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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Nestor Makhno personnage révolutionnaire et libertaire en BD (...)

Nestor Makhno personnage révolutionnaire et libertaire en BD !

Les auteurs ont remporté le parti fou de réaliser une BD en deux tomes dont le premier relate la jeunesse du héros anarchiste ukrainien. Sans fioriture, ils vont droit à l’essentiel avec sincérité et respect de l’homme révolté qui a tenu tête aux russes blancs et aux bolcheviks, avec une armée de 50 000 hommes au nom de l’idéal anarchiste réalisé, autour de la révolution russe avortée par Lénine et consort. Une bouffée d’oxygène en 2020 avec « Le vent des libertaires », ça ne se refuse pas, pardi ! 

Quel toupet quand même de s’affranchir d’un tel personnage, que Nestor Makhno, l’Ukrainien anarchiste. D’autant que la clique marxiste, comme pour Durutti, Bakounine et autres compagnons de luttes tous azimuts, les a toujours considérés comme des Belzébuth à la rebute, tels des incontrôlables et insoumis aux dogmes et à l’ordre imposés. A force de réécrire la mémoire des vaincus, on se plonge dans l’oubli. C’est bath justement qu’une BD romancée soit consacrée à ce héros hors norme.

Philippe Thirault au scénario est un passionné d’histoire. Il a déjà mis en scène un couple de tueurs à gages dans l’Amérique de la prohibition et s’est engagé ensuite dans le récit de mondes imaginaires.

Roberto Zahghi, dessinateur éclectique a illustré des numéros aux genres variés pour les séries Zona X… Orfani et Julia ayant obtenu un succès d’estime en Italie pour son talent. Par la suite, il a illustré sept ouvrages de Thomas Silane pour un autre éditeur.

Je n’oublie pas non plus le travail remarquable d’Annelise Sauvêtre à la Couleur avec un C majuscule.

Vous prenez ces trois artistes ensemble, vous secouez le cocotier et vous en tirez une œuvre singulière qui brille d’une actualité révolutionnaire du tonnerre. Car, les Humanoïdes Associées ne vous lâchent pas la bride pour vous réjouir de découvrir ou redécouvrir cet homme hors du commun « qui aurait pu changer la face de l’Europe  ». Comme nous confie avec une grande justesse Yves Frémion en fin de l’album, le qualifiant de « héros populaire » à juste titre. C’est lui qui est chargé de refleurir la vérité, toute la vérité, rien que la vérité sur l’histoire de Makno. A commencer par l’hommage à Etienne Roda-Gil, ce célèbre parolier qui réécrivit une version de la célèbre chanson la Makhnovtchtina en 1968. Makno n’était pas un bourgeois de salon comme Marx ni le prince de naissance, comme son compagnon Kropotkine, mais un fils de paysan ukrainien, orphelin de son père, berger à 7 ans, ouvrier agricole à 12 ans et devenu anarchiste à 20 balais lors de la première révolution de 1905. Il est arrêté suite à un attentat raté et est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Etant donné son jeune âge, les sbires du tsar pensèrent dans doute qu’il ne valait pas le prix de la corde pour le pendre. Ils s’en sont bouffés les rotules par la suite, les caves, et bien fait pour leurs tronches !

Ce premier tome qui en comptera deux, nous relate les différents épisodes de son enfance, abandonné par sa mère et élevé par une famille bourgeoise où les gifles et la schlague sifflaient régulièrement à ses oreilles au point de bientôt marquer son dos à tout jamais « afin que le respect et la discipline te rentrent dans le crane Nestor… Ceci va te rentrer dans ta chair  » (page 14). D’origine Cosaque, il devient très rapidement un excellent cavalier. Et pour faire pleurer Margot dans le marigot de la romance, il devient amoureux de la fille de la famille. Il se révolte bien vite contre les conditions inhumaines de ses frères moujiks.

 On assiste aussi à la scission définitive de Makhno au début sympathisant des socialistes révolutionnaires, il entend un tel argument « La révolution n’est pas le crime, ce n’est pas le terrorisme, elle doit respecter la propriété sinon ce sera le chaos  » (page 22). Il s’écrie : « Mais alors rien ne changera jamais  » (page 22) A partir de ce moment et par sa nouvelle prise de conscience, Makhno devient anarchiste. C’est en prison qu’il cultivera dans les livres ses idées noires et si généreuses. L’ancien régime déchu vide les prisons et libère Makhno du fardeau de ses fers aux pieds. Il retrouve sa vieille mère et lui redonne un logement décent.

Puis c’est l’engrenage révolutionnaire, à la tête d’une troupe de partisans au départ d’à peine trois cents cavaliers, il expropria les exploiteurs, redonna la terre aux paysans, les entreprises furent autogérées, les enfants se rendirent désormais à l’école libertaire selon les méthodes avant-gardistes de Francisco Ferrer. Il fonda des syndicats ouvriers… Ils prouvèrent toutes et tous ensemble que vivre en anarchiste n’était pas une utopie, mais une réalité tangible.

Différentes Communes soutenant son exemple se créèrent en Ukraine. La discipline était librement consentie et les officiers élus.

Il défendit l’Ukraine contre les russes blancs tsaristes aux idées d’extrême droite et antisémites qui effectuèrent des pogroms pour faire porter le chapeau à Makhno. Il dut aussi combattre l’armée rouge qui ne supportait pas ce climat d’anarchie qui régnait dans la fraternité et l’égalité.

 

Le début de ce tome 1 commence en fait par la fin de l’existence de Makhno qui va pointer aux usines Renault de Boulogne Billancourt. A la sortie de l’usine, il s’en prend à un militant du parti communiste affilié à un syndicat coco, au nom de son vécu propre de révolutionnaire ayant subi l’hallali de Lénine, où l’on découvre que Staline a décrété de l’assassiner. La boucle est bouclée !

Il a décidé d’écrire ses mémoires en 1934. « Elles seront un réquisitoire sans pitié contre ceux qui ont trahi plus que quiconque l’idéal révolutionnaire… Les bolcheviks ! » (page 53). La tuberculose ankylose ses forces et sa compagne Galina qui l’a suivi depuis l’Ukraine et sa fille le fuient pour des raisons de santé.

Un demi-siècle de ténacité face aux régimes autoritaire et de guérillas à la tête d’un mouvement de partisans armés avec plus de 50 000 hommes dans ses rangs. Il en a des souvenirs de révoltes à raconter pour sauvegarder l’idéal anarchiste.

 

Le parti pris des auteurs est d’avoir choisi quelques éléments marquants dans la tranche de vie de ce personnage entier pour les mettre en scène. Les femmes pour leur bravoure et leur courage ne sont pas ignorées. Loin de là. La fraternité anarchiste n’est pas un vain mot vide de sens. Il se reflète dans le regard des héroïnes et héros de cette BD. La couleur y rougeoie sous l’étendard du drapeau noir. Le personnage de Makhno est passé au crible de l’introspection par les auteurs sans lui jeter des fleurs. Nestor était un être humain avec les fêlures de son enfance qui lui couraient dans les veines. Il crachait sa haine au souffle de l’injustice, marqué lui-même dans ses chairs.

Au dessin, Zaghi a pris le pari du réalisme pour croquer le héros sous son trait fin et précis. Au scénario, Thirault s’est démêlé avec l’écheveau et la richesse de l’existence de ce héros hors norme pour en tirer des épisodes marquants.

 

Le mot fin nous laisse sur notre faim dans un regain pour connaitre la suite et le dénouement du second et dernier tome. Partager avec Makhno la saga de ses aventures libertaires à livre ouvert sans œillères, c’est si bon pour la santé et recommandé par méziguette la Singette. Histoire de prouver que les combats des libertaires ne sont pas tombés dans l’oubli mais qu’ils vivent encore et il ne tient qu’à nous de s’en emparer pour leur donner une nouvelle existence. D’autant plus que jamais actuellement, les libertés fondamentales sont bafouées au grand jour*.

Vivement le second tome, je l’attends déjà avec impatience et longue vie à Nestor Makhno dans nos mémoires, selon cette version respectueuse du personnage.

 

*https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-24-septembre-2019 François Sureau, "La liberté a déjà disparu"

 

Le vent des libertaires tome 1, Philippe Thirault et Roberto Zaghi, éditions les Humanoïdes associés, août 2019, 56 pages, 14,50 euros

 

Visuels Copyright Le vent des Libertaires tome 1 © éditions les Humanoïdes associés / Philippe Thirault et Roberto Zaghi


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4 réactions à cet article    


  • Eric Havas Eric Havas 25 septembre 17:06

    Le grand ancêtre de cette tribu, Stirner, proclamait à la face du célèbre seigneur sith Marx :

    « Mon égoïsme est mon humanité »

    mais cette tautologie pas bobo repose sur le fondement nihiliste très célèbre (chez les fascistes par ex, Mussolini avait l’Unique comme livre de chevet...) qui conclut l’Unique

     « Je suis le propriétaire de ma puissance, et je le suis quand je me sais ’Unique’. Dans l’ ’Unique’, le possesseur retourne au Rien créateur dont il est sorti. Tout Être supérieur à moi, que ce soit Dieu ou que ce soit l’Homme, faiblit devant le sentiment de mon unicité et pâlit au soleil de cette conscience. Si je fonde ma cause sur Moi, l’ Unique, elle repose alors sur son créateur éphémère et périssable qui se consomme lui-même et je puis dire : Je n’ai fondé ma cause sur rien. »

    Alors la liberté du peuple n’est pas m’a liberté conclue Stirner. Si Marx lui rétorque que seule l’Histoire est science, et que même bobo narcissique à vomir gocho gogochon est animal social de Supermarché, la négation ultime de Stirner sera la mort de la Mort.

    « Moi immortel, je fonde ma cause sur tout, moi-même, et j’appelle Léviathan, l’état total qui garde ma nouvelle espèce » L’empereur sith



      • jesuisdesordonne jesuisdesordonne 26 septembre 05:57

        Comment les banquiers américains et britanniques ont fait chuter Ernest MAKNO et les paysans révolutionnaires soviétiques, au profit des bolcheviques.
        Ou comment les bourreaux russes étaient aux ordres des banquiers anglo-saxons.
        https://www.nidieunimaitre.ovh/histoire/article/comment-les-banquiers-americains-et-britanniques-ont-fait-chuter-ernest-makno


        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 26 septembre 06:49

          Une allusion à Mazeppa aurait peut etre aidé a élargir la diffusion de cet article.

          PJCA

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