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Mission, la voie d’un Père blanc

Quand David Van Reybrouck, l’auteur à multiples casquettes de Congo, décide de consacrer un spectacle aux missionnaires d’Afrique, cela suscite forcément la curiosité du landerneau littéraire. Basé sur de nombreux témoignages de Pères blancs, Mission emprunte au documentaire son esprit, multipliant les pistes de réflexion et conférant à son écriture un caractère multidimensionnel. Au Théâtre Royal de Namur, le public a fait montre d’un grand enthousiasme devant cette parodie de conférence, aux accents pourtant bien authentiques. 

Fraîchement auréolé du Médicis de l’essai, l’écrivain belge David Van Reybrouck occupe une nouvelle fois le haut de l’affiche. Le Théâtre Royal de Namur a programmé cette semaine son spectacle Mission, articulé autour de l’histoire d’un Père blanc en poste au Congo. Prétexte à toute réflexion, le vécu du vieux prêtre André se déguste à toutes les sauces. C’est ainsi que cinquante années d’engagement religieux et humanitaire se trouvent passées au peigne fin. Avec, en toile de fond, l’analyse clinique d’un pays où les embûches se comptent en légions.

Le pitch s’avère simplissime : le père André profite d’un bref retour en Belgique pour donner une conférence au cours de laquelle il livre un témoignage éclairant quant à son travail de missionnaire au Congo. Mais, de ce point de départ peu exaltant, David Van Reybrouck va puiser de quoi lancer une vaste réflexion sur l’engagement, l’Afrique, les valeurs humaines ou encore les dogmes religieux. Et le spectateur bascule d’une émotion à l’autre, la dérision faisant rapidement place à la détresse ou au doute. Avec humilité, Mission met à mal les jugements hâtifs et les simplifications excessives. Son ambition ? Retranscrire fidèlement la vie des missionnaires, ce qui justifie une escalade rythmée de l’échelle des sentiments.

Bruno Vanden Broecke, en comédien accompli, incarne avec brio ce religieux en proie aux doutes, mais résolument attaché aux valeurs universelles qu’il entend défendre. Il raconte avec tendresse, indignation ou résignation son quotidien dans un pays où l’obscurantisme, l’injustice, la famine et la guerre tordent le cou au moindre espoir. Plus qu’un spectacle sur la foi, Mission revisite avant tout la portée des choix individuels et de nos conceptions du monde. Les anecdotes prennent des allures de faits globalisants et semblent lever le voile sur des (épi)phénomènes trop souvent passés sous silence. Les relations humaines occupent toujours une place de choix, sous-tendant les grandes lignes directrices du récit.

Techniquement modeste jusqu’au dénouement – inattendu et potentiellement bouleversant –, Mission ne brille ni par son décor, très dépouillé, ni par ses effets visuels, inexistants. Son intérêt réside plutôt dans le traitement d’un sujet complexe, le fait religieux, et dans sa capacité à dépasser les clivages traditionnels pour mieux se recentrer sur l’essentiel, l’humanité, l’altruisme, la compassion ou le partage. S’attaquant sans ambages aux dogmes aveugles, David Van Reybrouck aborde notamment la question du célibat des prêtres, jugé incompatible avec les réalités du missionnaire. Et l’auteur va plus loin : il éreinte un prosélytisme souvent peu en phase avec l’engagement humanitaire, l’entraide désintéressée devant l’emporter sur toute autre considération.

Au fil de son discours, le père André parle de sa jeunesse, revient sur la naissance de sa foi – et sur ses quelques contrecoups, notamment familiaux –, explique son travail de missionnaire et nous apprend qu’il a perdu de nombreux jeunes au combat. De l’Afrique, il évoque avec douleur les sorciers tout-puissants, les enfants soldats, les viols, les exactions et les pillages systématiques lors des conflits armés ou encore les nombreux séismes politiques qui ont agité l’ancienne colonie belge. Ne négligeant jamais le contexte historique, il narre les déboires d’un Congo toujours instable, où les problèmes s’enchevêtrent jusqu’à devenir insolubles.

Intelligent mais inégal, Mission distille avec diligence ses traits d’humour et ses signes de détresse, dressant le portrait d’un prêtre hors du commun, dont le discours (un tantinet trop long) constitue une ode à la justice et à l’empathie. 


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