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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Opeth, furieusement mélodique, entre purgatoire et paradis

Opeth, furieusement mélodique, entre purgatoire et paradis

C’est avec un peu de retard que je chronique le live d’Opeth, sorti en novembre 2007 dans les bacs. Opeth est au métal ce que le Floyd fut au rock des années 1970. Inventivité, originalité, des compositions qui ne ressemblent à rien d’autre qu’à Opeth, dans un genre où les copistes et les imitateurs ont fini par lasser les mélomanes. Il est vrai qu’inventer un style musical n’est pas à la portée de n’importe quel musicien et qu’en la matière, on reconnaît aisément les génies, Robert Fripp, Led Zep, Genesis et plus récemment, Porcupine Tree et Opeth. N’ayant pas l’intention de jouer les érudits, je m’en tiendrai à ces quelques exemples montrant que le rock n’est pas mort et sait se réinventer de décennie en décennie.

Opeth s’est formé en 1990 mais a commencé à se faire connaître de manière non confidentielle en 1995 avec un album très remarqué par les aficionados de la scène métal, Orchid. Auquel fait suite Morning Rise, œuvre difficile d’accès, avec un chant guttural qui n’est pas pour satisfaire les habitués de Céline Dion et Christophe Wilhem. A noter qu’un morceau de cet album figure dans ce live dont l’ensemble se veut un récapitulatif de la carrière de ce groupe qui a signé huit perles en studio et qui donc se singularise par rapport à un live habituel où sont joués les morceaux du dernier album plus un ou deux standards. Opeth est carrément atypique et c’est ce qui fait son intérêt. L’avantage de ces compositions complexes et exécutées avec virtuosité est qu’à chaque écoute, on a le sentiment de redécouvrir les morceaux.

The Roundhouse Tapes a été enregistré en novembre 2006, avec une formation bien rodée, et seulement neuf morceaux exécutés pour une durée dépassant les 100 minutes. Opeth fait partie de ces groupes expérimentaux qui n’en ont rien à carrer du format radio, comme du reste Debussy ou Mozart. Un style défiant les classifications, trop rapidement classé dans le death metal, improprement pris pour du metal prog, bref, une invention défiant les catégories habituelles. Opeth fait du Opeth, un peu comme les Mars Volta font du Volta. Le maître du jeu étant le guitariste chanteur Mike Akerfeldt, tête pensante et composante du groupe secondé par Peter Lindgrend, second guitariste présent dès le commencement mais qui vient de quitter le groupe après 16 ans de bons et loyaux services. D’ailleurs, la formation a été évolutive, le seul pilier étant Akerfeldt. Et les connaisseurs se demandent bien quelle sera la teneur de cet album prévu pour la fin du semestre 2008. Une suite ou un rebond inattendu ?

Que dire de cette musique ? Elle est faite de contrastes, de synthèses d’oppositions, avec des passages calmes et planant entrecoupés de breaks mélodiques, rythmiques, faussement improvisés, déroutant le mélomane et c’est ce qui fait l’intérêt de cette machine éperdument virtuose où on se perd avec délectation et où l’ambiance déconcertante finit par devenir rassurante, presque emprunte de sérénité, c’est dire si le death conduit au paradis, surtout si on se plaît à écouter en boucle leur chef-d’œuvre, Blackwater Park, deux morceaux sur ce live, aux ambiances sombres et aquatiques, plus fluide que le Floyd, plus noir et de cette noirceur, étrangement, naît une sérénité radieuse. Les effluves de guitare et de clavier n’y étant pas étrangères, pas plus que la production signé Wilson, autre mentor du rock expérimental et tête pensante de Porcupine Tree. Bref, quand deux génies collaborent, le résultat est hors norme, comme d’ailleurs les deux albums suivant, complémentaires telles les deux faces d’un Janus lyrique, Damnation et Delivrance, tous deux aussi produits par Wilson. Et le dernier opus, Ghost Reveries, avec un claviériste devenu partie prenante du groupe et du reste, proéminente avec des parties de mellotron fort gratifiantes. A conseiller, ces quatre derniers albums, car le live est un peu spécial. Controversé. Fiasco pour les uns et « good moment » pour les autres. En fait, il est préférable de commencer par les albums studio, se faire une oreille, pour ensuite apprécier l’exécution en public qui donne toute la mesure d’une énergie qui se révèle, avec la spontanéité du live, comme une sauvagerie parfaitement maîtrisée, au risque de bouleverser le perfectionnisme affiché dans les derniers enregistrements studio. Ce live livre la face sauvage de ce groupe fascinant, autant que peut l’être la personnalité de son leader dont la démarche n’est pas sans évoquer celle de l’ésotérisme mystique et sombre mais conjuratoire de l’ordre du dragon rouge et sa connivence avec Therion, autre pointure du métal scandinave, qui s’inscrit dans ces tendances esthétiques européennes ayant eu quelques accointances avec le symbolisme de la Belle Epoque, face sombre et éclairée, entre Huysmans, Peladan et Aleister Cowley. Bref, si la littérature commerce avec le mal, comme le dit Bataille à la suite de Prat, alors avec Opeth et Therion, le rock métallique et mélodique, sculpté en arabesques harmoniques, se veut conjuration du mal, tel un purgatoire où l’on se plaît à stationner tant il ressemble au paradis.


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12 réactions à cet article    


  • Bernard Dugué Bernard Dugué 31 janvier 2008 10:26

    Bonjour,

    Juste oublié le lien vers wiki avec un article concernant le live d’Opeth, et qui permet d’accéder aux chroniques de tous les albums studio

    bonne écoute !


    • Djanel 31 janvier 2008 11:03

       

      Je n’ai pas la téloche et les étoiles filantes je n’arrive  même plus à les voir passer. Ce que j’aime moi avec mon gros moi-moi, c’est çà. Les soleils rayonnant.

       

      Liszt… : Etudes Transcendantales No.5 in B-flat dit "Feux follets" qui donc peut mieux faire et encore vous n’avez pas la meilleure prise de son, ni la meilleure interprétation. Mais vous remarquerez le vol des mains sur le clavier. Des petits feus follets, vous dis-je

      http://www.youtube.com/watch?v=1EjhP_sKNYw&feature=related

      ou çà .. : Evgeny Kissin la campanella. Un tube depuis quand déjà archi célèbre.

       http://www.youtube.com/watch?v=5y9Wiqsd9xY&feature=related

       

      Je ne peux rien dire sur Opeth, c’est la première fois que j’entends ce nom.

      Me donner un lien vers un wiki pas vraiment génial pour nous présenter ce guitariste, je me sers de l’info contenue dans la photo. Décidément vos articles sont de plus en plus pauvres. La quantité exclue la qualité chez vous.


    • chico_du_33 31 janvier 2008 11:29

      si t’as rien à dire sur Opeth, évite de poster un commentaire.

      Si tu veux en apprendre plus sur ce groupe génial, une petite recherche dans google !


    • EKI 31 janvier 2008 12:16

      Bernard, j’aime beaucoup vos articles en général, et je suis agréablement surpris de lire celui-ci et d’y constater vos goûts musicaux.

      Opeth, Pink Floyd, Porcupine Tree, Mars Volta, Therion... belles références !

      Pour ma part, concernant le Live, je suis d’avis mitigé, pour la simple et bonne raison qu’à mes oreilles, un album Live ne vaudra jamais un Live. :)

       


    • EKI 31 janvier 2008 12:18

      Un petit lien pour écouter quelques extraits (je sais, ça ne rend pas forcément bien, les extraits) :

      http://www.lastfm.fr/music/Opeth


    • Djanel 31 janvier 2008 12:33

       

      Chico_du_33

       

      Un ton en dessous, quand j’ai quelque chose à dire, je le dis à ma manière. Sur ce poste un lecteur normal et plus intelligent que vous aura compris que je reproche à Dugué de pas avoir mis de liens vers des extraits de chanson libre de droit comme je le l’ai fait pour Franz liszt.

       

      Quand vous dites que ce Opeth est génial, je veux bien vous croire mais il n’est pas le seul à l’être en musique et en prenant Franz Liszt en exemple, je vous ai montré ce qu’était la virtuosité en créativité et en interprétation, si vous dandinez de la tête pour me dire non, c’est tout simplement que vous n’avez pas de culture et que pour exprimer vos goûts vous vous orientez vers ce qui est à la mode ainsi vous ne prenez aucun risque à dire que vous aimez ce que tout le monde aime.

       

       Avec vous Chico 33 on est dans la faillite du journalisme citoyen, « t’as pas l’info t’as qu’aller la chercher sur Google ».

       

      Maintenant lequel de nous deux est le moins con, vous ou moi –2 pour moi  et  –1 pour vous, comme je n’ai pas voté, il me reste un +1 en réserve.

       

      Comme fil n’est pas intéressant ne cherchez pas à me répondre, je ne reviendrai pas.


    • Djanel 31 janvier 2008 12:52

       

      A EKI

       

      Au début de l’extrait, on sent une influence de la musique minimaliste mais çà ne dure pas. C’est trop dur de capter l’attention avec rien du tout alors il finit par compiler toutes les influences qu’il peut ramasser. Bref, je n’aime pas. Il a triché parce que je pense avoir reconnu  des phrases musicales emprunter à des morceaux de pop années 70 et 80. Et on tape sur une batterie. Pan ping pong poung, ils ont du matériel pour varier les sons.

       

      Liszt c’est tellement mieux et il ne copie pas sur les autres lui. Et il n’avait que dix doigts et un piano pour s’exprimer.


    • Zalka Zalka 31 janvier 2008 13:49

      Djanel : il y a une part de goût et d’habitude. Je ne vous suggère pas Opeth, si vous n’avez jamais écouté de métal.



    • TSS 31 janvier 2008 20:05

      je ne connaissais pas j’ai ecouté sur myspace !

      c’est un groupe qui a assimilé et compilé plusieurs influences ,rien de tres nouveau !!!


      • IndyGroumpf IndyGroumpf 1er février 2008 10:19

        J’ignorai que Opeth était en cheville avec Johnsson&Karlsson sur la voie de la main gauche...

        Mais quand donc le metal se débarassera de tous ces clichés occultes stupides et éculés. Comment ne pas passer pour des bouffons, après, hein ?


        • Nicolas Cavaliere Nicolas Ernandez 5 février 2008 18:09

          Mouais, ce groupe a toujours été à tort classé dans la catégorie des groupes de heavy metal extrême, à cause de la voix gutturale employée les 2/3 du temps par le chanteur, mais force est de reconnaître qu’instrumentalement, leur musique est bien plus subtile que celle d’un Mortician ou d’un Possessed. Opeth est au death metal ce que Depeche Mode est à la pop synthétique, une porte d’entrée pour les fans de rock traditionnel qui cherchent l’émotion et la beauté mélodique plutôt que la fougue et la vitesse. Personnellement, ce n’est pas ma tasse de thé. Il y a eu des groupes comme Atheist ou Emperor dans le style extrême qui sont arrivés à autant de profondeur esthétique sans délaisser la violence et la célérité.

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