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Note de lecture – The Valley, une histoire politique de la Silicon Valley – Fabien Benoit

Au début de ce livre, Fabien BENOIT présente l'université Standford comme étant le fondement de ce qui allait devenir la Silicon Valley. Sans elle, rien n'était possible, et l'université rivalisera avec ses homologues de la Côte Est américaine. Standford devenant, au long du 20ème s, le centre incubateur des technologies militaires électroniques.

                                

Cette université, d'après Fabien Benoit, a été marquée par ses fondateurs en un sens élitiste et inégalitaire, et se proposait d'emblée l'amélioration de l'espèce humaine comme un objectif. Ce qui était vrai de Standford l'est de la Silicon Valley, pour Fabien Benoit. Ce dernier cite, notamment, Frédéric Terman, eugéniste raciste, qui aspirait à constituer une classe héréditaire d'individus intelligents orientant le reste du monde et qui fût un fondateur de Standford. Il insiste, d'autre part, sur William Shockley, également eugéniste, qui préconisait la stérilisation en cas de QI inférieur à 100.

Unanimement détesté, Shockley verra ses élèves former un groupe indépendant, qu'Arthur Rock financera, et qui, avec Robert Noyce à leur tête, inventeront le transistor bipolaire, utiliseront le silicium, ce qui rendra possible la micro informatique, et la Silicon Valley.

Cet essai met en évidence les axes idéologico-techniques qui ont fait de la Silicon Valley un centre d'influence modifiant notre histoire.

1. Fabien Benoit retrace l'apparition progressive de l'ordinateur domestique. Il en mentionne les initiateurs, Ed Roberts (Altair), Bill Gates, Paul Allen (intuition d'une industrialisation du logiciel).

2. le projet Arpanet deviendra Internet. A noter que l'esprit de cette entreprise n'est pas uniquement militaire. L'esprit des hackers lui est associé. On peut le constater par le mode d'organisation de la société qu'il engendre.

3. Par ailleurs, sur un plan plus idéologique, Fabien Benoit relate brièvement le mouvement qui conduira à l'intelligence artificielle. Il évoque ces grands initiateurs : Marvin Minsky, John McCarthy – père de l'IA - Douglas Engelbart.

Ce mouvement souhaitant mettre en œuvre la symbiose homme-machine.

4. Sous un angle plus philosophique, Fabien Benoit insiste sur le libertarianisme, qu'il distingue du libertarisme, en ce qu'il accepte l'économie de marché. Centrale, dans ce mouvement de pensée, la philosophe Ayn Rand dont l'auteur estime qu'elle eut « une influence colossale ». D'après elle, liberté individuelle et démocratie sont non compatibles. Elle défend « l'individualisme comme une nouvelle foi ».

Il en cite un passage :

« Ma philosophie par essence est le concept d'homme en tant qu'être héroïque avec son propre bonheur comme objectif moral de sa vie, avec l'accomplissement productif comme sa plus noble activité et la raison son seul absolu ». On croirait, en fait, entendre Macron. Et cela précise ce notre président entend par héros, lui qui nous a souvent dit que la société française en avait besoin, et citant pour cela Johnny Halliday.

Ayn Rand a inventé le "capitalisme des mythes".

 

D'après Fabien Benoit, la Seasteading institute – dont le fondateur est Peter Thiel, créateur de Paypal – manifeste bien les effets réels de la politique de la Silicon Valley. Cette fondation est en effet à l'origine de ce projet d'îles flottantes en Polynésie Française. Il concrétise bien les aspirations anti-étatique et de séparatisme social de la Valley (il faut préciser que ce projet semble dysfonctionner, et qu'il paraît connaître des difficultés à se financer).

Sur un plan philosophique, le transhumanisme récapitule en lui la marque eugéniste de Standford évoquée plus haut, assume la symbiose homme machine dont rêvaient les fondateurs de l'IA, accentue les capacités individualistes des libertariens, bref, promeut le changement du monde, et de l'homme, de manière effective.

Ces conceptions philosophiques ne sont pas à la périphérie mais au cœur de la Silicon Valley. L'université de la singularité (Peter Diamandis et Ray Kurzweil) est installée sur le campus de la NASA depuis 2008.

La singularité technologique est une nouvelle religion. Le point Goodwin de tout ce beau monde, d'après Fabien Benoit : changer le monde, marché global, disruption ; voilà la doxa.

 

Commentaire de l'ouvrage.

Qui veut trop embrasser mal étreint. L'ouvrage est sérieux, intéressant, mais n'approfondit pas assez, et donne des arguments qui ne sont pas assez étayés.

Par exemple, dès le début, il souligne que les fondateurs de Standford étaient eugénistes. Ok. Mais peut-on dire que cette marque était autre chose qu'une disposition temporaire ? N'était-ce pas le résultat du ségrégationnisme américain ? Je crois que l'on peut considérer que le transhumanisme conserve cette marque eugéniste. Mais le lien n'est pas étudié par Fabien Benoit.

D'autre part, le livre insiste trop sur l'histoire technique de la Silicon Valley alors qu'il s'intitule « histoire politique ». Un léger hors sujet donc. Cela m'aurait intéressé de connaître les effets politiques de la Silicon Valley à Washington, par exemple. Et la manière dont elle influe sur la politique extérieure, et intérieure, des Etats-Unis.

 

Enfin, il est clair que quelque chose se cherche dans la connexion permanente de l'homme à la machine. Que quelque chose se cherche dans l'implant. Ce Graal, ne plus mourir, Ray Kurzweil – directeur de l’ingénierie chez Google – le recherche. Mais Fabien Benoit ne développe pas ce point. Il se contente de l'esquisser. Pour autant, la question se pose, si l'un des solutions à notre mortalité passait par le transfert de notre conscience en une machine, est-ce que Google, pour lequel Kurzweil travaille, collecte les données de ses utilisateurs afin de fabriquer une machine susceptible de recevoir les éléments venus de notre cerveau ? A mon avis, oui, mais ce point n'est pas approfondi par Fabien Benoit.


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7 réactions à cet article    


  • Blanche Colombe Bachi Bouzouk 30 août 19:18

    Et la CIA, on peut en parler ?


    • Oulan Bator 2 septembre 11:58

      @Bachi Bouzouk
      Alors là, l’ouvrage passe complètement à côté, mais si tu as des livres à conseiller sur le sujet je suis preneur...


    • CLOJAC CLOJAC 31 août 10:06

      Il faudrait peut être rappeler 4 éléments factuels à l’origine du développement de la Valley qu’on connaît aujourd’hui :

      1/ À l’origine c’est une zone de culture prospère jusqu’aux années 1920 quand des sécheresses naturelles aggravées par le détournement des cours d’eau, ruinent les exploitations agricoles. Le prix des terrains baisse considérablement, une aubaine pour qui voudrait développer une industrie dans le comté de Santa Clara.

      2/ Avec la récession des années 30, un prof de Stanford parvient à convaincre 2 étudiants, William Hewlett et David Packard, de créer leur entreprise plutôt que de courir après des emplois aléatoires. Ça tombe bien, l’université vient de racheter des terrains et peut les mettre à disposition des entrepreneurs… D’autres suivront.

      3/ La proximité géographique de ce pole d’excellence technologique qu’est Stanford va permettre des échanges fructueux entre les universités et les entreprises de pointe pour l’époque. Ainsi seront réalisés avant WW2 les premiers essais de télévision, de cyclotron, de radars.

      4/ Après Pearl Harbour l’armée puise dans ce vivier de petits génies pour développer ou améliorer les oscillateurs, les tubes sous vide, les systèmes radio et radars, les machines à coder et à compiler les données qui, d’électro-mécaniques deviennent électroniques. Avec le concours d’Alan Turing qui a rejoint les USA en 1943.

      5/ Après la guerre, l’électronique grand public reposant sur les transistors et les circuits imprimés se développe et la Valley acquiert le statut de centre de recherches tant pour les civils que pour les militaires. Une véritable synergie se crée entre des companies aussi complémentaires que concurrentes. Après, on connaît la suite… Le gros ordi, le PC, le web, toussa...


      • Ecométa Ecométa 31 août 15:44

        @CLOJAC

        Mais là, au départ, au début du 20 è, on est encore loin du « transhumanisme » qui à coup sûr sonne le glas du principe d’Humanité ; d’un humain devenant, déjà avec le « rationalisme », et encore plus avec le « transhumanisme », une chose exploitable comme une autre ! Nous allons vers un nouvel esclavagisme par la technoscience et une nouvelle oligarchie financiaro technoscientiste !

        L’être humain est fantastique ! Il est fantastiquement ouvert : sur le pire comme sur le meilleur ! N’en déplaise aux tenants du « rationalismes » qui détestent l’humain, mais l’être humain est « paradoxal » ; c’est sa nature et c’est tant mieux ! il se trouve que la nouvelle physique, la « physique quantique » est dite paradoxale par ses inventeurs ! Alors, quoi de plus normal que l’être humain soit de nature paradoxale, c’est dans la nature des choses : non !

        C’est à l’humain de « savoir », ce qu’il veut, ceci, pour le plus grand nombre et non seulement, pour et selon, quelques uns.

        « Savoir » pour quoi faire : pour bien tout agencer en termes d’entendement, de bonne intelligence, ou pour mieux tout manipuler, y compris l’humain, en termes de « malignité » ?

        Pourquoi l’humain ne s’aime-t-il pas comme il est ? Tel qu’il est ? Personnellement je trouve l’humain naturellement fantastique, la nature humaine est fantastique, l’état de nature humaine est fantastique, l’aventure humaine avec une histoire humaine à écrire : absolument fantastique ! Ceci, à la condition expresse de rester dans le principe d’humanité, dans l’Humain, et non dans cette sorte de fuite en avant rationalo économico technoscientiste qui nous envoie droit vers le « transhumanisme » et la fin du principe d’humanité !

        Est-ce un problème d’élitisme ? Oui, ce serait même un problème de racisme, de ces élites qui auraient, pensent-ils, tout à perdre ! Un problème à la fois d’un sentiment de frustration pour certains, et de supériorité, d’orgueil très mal placé pour d’autres qui se prennent pour des « élus » ; surtout, et manifestement : pour des « élus » de la connerie humaine !

        Epiphénoménologique dans ses approches et paroxysmique das ses applications, ce monde moderne au modernisme, paroxysme de modernité et plus simple modernité, est savamment et délibérément malade. A raison et logique paranoïaque et schizophrénique : civilisation forcément paranoïaque et schizophrénique ! les mots en « isme » sont des paroxysmes ; ils sont comme autant d’abus de tout ! Notre problème, la difficulté de cette civilisation du paroxysmique, il suffit de constater tous ces termes en « isme »qui ont fleuris ces deux derniers siècles pour s’en convaincre, c’est d’aller vers le meilleur de l’Humain : de cultiver savamment son meilleur en lieu et place de son pire !

        Technoscientisme oblige, on se croirait revenu au V è IV è siècles avant J-. C-, au temps des « sophistes » et des « cyniques » mouvements d’inspiration « élitiste bourgeois » dont Platon et Aristote combattaient les idées. Des « Sophistes », qui, déjà, réclamaient moins d’État, et avaient l’art de faire triompher une thèse sans souci de véracité, comme si réalité était vérité, ni d’authenticité, et encore moins de loyauté : persuader, séduire, « manipuler », était leur seul et unique préoccupation ! Quant aux « Cyniques », ils pensaient que la vie sociale est un ensemble de préjugés sans aucuns fondements à laquelle il faut substituer un « individualisme confinant à l’égoïsme », car, pour eux, la vertu se situe essentiellement dans les actes, dans l’action ; pas dans la réflexion et la méditation philosophique, qui, pour eux, étaient des pertes de temps.

        L’introspection, là est la solution, remettre en avant le temps de l’humain contre le temps de la technoscience ; une « temporalité humaine » qui fait l’intelligence humaine comme l’expliquait en son temps Plotin (Philosophe gréco-romain 205-270 apr. J.-C.) : « le temps est dialectique » ! Le problème c’est que la culture technoscientiste, positiviste, refuse l’introspection !

        Un positivisme pourtant abandonné en son temps, mais auquel nous revenus dans les années 70 du siècle dernier, avec Milton Friedman, par le biais de l’économie, de l’économisme : de l’économie pour l’économie ; l’économie doit être une science positive disait-il ! En fait pour le positivisme, le « comment sans le pourquoi », véritable aberration intellectuelle, même imposture,« il n’y a plus de cause, même primordiale,il n’y a que des conséquences sur lesquelles il nous suffit d’agir, et c’est la raison pour laquelle nous ne faisons qu’ajouter des conséquences à des conséquences et forcément des problèmes à des problèmes,et que nous ne résolvons plus rien, que nous nous enterrons sous la sciure la plus épaisse du technoscientisme : vive la fuite en avant !

        Une nouvelle épistémologie s’impose et qu’elle soit un peu plus ouverte sur les principes mêmes de démocratie et d’humanité, ou encore de République, qui se rejoignent !

        Il nous faut en finir avec cette acculturation américano anglo-saxonne et renouer avec notre culture gréco-romaine, basée sur ce que l’on a appelé les »Humanités« en référence aux grands philosophes de l’antiquité.

        Il serait temps, ils auront bientôt un siècle, d’intégrer dans notre culture les »acquits intellectuels du 20 è siècle issus principalement de la physique quantique .Ils établissent une limitation de la connaissance, tant dans le domaine du raisonnement avec le « théorème d’incomplétude » de Gödel et Chaitin, et celui « d’incertitude » d’Heisenberg ; que dans celui de l’action avec le théorème d’impossibilité d’Arrow qui érige l’impossibilité d’agréger un intérêt collectif à partir des intérêts individuels comme de définir un bonheur collectif à partir de la collection des bonheurs individuels : il y a là une invalidation scientifique du libéralisme économique ; ausi de l’individualisme paroxysme d’individualité et plus simple individualité ! 

        Autrement dit pour satisfaire le collectif il convient de penser particulièrement « collectif » : de penser « société » ; ou, encore, qu’il n’est pas possible de satisfaire le collectif à partir de l’individuel, quand il est possible de satisfaire raisonnablement l’individuel à partir du collectif ! Tout ceci, bien sûr, sans tomber dans le communisme ou un collectivisme tout aussi crasse que l’individualisme  !

        Il nous faut également renouer avec Blaise Pascal et sont principe cognitif... « Toute chose étant .... toute étant liée (lien écosystémique)... il est impossible de comprendre le tout ... » ; un « principe cognitif » qui consacre la « complexité » des choses bien avant la venue de la physique quantique ; quand Descartes, lui, n’avait pas encore une idée de cette complexité et qu’il cherchait on ne sait trop quoi : il ne savait pas lui-même !

        Il nous a envoyés, certes vers une bonne science qui résout des problèmes, mais aussi et surtout, mais nous ne voulons pas le voir, aveuglement technoscientiste oblige, vers une science, des sciences spécialisées au spécieux et au fallacieux... qui engendrent des difficultés et des problèmes insolubles !

        C’est une évidence, la science et la technique ne sont pas sans poser de problèmes... mais la science et la technique, « principe de vérité pure cartésienne », résoudront elles-mêmes les problèmes qu’elles posent ! Ceci relève d’un raisonnement circulaire véritable cercle vicieux et non vertueux comme on a voulu, et comme on veut toujours nous le vendre !


      • Oulan Bator 2 septembre 11:55

        @CLOJAC
        Salut Clojac,
        Oui, effectivement, ce sont des précisions intéressantes. L’ouvrage mentionne pour partie ce que tu as dit, mais il ne permet pas de voir à quel point ce nouvel état de la Silicon Valley change la donne politique des Etats Unis, et influence la politique extérieure américaine


      • CLOJAC CLOJAC 3 septembre 00:04

        @Oulan Bator
        Amha on devrait parler d’interactions. Aux USA, comme chacun sait, l’université et la recherche, les entreprises de haute technologie et le gouvernement et l’armée travaillent en synergie. Aussi bien par les subventions, les bourses d’études, l’aide aux infrastructures, les commandes publiques et le turn over des managers et des ingénieurs du public au privé et vice versa.
        Alors après qui influence le plus l’autre ? Celui qui s’enrichit de cette coopération ? Celui qui l’utilise pour renforcer son pouvoir ? Ou celui qui joue sur les 2 tableaux ?


      • Oulan Bator 3 septembre 09:37

        @CLOJAC
        Oui peut-être « qu’interactions » est le bon mot. Même s’il a le désavantage de ne pas permettre de donner une focale et de définir une politique particulière. Mais le livre aurait dû, à mon avis, étudier ce point. L’histoire du congrès de Versailles côté américain, et de la manière dont celui-ci a conduit tout un groupement d’intérêts privés américains a poursuivre la politique extérieure que le Sénat américain rejetait illustre peut-être ce type d’interaction dont tu parles. 
        La nature ayant horreur du vide, les uns s’occupent de ce dont les autres ne veulent plus.  

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