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Opeth signe l’album de l’année 2008

Il était temps de se mettre un CD convenable sous l’oreille. Cette année 2008 semblait pour le moins morose et ce n’est pas le live de Paradise Lost qui pouvait ravir les mélomanes en quête de chefs-d’œuvre sculptés dans du métal.

Le 2 juin est sorti, après un live, le neuvième album studio du groupe suédois Opeth, formé en 1990 autour du génial leader, chanteur, guitariste et compositeur Mikaël Akerfeldt. Rappelons qu’en 1995 et 2001 le groupe a sorti cinq grands disques dont le chef-d’œuvre Blackwater Park. Rien à dire sauf à souligner un style unique et le souci de créer des ambiances métalliques et des atmosphères propres à égarer l’auditeur, bref, des disques qu’on redécouvre à chaque écoute. Signe particulier, pas de claviériste. En 2002, paraissent simultanément Damnation, face planante, et Delivrance, face furieuse d’un groupe alors à son apogée et qui a bénéficié du concours de Steven Wilson, leader de Porcupine Tree et acteur majeur de la scène rock post-90. Si on devait situer ce neuvième album Watershed, on le placerait comme une synthèse des deux options, planante, atmosphérique, progressive et déchaînée, furieuse, métallique. Le mot synthèse n’est pas de trop car la plupart des morceaux incorporent les deux styles. Alors qu’Akerfeldt enchaîne chant mélodique et cris gutturaux.

Watershed arrive dans un contexte particulier puisque le second guitariste, Peter Lindgren, a quitté le groupe après quinze ans de bons et loyaux services et, du reste, présent sur tous les albums. On aurait pu penser que ce départ allait affecter Opeth, mais il n’en est rien, bien au contraire, ce qui montre bien qui en est l’âme. L’autre indice permettant de situer Watershed est de se référer au précédent album paru en 2005, Ghost Reveries, marqué par une évolution plus mélodique et progressive avec l’incorporation d’un claviériste devenu membre à part entière du groupe, alors qu’un nouveau batteur fut recruté, Martin Axenrot, dont on peut entendre l’efficacité et la subtilité d’un jeu exceptionnel où la batterie, comme dans Led Zep ou King Crimson, est un instrument à part entière dans l’exécution et non pas un métronome.

Watershed commence par une chanson rock bien ficelée inhabituelle, si on connaît le format des compositions d’Opeth. On peut penser qu’il s’agit un élément tactique visant à permettre une promotion du groupe sur les radios. Il n’y a rien de honteux, Opeth mérite un succès plus large. On s’intéressera aux six autres morceaux dont la durée oscille entre 7 et 12 minutes. Et ce n’est pas de trop pour donner à la complexité des compositions le champ suffisant pour se développer. En plus du subtil jeu de batterie et de la virtuosité attendue d’Akerfeldt au meilleur de sa technique, on soulignera des parties de guitare acoustique et une présence somptueuse des claviers avec cette teinte incomparable que confère le mellotron, un instrument trop peu utilisé et qui pourtant fournit une profondeur de champ musical incomparable. Il suffit d’écouter King Crimson ou les premiers Genesis pour s’en convaincre. Que dire de plus ? En fait, Watershed se situe dans le sillage de Ghost Reveries, sans en avoir les hésitations. Le changement de style, plus mélodique, symphonique, est parfaitement assumé sans pour autant que soit reniée la fureur métallique des débuts. C’est ce qui fait le charme de cet album où pas un moment on ne s’ennuie, ce qui exceptionnel. Pas la moindre faille. Des séquences hétéroclites s’enchaînent, désorientant l’auditeur, tantôt déchaînées, tantôt calmes et faussement rassurantes, alternance entre atmosphères subtilement composées et exécutées de main de maître par ce quintet de virtuoses. On pourra sans doute voir dans cette alternance entre ambiances rassurantes et orgasmes métalliques la marque de notre époque où le quotidien peut à tout moment être transpercé par une tragédie, où le cours du monde se décline sûrement, rapidement, mais avec des trous d’airs et des secousses dues aux attentats, aux accidents, aux émeutes. Ce neuvième album d’Opeth est pour moi le plus réussi, le plus riche, le plus abouti. A consommer sans modération, à écouter en boucle !


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3 réactions à cet article    


  • roOl roOl 5 juin 2008 14:51

    alors qu’on est a peine mi-2008...


    • LPA Le Petit Alchimiste 5 juin 2008 20:05

      Bonjour Bernard,

       

      Je vous avoue que j’aurais adoré chroniquer cet album, c’est pourquoi je me permet d’apporter quelques précisions.

      Tout d’abord je dois préciser que je suis fan de ce groupe depuis Still Life. Il n’y a vraiment aucun album à jeter dans la carrière d’Opeth : chacun est unique et irremplaçable. Je suis assez d’accord pour dire que Blackwater Park est le chef-d’oeuvre à retenir, si on devait en désigner un seul évidemment.

      Avec ses 2 nouveaux membres (le précédent album Ghost Reveries avait été réalisé avec l’ancien batteur et l’ancien guitariste) on pouvait s’attendre à pas mal de nouveautés. C’est bien le cas ! Je donnerais en exemple les plans en "blast" sur le sublime "The Lotus Eater" ou encore l’incorporation de véritables groupes d’instruments à vent (flûtes, haut-bois et orgue d’église) et de violons. Ces derniers étant parfois joués par des samples de mellotron, toujours bien présent et dévoilant quelques nouveaux instruments (on pensera au rhodes funky, toujours dans The Lotus Eater). On découvre également le batteur, bien plus brut, précis et mécanique que Martín Lopez. Il confère clairement une puissance supplémentaire mais manque de subtilité dans les passages planants. Le personnage est à découvrir sur la vidéo fournie avec l’édition spéciale ("From Another Planet" !). Enfin, on peut apprécier les quelques solos techniques du nouveau guitariste, Fredrik Åkesson, qui apporte son jeu rapide sans pour autant en "mettre partout". Je trouve qu’il a su s’intégrer tout en nuances, dévoilant ses capacités sans les étaler.

      Beaucoup de surprises dans cet album. Le groupe prend un virage et comme le dit son leader, ils ne se doutent absolument pas de leur destination : ils y vont, simplement et intuitivement.

      Encore une note pour dire que le Son de l’album est excellent : je suis moi-même un passionné de MAO, de son et de musique et sur de bonnes enceintes cet album est délicieux ! On retrouve le grain très "medium" des guitares saturées, la brillance des guitares acoustiques, la rondeur de la basse de Martín Mendez, et le chant maintenant bien maîtrisé de Mikael. Le son de la batterie est assez différent, plus gros, plus gras, imposant, ce qu’il manquait à Ghost Reveries (batterie très sèche que je trouve insupportable). Le rendu final est donc assez naturel, même si quelques effets ponctuent les compositions (montées de réverbérations, panoramiques des solos de guitare et des voix (rares)).

      Voilà. Après beaucoup d’écoutes il me reste tout de même une petite frustration : le manque de violence global de l’album. Ca reste somme toute très "mignon" mais ce sont peut-être mes goûts qui évoluent ...

      A écouter ... surtout en live ! ;)


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 5 juin 2008 20:43

        vous devriez chroniquer cet album, vous avez autant de choses à dire que moi-même, et des précisions à apporter. Pour moi, ce disque est le meilleur qui a été fait par Opeth et sans doute l’un des chefsd’oeuvre qu’on embarque sur une île déserte. Plus riche à mes goûts que Blackwater, bref une autre ère qui s’ouvre.

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