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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Néfertiti, es-tu là ?

Néfertiti, es-tu là ?

La fin de vie et l’emplacement de la momie de la reine Néfertiti reste une énigme, mais une énigme qui a peut-être du souci à se faire.

Les autorités égyptiennes viennent en effet d’annoncer le début d’une troisième phase de recherches non destructives, le long de la paroi Nord de la chambre funéraire de Toutankhamon.

Découverte en 1922 par l’archéologue Howard Carter dans la Vallée des Rois, cette tombe royale est un roman en soi, au même titre que l’histoire – encore incomplète – de l’un des derniers pharaons de la XVIIIème dynastie mort vers 1327 avant notre ère. Son père était Akhenaton (autre nom Amenhotep IV) le « roi hérétique » qui remplaça les dieux classiques par le culte du dieu solaire Aton, ferma les anciens lieux de culte et confisqua les biens du clergé au profit de l’Etat. Cette période révolutionnaire fut de courte durée, le successeur de Toutankhamon rétablissant l’ordre ancien et s’efforçant d’effacer les traces de cette période « hérétique ». D’où la difficulté de bien appréhender les événements et les personnages du moment.

Il est acquis qu’Akhenaton était le père de Toutankhamon, et Néfertiti la plus connue et la plus belle des épouses de ce même Akhenaton, mais par contre il n’est pas établi que Néfertiti fut en fait la mère de Toutankhamon. De récentes recherches à base d’ADN, sur une momie dite de la « jeune femme », parfois désignée comme étant celle de Néfertiti, démontreraient au contraire que « Tout' » aurait eu pour mère l’une de ses demi-sœurs – donc une fille d’Akhenaton, dont on ne connaît pas la mère mais nécessairement une épouse du Pharaon – et pourquoi pas Néfertiti. A moins que sa mère (à Tout’) ne fusse en fait une sœur de son père. Bref, avec de telles pratiques il ne faut sans doute pas s’étonner que la dynastie n’ait plus duré très longtemps !

L’origine de Néfertiti, tout comme la date de sa mort, son rôle réel dans la gestion du royaume, et son éventuel rôle de Régente dans la période d’intérim entre la mort d’Akhenaton et la montée sur le trône de Toutankhamon, reste mystérieuse. Mais même si Néfertiti et Toutankhamon n’avaient pas de liens de sang, les recherches en cours dans la tombe de ce dernier tentent de démontrer un autre lien, celui d’un partage de sépulture.

En effet selon une théorie proposée en 2015 par l’égyptologue Nicholas Reeves (1), les nombreuses anomalies relevées dans le tombeau de Toutankhamon indiquent que cette chambre est plus petite que sa taille originelle, et donc qu’il existe au moins une autre chambre dans le prolongement de celle-ci. Chambre qui pourrait être celle de Néfertiti.

Les soupçons portant sur ce tombeau ne datent pas d’hier. Déjà en 1984 l’égyptologue Gay Robins publiait un papier sur les anomalies dans les proportions des peintures : sur le mur Nord elle sont basées sur une grille de 20 carrés, alors que sur les autres murs il s’agit d’une grille de 18 carrés. Donc soit la réalisation de la chambre s’est faite dans l’urgence avec deux équipes ne travaillant pas de la même manière, soit l’actuel mur Nord fut repeint après la décoration initiale. Afin de couvrir des traces d’ouvertures qui furent rebouchées à la mort de Toutankhamon ?

En 2009 la société Factum Arte fut commanditée pour réaliser un scan 3D du tombeau dans le cadre d’un projet muséal. Reeves, examinant les scans du mur Nord (qui percent la peinture), y vit des traces d’ouvertures bouchées. Ce fut le point de départ de sa théorie.

Cette idée fut renforcée en 2012 avec la découverte que le fond d’origine du mur Nord était blanc puis repeint en jaune, alors que les fonds d’origine des autres murs sont jaunes. Cette même année le ministre des antiquités égyptiennes lui-même, Mamdouh El Damaty, découvrit que la base du mur Nord était peinte sur du plâtre, alors que le haut du mur était peint sur la pierre brute.

Ce faisceau d’indices déboucha sur la théorie de Reeves comme quoi on avait en réalité créé dans l’urgence la sépulture de Toutankhamon, qui est mort très jeune, en récupérant une partie de la chambre funéraire de Néfertiti : condamnation du passage menant à Néfertiti à travers le mur Nord, camouflage avec un travail de peinture plutôt mal fait au regard des standards de l’époque, et le tour est joué.

En novembre 2015 les autorités autorisèrent un scan thermographique du tombeau, dont le principe est qu’un mur plein et un mur cachant une cavité n’ont pas tout à fait la même température. De fait ce scan montrait des différences de température à certains endroits du mur, difficilement explicables autrement que par la présence de cavités. A la fin du même mois un spécialiste japonnais en GPR (une forme de radar permettant de sonder le sol), Hirokatsu Watanabe, fit un scan radar du fameux mur et déclara qu’il y avait clairement de grandes cavités derrière les murs Nord et Ouest, et qu’il pouvait même discerner des objets métalliques !

Cependant les résultats de Watanabe paraissaient suspects à certains spécialistes, ce qui fait qu’en mars 2016 une équipe du National Geographic eut l’autorisation d’entreprendre sa propre campagne à l’aide d’un autre système GPR, qui contredit les résultats de Watanabe : rien. Du moins pas de signes de cavités. Problème, qui croire et que faire ?.

Afin de tirer l’affaire au clair, une troisième campagne GPR vient de débuter, cette fois une opération menée conjointement par trois sociétés spécialisées (Geostudi Astier, 3DGeoimaging, et Terravision) sous la direction du physicien Francesco Porcelli de l’Université Polytechnique de Turin, et bien entendu du ministère égyptiens qui surveille très étroitement la chose. C’est du lourd et la réponse sera définitive : y-a-t-il oui ou non des anomalies indiquant la possible existence de chambres de l’autre côté des murs ? Si oui il faudra alors se décider sur comment confirmer ces observations, en forant quelque part je présume. Réponses attendues d’ici quelques semaines.

S’il s’avère qu’il existe une ou des chambres cachées, qu’on arrive à y faire entrer un mini robot doté d’une caméra, et qu’on y voit un sarcophage et un trésor l’effet sera atomique. Du point de vue archéologique d’une part, avec la probable découverte de la sépulture de la mythique Néfertiti. Du point de vue politique et économique d’autre part, un tel scoop devant donner un coup de lustre à la catastrophique image du dictateur al-Sissi et son régime militaire. Un événement aussi susceptible de faire revenir les touristes ayant déserté l’Egypte du fait des risques d’attentat. Et qui tomberait à pic pour l’ouverture du grand musée archéologique que l’Égypte construit actuellement au Caire près des Pyramides…(2). Un alignement d’étoiles digne de la ceinture d’Orion ! (3)

Il est aussi inutile qu’intéressant de constater la relation entre l’histoire de ce tombeau et le climat politique de la région. Le court règne de Toutankhamon marqua la fin de la « révolution » menée par Akhenaton et le retour au système de croyance de Thèbes. 3 200 ans plus tard sa sépulture est (re)découverte par Carter dans un contexte politique à nouveau troublé : l’Égypte vient de proclamer son indépendance (mars 1922, quelques mois avant la découverte) et les relations sont très tendues avec les Britanniques. Les Occidentaux qui financent les expéditions en espérant profiter de la vente des objets découverts, doivent composer avec ce premier « printemps arabe » et la plupart des objets du tombeau de Toutankhamon restent en Egypte. Aujourd’hui, en 2018 et après le « printemps arabe » de 2011 ayant mené le frériste Mohamed Morsi au pouvoir, pouvoir rapidement récupéré par l’armée après le coup d’Etat de 2013 , l’Egypte se retrouve avec une population prise en étau entre la dictature militaire d’al-Sissi et la menace islamique.

Néfertiti et Toutankhamon, acteurs puis témoins d’une civilisation riche et puissante qui régna en Egypte durant trois millénaires avant de succomber aux invasions diverses, seront-ils bientôt les faire-valoir d’une opération marketing à la gloire d’un roi nu, ou la cible de religieux dégénérés ?

 

Notes :

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Carl_Nicholas_Reeves

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Mus%C3%A9e_%C3%A9gyptien

(3) https://zerhubarbeblog.net/2011/06/20/que-marquent-reellement-les-pyramides-sphinx-de-gizeh/


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14 réactions à cet article    


  • McGurk McGurk 6 février 15:56

    J’ai du mal à comprendre pourquoi ils prennent autant de temps pour faire leurs mesures, ça remonte à une plombe leurs premières révélations sur ce lieu - idem pour la pyramide de Gizeh. Je suppose que c’est toute une procédure administrative lourde des deux côtés qui plombe l’efficacité de l’archéologie et des chercheurs.

    Quel dommage qu’une telle civilisation, tant en avance sur son temps que magnifique ait disparu. Si elle était encore présente, ces temples et tombeaux auraient été entretenus, le pays et la région seraient moins craignos.


    • L'enfoiré L’enfoiré 6 février 19:24

      @McGurk,

       Les recherches ont été interrompue en 2011.
       Ce n’est qu’assez récemment, que les fouilles ont reprises.
       Les autorités égyptiennes sont très vigilantes quand ce sont des étrangers qui les entreprennent.
       Dans l’histoire, combien de vestiges n’ont pas été volé à l’Egypte pour se retrouver dans tous les musées du monde.
       Vous oubliez peut-être aussi que l’égyptologie a pris son élan lors de la campagne de Napoléon.
       Avant cela, les sables ont repris du terrain et les monuments se sont enfouis sous eux.
       Howard Carter en 1922 a renouvelé ce nouvel engouement pour la connaissance de cette histoire de plus de 3000 ans.


    • Étirév 6 février 18:26
      En attendant des nouvelles d’Égypte, quelques mots sur LE SPHINX pour ceux s’y interesse.
      L’Egypte connut, dès la plus haute antiquité, les lois de la Nature, c’est-à-dire la science des principes, parce que la Femme, qui en fut la Révélatrice, eut, dans cette jeunesse phylogénique, une intuition profonde de l’Univers, de la Vie et de l’homme.
      Le sens éternel et universel des grands symboles que ce pays a légués au monde en atteste. La science égyptienne a formulé des principes immuables qui émanent de la pensée juste, des principes qui sont vrais à travers le temps et qui ne sont pas perfectibles, étant la Vérité absolue. Mais cette fixité de l’idée est ce que l’homme ne comprend pas, parce qu’il n’y arrive pas spontanément lui-même ; il ne prend, de la Vérité, que des aspects isolés et divers, il la morcelle ; dans son ensemble, en bloc, elle lui échappe, il en fait la chimère de l’incompréhensible. Aussi reproche-t-on à l’Egypte de s’être murée dans l’idée de l’absolu, forme austère que la Femme donne toujours à ses conceptions intuitives, mais forme ingrate, puisque l’homme ne la comprend pas et n’accepte que le relatif, c’est-à-dire ce qui est adéquat à son mode intellectuel présent, lequel mode est variable dans la vie masculine.
      Cet absolu de la science féminine, incompréhensible pour l’homme, c’est l’énigme cachée dans le Sphinx. Cette tête de femme, calme dans sa noblesse, consciente de sa force que le corps de lion symbolise, regarde le soleil levant ; c’est l’esprit impassible comme l’éternelle Vérité.
      Le Sphinx est le plus ancien symbole de l’Egypte (1). Les textes lapidaires l’appellent le Hou de Hor Em Kou, c’est-à-dire le gardien du soleil levant. C’est le soleil de vie, le génie de toutes les renaissances, c’est-à-dire des réapparitions de l’Esprit dans un corps féminin.
      La radiation solaire fait sortir la Vérité du néant, comme une vive lumière. Cette lumière, c’est la grande intuition, celle qui, en une minute, déchire le voile qui cache les réalités.
      Qui connaît l’intuition, ce phénomène aussi rare qu’extraordinaire, comprendra que la première femme qui en fut favorisée ait voulu en commémorer le souvenir dans un symbole qui devait durer aussi longtemps que brillerait la lumière qui avait jailli de son esprit.
      Ce symbole fut le sphinx, énigme pour les profanes, compris seulement des initiés, comme la faculté qu’il représente. Il rappelle les conditions cosmiques qui génèrent le phénomène intuitif : l’altitude, l’action du soleil levant quand on est placé au réveil en face de l’Orient.
      Au temps de l’ancien empire, le sphinx était couronné d’un disque d’or. Quand le soleil du matin jaillissait de la chaîne arabique, son premier rayon allait frapper le disque et le visage du sphinx, qui resplendissait alors comme un soleil à face humaine.
      Par la suite, on institua une cérémonie cultuelle à cet endroit. A l’aurore, quand le soleil, frappant le sphinx, le faisait apparaître comme auréolé de flammes, les prêtres vêtus de blanc montaient vers lui par le dromos en pente douce et entonnaient un hymne de gloire à l’astre bienfaisant qui éclaire la Terre et fait naître la Vérité dans le cerveau des inspirés.
      (1) Dans le voisinage de Memphis (aujourd’hui près du Caire), se dresse le Sphinx, colosse de granit de 90 pieds de long, de 74 pieds de haut, dont la tête énorme a 26 pieds du menton au sommet. Ce grand Sphinx était primitivement un grand rocher au milieu des sables. Ce symbole a été copié à profusion. Dans toute l’Egypte, on trouve des sphinx moins gigantesques. Il y en a qui sont rangés en avenues devant les temples de l’ancienne religion. A propos du sphinx de la pyramide de Chéops, il ressort de la stèle trouvée par Mariette que le sphinx est antérieur à Chéops et certainement au premier Pharaon.

      • L'enfoiré L’enfoiré 6 février 19:37

        @Étirév,
         Exact.
         Livres sur le sujet :
         « Égypte sur les traces de la civilisation pharaonique » de Régine Schulz
         et même titre dans la collection Koneman.
         Mais il y a aussi les livres Christiane Desroches Noblecourt

        Mais la liste des égyptologues est longue
        3000 ans d’une histoire, bien plus longue que notre christianisme qui a servi pour numéroté nos années avec l’an 0..
         


      • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 7 février 19:55

        @Étirév Merci pour ces précisions !


      • L'enfoiré L’enfoiré 6 février 19:17

        Bonsoir Vincent,

         L’égyptologie est une de mes passions.
         L’Égypte, j’y suis allé et toutes les expositions concernant l’Égypte antique, j’essaye d’y aller.
         Mon dernier billet « Philosophie de l’Égypte antique »
         Une des raisons, j’ai un homonyme qui était égyptologue. smiley


        • McGurk McGurk 6 février 19:23

          @L’enfoiré

          L’égyptologue « l’enfoiré » ?


        • L'enfoiré L’enfoiré 6 février 19:26

          @McGurk
           Vous ne le voyez pas, mais mon PC a la photo d’une statue de Toutankhamon comme avant plan de démarrage smiley.


        • nono le simplet nono le simplet 7 février 09:29

          @L’enfoiré
          j’y fus tété aussi, en Egypte ...

          j’en garde un souvenir émerveillé, abou simbel ... le temple d’Hatchpsout ... la vallée des rois ... le misée du Caire ... Philae ...Louxor ...
          j’ai aussi dormi dans le « Old Cataract » à Assouan avec les moineaux sur la table au petit dèj ... les bateaux à aubes ... les felouques ...
          bon c’était en 1988 ... 
          sans être passionné je regarde souvent les reportages sur l’Egypte et j’avais vu un sujet sur cette momie qui pourrait être Néfertiti ...
          ce serait passionnant si on trouvait une tombe cachée dans celle de Toutou !

        • L'enfoiré L’enfoiré 7 février 10:42

          @nono le simplet salut,

           Merci, pour apporter m’avoir fait rêvé une nouvelle fois.
           J’y suis allé une première fois de la même manière au printemps.
          C’était la même année que les attentats en en novembre dans le site de Deir-El-Bahari.
           Après une semaine sur le Nil, j’ai passé une semaine à Louxor dans le « Winter Palace » qui est l’hôtel de la même chaîne que le « Old Cataract ». 
           Je n’ai pas vu la tombe de Toutankhamon, mais celles de trois autres pharaons.
           Il y a encore énormément de choses à découvrir...
           L’archéologie en Egypte est très dépendante de la politique et l’arrivée de touristes comme manne financière, très dépendante des attentats.
           « L’éveil d’une passion égyptologique » nait très facilement. smiley

           


        • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 8 février 11:39

          @L’enfoiré Effectivement, en plein dans le sujet ! 


        • bonnes idées 7 février 11:48

          Par la vache sacrée qu’a qu’une patte cette photo ne représente rien et avec quelques pinceaux et de la gouache je vous fais la même.


          • Montdragon Montdragon 7 février 13:14

            Enfin pour l’égyptologie comme pour beaucoup de choses, si un esprit curieux (occidental) n’avait pas mis son nez dedans, le régime chariesque et sous-développant ne découvrais RIEN !
            Ahh bien sur NOUS avons pillé des œuvres, mais avant Napoléon qui connaissait l’Égypte antique ?
            Choix cornélien, ne rien voir car Allah est grand, ou être curieux ?
            A votre avis, c’est Allah qui est allé sur la Lune ?


            • McGurk McGurk 7 février 16:33

              @Montdragon

              Sauf que dans ce domaine l’Egypte fait très attention à son patrimoine, a d’excellents spécialistes et lieux de conservation/musées, sans parler du Ministère ayant une attitude très protectrice.
              De ce côté-là, aucun souci à se faire.

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