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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Monteverdi et le mythe d’Orphée

Monteverdi et le mythe d’Orphée

Orphée était-il vraiment amoureux d'Eurydice ? Monteverdi est-il l'inventeur de l'opéra ? Quel rôle les philosophes grecs ont-ils joué dans la création de cet opéra ? Que nous apprend ce chef-d'oeuvre qui est un tournant essentiel dans l'évolution de la musique ? Cet opéra n'est-il pas plus politique que romantique ? Autant de questions qui méritent des tentatives de réponses. Des passages musicaux et des extraits du livret viendront étayer notre propos.

Monteverdi (1567 - 1643) est considéré comme l'inventeur de l'opéra. Même s'il n'a pas créé le tout premier, il en a consolidé les bases et apporté sa plus-value pour les siècles qui ont suivi. L'Orfeo est considéré comme le premier chef-d’œuvre de l'opéra. Avant Monteverdi, quelques pionniers avaient exploré cette voie musicale sans atteindre cette qualité : Jacopo Peri (1561-1633), Cavalieri (1550-1602), Giulio Caccini. Toutefois, ils avaient conçu l'idée de discours musical (recitar cantando). Le « recitar cantando » est du « théâtre chanté » selon la formule de Paolo Fabbri. Ils avaient aussi introduit un nouveau mode d'accompagnement : la basse continue.

I - Le rôle des philosophes grecs dans la formation de l'Orfeo

- les idées platoniciennes

(portrait d'Agnolo Poliziano ou Ange Politien)

A Florence, c'est grâce à l'helléniste Girolamo Mei que se répandirent les idées platoniciennes sur la musique.

Le librettiste Allessandro Striggio s'est nourri des idées de Marsile Ficin (1433 - 1499), érudit à la cour de Cosme de Médicis, et de son élève Ange Politien (1454 - 1494) : reprenant Clément d'Alexandrie (vers 150 - 215), les deux penseurs considéraient Orphée comme l'équivalent du Christ. A la fois homme et fils de dieu, Orphée s'incarne en homme parmi les bergers, descend aux enfers (Passion), en revient (Résurrection) et rejoint son père au ciel (Ascension). Les néo-platoniciens voulaient ainsi réconcilier l'antique et la religion chrétienne.

Dès l'acte 1, l'oeuvre contient un message néo-platonicien : le passage sombre traduit musicalement par une brusque descente chromatique, un procédé qui sera développé aux actes 2 et 4. Orfeo "Rosa del ciel" : Orphée chante un hymne au soleil, c'est-à-dire à Apollon. Dans l'esprit de Marsile Ficin, Apollon est identifié au dieu chrétien et Orphée à son fils, le Christ. Apollon marque l'opéra de son empreinte dès le début. En effet, la Musique déclare venir du fleuve Permesse, qui est le fleuve sacré d'Apollon et des Muses. Quiconque buvait de son eau devenait poète. Apollon donna naissance à Orphée en s'unissant à Calliope, muse de la poésie lyrique.

- Le rôle de la Poétique d'Aristote

Striggio et Monteverdi ont repris des principes exposés dans la Poétique d'Aristote qui définissait les règles à respecter pour faire une bonne tragédie : principes de structure, rôle des chœurs, jeu de catharsis (purge des passions mauvaises). C'est ainsi que dans Orfeo, les interventions des chœurs structurent toute la tragédie.

L'acte III est l'acte de la péripétie au sens aristotélicien : "renversement complet de l'action". Pour accroître la force dramatique de cette péripétie, Striggio et Monteverdi ont divisé l'acte en trois parties. La première est dédiée à la pastorale qui chante le bonheur de l'époux, la deuxième présente la péripétie avec l'annonce par Silvia de la mort d'Eurydice (les instruments pastoraux se taisent au profit de l'orgue), la troisième est consacrée à un chant de lamentation, le "kommos" d'Aristote. Selon le principe d'Aristote, pour susciter la crainte et la pitié, le héros doit être précipité par le malheur sans avoir commis d'autre mal qu'une simple erreur (s'être trop réjoui ?).

L'air de Sylvie (messagère de la mort) est un parlando, un chant à modulations fulgurantes vers le mineur avec variations d'intensité et dissonances. Les derniers mots de la messagère sont "pietade" et "spavento" ("pitié" et "effroi" : cf Aristote).

II - Orphée aime-t-il vraiment Eurydice ?

Le tableau idyllique ci-dessus montrant Eurydice dans les bras d'Orphée ne correspond pas à l'histoire. En fait, Orphée n'est pas présent quand sa femme se fait mordre par un serpent. Il a une attitude distante, se réfugie dans l'art. Apollon a fait d'Orphée un séducteur universel de tout le genre vivant. On peut dès lors s'interroger : ne se contente-t-il pas du rôle qu'on lui a assigné ? Ne joue-t-il pas à être seulement un séducteur et pas un amant ? Ne fuit-il pas tout contact charnel ? Le fait qu'il compromet le retour d'Eurydice en se détournant aux enfers serait alors à interpréter de façon radicalement différente de ce que l'on pense habituellement : ce serait un acte provoqué par son inconscient qui lui dicte d'éviter la relation charnelle. Ne s'est-il pas réjoui davantage de la victoire obtenue par son art lyrique et des la place qu'elle le fait gagner au ciel que de son amour retrouvé ? Et, si l'on poursuit dans cette idée, la privation de sa femme qui l'afflige pour la seconde fois n'est-elle pas la conséquence de ses témoignages insuffisants d'affection ? On objectera qu'il s'est montré déterminé en descendant aux enfers pour y chercher Eurydice et que c'est très courageux. Mais si c'était par vanité, si c'était pour défier Pluton et Charon par l'artifice de ses dons artistiques et de séducteur, pour gagner la meilleure place au ciel ?

III - La nature politique de l'oeuvre

- L'ouverture est un hymne  : Il s'agit d'une toccata en ré majeur. C'est la partie la moins montéverdienne de l'œuvre. Mais c'est surtout une partie musicale qui marque la dimension politique de l'œuvre (c'est un emblème musical évoquant les trompettes précédant les apparitions officielles des ducs de Milan). Vidéo : Toccata

- Le Prologue fait l'éloge des commanditaires du spectacle, à savoir la famille Gonzague.

- Une oeuvre de goût aristocratique : Il ne fait aucun doute que cette pièce a été conçue pour plaire à la cour ducale. La fin moins violente que le mythe antique qui veut qu'Orphée soit dépecée par les femmes, ménage l'ambiance des noces au cours desquelles était donné la représentation. Même dans le livret de Striggio, Oprhée finissait dépecé par les Ménades (ou Bacchantes). Mais allons plus loin et considérons que l'intrigue amoureuse n'est que secondaire (l'amour d'Orphée pour Eurydice n'étant pas manifeste). Nous pouvons alors voir dans cette apologie d'Orphée une ode aux princes italiens qui, en encourageant l'art, séduisent eux aussi leur entourage et renforcent leurs soutiens.

Plus qu'une histoire d'amour, il s'agit d'une mise en scène de la puissance : la puissance d'Orphée qui descend au plus profond des Enfers pour gagner le droit de monter au plus haut du ciel (ne s'en vante-t-il pas ?) ne peut que souligner la puissance même des princes italiens...

- les idées néo-platoniciennes développées dans cet opéra mettent en quelque sorte le mythe antique au service de la religion chrétienne, elle-même pilier du pouvoir des princes.

IV - La mise en scène du mythe d'Orphée avant et après Monteverdi

- Les principales sources des librettistes et musiciens pour le mythe d’Orphée sont les Géorgiques de Virgile et les Métamorphoses d’Ovide. Chez Virgile, c’est en voulant échapper à son ex-amant apiculteur, Aristée, qu’Eurydice marche sur un serpent et se fait mordre. Chez Ovide, elle est mordue en cueillant des fleurs avec ses compagnes, juste après ses noces.

- les représentations du mythe d’Orphée

Déjà Pindare (518 av. J.-C - 438 av. J.-C) célébrait le mythe d'Orphée en exaltant la beauté et la magie du fils d'Apollon qui pouvait calmer les bêtes féroces, charmer la nature tout entière et apaiser les esprits les plus exacerbés des hommes.

Avant Monteverdi, la première représentation théâtrale du mythe d’Orphée est la « Favola di Orfeo » d’Ange Politien (avec des passages musicaux) en 1480. La pièce, écrite rapidement, est de faible qualité. Le premier opéra fut celui de la « Dafne » de Peri mais il a disparu. Le premier opéra connu est donc l’Eurydice du même Péri représenté en 1600.

En 1600, dans l’Eurydice du poète Ottavio Rinuccini, mise en scène par Peri avec quelques insertions de Caccini, Eurydice revient à la vie sans condition. Cette fin heureuse est dans la tradition des pastorales (idylles entre bergers et bergères). Peut-être aussi pour ne pas troubler les noces de Marie de Médicis et d’Henri IV, au cours desquelles l’opéra fut donné. Les célébrations matrimoniales purent reprendre !

Après Monteverdi, Gluck donne « Orfeo ed Euridice » en 1762. Il rompt avec la tradition.

V - L'analyse de l'Oprhée de Monteverdi

- La genèse de l'oeuvre : Après avoir assisté, à Florence, à la représentation de l'Euridice (Eurydice) de Jacopo Peri, le duc de Mantoue commande à Monteverdi une mise en musique de la légende d'Orphée. En 1607, Monteverdi (1567-1643) donne son premier opéra, Orfeo, à au palais ducal de Mantoue. Il introduit des caractères durables, comme une nette distinction entre aria et récitatif, l'adoption d'airs de cour, de ritournelles adaptées à l'action et aux sentiments de la pièce. Il rompt avec la sécheresse des récitatifs de Peri. Le livret d'Alessandro Striggio apporte d'intenses situations dramatiques, un souffle, et permet l'expression des passions humaines. Monteverdi fit aussi de cet opéra sa "juste prière" pour sa femme mourante (qui décédera en septembre 1607).

Monteverdi n'était pas arrivé au résultat de l'Orfeo par hasard. Il avait publié les cinq premiers livres de madrigaux. Ces oeuvres aidèrent grandement à la réalisation du chef-d'oeuvre Orféo. La fable de Monteverdi, donnée à l'occasion de noces royales, est elle-même des noces : ce sont les noces de la poésie et de la musique !

- L'histoire : Le moment fort de cette œuvre est le "Possente Spirto" au cours duquel Orphée a l'occasion d'exprimer tout son art, alors qu'il tente d'amadouer Charon. A défaut d'y parvenir, il réussit - aidé des dieux - à l'endormir et se glisse dans la barque.

Acte II : Par une messagère, Orphée apprend qu'Eurydice est morte, mordue par un serpent ; il décide d'aller aux Enfers pour la sauver (avec le récitatif et aria "Tu se’ morta, mia vita, ed io respiro ?" - "Tu es morte, ma vie, et je respire encore ?" - sur la fragilité du bonheur chanté par Orphée).

Acte III : Le nocher des âmes, Charon, repousse Orphée. Celui-ci ne parvient pas à inspirer sa pitié mais réussit à l'endormir par une douce chanson. Pour traverser un fleuve de l'enfer, il fallait donner une obole à Charon, raison pour laquelle les morts étaient enterrés avec une pièce dans la bouche.

Acte IV : Touchée par la musique d'Orphée, Proserpine, la reine des Enfers, épouse de Pluton, le convainc de laisser partir Eurydice. Pluton et Proserprine sont aussi connus sous les noms de Hadès et Perséphone. Pluton acquiesce sous une condition : Orphée ne doit pas se retourner pendant qu'Eurydice le suit sur le chemin du retour à la lumière et à la vie. Il part, Eurydice le suit, mais doutant, il se retourne et voit sa femme disparaître. Découragé, il retourne sur Terre.

Acte V : Accablé de chagrin, Orphée est emmené au ciel par son père Apollon et devient immortel, à l'égal des dieux. Il pourra voir Eurydice dans les étoiles. Le chœur chante la gloire d'Orphée.

- Le langage musical de Monteverdi est de nature modale. Le concept de tonalité lui est étranger (le système tonal n'a été théorisé qu'au XVIIIème siècle).

L'Orfeo revêt deux styles d'écriture : la polyphonie contrapuntique et la monodi accompagnée. Les Chori, les Ritornelli et les Sinfonie de l'Orfeo adoptent l'écriture polyphonique. Les Personaggi s'expriment au moyen de la monodie accompagnée, technique d'écriture révolutionnaire apparue vers 1580 dans les camerate florentines. L'image du poète homérique accompagnant lui-même ses "chants" étant la base de cette théorie. La monodie accompagnée ne s'oppose pas radicalement à la polyphonie ; celle-ci demeure de façon simplifiée. Orphée ne peut être représenté sans sa lyre, cadeau de son père Apollon, que Striggio appelle "cetra" (cithare) et "lira" (lyre).

- Prologue

La Musica (« un esprit de la musique ») explique le pouvoir de la musique et particulièrement le pouvoir d'Orphée.

(ci-contre : orgue regale du 16ème siècle)Le regale (tout petit orgue transportable) accompagne Charon et représente l'Au-delà. Mais ce serait une erreur d'associer a contrario systématiquement la harpe au paradis. La Musica est plus qu'une allégorie ; elle serait une muse si l'on en croit les nombreuses références de Striggio à la Théogonie d'Hésiode. Elle présente son champion Orphée qui a hérité de ses pouvoirs sur les êtres vivants.

Vidéo "Acte I - Prologue "Dal mi Permesso". "Dal mi Permesso amato a voi ne vegno / Incliti Eroi..." (de mon Permesse (1) aimé, je viens à vous illustres héros..."). Ritournelle :"Io la Musica son" : je suis la Musique...) (1 : Permesse : rivière miraculeuse de Béotie)

Acte I

Chant d'Orphée : dès la fin du prologue, le chœur entonne un chant d'entrée qui est un épithalame, hymne matrimonial où les nymphes et les bergers invoquent le nom d'Hyménée, dieu grec qui a pour charge de conduire le cortège nuptial. Striggio l'associe à la figure solaire. Le style musical de "Vieni Imeneo" fait penser à une pavane. Le chant "Lasciate i monti" ("quittez les montagnes") est un balletto, d'une structure strophique conforme à la tragédie antique. Le chant du second berger "Ma tu gentil cantor " ("mais toi, gentil chanteur...") rompt l'épithalame et ouvre l'épisode central où Orphée et Eurydice nous sont enfin présentés.

L'hymne au soleil hésite entre le récitatif et la monodie.

Acte II

Après le prologue allégorique et le 1er acte aux accents spirituels, l'acte 2 nous plonge dans le monde des passions humaines.

"Ahi caso acerbo" (hélas destin amer") chante un berger qui reprend dans la tirade suivante "ahi...). D'abord plongé dans la stupeur, Orphée sort peu à peu de son mutisme : accompagné de l'orgue et du chitarrone, il répète "se morta, se morta mia vita" ("tu es morte"). Puis sa forte résolution à descendre aux enfers est soulignée par une tessiture grave ("piu profondi abissi"). Enfin, les étoiles qu'il se promet de revoir avec Eurydice conduisent à un retour à l’aiguë, puis nouvelle chute dans le grave ("in compagnia di morte"). L'acte s'achève par un retour de la Ritournelle du Prologue qui signifie le changement de monde : nous quittons le monde terrestre pour les enfers.

Acte III  :

Cet acte s'ouvre par une Sinfonia infernale. Les instruments évoquent l'enfer : les cornets à bouquin, les sacqueboutes, l'orgue regale (à anche). Orphée s'adresse à la divinité tutélaire qui l'accompagne, Speranza. Speranza évoque un sombre marécage aux portes de l'enfer : l'Averne. Ainsi que l'Archéron, l'un des quatre fleuves infernaux que sillonne Charon. Speranza n'est ni une divinité ni une allégorie. Elle se réfère au christianisme : c'est l'une des quatre vertus théologales (avec la foi, la vérité, la justice). Les péchés qui lui correspondent sont le désespoir et la présomption. Orphée cédera à ces deux péchés : au désespoir quand Speranza le quitte (logiquement à l'apparition des mots "Lasciate ogni speranza, o voi ch'entrate !") et à la présomption qui lui fera perdre une seconde fois son épouse. Charon évoque des "outrages subis jadis". Il s'agit de la punition que Pluton lui infligea pour avoir manqué à ses obligations de gardien. Cela lui valut d'être enchaîné une année au plus profond des Enfers.

L'effet du don de la regale est évident : il s'agit d'un orgue avec un registre à anche qui évoque une atmosphère sombre et terrifiante.

L'aria "Possente Spirto" est le moment attendu de l'oeuvre. Il est composé de six stances. il combine trois types de chant et se conforme à la structure de Dante pour "Il inferno". L'orchestration appropriée est la suivante :

La stance 1 "Possente Spirto" (puissant esprit) est accompagnée de violons.

La stance 2 "Non viv'io no" ("je ne suis pas vivant") laisse s'exprimer les instruments de l'enfer : deux cornets à bouquin (ci-dessus).

La stance 3 "A lei volt'ho il cammin" (j'ai cheminé vers elle) nous porte à la troisième sphère, celle du paradis. On y entend la harpe.

La stance 4 "Orfeo son io" (C'est moi Orphée) : trois parties de viole da brazzo se font entendre.

La stance 5 "O de le luci mie luci serene" ("o doux yeux de mes yeux") fait apparaître un nouveau chant : le cantar d'affetto ou cantar alla napoletana, tout en contrastes de timbres et de registres. La douleur est exprimée par un dissonance appuyée sur "pene".

La stance 6 "Sol tu nobile puoi darmi aita" (Toi seul, noble dieu, peux me venir en aide) fait appel au chant le plus simple.

Acte IV  : C'et l'acte de la seconde péripétie : le passage du bonheur au malheur par la faute, plus flagrante et connue cette fois. L'acte est divisé en trois parties.

- 1ère partie : dialogue entre Proserpine et son mari Pluton. Pour le convaincre de prendre pitié d'Orphée, elle reprend le cantar d'affeto de ce dernier. Pour mieux séduire Pluton, elle évoque ses attraits et va même jusqu'à qualifier de "douce capture" l'acte par lequel Pluton la fit prisonnière (son chant en devient plus mélodieux et aérien).

En effet, Prosperpine a été enlevée à sa mère Demeter. Celle-ci étant la déesse des moissons décida d'affamer la terre tant qu'on ne lui rendrait pas sa fille. Jupiter, intercédant au nom de l'humanité affamée, obtint que Proserpine vive à mi-temps auprès de sa mère (son retour au foyer maternel marque ainsi la période du printemps).

Pluton cède mais assortit sa décision d'une loi intraitable : Orphée ne devra pas se retourner. Ainsi met-il Orphée à l'épreuve de la foi mais aussi à l'épreuve de sa confiance dans les lois divines. Or, Pluton lui-même est aussi tenté de défier la loi de Jupiter en désirant sa femme à temps complet auprès de lui. En édictant cette règle, Pluton donne moins l'impression de faiblesse pour avoir écouter la supplique de sa femme. Qu'est-ce qui fait qu'Orphée violera la loi ? La présomption sans doute mais aussi son "juvénile désir" comme le prédit un esprit (évocation sexuelle).

- 2ème partie : Orphée vante les mérites de sa lyre et chante d'un air vainqueur : "Tu auras ta place parmi les plus images célestes". Orphée doute puis se retourne après avoir entendu un bruit. Quelle interprétation donner à ce bruit ? Les Furies se sont-elle jeter à sa poursuite ? Pluton a-t-il donné un contrordre, agacé par le chant d'Orphée ? Eurydice replonge en enfer et Orphée perd la raison : son chant devient incohérent, évoluant entre les bémols et les dièses.

- 3 ème partie : chœur des esprits : "Seul celui qui saura faire preuve d'empire sur lui-même sera digne de la gloire éternelle."

Acte V  : La version de 1609 change par rapport à celle de 1607. La version de 1607 était conforme à l'histoire mythique : Orphée, méprisant l'amour des femmes, est poursuivi par elles, les Bacchantes. Peut-être même devenait-il homosexuel. La partition de 1609 donne une fin heureuse en forme d'apothéose : Orphée rejoint son père au ciel.

Analyse du livret d'Alessandro Striggio

Les auditeurs de l'époque furent frappés par la qualité du texte de ce "bel esprit", lui-même musicien, qui était au service des ducs de Mantoue. Les mots sont choisis avec soin pour leur richesse sonore et leur rayonnement sémantique. Striggio s'inspire de Dante (qu'il paraphrase parfois et qu'il cite même in extenso à un certain moment "Lasciate ogni speranza") et de Pétrarque.

Extraits du texte : Acte III "Possente Spirto" : "C'est vers elle que j'ai cheminé dans le noir, mais non pas vers l'enfer, puisque là où se trouve une telle beauté, là est le paradis".

"Quel honneur sera digne de toi,
Ma lyre toute puissante,
Si dans le royaume du Tartare
Tu as pu fléchir les esprits les plus endurcis ?
Tu auras ta place parmi les plus belles Images du ciel
Et au son de ta musique, les étoiles
Danseront en rondes lentes ou vives
"

Chœur des esprits :

"(...) Orphée vainquit l’Enfer, puis fut vaincu
Par ses passions.
Seul sera digne d’une gloire éternelle,
Celui qui triomphera de lui-même
."

Apollon :

"Pourquoi, te livres-tu ainsi, mon fils
A la douleur et à la colère ?
Non, ce n’est pas la marque d’un cœur généreux
Que d’être esclave de sa passion
(...)"
"Tu t’es trop réjoui de ta bonne fortune,
Et maintenant, tu pleures trop
Sur ton sort si dur et cruel,
Ne sais-tu pas encore
Qu’ici-bas nul plaisir ne dure ?
Et donc, si tu désires jouir d’une vie immortelle,
Viens avec moi au ciel qui à lui te rappelle
"

 


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7 réactions à cet article    


  • Suldhrun Suldhrun 8 juin 2013 13:33

    Le bonjour Taverne .

    +

     l ’ ensuite Mozart et ses opéras qui disent aussi par les bruits éduques , la musique , avec toutefois un ajout de silence , tres rare a cette époque -


    • Fergus Fergus 8 juin 2013 13:53

      Bonjour, Taverne.

      Si Claudio Monteverdi est le grand pionnier de l’opéra, Henry Purcell en a été également l’un des piliers avec ses semi-opéras qui ont très largement contribué à la reconnaissance de l’art théâtral lyrique. Deux grands noms de la musique vocale.


      • Taverne Taverne 8 juin 2013 21:31

        Oui Fergus, il y a « Le Roi Arthur », une oeuvre très représentative du semi opéra. Et puis, pour un breton, cela compte smiley Les légendes celtiques...


      • Antoine 8 juin 2013 21:03

         Beau travail Taverne. Toutefois Orféo n’est pas l’œuvre idéale pour mettre en lumière la totalité de l’art du compositeur : l’orchestre n’a pas encore l’importance qu’il aura plus tard puisqu’il est encore un peu anarchique s’élaborant à partir de juxtapositions de groupes hétérogènes et de la recherche de l’effet pittoresque ou du détail de couleur. C’est dans L’Incoronazione (en particulier le duo final Poppée-Néron, premier ensemble d’opéra, où les deux parties du chant forment un canon entre elles mettant en relief la signification du texte et ainsi le sens du drame) que l’équilibre sera atteint et servira pendant longtemps de modèles au futur dans sa fonction spécifiquement dramatique.


        • Taverne Taverne 8 juin 2013 21:27

          Merci Antoine,

          J’ai beaucoup aimé Le Couronnement de Poppée. Mais je ne suis pas sûr d’en faire un article. On dit que cet opéra est une oeuvre collective et apocryphe et donc pas du pur Monteverdi...
          J’aime particulièrement les dialogues entre Néron et Sénèque. Mais aussi les passages drôles.


        • Antoine 8 juin 2013 22:42

           Effectivement, Monteverdi se serait fait aider ou aurait pompé quelques autres compositeurs mais ce ne sont que des soupçons. Cela n’empêche pas cette œuvre d’être une étape majeure dans l’histoire de l’opéra.


        • captain beefheart 9 juin 2013 16:58

          Merci ,Taverne,pour cet article intéressant. Je serai un peu moins ignorant quand j’irai voir l’Orfée de Monteverdi janvier prochain à l’Opéra de Nancy.

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