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MODE AFRICAINE : entretien avec Ayissi Nga Joseph, styliste et créateur de la marque Wazal - par Ulrich Talla Wamba

Il est jeune et ambitieux, franco-camerounais, styliste et créateur de la marque WAZAL. Ce passionné de la mode est notre invité. Il nous parle de ses projets, du secret de l'expansion de sa marque. Ce qu'il pense de la mode "Afropéenne" ? Entretien exclusif. - propos recueillis par Ulrich Talla Wamba

Nous avons tendu notre microphone à l’écrivain, styliste et créateur de la marque Wazal. Monsieur Ayissi, bonjour et merci d’accepter de répondre à nos questions. Qui est le personnage qui se cache derrière toutes ces casquettes ?

Bonjour, merci de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer sur votre plate-forme, j’en suis honoré ; je me nomme AYISSI NGA Joseph Marie, Créateur de la marque Wazal ; écrivain à mes heures perdues. À ce jour j’ai eu à créer quatre collections qui sont respectivement : Braguette, Africafutur, WazalRock, Ova .

Toutes ces collections m'ont valu une nomination au BEFFTA AWARDS à Londres en 2016 : un moment de grande joie car je n'ai pas suivi un cursus particulier lié au domaine de la mode. Je suis un autodidacte qui depuis sa plus tendre enfance s'inspire de tous les horizons pour créer son propre chemin. Toutefois, j'ai tenu à perfectionner ma façon de travailler, ma méthode et mon univers en suivant une formation de mode au sein de l’école VANESSA RUIZ à Paris où j'ai fait du Modélisme du moulage. 

Avec tout mon parcours, j'ai eu envie d'écrire, de raconter un peu mon histoire mais il me fallait le faire d'une façon originale. Mon récit parle de ma marque, de ce qu'elle véhicule comme image, de ses origines. C'est pourquoi, j'ai pris la décision de lancer ma BD "La légende de Wazal" ; qui raconte l'histoire d'un roi qui doit préserver son peuple.

Le monde bouge, les idées avec… S’il fallait parler davantage de vos métiers. Quelle serait en quelques mots votre définition de l’écrivain, et du styliste aujourd’hui ?

Un styliste est un passionné, un visionnaire. À travers ses créations, il marque son temps, raconte son histoire à travers ses collections, ses inspirations. 

Un écrivain, n'est pas forcément un passionné ou un visionnaire. Il raconte son histoire pour transmettre son savoir, sa vision des choses ; motiver, léguer un patrimoine culturel selon le thème qu'il aborde. 

Au départ, le styliste et l'écrivain ont les mêmes objectifs : raconter une histoire. L'un transmet son histoire visuellement et l'autre par écrit. 

Être les deux à la fois est une force car les deux activités sont complémentaires. On ne peut pas tout faire ressortir par un simple visuel, aussi beau soit-il. Et inversement, l'écriture ne suffit pas toujours à faire ressentir ce que l'on souhaite. 

À propos justement, vous êtes sur plusieurs chantiers littéraires et artistiques dont l’un des derniers, « La légende de Wazal » qui est le porte flambeau de votre style Wazal. Quelle est en bref la trame de cette légende ? Quelle est sa genèse ? Et surtout sa sagesse ?

Wazal King est un jeune Roi qui du jour au lendemain se retrouve à devoir prendre la responsabilité de protéger son peuple. Il se doit de marcher sur les pas de ses ancêtres qui ont toujours gouverné et protégé le peuple avec précision et diligence.

Sa sagesse, il l'acquiert en s'inspirant de ses ancêtres, en écoutant les conseils des plus anciens du village, en écoutant le peuple, en faisant d'autorité, de conseiller, en tirant des leçons de son quotidiens qu'elles eussent étés des échecs ou des réussites, etc.

Sa sagesse est un gage de grandeur, de maturité qu'il se doit s’acquérir et de préserver coûte que coûte afin de développer et protéger la confiance que son peuple met en lui.

Nous le constatons, cette œuvre « La légende de Wazal », est un carrefour qui expose une histoire originale inspirée des profondeurs africaines et relatant (autour de péripéties neuves) la genèse, la grandeur d’un style, d’un tissu, d’une mode. Selon vous, est-ce que le fait de transposer une œuvre littéraire en style ou mode permet de bonifier davantage le projet ?

Vous savez, ma réponse précédente, la vie de "Wazal King" est le reflet de la vie d'un styliste. En effet, notre passion provient toujours de quelque part ou de quelque chose. Une fois qu'on dénote cette passion, il faut la travailler, s'améliorer, écouter les conseils des autres, même si on ne les met pas toujours en place.

C'est ainsi qu'on grandi et qu'on gagne en sagesse. C'est également ainsi qu'on peaufine l'image, le message qu'on souhaite véhiculer. Ainsi, le fait de transposer une œuvre littéraire en style permet, oui, de bonifier le projet. Car selon moi, on fait découvrir l'histoire de la marque de façon plus ludique donc on offre un instant détente au lecteur par la même occasion. 

À travers la lecture, le lecteur comprend mieux ce qu'il porte et pourquoi il le porte. C’est une forme d'identification à la marque et c'est encore meilleur quand on partage la même vision des choses. Je pourrai citer plus de faits affirmatifs. Mais ce qu'il faut retenir, c'est que mêler mode et écriture apporte plus de liberté aux personnes qui nous suivent de par les différents objectifs de communication (visuels et écritures) que chaque entité reflète. 

En ce qui me concerne, je tiens mon don de mon père, je me suis inspiré de son savoir pour me lancer et je m'inspire de ceux qui m'entourent pour gagner en compétences et finesse. D'ailleurs, à la sortie du livre, je compte faire une exposition pour illustrer mes personnages. Par la suite, concevoir les tuniques et vestes portées par les Wazalciens et Rois du royaume Wazalville ; une autre façon de permettre à ceux qui me suivent, de s'identifier à ma marque et de comprendre mon histoire.

Vous l’avez signalé ! Vous êtes un Franco-camerounais et votre double culture réussit à se faufiler dans vos productions ? Pourquoi le choix de l’Extrême-nord du Cameroun et de la périphérie du Mont Cameroun comme lieux cérémoniels de la légende ? Le choix est-il fortuit ?

À vrai dire, j'ai toujours été porté sur ce lieu et pour tout vous dire, ma marque Wazal à été inspirée du célèbre parc naturel de WAZA, situé dans l'extrême Nord du Cameroun. Je souhaitais me démarquer, en montrant ma détermination tout en reflétant la beauté du parc. Pour se faire j'ai ajouté le "L" qui signifie "Lion". Comme vous le savez, le lion est un animal féroce mais très beau, un roi calme tant qu'on ne l'embête pas. 

J'ai trouvé que associer la lettre "L" au nom du parc, était le reflet idéal de mon identité de marque. J'ai voulu représenter ma culture en parlant des richesses culturelles du Cameroun, en parlant du don que mon père m'a légué, de la royauté ; autant de valeurs que vous retrouvez dans mes œuvres. 

Parlons de la Bande dessinée qui relatera la même trame de cette histoire. Comment évolue le travail de production et d’édition ?

Au niveau de la production, il évolue très bien. Pour le moment mon équipe et moi-même ne connaissons pas le syndrome de la feuille blanche. Oui, je parle d'équipe car je ne suis pas un écrivain et pour proposer quelque chose de bien, je me dois de m'entourer de personnes, professionnelles ou non, qui prennent le temps de me lire et de m'apporter leurs ressentis. 

Ainsi, je travaille en étroite collaboration avec madame MELONIO écrivain public de la mairie de sarcelles à Paris que je remercie pour toute son implication et le savoir qu'elle partage avec moi. Au-delà de mon entourage proche, qui m'est d'un grand soutien, je n'hésite pas à partager des extraits de mon livre sur les réseaux sociaux tels que « osez livres », et « librairie Gallimard ». C'est une façon de challenger mes idées et de voir si elle plaise ou non. Ce qui est génial, c'est de voir les lecteurs jouer le jeu et de partager leurs opinions avec moi. Et cela me permet de mieux aborder mon histoire.

En ce qui concerne l'édition, le livre sera publié très prochainement. Mes collaborateurs me suivent en me prodiguant leurs conseils. En fait, c'est réellement toute une équipe, qui œuvre pour proposer une bande dessinée de qualité, riche en histoire et qui reflète mon identité de marque.

Votre marque « Wazal » arrive dans un paysage de la mode fortement concurrentiel et en pleines mutations. Elle rencontre d’ailleurs le style « Afropéen » qui séduit de nombreux Africains. Quelle est prioritairement votre cible ? Comment comptez-vous vous imposer ? Suivez-vous un registre de styles et particulier ? Pourquoi ?

Oui c'est vrai, on pourrait facilement assimiler mes créations à la tendance « Afropéenne », qui se développe actuellement et connaît une évolution et un succès sans précèdent. Cependant, je n'ai pas de registre particulier. Je suis simplement mon inspiration. Mon unique objectif est de proposer un produit final, qui plaira à mes clients, à travers lequel ils se sentiront uniques.

Mes clients sont aussi bien des hommes que des femmes étant donné que je dédie la ligne de vêtements « Wazal » aux hommes et « Wazalionne » aux femmes. Dans le futur, j’ai également l’ambition de développer une gamme enfant.

Afin de séduire les clients, je compte mettre en avant le style unique de mes créations. Vous le savez, le client veut se sentir différent et moi je leur propose d'être différents à travers ma marque.

Tout le monde veut s’imposer sur un marché, mais ce n’est pas mon objectif principal ni mon obsession actuellement. Aujourd’hui, j’aimerais gagner en expérience, apprendre au contact des meilleurs, relever le plus de challenges possibles et surtout prendre le maximum de plaisir, en faisant ce que j’aime. Le domaine de la Mode est un secteur hautement concurrentiel, qui demande beaucoup de patience pour réussir à "s'imposer". À ce jour, j'ai eu l'opportunité de collaborer avec deux grands noms de la Mode pour m'aider dans cette distinction des autres. Par exemple, Vanessa RUIZ intervient dans mes productions haut de gamme et Daive dans le prêt à porter. 

Aussi, je travaille sur la création d'une usine de fabrication au Cameroun pour répondre aux exigences de ma clientèle. Je me suis associée à trois stylistes : Louis Fame, Driss Fame et Nuvi création.

Terminons l’échange par la question de l’entrepreneuriat jeune. Quel regard portez-vous sur l’entrepreneuriat jeune au Cameroun ? En Afrique ?

Ma vision du Cameroun pour une personne qui vit ici en France est assez positive en matière d'entrepreneuriat. Nombreux sont les talents qui démontrent leurs compétences et ce, dans tous les secteurs : Cosmétique, Événementiel, Nouvelles technologies. La jeunesse a compris que l'avenir lui appartient et que c'est par elle que les choses changeront pour le mieux. Alors, elle s'applique à marquer de son empreinte. Ce n'est pas toujours évident mais il faut se battre.

Justement, puisqu’on en parle… (Citez) Un ou deux noms de jeunes Camerounais (ou Africains) vous laissant admiratif par leur (s) parcours ?

Alors, je vais vous en donner quatre car chacun a vraiment un domaine bien précis et c'est beau de parler du Cameroun dans toute sa diversité.

  • Je commence par Mme Carine Andela, entrepreneure sociale remarquable qui se bat pour valoriser le "made in Cameroon"
  • Mérimé Wilson https://cameroonceo.com
  • Mme Sala NJOYA, Camerounaise d'origine Bamoune, elle a lancé sa gamme naturelle de soins capillaires, Kydjanie (http://kydjanie.com/) pour les cheveux afro-caribéens depuis janvier 2017. Les produits sont d'excellente qualité et visent vraiment à permettre à la femme de mieux prendre soin de ses cheveux grâce à une routine capillaire simple, efficace avec dès résultats dès la première utilisation. 
  • Je termine par M. Cédric ATANGANA qui, avec son équipe, a lancé un système de paiement mobile pour toutes les personnes non-bancarisées en Afrique : We Cash Up (https://www.wecashup.com/fr). Son souhait, permettre à cette population sans carte bancaire de facilement effectuer ses achats en ligne en utilisant simplement leur téléphone portable.

Un dernier mot à l’endroit de nos lecteurs et internautes ?

Oui, toujours. Vivez votre passion malgré les contraintes. Rien n'est simple mais il vaut mieux essayer et se "louper" plutôt que de vivre avec des regrets. N'hésitez pas à vous former pour perfectionner vos acquis et mieux maîtriser votre art. Créez aussi votre réseau, allez à la rencontrer de personnes mieux placées dans votre domaine. Cultivez-vous et restez informé sur les tendances de votre métier. Je l'ai dit, rien n'est simple mais il faut se battre, y croire, ne pas lâcher et surtout être prêt à entendre la critique pour mieux rebondir. Dans mon cas, j'ai cette chance d'être beaucoup entouré et je remercie toutes ces personnes qui travaillent avec moi. Ainsi que les personnes qui me suivent et qui portent mes collections.

Merci à vous également et à vos confrères qui très souvent m'offrent l'opportunité de m'exprimer à travers leurs tribunes. 

 

 Propos recueillis par : Ulrich Talla Wamba

 


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5 réactions à cet article    


  • Choucas Choucas 27 décembre 2017 17:19

    FASHION-WASHING
     
    Colon, le garde chiourme du bas du Capital
     
    La marchandise mobile a besoin du temps immobile des crétins
     
    « Les fauves urbains de l’économie souterraine qui brûlent rituellement des voitures ne sont pas des enfants d’ouvriers en révolte qui se battent par haine de la marchandise, mais des paumés incultes adorateurs du fric, de ses modes insanes et de toutes ses grossières insipidités. Bien loin d’être des persécutés en rupture, ce sont les enfants chéris du système de la discrimination positive de l’anti-subversif, les talismans médiatiques de l’ordre capitaliste à révérer »
     
    Francis Cousin
     
    « La séduction [de l’Iphone où mode pour gogochon] représente la maîtrise de l’univers symbolique, alors que le pouvoir [économique] ne représente que la maîtrise de l’univers réel »
     
    Baudrillard


    • Jean 27 décembre 2017 17:35

      C’est magnifique et change de nos tenues, merci smiley


      • Choucas Choucas 27 décembre 2017 19:01

         
         
        Un bobo soumis devrait savoir mieux s’aplaventrer devant le multi-akulti capitaliste,
         
         
        « Mon ami l’africain qui me colonise » de Crassanel le mutin de Panurge


      • Arnold Arnold 28 décembre 2017 11:55

        Très bon sujet, mettant en avant les ressources et idées subsistantes en Afrique. Puisse l’avenir vous réserver la plus belle et remarquable réussite dans votre ascension.


        • Choucas Choucas 29 décembre 2017 10:04

           
          LA MODE DU FUTUR
           
          CAMPAGNE EX-ALLEMANDE PROMOUVANT LE PORT DU HIDJAB

           
          « Le hidjab ? J’en porte un moi aussi, c’est magnifique ! »
           « Appréciez la différence, commencez la tolérance [soumission] »

           
          déclare enjouée la bobo snob au multi-akulti gogochon ...
          Tellement fière d’être une chiure finale de l’Occident gland remplacé.

          « Tv ad encouraged german to wear hijabs »
          https://www.youtube.com/watch?v=MUCaNFFyT6E
          (sinon chercher sur yandex.ru)

          Campagne mondiale promouvant l’islamisation chérie du Capital (et de sa bonniche La Baudruche) :

          https://www.unesco.de/wissenschaft/2011/uho-0311-tolerance-day.html

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