2009).

Un peu plus tard, autre grand tableau à scandale, "Olympia" (1863, huile sur toile ; Musée d’Orsay), qui arbore une femme nue représentée sans pudeur, allongée sur le dos, une main sur son pubis, entourée d’une servante et d’un chat noir à peine visible.

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"Portrait de Victorine Meurent" (1862 ; Museum of Fine Arts à Boston) éclaire le modèle au regard un peu lointain d’un éclatant visage jouant sur le contraste entre ombre et lumière. Elle sera la baigneuse nue du "Déjeuner sur l’herbe" et la "femme à la pantoufle" de "Olympia".

Introduisant "Olympia", l’exposition apporte une petite série d’œuvres composées de chats noirs, bien que Manet fût moins fanatique des chats que plus tard Bonnard, par exemple.

On montre ainsi une eau-forte d’Alphonse Legros (1837-1911), "Le Chat noir" (1862 ; Victoria and Albert Museum de Londres), ou une étude de Manet avec "La Femme au chat" (1862-1863, lavis et encre ; Musée d’Orsay). La femme nue s’appuie ici sur le côté droit avec un chat noir qu’elle caresse de la main gauche et en bas à gauche semble émerger un lion prêt à bondir sur le lit. La nonchalance et l’impudeur de la femme donnent une tournure audacieuse au résultat.

Portraitiste, Manet excelle aussi dans le drapé, les plis des vêtements et le reflet de la lumière.

On montre une étude comme "Le Christ mort et les anges" (1864, gouache, mine de plomb, aquarelle, plume et encre de chine ; Musée d’Orsay) mis à côté du grand tableau au même nom, "Le Christ mort et les anges" (1864, huile sur toile ; New York Metropolitan Museum of Art). C’est l’avantage des rétrospectives, celui de rassembler dans le même lieu plusieurs œuvres d’une même série. Le Christ mort est peint de manière très réaliste et très crue, c’est presque un cadavre, mais au contraire de Rembrandt, il n’est pas squelettique et a l’air au contraire très musclé malgré la Passion qu’il a endurée.

"Angelina" (1865), huile sur toile ; Musée d’Orsay) a son visage et sa main droite qui sortent subitement de l’obscurité. Elle a quasiment le regard et le menton d’un Balladur ! Au début de sa carrière, parce qu’il force un peu sur les contours, Manet peint les femmes avec des traits sévères et presque masculins (comme "La Maîtresse de Baudelaire").

"L’Homme mort" (1864), huile sur toile ; courtesy National Gallery of Art à Washington) a fait aussi scandale. Un torero, terrassé, saute aux yeux du visiteur avec les grands contrastes du tableau qui n’est qu’un redécoupage d’un tableau de scène de corrida, méthode qu’a régulièrement adoptée Manet sous les reproches des critiques par cette focalisation sur un "détail" ici sordide.

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"Les Bulles de savon" (1867, huile sur toile ; Museu Calouste Gulbenkian à Lisbonne) reprend le thème de l’enfant innocent, sorti rayonnant de l’ombre, visage expressif, tenant de quoi faire des bulles de savon. Le chemise et le bol donnent un air de XIXe siècle mais le reste pourrait se retrouver dans les parcs publics actuels. La bulle manque étrangement de transparence.

"Les Gitanos" (1862) est un grand tableau qui a été redécoupé par Manet en au moins trois morceaux, parfois repeints (fond), et c’est la première fois que ces morceaux se retrouvent ensemble : "Le Buveur d’eau ou la Régalade" (1861-1862) et retouché jusqu’en 1872, du Art Institute of Chicago ; "La Bohême" (1867) du Louvre d’Abu Dhabi ; "Nature morte en cabas et à l’ail" (1867) du Louvre d’Abu Dhabi.

Le visiteur poursuit avec "Course à Longchamp" (1866, huile sur toile ; Art Institute of Chicago) qui, au-delà des couleurs vives et du réalisme insère aussi des impressions de flou (la foule des spectateurs se distingue à peine). La vivacité se ressent également dans la composition qui conforte la rapidité des coureurs.

Plusieurs tableaux exposés sont consacrés à la lecture, comme cette femme perdue dans le blanc des rideaux et de la robe qui écoute attentivement dans "La Lecture" (1865-1873, huile sur toile ; Musée d’Orsay), ou encore plus loin cette dame attablée dans un café qui lit les nouvelles tranquillement près d’un parc : "La Liseuse" (1879-1880, huile sur toile ; Art Institute of Chicago).

"Le Balcon" (1868-1869, huile sur toile ; Musée d’Orsay) fait resplendir le contraste entre le blanc de la robe de deux femmes et le noir du costume de l’homme qui se confond avec le fond. Souvent intéressé par les nuances du vert, en ajoutant un volet vert gris, Manet casse l’ambiance noir et blanc par cette touche colorée. La réaction de Berthe Morisot, peintre impressionniste et future belle-sœur, qui est représentée au balcon, fut : « Ses peintures produisent comme toujours l’impression d’un fruit sauvage ou même un peu vert. Elles sont loin de me déplaire. ». Debout, Manet a représenté Fanny Clauss, violoniste, et Antoine Guillemet, paysagiste.

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Deux tableaux un peu différents sont mis côte à côte : "Berthe Morisot au bouquet de violettes" (1872, huile sur toile ; Musée d’Orsay) et "Berthe Morisot à la voilette" (1872 ; Musée du Petit Palais de Genève). Ils montrent le double côté de Manet : d’un côté, la traduction la plus précise de la réalité ; de l’autre, une volonté de choquer, avec cette voilette sur le visage qui donne à Berthe Morisot l’aspect d’une tête de mort.

"La Plage de Boulogne" (1868, huile sur toile ; Virginia Museum of Fine Arts de Richmond) donne une apparence très dessinée des personnages sur la plage, avec le vert de la mer très différent du bleu du ciel et le jaune vif du sable qui valorise les promeneurs.

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En voyant que ce tableau (entre autres) appartient (désormais) à un musée américain, je me dis que les Américains (cultivés) ont au moins un moyen de connaître le nom de quelques villes françaises moyennes, eux qui, souvent (je le dis par expérience), ont beaucoup de mal avec la géographie de ce qui est hors de leur propre État. Beaucoup d’œuvres de grands peintres français du XIXe et XXe siècle sont rassemblées aux États-Unis.

"Bateaux en mer, soleil couchant" (1868, huile sur toile ; Musée Malraux du Havre) donne, avec ses reflets diffus, une petite harmonie proche de Turner, ce qui est assez rare chez Manet où les couleurs sont généralement plus vives.

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Au contraire, "Clair de lune sur la plage de Boulogne" (1869, huile sur toile ; Musée d’Orsay) inspire une vision très obscure du paysage, une sorte de négatif des soleils couchants (ou levants) avec un bleu noir soutenu et des personnages et des bateaux qui ressortent en ombre sur un sol très clair.

"Vue du Port de Calais" (1864-1868, huile sur toile ; collection particulière de Suisse) s’oppose à Claude Le Lorrain ou à Turner par la couleur très particulière de l’eau de mer, vert, faisant ressortir le noir des bateaux.

Il y a ensuite une salle où sont affichées des lettres aquarellées de Manet. Dans sa correspondance, il s’amusait à peindre un fruit ou des fleurs etc. en fonction de ses interlocuteurs.

"Chez le père Lathuille en plein air" (1879, huile sur toile ; Musée des Beaux-arts de Tournai) : est-ce un dragueur assez lourdingue qui s’entretient avec la jeune femme, sous l’œil attentif du serveur (le père Lathuille ? non, les traits ressemblent plutôt à Manet lui-même, observateur des mœurs qui ne juge pas), ou un mari passionné par sa conversation ? Le regard de ces deux personnes laisse augurer un amour futur tendre et calme.

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Comme pour "La Liseuse" et "L’Amazone ou l’été", "Chez le père Lathuille en plein air" a fait dire à l’influent critique d’art (et graveur) Philippe Burty (1830-1890) que Manet est devenu « sous un jour tout nouveau comme peintre des femmes élégantes ».

"Femme dans le tub" (1878-1879, pastel sur carton ; Musée d’Orsay) est une autre œuvre à scandale car la femme nue qui se lave semble poser avec malice devant des spectateurs qu’on imagine aguichés. Ce thème (du tub) sera repris par Degas et plus tard par Bonnard dans ses séries avec Marthe.

Le tableau repris sur l’affiche de l’exposition, "L’Amazone ou l’été" (1882, huile sur toile ; Museo Thyssen-Bornemisza à Madrid), fait partie des nombreux portraits féminins de Manet.

Le visiteur peut aussi admirer en parallèle des portraits réalisés par des peintres femmes contemporaines, en particulier deux très beaux tableaux : "Portrait de Mademoiselle C(assatt)" (1880, huile sur toile ; Petit Palais) peint par sa mère Mary Cassatt (1844-1926), foisonnant de couleurs d’automne, et "L’été" (1878, huile sur toile ; Musée Fabre à Montpellier), jeune femme peinte par Berthe Morisot (1843-1895), qu’on pourrait presque croire provenir de Manet alors que Manet, justement, quitte le réalisme avec "Jeune femme blonde aux yeux bleus" (1878, pastel sur carton ; Musée d’Orsay) où les traits sont à peine esquissés.

Les natures mortes ont chez Manet la même importance que les portraits, un travail de composition, de couleurs et d’éclairage. "Œillets et clématite dans un vase de cristal" (1882, huile sur toile ; Musée d’Orsay) réussit à retransmettre la couleur de l’eau par transparence du vase avec toujours ces nuances extraordinaires du bleu et du vert. Dans "Le Citron" (1880-1881, huile sur toile ; Musée d’Orsay), détail très dépouillé et quasi-insignifiant, Manet fait du fruit un véritable visage où il peut jouer sur la lumière.

L’exposition débouche sur le thème politique et historique. Manet y exerce ses talents parfois de réalisme parfois de modernisme.

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Le grand tableau "Le Combat du Kearsarge et de l’Alabama" (1864, huile sur tuile ; Philadelphia Museum of Art) est selon moi l’une des plus grandes œuvres de Manet. Il reprend cette couleur verte de la mer agitée, confondue avec le gris des fumées et des nuages et le rare bleu du ciel, tout en rajoutant un drapeau orange au loin sur la droite et tout à gauche, le drapeau tricolore. Il a été réalisé alors que les bateaux étaient à port, et Manet s’est aidé des journaux de l’époque pour intégrer même les plus petits détails.

Peint en référence à une photographie, "L’Exécution du l’empereur Maximilien" (1867, huile sur toile ; Museum of Fine Arts de Boston) place le visiteur dans un climat un peu confus de peloton d’exécution sans beaucoup distinguer le malheureux empereur lui-même, lâché par les Européens qui l’avaient pourtant imposé.

Pour remettre dans l’ambiance des portraits politiques, l’exposition commence le sujet avec le très classique "Portrait de Léon Gambetta" (1875, huile sur toile ; Musée d’Orsay) peint par Alphonse Legros.

Dans la sphère politique, Manet a réalisé quelques caricatures comme ce député républicain futur Premier Ministre de Napoléon III le 27 décembre 1869 : "Caricature d’Émile Ollivier" (1860, lithographie ; BNF de Paris). À l’époque où il est caricaturé, Émile Ollivier a 35 ans et est député depuis trois ans. Cette caricature, publié dans "Diogène", un journal d’opposition (libéral et anticlérical) dirigé par un ami de la famille (Ernest Adam), fut la première œuvre publique de Manet.

L’exposition se termine avec le Tigre. Manet a peint deux portraits quasi-identiques de Clemenceau (1841-1929), à l’époque jeune député, si ce n’est que dans le second, les traits sont moins précis. "Portrait de Clemenceau" (1879-1880, huile sur toile ; Musée d’Orsay) et "Portrait de Clemenceau à la tribune" (1879-1880, huile sur toile ; Kimbell Art Museum de Fort Worth, Texas). Clemenceau n’a à l’époque que 38 ans et est député depuis huit ans déjà.

J’imagine la fierté qu’ont pu ressentir ces deux jeunes parlementaires, Émile Ollivier et Georges Clemenceau, à l’époque peu connus même si leur talent d’orateur laissait annoncer leur célèbre destinée, d’être peints par l’un des plus grands peintres de leur temps, peut-être faiseur de légendes par la même occasion, au même titre que des grands écrivains (comme Victor Hugo). Même si, à l’époque de la caricature d’Émile Ollivier, Manet n’était encore pas du tout connu…

Pour finir ces petits coups de cœur Manet, en cette veille de 14 Juillet, "La rue Mosnier aux drapeaux" (1878, huile sur toile ; J. Paul Getty Museum de Los Angeles) est une vue très diffuse de l’espace public, les traits sont flous, les personnages à peine tracés mais Manet parvient à rendre unique l’atmosphère de la Fête nationale.

Certains ont regretté l’absence de deux tableaux importants de Manet, "Un Bar des Folies Bergères" (1881-1882 ; Courtauld Institute), où l’on devine par reflet la société mondaine, le dernier grand tableau de Manet, et "Le Déjeuner dans l’atelier" (1868 ; Pinacothèque de Munich).

L’exposition "Manet, inventeur du Moderne" est ouverte jusqu’au dimanche 17 juillet 2011, tous les jours de 9h30 à 21h45 (exceptionnellement pour dette dernière semaine) au Musée d’Orsay, 62 rue de Lille à Paris 7e (métro 12 Solferino et RER C Musée d’Orsay).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juillet 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site officiel de l’exposition Manet.
Quelques tableaux de l’exposition Manet.

Rembrandt jusqu’au 18 juillet 2011 au Louvre.



Illustrations : Tableaux d’Édouard Manet.
"La Femme au chat" (1862-1863 ; Musée d’Orsay).
"Portrait d’Émile Zola" (1868 ; Musée d’Orsay).
"Olympia" (1863 ; Musée d’Orsay).
"Les Bulles de savon" (1867 ; Museu Calouste Gulbenkian à Lisbonne).
"Berthe Morisot à la voilette" (1872 ; Musée du Petit Palais de Genève).
"La Plage de Boulogne" (1868 ; Virginia Museum of Fine Arts de Richmond).
"Clair de lune sur la plage de Boulogne" (1869 ; Musée d’Orsay).
"Chez le père Lathuille en plein air" (1879 ; Musée des Beaux-arts de Tournai).
"Le Combat du Kearsarge et de l’Alabama" (1864 ; Philadelphia Museum of Art).
"La rue Mosnier aux drapeaux" (1878 ; J. Paul Getty Museum de Los Angeles).

Documents joints à cet article

Manet, observateur sans jugement des mœurs, entre romantisme et réalisme

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1 réactions à cet article    


  • Isis-Bastet Isis-Bastet 14 juillet 2011 16:31

    Un article qui donne envie d’y aller !

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