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« Miss Nina Simone » face à son faire-valoir & souffre-douleur au Lucernaire

Ce spectacle inspiré par le roman éponyme de Gilles Leroy, coadapté par la comédienne Jina Djemba et la réalisatrice Anne Bouvier doit être d’abord défini, si le spectateur souhaite l’apprécier à sa juste valeur, par ce qu’il n’est pas et ne veut surtout pas être, à savoir un biopic dédié à la chanteuse Nina Simone.

 

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MISS NINA SIMONE
© Theothea.com

  

Ceci étant admis et bien compris, il suffit alors de lire la note d’intention de la metteuse en scène pour s’imprégner d’une « sorte d’ultime voyage que rien ne peut arrêter » où celle-ci souhaite créer un univers onirique porté par la musique, le chant et l’intime relation nouée par l’artiste et son intendant fictif.

A ce titre, il est alors pertinent d’affirmer que cette création de théâtre musical est une réussite à la fois subtile, transgressive et pathétique.

 

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MISS NINA SIMONE
© Samy La Famille

  

En effet si, sur la scène du Théâtre Rouge, la mezzo soprane y aborde une dizaine de chansons parmi les plus réputées de son répertoire, par quelques-uns de leurs extraits ingénieusement jaugés, c’est pour mieux analyser la relation de dépendance destructrice générée entre l’artiste douée et son double « la femme désappointée » à travers l’image virtuelle de son faire-valoir et souffre-douleur (Valentin de Carbonnières) affectivement martyrisé et dont l’incarnation romanesque permet de rendre compte des affres de la bipolarité sans autre perspective que la lente déchéance de la Diva somatisant une pathologie objective.

 

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MISS NINA SIMONE
© Samy La Famille

  

Faudrait-il cacher une telle destinée et ne considérer que la période faste où tous les espoirs de succès étaient envisageables pour cette Légende du Jazz qui pensait posséder un charisme similaire à La Callas et souhaitait devenir la première concertiste classique noire ?

A contrario, percevoir l’enjeu tragique d’un telle carrière, où cette ambition initiale fut bloquée par le racisme institutionnel et que, de ce fait, l’alternative « Blues / Jazz » menant au succès international n’aurait été que la conséquence, par dépit, d’un pis-aller artistique de revanche, pourrait effectivement donner à penser que la maladie maniaco-dépressive de la chanteuse aurait été ainsi programmée de manière sociétale.

 

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MISS NINA SIMONE
© Samy La Famille

  

Au demeurant, le travail de recherche scénographique résultant de deux années de collaboration intensive entre la comédienne et sa metteuse en scène, est donc d’autant plus abouti si le spectateur accepte de mettre entre parenthèses son admiration sans borne pour l’immense Nina Simone et d’entrouvrir son regard sur l’incommensurable désespoir dans lequel celle-ci fut plongée, en guise de rançon à son succès absolu mais en porte-à-faux.  

Effectivement, le chant de Nina Simone reste superbement gravé à jamais dans les mémoires humaines, digitales et autres sillons vinyles ou numériques…

 

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MISS NINA SIMONE
© Samy La Famille

  

Sans doute d’ailleurs, pourrait-on se contenter de l’écouter ainsi dans une satisfaction inégalée mais, néanmoins, il est également passionnant d’écouter la voix très performante de Jina Djemba, voluptueusement accompagnée d’étrangeté par le multi-instrumentiste Julien Vasnier, venir illustrer les ressorts cachés de la création artistique au sein de contradictions ô combien paradoxales.

  

photos 2 à 5 © Samy La Famille
photos 1 & 6 © Theothea.com

  

MISS NINA SIMONE - **.. Theothea.com - d'après Gilles Leroy - mise en scène Anne Bouvier - avec Jina Djemba, Valentin de Carbonnières & Julien Vasnier - Théâtre Rouge / Le Lucernaire

 

 

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MISS NINA SIMONE
© Theothea.com

   


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3 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 11 mai 10:22

    Pauvre Nina... Je l’aimais beaucoup.

    Que serait-elle devenue si on lui avait laissé accomplir sa carrière de pianiste ?

    Elle n’aurait pas croisé José Arthur !? smiley

    Personnage exubérant mais attachant, une vraie harpie à la douleur toujours présente qui a sans doute servie sa voix.

     


    • norbert gabriel norbert gabriel 15 mai 19:51

      @Clocel



      José Artur, de la radio ?? 

    • Dom66 Dom66 11 mai 11:49

      Merci pour cet article..perso j’ai aussi une admiration sans borne pour l’immense Nina Simone ;

      Madame Nina Simone. J’ai presque tout ses titres….

      Hélas pour moi l’inconvénient d’habiter loin en province c’est justement ne pas pouvoir voir ce genre de spectacle..

      Je vais voir sur le net si je peux écouter cette chanteuse.

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