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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Marcel Proust à l’honneur...

Marcel Proust à l’honneur...

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Marcel Proust est né le 10 juillet 1871 à Paris, il y a 150 ans...

Pour commémorer cet anniversaire, voici un article déjà publié sur mon blog : l'analyse d'un magnifique extrait de son oeuvre Sodome et Gomorrhe...

Un extrait où l'on perçoit toute la sensibilité de cet auteur, notamment sa sensibilité face à la nature et ses splendeurs. 

Dans notre monde moderne, voué à la vitesse, nous ne savons plus observer, admirer, nous étonner devant la nature et ses merveilles.

Proust nous réapprend l'importance du regard...

 

Dans cet extrait, Proust décrit un champ de pommiers en fleurs... A la manière d'un peintre, il compose un véritable tableau empli de charme et de séduction.

Le champ de pommiers est évoqué à travers un réseau d'images qui font songer à une rencontre amoureuse : la première phrase est révélatrice : " Dès que je fus arrivé à la route, ce fut un éblouissement..."

Proust semble suggérer un coup de foudre, une séduction brutale, inattendue qui le saisit : cette soudaineté se traduit par la brièveté de la phrase, par l'emploi du passé simple à valeur ponctuelle et du mot "éblouissement"

Les pommiers sont présentés à travers des personnifications, des métaphores qui transfigurent le paysage : ils sont "d'un luxe inouï", "en toilette de bal", "ne prenant pas de précautions pour ne pas gâter le plus merveilleux satin rose qu'on eût jamais vu..."

Toutes ces évocations font songer à une beauté féminine, parée pour aller au bal... Le style hyperbolique restitue un émerveillement : "luxe inouï, le plus merveilleux satin rose."

Plus loin, la personnification se poursuit et fait penser encore à une séduction amoureuse : "une brise légère mais timide faisait trembler légèrement les bouquets rougissants". Le verbe "trembler", le terme "rougissant" évoquent des émois amoureux.

Enfin, la description s'achève sur la vision d'une "beauté fleurie et rose."

Le narrateur semble ébloui par le spectacle qu'il a sous les yeux, comme on pourrait l'être au cours d'une rencontre amoureuse. Ce procédé restitue toute l'émotion qu'il éprouve devant ce tableau...

De fait, cette description nous fait songer à un tableau, d'abord grâce à la composition de cet extrait : au premier plan, le champ de pommiers, en arrière plan, le fond du tableau, avec "l'horizon lointain de la mer".

On perçoit aussi des éléments du tableau : "des bouquets, des mésanges, des branches" qui se juxtaposent selon la technique impressionniste, avec des touches de couleurs successives.

Proust fait aussi référence, au cours de la description, à "une estampe japonaise", certains détails correspondent bien à un tableau oriental : "les mésanges, les bouquets de fleurs" étant des thèmes récurrents souvent reproduits dans les estampes japonaises.

Le tableau est coloré dans des tons assez doux : "satin rose, le bleu du ciel, les bouquets rougissants, des mésanges bleues, le gris de la pluie".

La dernière phrase de l'extrait, dans sa brièveté pourrait constituer le titre du tableau : "C'était une journée de printemps..."

Les références artistiques sont bien présentes dans le texte : "estampe japonaise, amateur d'exotisme et de couleurs, artificiellement, effets d'art.."

On perçoit le grand sens artistique de Proust et sa sensibilité : la musique, la peinture occupent une place essentielle dans son oeuvre, ici, la beauté du champ de pommiers a des effets extraordinaires sur le narrateur qui en est ému jusqu'aux larmes, l'impression artistique se traduisant par un effet physique.

La nature devient une véritable oeuvre d'art.

Le champ lexical de la nature est particulièrement développé : "feuilles, pommiers, boue, soleil, mer, ciel, azur, brise, bouquets, mésanges, pluie"... et les 4 éléments y sont représentés : la terre, l'eau, l'air, le feu...

Et cette nature semble elle-même participer à la création du tableau, grâce à l'emploi réitéré du verbe "faire" : "satin rose que faisait briller le soleil, les fleurs qui faisaient paraître son bleu rasséréné.. une brise légère faisait trembler les bouquets rougissants..."

La nature semble vouloir embellir le tableau, par la lumière, par le contraste des couleurs, par le mouvement.

Ainsi, la nature se fait art, elle semble imiter l'art.

La réalité est tellement belle qu'elle semble presque composée artificiellement, tout en restant naturelle....

 

 

Le texte :

 

"Mais, dès que je fus arrivé à la route, ce fut un éblouissement. Là où je n’avais vu, avec ma grand’mère, au mois d’août, que les feuilles et comme l’emplacement des pommiers, à perte de vue ils étaient en pleine floraison, d’un luxe inouï, les pieds dans la boue et en toilette de bal, ne prenant pas de précautions pour ne pas gâter le plus merveilleux satin rose qu’on eût jamais vu et que faisait briller le soleil ; l’horizon lointain de la mer fournissait aux pommiers comme un arrière-plan d’estampe japonaise ; si je levais la tête pour regarder le ciel entre les fleurs, qui faisaient paraître son bleu rasséréné, presque violent, elles semblaient s’écarter pour montrer la profondeur de ce paradis. Sous cet azur, une brise légère mais froide faisait trembler légèrement les bouquets rougissants. Des mésanges bleues venaient se poser sur les branches et sautaient entre les fleurs, indulgentes, comme si c’eût été un amateur d’exotisme et de couleurs qui avait artificiellement créé cette beauté vivante. Mais elle touchait jusqu’aux larmes parce que, si loin qu’on allait dans ses effets d’art raffiné, on sentait qu’elle était naturelle, que ces pommiers étaient là en pleine campagne comme des paysans, sur une grande route de France. Puis aux rayons du soleil succédèrent subitement ceux de la pluie ; ils zébrèrent tout l’horizon, enserrèrent la file des pommiers dans leur réseau gris. Mais ceux-ci continuaient à dresser leur beauté, fleurie et rose, dans le vent devenu glacial sous l’averse qui tombait : c’était une journée de printemps."

 

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Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2021/07/marcel-proust-a-l-honneur.html

 


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27 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 17 juillet 13:45

    Proust... Quand Benalla s’appelait Albertine...


    • Docteur Faustroll Lampion 17 juillet 13:58

      Après Jean-Marie Bigard, Proust est mon auteur préféré.


      • Docteur Faustroll Lampion 17 juillet 14:09

        @Lampion

        euh pardon, j’ai oublié de préciser : Gaspard ! (pas Marcel ni Madeleine)


      • Clocel Clocel 17 juillet 14:19

        @Lampion

        A lire quand même pour la corruption des mœurs de l’époque, déjà, en scène la dissolution de la bourgeoisie dégénérée avec les reliquats de l’aristocratie prostituée resplendit dans toutes les pages.

        L’antisémitisme de bon ton qui allait bien avec l’époque, affaire Dreyfus oblige.

        Tu ne perçois la grande boucherie de 14/18 que dans les larmes du petit personnel, pendant que la « gentry » continue à feutrer ses pets dans salons parisiens et leurs villégiatures.

        Ceux qui pensent que la république a attendu la cinquième pour commencer à pourrir ne seront pas déçus.


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 17 juillet 14:19

        @Lampion
        C’est pas les journaleux du Guardian ?


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 17 juillet 14:41

        @Clocel
        Bah Proust c’est le 19 e qui finit , Céline c’est le 20e . Ils se sont télescopés les très bons stylistes...


      • Docteur Faustroll Lampion 17 juillet 15:24

        @Aita Pea Pea

        c’est une énigme ?


      • hermes 17 juillet 18:10

        @Lampion
        Cher maître : comment se fait il , que personne ne parle des plaisirs sadiques , de Proust , avec la torture des rats , par exemple ?


      • Docteur Faustroll Lampion 17 juillet 19:28

        @hermes

        Proust était carrément sado-maso : lien

        Mais s’il fallait scruter les dérives de tous les créateurs et de l’ »élite » en général, on aurait des surprises…


      • rosemar rosemar 17 juillet 21:08

        @Lampion

        Ce n’est pas étonnant...


      • phan 17 juillet 18:10
        Comment Gomorrhe fait il pour enlever la capote ?
        Il fait un Proust sans s ...

        • reptile cyrus 17 juillet 18:19

          @rosemar

          44 , rue de l’ amiral hamelin , paris (1919-1922) smiley





          • Emin Bernar Emin Bernar 17 juillet 18:32

            Proust a aussi magnifiquement évoqué l’automne (à la fin de Du côté de chez Swann) : « en face des sombres masses lointaines des arbres qui n’avaient pas de feuilles ou qui avaient encore leurs feuilles de l’été, un double rang de marronniers orangés semblait, comme dans un tableau à peine commencé, avoir seul encore été peint par le décorateur qui n’aurait pas mis de couleur sur le reste, et tendait son allée en pleine lumière pour la promenade épisodique de personnages qui ne seraient ajoutés que plus tard. Plus loin, là où toutes leurs feuilles vertes couvraient les arbres, un seul, petit, trapu, étêté et têtu, secouait au vent une vilaine chevelure rouge. »


            • rosemar rosemar 17 juillet 21:13

              @Emin Bernar

              MERCI pour cet extrait : moins éblouissant toutefois que le tableau printanier...


            • Emin Bernar Emin Bernar 18 juillet 15:57

              @rosemar
              peut-être mais il s’agit ici du Bois de Boulogne un matin de début novembre, et c’est le final de Du côté de chez Swann, avant sa dernière phrase inoubliable !
              J’ai lu la Recherche de la première à la dernière page, mais maintenant je ne relis que Du côté de chez Swann et A l’ombre des Jeunes Filles en fleurs...


            • Fergus Fergus 19 juillet 11:31

              Bonjour, Emin Bernar

              Quelle lourdeur dans cet extrait !


            • jef88 jef88 17 juillet 19:20

              Un champ de pommiers ? ? ?

              Ne serait-ce pas plutôt un verger ? ? ?


              • Docteur Faustroll Lampion 17 juillet 19:36

                @jef88

                non mais attends !
                là, tu parles à une Nîmoise dont les limites visuelles et culturelles sont la Maison Carrée, la Tour Magne et les Arènes. Pour elle, le mot « verger » n’a d’utilité que pour évoquer le « verger des muses », un établissement culturel qui avait même inspiré un libraire.


              • rosemar rosemar 17 juillet 21:13

                @jef88

                On pinaille ?


              • reptile cyrus 17 juillet 22:26

                @jef88

                un coup à se paumer, dans la pommerai 
                pour y pecher la pecheresse smiley


              • jef88 jef88 18 juillet 17:02

                @rosemar
                j’ai une super qualif d’em***deur ! ! 
                mais le langage vosgien est peut être spécial ........ 


              • Quelle coïncidence ! j’ai justement offert tout récemment un Marcel Proust ( dédicacé), à une personne fan de marcel . 


                • Fergus Fergus 19 juillet 11:29

                  Bonjour, rosemar

                  Copie d’un commentaire posté hier sur un autre article consacré à Proust :

                  « La recherche... » est, à mes yeux, à la littérature ce qu’est « La Joconde » à la peinture : je n’ai jamais compris l’engouement pour ces deux oeuvres !

                  Le style de Proust est ennuyeux et pesant, et j’aimerais connaître le pourcentage des lecteurs qui sont allés au bout de ce pensum.

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