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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Massacre à la tronçonneuse : le commencement »

« Massacre à la tronçonneuse : le commencement »

On peut mesurer de l’intérêt d’un film à l’emprise qu’il a sur l’esprit, pendant le visionnage bien entendu, mais surtout après, au temps qu’on met à le quitter. Et quand cela se produit avant même que la séance ne soit terminée, autant dire que c’est mal parti. Evidemment, cette impression est tout ce qu’il y a de plus subjectif, les goûts et les couleurs... Argumentons donc un peu plus.

Le concept du massacre à la tronçonneuse n’est pas neuf, l’idée avait déjà donné lieu à un film dès 1974, intitulé tout simplement Massacre à la tronçonneuse, et nombre de reprises se sont succédées depuis : Massacre à la tronçonneuse 2 en 1986, Leatherface en 1990, Massacre à la tronçonneuse, la nouvelle génération en 1994, et plus dernièrement Massacre à la tronçonneuse (le remake) en 2003. Cette dernière mouture avait ça de notable qu’elle était la première production de la société Platinum Dunes, fondée par le réalisateur Michael Bay, et qui entreprend depuis lors de revisiter les classiques du cinéma d’horreur façon jeune cinéaste novateur plein de fougue et d’énergie. Citons entre autres Amityville et bientôt The Hitcher ou encore Les oiseaux, le principe étant de partir avec un budget relativement léger et de taper le jackpot à l’arrivée, la réitération des projets prouve que ça fonctionne. Toujours est-il que le succès du remake de Massacre à la tronçonneuse a vite amené l’équipe à envisager une suite. En fait de suite, c’est plutôt d’un retour aux sources qu’il s’agit, idée à la mode en ce moment il faut croire (cf. Hannibal Lecter, les origines du mal) ; quoi de mieux pour intéresser un spectateur qui a aimé un film que de lui en proposer un second qui explique comment la situation en est arrivée là où elle est, même le monde vidéo ludique se prend au jeu (et avec brio) avec l’excellent Metal Gear Solid 3 Snake Eater (Konami, 2005) ; mais idée bonne dans son principe c’est certain. Encore faut-il que le contenu suive, car si expliquer comment un homme peut en venir à tuer avec une tronçonneuse présente, avec un peu de bonne volonté, un potentiel intéressant (ne serait-ce que pour comprendre, ce n’est quand même pas une activité banale), Jonathan Liebesman, à qui a été confiée la réalisation, n’a malheureusement pondu qu’une coquille vide, une coquille soignée certes, mais qui ne cache pas longtemps la nudité de son intérieur.

Côté enrobage donc, c’est assez satisfaisant. Le décor est bien rendu, les prises de vues sont efficaces et permettent de rentrer facilement dans le film, même si la caméra a parfois des accès de tremblote (Michael Bay n’est pas loin), ce qui a le mérite de conserver l’attention une fois l’histoire lancée et qu’on commence à entrevoir son manque de consistance. Les personnages tiennent leur rôle, ce qui est déjà bien, mais en restent là. A noter tout de même la place inattendue donnée au shérif Hoyt qui se révèle ainsi comme le personnage central du film. Deux conséquences en découlent, une bonne et une mauvaise : son taux de présence assez élevé permet de profiter plus souvent de la qualité du jeu d’acteur de son interprète (R. Lee Ermey), mais le développement important accordé à papa Hewet se fait aux dépends de celui qui nous intéresse a priori un peu plus, à savoir Thomas Hewet, le personnage qui donne au film son titre, et à propos duquel on aimerait en apprendre d’avantage, le fameux « commencement » qu’on nous avait promis.

Si l’habillage est correct, le corps du film laisse en effet à désirer. Or aime t’on un cadeau simplement parce que le paquet est joli ?

Le début était pourtant encourageant : un abattoir isolé dans la campagne texane, une ambiance glauque mais somme toute banale pour un tel endroit, et puis une employée qui met bas, en plein travail, d’un petit être informe qu’on retrouve ensuite abandonné dans une poubelle et qu’une femme (qu’on devine à demi être Mme Hewet, en plus jeune, en plus maigre aussi) recueille et emporte avec elle. On se dit alors qu’on va enfin savoir comment le petit Thomy va grandir et devenir ce que l’on sait. Le générique du film présente au travers de divers registres filmés en gros plan l’enfance du garçon, et notamment ses différentes tares physiques (principalement faciales d’après ce qu’on aperçoit des notes présentées). Enfin, on le retrouve dans l’abattoir, pratiquement à l’endroit de sa naissance (sans qu’on sache trop s’il en est conscient), en train de couper de la viande, pendant que là haut, dans le bureau, on ferme la boutique... Et le grand gaillard commet son premier meurtre (classiquement allais-je dire, en tout cas avec un outil plus « conventionnel » qu’une tronçonneuse) sur la personne du patron qui lui signifiait son renvoi, les affaires ayant mal tournées et l’abattoir devant fermer définitivement. C’est ainsi qu’est lancée l’histoire, et c’est très prometteur.

La suite devient un peu plus inquiétante quant à la teneur du film, le shérif souhaitant faire son boulot (il y a tout de même eu un meurtre) se fait lui même tuer par M. Hewet, qui en profite pour lui piquer sa voiture et ses vêtements, et endosser sa fonction du même coup. On passe alors à la présentation de la bande de jeunes de service, et c’est là que ça se gâte vraiment. A vrai dire, il est difficile de faire plus plat. Ils sont d’ailleurs tellement creux que la seule solution pour nous les présenter est de les faire échanger trois phrases dans lesquelles on a glissé les informations clefs à transmettre au spectateur. En exagérant à peine, il aurait été plus honnête de leur faire dire par exemple : « Bonjour je m’appelle Bailey, j’ai le rôle de la jolie fille n°2, à part ça je ne suis pas très utile donc je ne vais sans doute pas durer longtemps », et de leur mettre une petite étiquette sur la poitrine pour qu’on n’oublie pas qui est qui (même s’il ne sont que quatre, ce qui limite les confusions). La seule qui s’en sort à peu près reste Chrissie (Jordana Brewster) à qui la charge d’héroïne officielle donne un peu plus de contenance. Les autres ne sont clairement que des accessoires.

La suite est simple, confrontation entre les deux mondes : un accident au milieu de nulle part sur les lieux duquel le premier (et unique) intervenant est un imposteur de shérif aux motivations obscures qui ramène chez lui les jeunes infortunés, une famille isolée aux mœurs étranges et qui voue une rancune tenace à la fermeture de l’abattoir qui faisait vivre la région, et qui se défoule sur les premiers étrangers venus, et l’intervention fortuite de leur fils adoptif qui s’empare de façon tout aussi fortuite d’une tronçonneuse qui traînait par là pour ne plus la lâcher (sans doute content de l’efficacité qu’elle représente pour l’usage qu’il en fait...).

Quelques incohérences jalonnent l’histoire, parfois même grossières et remettant en cause la tangibilité d’une bonne partie des scènes. Bien entendu ce film met en lumière avant tout un univers, une histoire, qui, comme toute fiction, pour être racontée de façon efficace, nécessite quelques arrangements avec la réalité. Mais si le message de fond fait normalement pardonner (voire oublier dans les meilleurs des cas) quelques légèretés dans le réalisme, l’absence de contenu rend tatillon.

Evidemment tout film ne se doit pas de contenir une pensée philosophique avec un scénario complexe et des sous-entendus difficiles à saisir, ni même un simple message de fond, ne serait-ce que basique (même si c’est quand même préférable), pourvu que le fond soit autre. En tant que film d’horreur, on pouvait donc attendre de Massacre à la tronçonneuse : le commencement, faute de faire réfléchir un minimum, qu’il fasse peur, mais là encore, il n’est pas au rendez-vous. Certes à plusieurs reprises on sursaute à l’apparition soudaine d’un événement qu’on attendait pas et dans un contexte angoissant (on se prend tout de même un peu au jeu). Mais cachez vous dans un placard et surgissez subitement au passage de quelqu’un et vous obtiendrez le même effet, êtes vous pour autant un bon cinéaste d’horreur, j’en doute. Ce n’est pas non plus la profusion d’hémoglobine dans certaines scènes qui parvient à insuffler au spectateur un sentiment de peur, cette frayeur ténue et constante qui l’occupe encore en sortant de la salle et qui le rend mal à l’aise les jours suivants. Non, ce qu’on obtient là c’est tout au plus un certain dégoût, encore que l’intensité des passages sensibles n’atteignent pas des proportions dérangeantes, comme par exemple la scène d’opération crânienne à la perceuse de Saw III (Darren Lynn Bousman, 2006).

Le regret majeur que laisse le film est le faible attachement à l’histoire de Thomas Hewet à proprement parler. Jamais on ne voit son visage, est-ce pour laisser travailler l’imagination du spectateur, le simplement suggéré étant toujours bien plus efficace que l’ouvertement révélé, une règle qui aurait d’ailleurs dû être plus appliquée... ou bien est-ce une façon de déshumaniser le personnage, le cantonner dans son rôle de « méchant tueur fou » ? ou est-ce par manque de créativité ? Toujours est-il qu’au bout d’un quart d’heure, le concept « le commencement » est déjà épuisé, la suite n’est que film d’horreur peu original sans exploitation de l’idée de retour aux origines. Si Massacre à la tronçonneuse (le remake) insistait fortement sur l’aspect « inspiré de faits réels » avec images façon documentaire-archives en intro, un peu comme un prétexte, ce second volet n’y fait plus référence, misant plus sur son sous-titre « le commencement » mais ne l’utilisant au final, là encore, que comme un simple prétexte.

Une référence à l’enfance de Thomy passe tout de même furtivement dans la bouche du shérif Hoyt quand, pour encourager son fils adoptif à tuer, il lui parle des gamins qui se moquaient de lui quand il allait à l’école, dommage que cette dimension n’ait pas été mieux exploitée, l’idée d’un « Elephant man » (David Lynch, 1980) mal élevé aurait pu fournir une toile de fond intéressante. Car un des point du scénario sur lequel il faut s’arrêter est que c’est bien le shérif Hoyt qui pousse Thomas Hewet à agir et à devenir ce pour quoi on le connaît (j’aurais aimé dire qu’il « l’instrumentalise » mais cet aspect n’est pas assez développé pour le mériter). La dimension monstrueuse des actes est ainsi répartie entre le personnage du shérif, pervers et dérangé, et le personnage de Thomas, naïf et souffrant de son état de différence, l’un influençant l’autre (le plus inhumain des deux n’étant donc pas celui qu’on croit), ce qui évite d’avoir à faire à un grand méchant monstre unique. Si ce point est intéressant et relève le niveau de l’ensemble, il reste malheureusement très marginal, le déceler nécessitant une réflexion après coup et des déductions qui dépassent le cadre des évènements relatés à l’écran. Il est clair que développer cette dimension n’était absolument pas la priorité, et on le regrette grandement.

Le film préfère s’attacher à montrer comment untel, amputé des deux jambes dans Massacre à la tronçonneuse (le remake), en vient à se faire couper les membres, ou encore comment le shérif, qui porte un dentier dans Massacre à la tronçonneuse (le remake), perd ses dents. Tout cela est symptomatique de l’approche adoptée, cruellement superficielle.


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1 réactions à cet article    


  • michel lerma (---.---.158.204) 28 février 2007 14:34

    J’ai vu le film et c’est pas vraiment top

    Il semble que le film te soit monté à la tête

    Va voir une fille de joie ,tu ira mieux après

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Matth1721


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