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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Michel Onfray, mauvais lecteur de Nietzsche dont il se réclame

Michel Onfray, mauvais lecteur de Nietzsche dont il se réclame

Eh bien, si naturellement Onfray partit de Nietzsche et proposa un nietzschéisme de gauche, ou bien se posa en nietzschéen de gauche, je dois vous avouer que j'ai bien du mal à envisager qu'on puisse se dire nietzschéen par soi (Nietzsche ayant tout fait pour sur-personnaliser - impersonnaliser via la personnalisation pourtant - sa dynamique, qui exhorte à tous les surpassements et autres divergences), nietzschéen de gauche qui plus est (en tant que Nietzsche réprouvait la petite politique partisane), et enfin même qu'on puisse dire seulement nietzschéisme, puisque Nietzsche évolue au long de son œuvre (ses préfaces réécrites au moment de Zarathoustra, pour tous ses ouvrages antérieurs, prouvent qu'il était dans la démarche de devenir qui il était, en cela cohérent avec lui-même).

 

En fait, Nietzsche même n'était pas nietzschéen, et n'élaborait pas de nietzschéisme non plus ("Je n'ai pas assez confiance en les systèmes, pour croire en mon propre système."), ce que je mets au compte de sa subsomption psychologique des profondeurs incarnées de l'existence humaine, et pas qu'humaine (ce qu'il appela, tout en se défiant de la grammaire, "volonté de puissance" et, mieux, Dionysos). De sorte qu'au mieux, il y ait un nietzschéisme bataillien, un nietzschéisme deleuzien, un nietzschéisme habermasien, un nietzschéisme onfrayien, un nietzschéisme astorien, un nietzschéisme rossetien, et autant de nietzschéismes qu'il y a de lecteurs attentifs de Nietzsche, tentant d'en (re)constituer l'inhérence via la présomption d'une cohérence structurelle.

C'était mon premier point. Ceci étant, on m'objectera qu'Onfray se pose en subjectiviste radical, de sorte qu'il puisse se permettre ce qu'il veut avec Nietzsche. Peut-être, mais j'estime cela un peu court.

Deuxième point : la dichotomie Apollon-Dionysos, chez Nietzsche, et dès l'Origine de la tragédie, se trouve dans une codynamique du tors ou de la tresse, voire du ruban de Mœbius. Si bien sûr chacun a une définition singulière, il n'en reste pas moins que - et tréfondamentalement dans la tragédie attique - leur binôme coopère en se complétant.
A la limite, en tant que "principes psychologiques incarnés dans les profondeurs de l'existence humaine et pas qu'humaine", Apollon pourrait correspondre au conscient, au Moi, à la raison - Dionysos à l'inconscient, au Soi, à la Grande Raison (le corps). Belle apparence et Un originaire, forme plastique solaire et ivresse kinésique occulte. C'est Apollon qui va informer, maîtriser, dompter Dionysos, qui pourtant rend Apollon nécessaire. Sans Apollon, c'est la folie ; sans Dionysos, c'est le néant.
De sorte que, Onfray établissant les parallèles Apollon-pulsion de mort-dessèchement de l'existence/Dionysos-pulsion de vie-enrichissement de l'existence, il y ait malversation. Pire : il y a moralisation totalement a-nietzschéenne, en ce qu'Apollon correspond alors à un mal absolu qui ne dit pas son nom, et Dionysos à un bien absolu qui ne le dit pas plus. Les deux, trop limpides dans leurs définitions, pour qu'ils appartiennent bien encore à une quelconque psychologie des profondeurs et, ce, quand bien même Onfray exalta les para-psychanalyses encontre Freud.

Il me semble en effet, qu'Onfray, post-soixante-huitard dans la démarche, corresponde assez bien à ce que Vincent Cespédès place sous mai-68, dans son Mai 68, la philosophie est dans la rue : à savoir un rejet des profondeurs, une assertivité de la surface pure seulement, d'un acabit éventuellement deleuzien, dans une sociologie du quotidien très lefebvrienne.
De là, nous avons perdu Nietzsche loin derrière nous ; Nietzsche qui, en nous exhortant avec Pindare à devenir qui nous sommes, ne nous a jamais dit de nous auto-sculpter, d'une façon finalement assez narcissique ("Il y a en nous un bloc de granit rétif à tout.").
Car on a dit d'Onfray que c'était un plumitif obsessionnel (névrosé) pour parler avec Freud, mais je trouve surtout qu'il ressemble à un névrosé narcissique, ayant besoin de ses livres pour se sentir exister, au mieux arrêté au stade du miroir lacanien - stade phallique de l'assertion. Diagnostic qui n'ôte rien à sa valeur médiatique, ni à sa cohérence systématique hédoniste-matérialiste-postanarchiste-moraliste. Et je dis bien moraliste, car enfin, Onfray condamne assez courtement (encore que les livres soient épais) Sartre ou Sade, tandis qu'il exalte de même Camus : à coup de décrets moralisateurs (cf. aussi, son Hegel versus Kierkegaard).
Bref : Onfray valorise un esthétisme, doublé d'un éventuel onirisme, confinant tout aussi bien à l'utopisme voire l'uchronisme.

En quoi, toutefois, il cherche à se positionner "nietzschéennement" en législateur, créateur de valeurs. Ce que je lui laisse, respecte et applaudis même chez lui. A ce point, on peut trouver qu'il correspond à l’Émile Zola de la philosophie (car Émile Zola pensait que sa parole valait pour décret) : il y a un naturalisme philosophique, oxymorique de l'esthétisme a priori, sinon qu'il s'agit bien, dans les deux cas, de s'arrêter au sensitif.

Mais bref : Onfray est un mauvais lecteur de Nietzsche, Nietzsche ni naturaliste ni esthétiste.


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16 réactions à cet article    


  • Seulement de Nietzsche ??? Trois pages après avoir lit son Freud, j’ai rendu le livre à la bibliothèque. Aucune référence bibliographique, pas un mot sur l’interprétation des rêves. J’avais l’impression de lire le genre de magazine que l’on trouve chez le dentiste,.... 


    • Gitche Manito 29 août 18:47

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Vous dîtes n’importe quoi, le livre d’Onfray sur Freud est surabondant en références bibliographiques. De plus à en juger par la teneur faible en matière grise de votre commentaire, vous n’avez certainement même pas lu cet article ici présent. Moi même j’ai buté plusieurs fois sur des mots que je ne connaissais pas.

      Onfray je lui rend hommage sur mon blog.

    • ZEN ZEN 20 juillet 15:57

      ...Comme il fut un mauvais lecteur de Freud

      Je rejoins Mélusine

      • Sharpshooter - Snoopy86 Sharpshooter - Snoopy86 20 juillet 17:47

        @ZEN

        «  Je rejoins Mélusine »

        Il y a longtemps qu’on vous avait rangé dans la même case smiley

      • ZEN ZEN 21 juillet 11:35

        @Sharpshooter - Snoopy86

        Rien compris, comme souvent
        Fallait-il ajouter : sur ce point !? ! smiley

      • Chourave Clark Kent 20 juillet 16:15

        Nietzsche était un pianiste compositeur qui lisait beaucoup, prenait des notes et écrivait des mémos sur des bouts de papier pour conserver et se souvenir de ses premières réactions, sans indiquer à quelle oeuvre il fait références, ce qui produit un effet de bizarrerie récupérables par les imposteurs en quête d’aphorismes qui confondent philosophie et prédication ésotérique.

        Qui, en France est capable de lire Nietzsche en langue allemande et d’apprécier ?
        Il n’est pourtant pas possible de dissocier le signifiant du signifié chez un auteur dont la production est plus roche de la poésie que de la philosophies.
        Or, dans une traduction, un texte poétique perd sa raison d’être et ce que le lecteur découvre n’est qu’un analogon de l’original.
        Si, en outre, la traduction est mauvaise ou orientée dans le but de justifier une idéologie, ce qui a été le cas pour cet auteur dans les années 30, il ne s’agit plus que d’un prétexte : « Traduttore, traditore ».

        • Douze année d’ONFRAY. Il est temps de tourner la page,.... https://www.youtube.com/watch?v=M1EUAbsyNg0


          • Loatse Loatse 20 juillet 16:56

            Coincidence, je suis ces derniers jours en train de relire Onfray (le souci des plaisirs).


             lu en partie « le crépuscule d’une idole » ou celui ci parle de Nietzsche justement, dont Freud se serait largement inspiré ou plutôt aurait copieusement pompé l’oeuvre (d’après l’auteur..)

            Mauvais lecteur de Nietzsche ? j’ai le même ressenti avec la lecture que celui ci fait des évangiles de Paul de Tarse, tout d’abord lorsque l’auteur après en être venu à la déduction que cette écharde dans la chair dont l’apotre souffrait pourrait être la manifestation de son impuissance à honorer une femme..
             Hélas ! ’en suit un chapitre entier ou l’hypothèse se transforme en certitude, d’autant plus que l’apotre invite à maitriser ses instincts.. (ce qui va de soi ; nous ne sommes pas des bonobos non plus)


            idem plus loin quand sa lecture toujours aussi subjective des évangiles l’amène à faire de Jésus une sorte de baba cool, tolérant, doux... bref un vrai clone du gauchiste soixante huitard Onfray, me suis je dis..

            comment un homme aussi intelligent peut il ne pas s’en rendre compte ? ca me dépasse..

            rappelons tout de même que les apôtres portaient des épées qu’ils était aussi conseillé de s’en munir (pour se défendre), que parmi ceux ci se trouvait un sicaire (secte sanguinaire), et que la loi juive autorisant le divorce fut purement et simplement annulée..

            alors je me suis dit en regrettant mes achats (rembourse moi mec !) : si un philosophe de renom n’est pas capable d’objectivité.. a quoi bon le lire, en plus, ce gars là voit des névroses partout.. 

            je dirai même plus, c’est obsessionnel ! smiley Dommage 

            • Jean Roque Jean Roque 20 juillet 18:42

              Du Nietzsche de gôôôche
              (il faut lire Lukacs, puis Heidegger, où plus simplement Coudenhove-Kalergi, père de l’UE) :
               
              Le luxe est une forme de triomphe permanent sur tous ceux qui sont pauvres, arriérés, impuissants, malades, inassouvis.”
               
              « La dégénérescence générale de l’humanité, son abaissement au niveau de ce que les rustres et les têtes plates du socialisme appelle l’homme futur, leur idéal, cette déchéance et rapetissement de l’homme transformé en bête de troupeau .... cette bestialisation des hommes ravalés au rang de gnomes ayant tous les mêmes droits et les mêmes besoins ... » Nietzsche
               
              « L’illusion qu’entretiennent les masses à ce sujet [la Raison], dans toutes les démocraties par exemple, est extrêmement utile : on vise le rapetissement et la malléabilité des hommes comme un ‘progrès’ [infantilisation] »
              Nachlass, Nietzsche 
              « la civilisation alexandrine a besoin d’une classe d’esclaves, mais, dans sa vision optimiste de l’existence, elle nie la nécessité d’une telle classe, et se dirige donc peu à peu, une fois que l’effet de ses paroles séductrices et lénifiantes sera dissipé, vers un cruel anéantissement. Rien n’est plus terrifiant qu’une classe barbare d’esclaves qui a appris à considérer son existence comme une injustice, et qui s’apprête à en tirer vengeance non seulement pour elle, mais pour toutes les générations » Naissance de la Tragédie
               
              « Dès le moment qu’ils entrent en contact avec l’étranger, les étrangers, ils ne sont guère meilleurs que des bêtes sauvages que l’on a lâchées. Ils jouissent du fait d’être libérés de toute contrainte sociale. Leur sauvagerie compense la tension qu’ils ont accumulée durant leur longue détention dans la paix de la communauté. Ils retrouvent l’innocence consciente de l’animal sauvage, ils redeviennent des monstres jubilatoires, qui, peut être, après une série horrible de meurtres, d’incendies, de viols et de tortures, s’en iront légers ; comme s’il s’était agit que d’un mauvais tour d’étudiants, et convaincus qu’ils ont fourni matière pour longtemps aux chants et aux hymnes des poètes. Au fond de toute ces races nobles, il ne faut pas méconnaître l’animal sauvage, la bête blonde magnifique, courant après le butin et la victoire ... »

              Nietzsche de gôôôôche (cri d’Onfray)


              • Areole 20 juillet 18:46

                « Nietzsche ayant tout fait pour sur-personnaliser - impersonnaliser via la personnalisation » 

                Je pense que là vous avez tout fait pour surembrouiller-débrouiller via l’embrouille, 
                Mais je reste d’accord avec vous « nous ne sommes pas des bonobos ». Heureusement pour ces brave bêtes.

                • bob14 21 juillet 07:56

                  nietzschéen de gauche ?

                  Y en a qui traine une sacrée couche... smiley

                  • Mordicul 21 juillet 08:46

                    Quand les chiens retournent a la Nietzsche, ouaf ouaf !!!!


                    • Jean Keim Jean Keim 21 juillet 12:17

                      Ne trouvez-vous pas que tout cela n’est rien d’autre que du bruit mental ?


                      • il y a deux manières de lire : avec le coeur, l’intuition. Avec le cerveau rationnel et les yeux,.... Le livre ne diffère pas, c’est le lecteur. Parfois Hannibal LECTOR, d’autres fois, lect « heure » réglé sur la tic tac de son coeur. Paraît que celui d’ONFRAY est fragile. https://www.youtube.com/watch?v=X81ZMsyBYds


                        • Gitche Manito 29 août 18:50

                          @Mélusine ou la Robe de Saphir.
                          Vraiment minable de s’attaquer à la santé d’Onfray, vous êtes pathétique...


                        • Le Surhomme dans la mythologie est Héphaïstos. Dieux boiteux et DIVIN. https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Or_du_Rhin

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