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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Nicholas Angelich, l’ange roi du piano, lumineux et tendre

Nicholas Angelich, l’ange roi du piano, lumineux et tendre

« Soliste sincère et chambriste sensible à la technique impressionnante, il développe alors un répertoire riche et varié, fortement marqué par les compositeurs romantiques. » (Léopold Tobisch, le 18 avril 2022 sur France Musique).

Sale temps chez les pianistes ce mois-ci. Après le pianiste roumain Radu Lupu à Lausanne d’une "longue maladie" à l’âge de 76 ans, un autre pianiste de renommée mondiale, américain, Nicholas Angelich est mort à Paris le lendemain, lundi 18 avril 2022 à l’âge de 51 ans d’une grave maladie respiratoire (il est né le 14 décembre 1970 à Cincinnati). Installé à Paris, il s’était arrêté de jouer en juin 2021. Week-end pascal noir pour la musique classique si on ajoute aussi la disparition de Harrison Birtwistle, l’un des plus grands compositeur britannique contemporain le même jour, 18 avril 2022, à l’âge de 87 ans.

Comment ne pas avoir une profonde tristesse en apprenant la mort de Nicholas Angelich, comme si une petite étoile très brillante dans le ciel s’était arrêtée de scintiller dans ce coin de l’univers ? Nicholas Angelich était un grand génie de la musique et du piano qui a commencé à jouer à l’âge de 5 ans. Son premier concert, il l’a donné à l’âge de 7 ans, un concerto pour piano de Mozart. À 13 ans, il a été accepté au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, et il a suivi son apprentissage (notamment auprès de Michel Béroff et de Dmitri Bachkirov).

À partir du milieu des années 1990, son génie fut reconnu dans le monde entier avec de nombreux prix internationaux. Interprétant le répertoire classique, romantique et contemporain, il a multiplié les concerts et les enregistrements, sous la direction des plus grands chefs d’orchestre comme Charles Dutoit, Myung-Whun Chung, Kurt Masur, Marc Minkowski, Daniel Harding, Colin Davis, Valery Gergiev, Paavo Järvi… ou en collaborant pour de la musique de chambre notamment avec les frères Capuçon (Gautier Capuçon au violoncelle et Renaud Capuçon au violon, qu’il retrouvait régulièrement dans des concerts) et le quatuor Ébène (très belle formation dont j’ai connu les débuts lors d’un concert dans le Poitou, capable de proposer des styles très différents dans la même soirée)… Son piano datait de l’époque de Claude Debussy.

Et la musique qu’il jouait venait de grands compositeurs, comme Brahms, Beethoven, Mozart, Liszt, Bach (il a en particulier enregistré les fameuses "Variations Goldberg" en 2011), Gabriel Fauré, Debussy, Robert Schumann, Ravel, Rachmaninov, Bartok… et des compositeurs (plus) modernes comme Olivier Messiaen, Pierre Boulez, Stockhausen et aussi Pierre Henry dont il a créé une œuvre, son Concerto sans orchestre pour piano, il a créé également des œuvres de Bruno Mantovani.

Dans mes souvenirs, j’ai eu la grande chance d’assister à au moins trois de ses représentations publiques, dont la dernière était les Victoires de la Musique classique, à la Seine musicale, à Boulogne-Billancourt, le mercredi 13 février 2019 où il a reçu la Victoire du Soliste instrumental (c’était sa seconde Victoire de la musique ; la première, il l’avait reçue en 2013). Il était alors en compétition avec le pianiste Bertrand Chamayou et le violoncelliste Jean-Guihen Queyras.

Avant de recevoir son second trophée des Victoires, Nicholas Angelich a interprété ce soir-là le Concerto n°5 pour piano de Beethoven avec l’Insula Orchestra dirigé par Laurence Equilbey.





Cette remise de prix diffusée en direct sur France 3 a aussi été l’objet d’un hommage au compositeur Michel Legrand par Renaud Capuçon.

Les deux précédentes fois que j’ai eu cette joie de l’écouter, c’était dans deux concerts à la Salle Pleyel (merveilleuse salle que je regrette car elle n’est plus utilisée pour la musique classique depuis quelques années).

Ma première rencontre a eu lieu le samedi 18 octobre 2008 : ce week-end-là, la Salle Pleyel fêtait Brahms à l’occasion de trois concerts différents mais avec les mêmes interprètes. J’ai assisté au premier de ce concert magique. En première partie, Nicholas Angelich, à l’époque il avait 38 ans, a interprété avec les frères Capuçon (violon, Renaud 32 ans et violoncelle, Gautier 27 ans) ainsi que l’alto Béatrice Muthelet, le Quatuor pour piano et cordes n°2 en la majeur, opus 26, de Brahms (composé en octobre 1861 et créé le 29 novembre 1862 à Vienne par Brahms lui-même au piano).

Ci-dessous, une interprétation avec l’alto Gérard Caussé, du mouvement "Allegro non troppo".





À l’époque de sa création, un critique dans un journal germanophone du 3 décembre 1862 considérait ce quatuor « sec et ennuyeux » et parlait de « l’insignifiance » de ses thèmes. Le formalisme a pu en effet se faire aux dépens de l’inspiration mélodique. Brahms a préféré miser sur la subtilité par rapport à ses deux autres quatuors avec piano. Le mouvement que j’ai le plus apprécié est le deuxième, le "Poco adagio" en mi majeur, aussi sans doute le plus connu. Il est très poétique, et même s’il paraît simple et libre, il utilise un formalisme assez sophistiqué.

La seconde partie du concert concernait un sextuor de Brahms dont était absent le piano et donc le pianiste.

Le second concert auquel j’ai assisté avec Nicholas Angelich en vedette, c’était l’année suivante, pour un même week-end Brahms, cette fois-ci, je suis venu au troisième et dernier concert, le dimanche 18 octobre 2009 dans l’après-midi, avec un ciel très bleu et ensoleillé (mais pour s’aérer l’esprit, s’enfermer dans une salle de concert valait largement mieux qu’une bonne balade au bois de Boulogne).

Pas de piano pour le quintette de la première partie : Nicholas Angelich était présent pour la seconde partie, le Quintette pour piano et cordes en fa mineur, opus 34 de Brahms, avec les frères Capuçons, Aki Saulière en second violon et la toujours dynamique et talentueuse Béatrice Muthelet à l’alto (ces deux derniers participaient aussi aux concerts de l’année précédente), pendant quarante-sept minutes de bonheur. L’œuvre fut dédicacée au duc Georges II de Saxe-Meiningen.

Ci-dessous, l’interprétation du premier mouvement "Allegro non troppo", le 12 janvier 2016 au Studio 106 de la Maison de la Radio pour France Musique, avec Nicholas Angelich, Renaud Capuçon, Guillaume Chilemme (violon), Adrien La Marca (alto) et Edgar Moreau (violoncelle).





(Sur Youtube, dans cet extrait, un internaute a commenté à l’époque : « As usual, Angelich has extraordinary timing and inflections. »).

Les quatre mouvements, bien que globalement un peu longs pour une salle surchauffée d’un dimanche après-midi, étaient très rythmés et dynamiques avec une alternance de puissance et de douceur.

Nicholas Angelich paraissait toujours très étonnant. Sa calvitie lui donnait bien une petite dizaine d’années supplémentaire. Il ne portait pas de cravate, il portait une chemise noire à col ouvert, un profil un peu gauche, à la Daniel Prévost en plus arrondi (c’était ainsi que je le ressentais ce jour-là en le voyant jouer au loin).

Ce qui était frappant, dans ces deux concerts, c’était la très grande cohésion du groupe, ces musiciens se connaissaient depuis longtemps et ont très souvent joué ensemble à diverses occasions. C’est la force des groupes musicaux (et des orchestres), chacun pour une interprétation singulière, un peu comme l’ADN (le tout et le spécifique) ou comme la devise de l’Europe (uni dans la diversité). Chacun savait se mettre dans une interprétation collective fort convaincante. Je me suis amusé d’ailleurs à savoir qui démarrer les mouvements et souvent, c’était Gautier Capuçon ou Nicholas Angelich qui donnaient la premier note.

J’ai toujours trouvé exceptionnelle cette capacité à se synchroniser. Cela fait partie du succès dans la musique de chambre. Cohésion mais aussi absence de prétention : ces musiciens étaient à l’époque des jeunes, des trentenaires, déjà très réputés et recherchés, mais sans grosse tête (ou grosses chevilles). Leur seul souci était de transmettre leur passion de Brahms et c’était réussi : j’ai brahmsé jusqu’à la fin de ces concerts.

Voici un court entretien avec Nicholas Angelich, le 5 décembre 2020 à Toulouse, sur Beethoven, à l’occasion d’un concert.





À l’annonce de sa disparition, Renaud Capuçon a salué très ému le « pianiste hors normes » et « l’ami sensible, fidèle, généreux » sur Twitter : « Comme ta sonorité, tu étais lumineux et tendre à la fois (…). Je ne jouerai plus jamais une note de Brahms sans être près de toi. ».

Les hommages et réactions émus se sont succédés depuis ce week-end-là. Tous ceux qui l’ont approché ont témoigné de sa modestie, de sa rigueur et de son courage face à sa maladie des poumons.

Le 7 janvier 2019, Nicholas Angelich a interprété le Concerto pour piano, violon, et quatuor à cordes en ré majeur, opus 21, du compositeur français Ernest Chausson, musique qui fut créée le 4 mars 1892 à Bruxelles. En voici un extrait, son deuxième mouvement, "Sicilienne" (en la mineur).





Je termine avec cet hommage d’Olivier Bellamy sur le site Classica : « "Je ne sais pas". Cet homme qui savait tout sur tout, sans jamais le montrer, se cachait derrière cet aveu troublant qui dénotait rigueur intellectuelle, pudeur et volonté de ne pas blesser. (…) Ce musicien était rongé de peurs, de scrupules et de délicatesses. Dans la rue, il se retournait fréquemment, comme s’il craignait d’avoir perdu son ombre. (…) Cet artiste criblé de maladies qu’on pensait bénignes souffrait d’un mal mystérieux qui n’entravait jamais son professionnalisme, mais qui consumait son existence à petit feu. (…) Nicholas Angelich jouait tout à la perfection. Sa sonorité était l’une des merveilles de la nature. (…) À la fois dense et transparente, souple et inflexible, ronde et tranchante, puissante et légère, colorée et pure. (…) Au terme d’un calvaire enduré avec courage, il est parti paisiblement, le lendemain de Pâques, non sans avoir ému les soignants les plus aguerris ou permis à un personnel héroïque, émerveillé par la gentillesse d’un patient si modeste, de découvrir les beautés de son art. Portant le nom d’un envoyé du ciel, Nicholas aura illuminé ce monde sans jamais faire de mal à personne. Plus que jamais la musique est sœur de la poésie et fille du chagrin. » (19 avril 2022).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 avril 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nicholas Angelich.
Joséphine Baker.
Léo Delibes.
Ludwig van Beethoven.
Jean-Claude Casadesus.
Ennio Morricone.
Michel Legrand.
Francis Poulenc.
Francis Lai.
Georges Bizet.
George Gershwin.
Maurice Chevalier.
Leonard Bernstein.
Jean-Michel Jarre.
Pierre Henry.
Barbara Hannigan.
György Ligeti.
Claude Debussy.
Binet compositeur.
Pierre Boulez.
Karlheinz Stockhausen.

_yartiAngelichNicholas02
 


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9 réactions à cet article    



    • voxa 3 mai 06:41

      @Séraphin Lampion

      « Et Régine ? »

      Et, Zélinski le maitre du piano à queue ?



      • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 2 mai 12:24

        @Mélusine ou la Robe de Saphir.

        Schiffer s’en est chargé.


      • tonimarus45 2 mai 12:29

        @ Seraphin Lampion et Melusine----Et regine et arno dites vous ???En fait ce ne sont pas la tasse de the des petits bourgeois et des rakototo et fergugus ??Ce dernier ne tardant pas a arriver


        • agent ananas agent ananas 3 mai 06:05

          @tonimarus45
          C’est sur que ragototo le bien pensant n’a pas fait de nécro de Stéphane Blet mort dans des circonstances mystérieuses en début d’année.
          Outre que Stéphane Blet était un pianiste hors pair de classe internationale, il était aussi un compagnon de route de la dissidence, qui a payé au prix fort ses prises de positions courageuses.


        • Attila Attila 2 mai 12:52

          Le Angelich, là, il n’arrive pas à la cheville de Zelensky !

          .


          • chantecler chantecler 2 mai 12:57

            @Attila
            C’est pas la même pointure !
            Faut pas confondre les clowns et les génies .


          • Antoine 2 mai 13:16

            Marrant cette manie en général et des ci-dessus en particulier de se vanter d’être des bourrins

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